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Technologies de l’information : nous avons créé un nouveau monde

Le constat s'impose. Les technologies ont donné naissance à un nouveau continent, un nouveau lieu d'un nouveau genre, que nous avons créé de nos mains et dans lequel nous passons pour nombre d’entre nous le plus clair de notre temps. La convergence tant attendue et tant annoncée est en train de se réaliser, nous sommes tous d'accord là-dessus. On converge toujours pour aller quelque part. Ce quelque part est un lieu de vie, un terrain d'action totalement nouveau, et très différent de celui que nous pratiquons habituellement. A nous maintenant de nous en rendre maître. Mais avant tout, la première étape est de le nommer.

Ordinateur ? Désormais on ne travaille plus avec, on passe par un ordinateur. Si l'on passe par un ordinateur, c'est bien pour aller quelque part. C'est ce quelque part que nous avons à cerner, à caractériser. Nous dépassons le stade des outils techniques dispersés qui ne servaient qu'à nous accompagner ponctuellement dans notre vie terrestre pour construire un "ailleurs" et nous transporter dans cette nouvelle dimension. On parle d'environnement pour Linux, Windows, Mac OS etc : ce terme est révélateur. Comme l'environnement naturel dont il est question ici-bas, à propos d'écologie par exemple, cet environnement-là est certes artificiel mais il nous entoure, quand nous nous y transportons, et contribue, lui aussi, à subvenir à nos besoins. Blottis dans notre curseur, vaisseau monoplace, nous sommes environnés de Linux, ou de Windows. Le corps reste sur Terre, mais la vie n'est plus là. L'être tout entier se détache, sens, conscience, action, volonté, puis bascule dans les formes lumineuses et mouvantes. La machine est une machine d'embarquement.

Ce qui est important, ce n'est pas l'écran, c'est ce qui est derrière l'écran. Des événements s'y produisent. Les écrans de toutes sortes que nous rencontrons à chacun de nos pas ne sont plus de simples périphériques de l'ordinateur mais des passerelles, des voies d'accès menant à une réalité parallèle qui offre une large palette de possibilités, professionnelles, ludiques ou sociales. C’est là que ça se passe. L'action se déroule derrière l'écran. L'individu, mi-homme, mi-octet, se transporte lui même à travers son curseur. Il n'est pas présent en chair et en os, mais sous d'autres formes, tenant compte des lois physiques de cet environnement.

Quelles sont les limites de la vie dans le nouveau monde ? Toute activité humaine à base de représentations et de signes (textes, images, sons, calculs) peut s’y déployer. Bien entendu, la limite se situe dans le maniement d’objets solides (naturels ou industriels) et dans l’accomplissement des fonctions organiques (alimentation...). Mais dès lors qu’il s’agit de manier des représentations et des signes, ou d'effectuer des calculs, la seconde nature offre ses services, il devient possible de s’y installer le temps nécessaire pour faire son travail, se divertir, discuter.

Nous avons donc désormais deux vies réelles, qui ne se déroulent pas en même temps, mais en alternance. Les pieds sur terre, en action parmi les objets solides, ou téléchargé, le curseur dans les flux. De temps à autre, pour des durées plus ou moins longues, nous partons, fluidifiés, bouillie d'octets, dans la réalité parallèle. Le reste du temps, de retour sur Terre, nous le passons solidifiés, installés dans notre corps, faisant bloc dans un espace rempli d'air, impatients de passer à nouveau à travers le miroir... Nous allons et venons entre les deux dimensions.

Longtemps, dans le monde professionnel, nous avons pratiqué ce que nous appelions des « informatisations ». L’informatisation d’une entreprise ou d’un service à l’intérieur d’une entreprise consistait à transposer des processus terrestres derrière l’écran, pour profiter des capacités de calcul et de stockage des ordinateurs. C’était le temps de la "gestion assistée par ordinateur". Comme tout cela semble loin aujourd’hui ! L’écran n’était qu’un assistant. Comparée aux temps anciens, la situation actuelle ne fait pas ressortir un changement de degré, mais de nature.

Ce monde peut être reconnu pour lui-même. Même une fenêtre suscitée quelques instants à l'écran, ce n'est pas rien. Pour y pénétrer, nous tapons quelques touches de clavier, comme on gravit les marches d'une imposante machine intergalactique, avant de passer à travers le rectangle lumineux, avec la touche "Entrée" : c'est Stargate, la porte des étoiles, qui commence. Immédiatement une lumière aveuglante s'abat sur nous, nous sommes portés par une matière absorbante sans air et sans intervalle. L'aventure peut commencer... Nous ne sommes pas déconnectés de la réalité, mais connectés sur une autre réalité.

Autrefois, pour parler des adolescents boutonneux s'adonnant aux jeux vidéo, on disait qu'ils s'enfermaient dans leur monde, "dans leur univers", à l'écart de la société. Ces jeunes semblaient étranges. Aujourd'hui cette évasion est devenue le lot commun d'une grande partie de la population. Nous les avons rejoints, nous sommes comme eux, de l'autre côté de l'écran.

Le ciel, le vent, les étoiles, les forêts, les villes. Curseur et clics, émissions, enregistrements. Nous sommes désormais face à deux éléments, deux univers : d’un côté notre monde naturel, celui dans lequel nous sommes nés, et de l’autre un monde artificiel qui prend de plus en plus de place dans notre réalité quotidienne. La Surface, la Ligne : deux terrains. Il est important de bien comprendre que le vieux monde ne remplace pas l'ancien, mais il s'y ajoute, il se superpose à lui. Le vieux monde continue d'exister, pour des raisons biologiques, mais nos activités se situent de plus en plus souvent dans le nouveau. Le premier stagne, le second émerge.

Il faut donner un nom au Nouveau Monde. Il faut un mot pour qualifier les mondes numériques, il faut un substantif pour désigner "tout ce qui est numérique". Numérique est un adjectif. "Etherciel", ce sera l’Etherciel.

Cet événement ne s'est pas produit du jour au lendemain. C'est la raison pour laquelle nous avons du mal à nous en rendre compte. Il a fallu environ vingt ans pour que l'Etherciel voit le jour. Mais c'est un événement considérable, une rupture dans l'histoire de l'humanité.

Etherciel, à nous deux maintenant !


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3 réactions à cet article    


  • citoyenrené citoyenrené 28 janvier 2013 11:07

    @ l’auteur,

    article intéressant, l’analyse sémantique comme porte d’entrée de compréhension est pertinente

    d’ « environnement » à « fenêtre », c’est bien vu

    il aurait été possible d’ajouter à cela le mot fondamental « écran », ’écran de protection’, ’faire écran de’ l’ère virtuelle est soit un prolongement du réel soit une protection, une séparation

    plus globalement, le phénomène est nouveau (à échelle humaine) et aux conséquences massives pour notre espèce...en cela, on (je) manque de recul pour en voir toute les conséquences....partir de l’analyse sémantique est donc un moyen fiable

    bravo


    • Cauvin Cauvin 28 janvier 2013 20:10

      Merci.

      Venant d’un disciple de Descartes, ce bravo me met en joie.
      Pour en savoir plus : à partir du bas de cette liste, une série de petits articles numérotés de 1 à 5 

      Pour l’écran, vous avez raison, l’Etherciel est protégé derrière une grande barrière d’écrans. Cette barrière est en pointillés, disséminé sur la surface de la terre, mais c’est bien une barrière.
      Infranchissable par les moyens corporels habituels.


    • omarus omarus 4 février 2013 19:45

      Excellent article
      d’une pertinence rare...
      bravo !

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