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Télétravail ou Nomadisme : l’état vient-il au secours des entreprises ?

Les contraintes posées aux entreprises par cette proposition de loi risquent tout simplement de signer l’arrêt de mort du télétravail salarié et de stimuler la recherche de solutions plus souples pour répondre aux besoins du marché.
Quand le télétravail s’impose…

Une proposition de loi visant à promouvoir le télétravail apparaît comme une bonne nouvelle, à l’heure où ce mode d’organisation du travail est encore marginal, et sous-développé en France. En effet les notions de « travailleur », de « temps et de lieu de travail » doivent aujourd’hui être considérées comme obsolètes, maintenant que nous sommes passés à l’immédiateté et à l’ubiquité que nous procurent les technologies de communications. Le monde du travail doit évoluer dans cette nouvelle dimension, et ce besoin est d’autant plus pressant que les contraintes de mobilités et d’espaces sont en crise et que les transports et les aménagements connaissent leurs limites.
 
…le gouvernement encourage-t-il vraiment le télétravail ?

Une partie importante du projet de loi visant à promouvoir le télétravail, déposé le 31 octobre 2008 par Jean-Pierre Decol et Bernard Gérard, députés UMP du Nord, reprend simplement les termes de l’Accord National Interprofessionnel de juillet 2005, accord passé inaperçu tant son effet sur l’évolution du télétravail en France a été imperceptible.

La loi visant à promouvoir le télétravail part du constat d’un retard de la France par rapport à ses voisins européens dans ce secteur. En 2006, 6% des salariés français exercent leur activité au moins une fois par semaine en dehors de leur lieu de travail grâce à l’utilisation des outils de la TIC (technologie de l’information et de la communication) alors qu’aux Pays-Bas ils étaient plus de 25% et plus de 22% en Allemagne. L’objectif est de montrer aux entreprises les avantages encore méconnus du télétravail et de les encourager à y faire appel, quand ce mode de travail n’est pas du tout intégré dans la tradition salariale française.
La loi insiste sur l’égalité de traitement, c’est-à-dire des droits du salarié télétravailleur par rapport au travailleur classique, et souligne qu’il ne s’agit que d’une différence de « conditions de travail ». Les frais d’équipement restent donc à la charge de l’employeur, qui assure à son salarié même protection, droits à la formation, charge de travail, et critères de résultat, que dans le cadre d’un travail sur le lieu de l’entreprise. Le passage au télétravail « n’affecte pas la qualité du salarié » et ne peut lui être imposé, est-il encore affirmé dans la récente proposition de loi.
 
Cette équivalence de traitement est-elle vraiment respectée ? En fait, la politique menée par le gouvernement vise à individualiser les contrats de travail, afin de contourner les inconvénients pour ne garder que les avantages de l’entrepreneur à embaucher des télétravailleurs. On l’a vu, les accords de 2005 ont démontré leur inefficacité car les rares entreprises qui télétravaillent contournent les règles en recourant à l’usage de la « mobilité », de « l’externalisation » ou du « nomadisme », autant de noms qui déguisent une utilisation du télétravail qui ne se soucie pas des conséquences légales et fiscales, voire sociales, et fait fi de la sécurité et des conditions du salariés au seul profit de l’entreprise.
 
L’exemple de l’accord négocié dans le cadre du déménagement du siège de Microsoft à Issy-les-Moulineaux montre à quel point les entreprises ne souhaitent nullement investir dans le télétravail. D’une part, l’accord est limité aux seuls salariés de la division support aux clients, soit une petite centaine de personnes. La plupart de ces « sédentaires » avaient en effet acheté leur résidence principale dans le 91 lorsque le siège était basé à Évry. Les assistantes de cette division, dans la même situation, ne sont pourtant pas concernées. En outre, l’accord limite le télétravail à deux jours par semaine. Pour couronner le tout, la généreuse direction offre une enveloppe de 400 € pour permettre aux télétravailleurs de s’équiper à domicile « d’un écran ou d’un fauteuil ». Un tel accord est évidemment inapproprié et inacceptable, et suffit à démontrer la nécessité de légiférer sur les conditions du télétravail pour qu’il puisse effectivement se développer. Pour cela, le projet de loi cherche à appâter les entreprises, en proposant une réduction d’impôt égale à 50% des dépenses réalisées exclusivement pour mettre en œuvre ou améliorer l’utilisation des technologies d’information ou de communication pour le travail à distance dans des zones définies par décret en fonction de leur taux de chômage et de leur enclavement géographique.
 
Avantages et inconvénients du télétravail

Car il ne faut pas s’en cacher, le télétravail est un investissement, et c’est pourquoi il fait si peur. Le développement des outils, la mise en œuvre de réseaux de surveillance et de communication pour ne pas couper le salarié de l’entreprise, la formation et l’équipement du télétravailleur, l’assurance et la protection des données utilisées par le télétravailleur, sont autant de coûts incompressibles qui rendent frileux les entrepreneurs. Pour cela, la proposition de loi, si elle est tout à fait honorable, risque d’être difficilement applicable, car elle multiplie les contraintes sans considérer les véritables besoins des entreprises et leur réel avantage à adopter le travail à distance. Tant que le télétravail sera proposé comme un engagement généreux, à la façon des quotas de travailleurs handicapés ou de l’application des normes écologiques, les entreprises ne pourront que s’y rendre à reculons. Ce qu’il faut voir dans le télétravail, c’est une promesse d’amélioration, en ce qui concerne les conditions de travail pour l’employé mais aussi par conséquent de la qualité et du rendement pour l’employeur. En outre, le télétravail offre le premier avantage de réduire les coûts de surface et les frais généraux. Le télétravail répond au souci de développement durable, en équilibrant de manière optimale la gestion du temps, du lieu et de la production. Il permet la réimplantation d’acteurs économiques dans le milieu rural, et réduit la consommation énergétique liée aux transports. Le télétravail, lorsqu’il est bien intégré, opère une adaptabilité maximale, et donc la garantie pour l’entreprise du meilleur rapport qualité-prix au cas par cas sur chaque mission.
 
Le télétravail optimise le fonctionnement du travail, pour le travailleur comme pour l’employeur, et améliore la qualité de vie et d’environnement de ces contributeurs et de l’ensemble de la population. Il est donc urgent de trouver des solutions adaptables et d’encourager les français à s’atteler au télétravail qui apparaît comme l’avenir inéluctable du monde professionnel, au lieu d’alourdir la démarche par une législation trop contraignante et négative qui ne peut que mener à l’immobilisme des entreprises ou à la fraude, voire à de nouvelles sources de conflits entre patrons et salariés.

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6 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 9 janvier 2009 12:02

    "Tant que le télétravail sera proposé comme un engagement généreux, à la façon des quotas de travailleurs handicapés ou de l’application des normes écologiques, les entreprises ne pourront que s’y rendre à reculons."

    je confirme que les quotas ont jamais marche pour les handis et le reste
    le teletravail est le moyen de delocalise les bureaucrates


    • Yvance77 9 janvier 2009 12:52

      .Bonjur,

      J’ai fait ce job dans un domain technique du bâtiment pendant un décade. Et le fond du fond ne se situe pas particulièrement là ou l’auteur le place.

      Le cœur du problème vient du fait que les dirigeants de sociète ne concsidère pas le télétravail comme un profession à part entière. Il voit cela comme une logique économique à moindre frais car mettre sur le bitume un flotte de commerciaux à l’ancienne, est plus coutueuse et avec un retour sur investissment plus contraignant.

      C’est un vrai job que de savoir manier le téléphone, on peut presque tout faire, et la seule faiblesse que personne n’a pris soin de vouloir éliminée est le manque de contact visuel, qui aurait permis par la visio-conférence de pouvoir être gommée.

      Pour les boss ce n’est qu’un masse informe de gens qu’il faut fouetter pour cracher de l’appel, ou en recevoir, avec des quotas à la con, s’apparentant plus à du pressage de citron, qu’à une volonté d’asseoir une relation avec la clientèle.

      Pour bien des professions pourraient avoir de jolies perspectives, sans compter un impact écologique, moins de déplacement etc ... mais non c’est jamais assez. Même dans l’adminstration d’état il y aurait tant à faire. Et de qualité.

      J’ai finalement quitté cela pour laisser ces abrutis à leurs certitudes ... moi je continue à rever en bleu après cela.

      A peluche


      • Halman Halman 9 janvier 2009 22:26

        Tout à fait Yvance, le télétravail est encore considéré comme une charge, une contrainte pour handicapés.

        Ils sont encore méfiants et y voient plus une occasion pour certains de flemarder à la maison.

        Il faut une véritable campagne pour se battre contre les idées préconçues.

        Combien de gens aveugles, en fauteuil ou tetraplegiques à la maison pourraient assurer une compétence certaine par le télétravail comme la rédaction de documents, la traduction, la correction ortographique ou grammaticale, sans parler des vidéo conférences.

        Je suis en train de me battre pour que mon administration achète un logiciel et du matériel pour mal voyants, car nous avons des mal voyants qui ont de graves problèmes pour utiliser un clavier et voir l’écran.

        Mais c’est lourd, lourd, lourd.

        Le logiciel ne fait pas partie du groupement d’achats, alors on ne commande pas.

        Et il faut passer par des commissions, par le médecin du travail, par la drh qui est une jeune obtuse.

        Le télétravail dans l’administration, ce n’est pas gagné.




      • Halman Halman 9 janvier 2009 22:10

        Avec les problèmes de santé et mon temps de transport, j’ai proposé le télétravail à mon hôpital.

        La réponse a été un non catégorique en argumentant le fait que les données et documents professionnels ne devaient en aucun cas sortir de l’hôpital, risque de confidentialité, que quelqu’un se serve de mes données sur mon ordinateur et s’en serve mal intentionnellement ; qu’on ne pourrait pas vérifier mes horaires ; que sortir voir du monde fait le plus grand bien.

        Et j’en oublie.

        Je retiens surtout un manque total d’ouverture d’esprit, une incapacité à s’adapter à une nouvelle sollution possible.

        Le télétravail permet d’économiser des charges et achats de lieux de travail, de bureaux, ainsi l’entreprise et l’administration font une économie plus que certaine.

        Il permet moins de monde dans les transports, donc moins de pollution, de fatigue, d’embouteillages, de retards, d’arrets de travail, etc.

        Créer un profil informatique à l’agent pour que par Internet il ait accès directement aux documents et logiciels professionnels sur le serveur de l’entreprise, (donc innaccessibles par des proches mal intentionnés) avec compteur chronologique est très facile techniquement, mais c’est la volonté qui manque.

        Hors, curieusement, c’est fait pour les médecins qui le demandent, mais on le refuse aux agents ayant des problèmes de santé.

        Hors, paradoxalement, on a la possibilité d’avoir accès aux postes de tout l’hôpital à partir de sa propre session. En interne c’est accepté, mais pas en externe, sauf pour les médecins.

        De là à penser qu’on considère, inconsciemment ou non, un agent administratif comme moins "fiable" qu’un médecin, jugement de valeur qui théoriquement est interdit dans les hôpitaux.

        Si cela est instauré à l’hôpital, ce sont encore les cadres qui vont en bénéficier, mais les agents malades devront quand même s’épuiser dans les transports.







        • Deneb Deneb 10 janvier 2009 09:08

          "...permet la réimplantation d’acteurs économiques dans le milieu rural..."

          Pas si sûr. Je fais travailler tous mes collaborateurs à distance, mais aucun n’est salarié, nous sommes tous independants, et le chéf est celui qui ammène l’affaire. J’ai vécu à la campagne, je suis revenu en ville pour plusieurs raisons : La principale était la voiture : je m’en suis debarassé et je n’ai jamais été si heureux, pas seulement à cause des economies que j’ai réalisé, mais surtout pour la tranquilité d’esprit - je me suis rendu compte que le fait de posseder une voiture ma stressait au plus haut point. La ville, la proximité des commerces et des transports en commun a un avantage indénable : vivre en ville revient moins chér. Sans dire que pour le télétravail, les liaisons intérnet sont de bien meilleure qualité. On peut passer des heures en vidéoconfrence avec ses collaborateurs, en prenant la webcam en main on peut leur montrer les documents papier ou des maquettes, des prototypes. On peut reduire ainsi de 90% les déplacements. On redecouvre la marche à pied, le plaisir du train et cette legéreté que l’on ressent quand on porte l’essentiel sur soi. Omnia mea mecum porto !


          • Cyril Slucki Cyril Slucki 23 janvier 2009 10:05

            Toute ses mesures ne serviront à rien, tant qu’on aura pas compris 2 choses.

            1 - Le télétravail pour les indépendants, c’est le fait de prospecter à plus de 30 % de son temps
            2 - Le télétravail pour le salariés implique un management au résultat.

            J’ai écris un e-book à ce sujet qui est en téléchargement gratuit : Télétravail les clés de la réussite


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