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Accueil du site > Actualités > Société > Tinder, Instagram, Whats’app et l’homme de la caverne

Tinder, Instagram, Whats’app et l’homme de la caverne

Après la déferlante de l'ordinateur personnel dans la quasi-totalité des foyers, concomitante de l'expansion galopante d'Internet, c'est par le phénomène smartphone qui se poursuit la ''révolution numérique'', et ce à un rythme effréné. En effet, aucun faux pas n'est à signaler dans la courbe qui indique l'augmentation des ventes ; selon la section européenne de l'International Data Corporation, on compte sur le Vieux Continent, toutes marques confondues, sept smartphones pour dix habitants1. Et les pays dits ''émergents'' ne sont pas en reste ; c'est d'ailleurs en Asie que la demande est la plus exponentielle2.

Ainsi, l'omniprésence tangible dans notre quotidien des smartphones et autres tablettes n'est plus à démontrer. Mais malgré des ventes record, les chiffres tendent à indiquer qu'il subsiste encore une poignée d'irréductibles se maintenant hors de cet univers de nouvelles technologies. Par aversion vis-à-vis de ce qu'on peut observer d'un point de vue extérieur ? Au point de risquer une hypothétique mise au ban ? Immersion dans la réalité d'un de ceux qu'on appelle parfois ''technophobe''.

Posons que la possession d'un smartphone et le recours aux diverses applications existant génèrent des commodités ; quels désavantages peuvent constituer un revers de médaille suffisant pour faire pencher la balance du côté du rejet ?

Le premier élément retenu relève de l'idéologie anti-consumériste ; il s'agit du refus de prendre part à la surexploitation des sous-sols africains, riches en zinc, nickel et autres matières premières indispensables à la fabrication de moult matériel électronique, fabrication en Chine, dans des conditions et selon une logique industrielle réprouvée. Ajoutons à cela l'e-déchetterie d'Agbogbloshie, catastrophe sanitaire et environnementale sur territoire ghanéen, et la boucle est bouclée.

Cependant, cette considération est relativement éloignée de nos préoccupations quotidiennes ; un facteur de choix plus tangible a trait à la question de la crainte d'une hypothétique dénaturalisation du lien social, et plus globalement des activités quotidiennes, avec en prime une propension à la sédentarité. Voyons plutôt.

Le smartphone, au yeux de celui pour lequel il est un objet étranger, semble bien être devenu comme une extension de la main. Dans les transports en commun, dans la rue, mais aussi au restaurant ou en société, dans les situations les plus diverses ; quand la majorité est plongée dans son écran, l'heureux propriétaire d'un Nokia se sent sur une autre longueur d'ondes. Car, comme celui qui n'a jamais vu l'extérieur de la caverne, il ne connaît de ce dont il n'a jamais fait l'expérience que des ombres. Et, tel l'enfant qui n'a jamais goûté au chocolat, il ne ressent aucun manque. Cependant, une interrogation des plus profondes émerge : que se passe-t-il de si captivant, à toute heure et en permanence, au point de se laisser happer ? Car, lorsque, après plusieurs appels, c'est bien souvent un regard vague venant d'une abysse lointaine qui ''répond''. Et quand l'attention de la majorité n'y est pas, l'art de la conversation est atteint. Et celui qui est pleinement connecté avec la réalité non-virtuelle est probablement seul pour s'en rendre compte – et s'en désoler.

De suite, la réflexion portera sur la capacité – ou plutôt l'incapacité – de s'ennuyer, entendu par là d'occuper son esprit avec des éléments plus imaginatifs ou contemplatifs. Car, ne nous en cachons pas, l'hyper-stimulation et la plongée en longue durée dans un monde virtuel peuvent potentiellement constituer des facteurs de perturbation et de stress non négligeables3, de part le sentiment d'obligation à se maintenir en permanence connecté et joignable. Et quand la priorité est accordée aux absents aux dépens de la compagnie présente, le technophobe, peu séduit, passe son chemin.

 

Dans le même ordre d'idée, quid de l'appréciation de l'instant présent ? On peut redouter - comme le constate celui qui est libre d'observer - que la tentation de se maintenir en permanence et en temps réel connecté en réseau devienne une seconde nature néfaste pour la pleine harmonie avec la réalité temporelle. Autrement dit : celui qui ne possède pas d'apparemment précieux sésame pour le monde virtuel se sent bien souvent seul lorsqu'il s'agit de vivre pleinement le moment donné, sans échappatoire possible.

 

Cependant, si notre homme de la caverne n'est toujours pas séduit par ces sirènes pour lui encore opaques, il est un point sur lequel la tentation peut s'avérer particulièrement frustrante : l'accès instantané à l'information. Car l'indépendance a ses désavantages, dans un monde où on présuppose – et bientôt exige – une connexion constante à Internet. Une adresse, un numéro de téléphone, un horaire, une recette, un doute sur un fait historique, une interrogation quant à une information quelconque... quand la Toile rime avec l'ordinateur domestique, une bonne mémoire et une certaine organisation sont requises. Ceci, ou un entourage connecté selon ce qui semble bien être la norme. En effet, l'omniprésence des tablettes et smartphones profitent aussi à qui n'en possède pas, parfois aussi en partie au motif de cette prolifération. Car, que ce soit en cas de réel besoin ou pas, l'homme moderne est bien souvent ravi de faire valoir les avantages de son cher bijou de technologie. Avec pour effet un éveil de l'envie chez son congénère un peu rétro ? Il y a là dilemme entre l'indépendance et l'aspect pratique, voire efficient. Ajoutons ceci au fait que le smartphone-addict moyen éprouve parfois de sérieuses difficultés à concevoir l'éventualité d'un autre monde non joignable en permanence sur les réseaux sociaux. Au point de délaisser ses habitants, ne serait-ce qu'involontairement ? À voir s'il ne s'agit pas moins d'une réelle mise au ban que d'une possibilité - fort appréciable - de se maintenir à l'écart d'un afflux par moments envahissant de messages potentiellement stressants.

 

L'heure est maintenant au bilan. D'un côté, l'efficacité, la communication instantanée, le gain de temps. De l'autre, le sentiment de non-dépendance, d'authenticité optimale dans les rapports sociaux et de collusion avec le quotidien tangible. Au milieu, notre technophobe... et l'alternative d'un usage modéré de la multitude d'e-applications diverses et variées, une réalité bien rassurante à observer.

 

3Pouce ! Mieux vivre avec le numérique - Thierry Le Fur - Éditions Docis (2014) p. 109 à 119

Étude Universités Glasgow et de Paisley – Dr Karen Renaud ; Phd Judith Ramsay ; Statisticien : Mario Hair (2007)


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3 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre M de Sourcessure 8 décembre 2015 09:32

    « c’est d’ailleurs en Asie que la demande est la plus exponentielle »

    — fin de citation —

    la demande n’est pas exponentiellee en elle-même, ça ne veut rien dire
    ce qui peut être exponentiel, c’est le taux de croissance de cette demande !
    ce n’est pas pareil.

    • L'enfoiré L’enfoiré 8 décembre 2015 17:32

      Bonsoir Alicia, 


      Il y a presque un an, jour pour jour, j’écrivais « Soyons smart jusqu’au bout de ongles ». 
      Un an après, on dirait que rien n’a vraiment changé. 

      Vous écrivez « L’heure est maintenant au bilan. D’un côté, l’efficacité, la communication instantanée, le gain de temps. »
      - Là, tout à fait d’accord.

      « De l’autre, le sentiment de non-dépendance, d’authenticité optimale dans les rapports sociaux et de collusion avec le quotidien tangible. »
      - Là, je ne suis pas d’accord. La dépendance est bien là. Quand à cette authenticité, dont vous parlez, je ne vois pas où vous la trouvez. Il faudra encore développer le sujet avec des preuves à l’appui.

      « Au milieu, notre technophobe... et l’alternative d’un usage modéré de la multitude d’e-applications diverses et variées, une réalité bien rassurante à observer. »
      - Technofolie ou technophobie ? L’e-Commerce a augmenté en pourcentage d’utilisation.

      Mais je ne parle pas à partir de France.

      • rotule 8 décembre 2015 18:52

        Dans le plateau de la balance : le respect de ma vie privée. Les smartphones sont terriblement indiscrets, ils communiquent la position (notamment) à plusieurs sociétés. Mais pas que ça !
         Et on peut refuser de se voir fliqué à ce point. par des sociétés commerciales , par les gouvernements ...

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Alicia


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