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Tirailleurs sénégalo-français

Recension critique d'un article du Monde de Amadou Mbembé. Chronique refusée par le Monde : C'est pas les amateurs qui vont critiquer le pro. Si votre navigateur, disons, ne vous permet pas de lire l'article dont je parle, faites-moi signe en MP.

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Photo Orélien Péréol

Nous n’avons pas d’idéologie d’Etat. La liberté de conscience de chacun n’est pas contrainte. Nous sommes en démocratie et nous pouvons dire tout ce que nous voyons, tout ce que nous entendons, tout ce que nous pensons. Ce principe de liberté de conscience est un peu mis en question, mais pour l’instant, il est en fonctionnement plein et entier. Sont interdits depuis longtemps, à l’exception du reste, les appels à la violence, la diffamation, les mensonges avérés, les insultes…

Il est un fait peu connu qu’un système libre comme le nôtre finit tout de même par creuser des chemins obligatoires, des ornières, hors desquelles l’expression n’est pas reçue, et à force de n’être pas reçue, pas émise. La censure arrive toute seule, sans aucun organisme pour la gérer. On arrive ainsi à recréer l’équivalent d’une idéologie d’Etat, alors que nul appareil répressif ne l’impose en punissant les contrevenants, nul texte écrit n’en explicite les lignes. La critique de cet usage systémique de la liberté arrive quelque fois sous l’appellation floue de « pensée unique ». Un système ouvert crée ses obligations, ses privilèges, ses interdits… et finalement, une tenue a priori des discours admis, possibles.

Ces lois externes à un système et qui agissent à l’intérieur peuvent se montrer dans des exemples où elles sautent aux yeux. Il n’est pas besoin de placer dans les règles du basket qu’il faut être de grande taille, ni que les jockeys doivent être petits, légers et musclés. Ces règles se rajoutent tacitement toutes seules.

Le discours sur la colonisation s’organise depuis quelque temps sur l’idée qui veut que ce soit le pire des malheurs que les humains se sont infligés les uns aux autres et que cette caractéristique ne puisse recevoir comme conséquence qu’une culpabilité totale et absolue, mère de toutes vengeances, dont la meilleure serait le renversement des rapports de force (ce dernier point n’est en général pas explicité, mais c’est tout ce qui reste comme suite possible au discours sur la colonisation ainsi disposé). Résilier n’est pas évoqué, tout comme si résilier n’était pas dans le champ du possible.

Le Président Hollande a fait accéder des soldats français d’Afrique à la nationalité française qu’ils ont perdue automatiquement à l’indépendance des colonies en 1960. Ndongo Dieng, Sénégalais, de 81 ans déclare : « Je ne comprends pas pourquoi on n’a pas la nationalité française, on est nés français, on a combattu pour la France !  »

Hamidou Anne, chroniqueur du Monde, choisit certains éléments dans cet événement, en rejette d’autres et les organise de façon à n’y voir que condescendance. Quelqu’un qui veut comprendre ce qui se passe doit intégrer tous les éléments connus de ce qu’il veut comprendre. Il ne peut en rejeter une part, à moins de disposer d’une théorie qui les lui fait refuser. C’est ce que fait Hamidou Anne. La déclaration de ses principes est au milieu de son texte : « Ces messieurs représentent pour notre génération le visage de ce que furent plusieurs siècles de négation de la dignité de l’homme africain par l’inique système de la colonisation, dont le caractère ou non de crime contre l’humanité a encore récemment fait polémique. » et « Le travail de mémoire de la France est de faire face à ses propres démons en assumant enfin sa responsabilité sur tous les crimes commis… » Face à ces déclarations, aucun fait ne pèse. Quel fait correspond à « faire face à ses propres démons » ? Redonner la nationalité française ne saurait être un acte du côté de la reconnaissance de la responsabilité de la France. Le verbe redonner ne convient pas, ils n’ont jamais été français, selon Mr Anne. Pourtant, la nation est toujours imposée. Qui a choisi sa nation ?

Cette naturalisation n’aurait qu’une seule motivation, « leur permettre d’avoir une fin de vie plus décente ». Qu’en sait-il, de l’unicité de cette motivation ? Sans compter l’idée sous-jacente qu’il serait indécent (je double ce mot intentionnellement) de vouloir une vie plus décente !

Parmi les actes qu’Hamidou Anne rejette, il y a d’abord et surtout la parole des premiers concernés, leur désir, la signature des 60 000 pétitionnaires…

Et c’est bien le propre des discours moraux : on n’y parle que de soi, au fond. On ne fait que s’y montrer, en beauté, en dignité ; on est la mesure humaine universelle et les autres ne valent pas grand-chose. D’ailleurs, pour Hamidou Anne, les pays d’Afrique ne sont pas plus à la hauteur de l’indépendance que la France n’est à la hauteur de sa culpabilité dans la colonisation. Mr Anne remplit, ce faisant, une tendance lourde qui substitue la morale, c’est-à-dire le jugement moral, aux actes et gestes politiques qui même modestes vont parfois dans une direction favorisant le vivre ensemble, ce qu’il faut faire et qu’il faudrait dire quand c’est le cas.

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Dessin perso (avec mes excuses)

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6 réactions à cet article    


  • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 21 avril 11:40

    Je ne lis pas Le Monde et je ne comprend rien de ce que vous dites. A qui vous en prenez vous et quel message voulez-vous faire passer ? Qui sont Hamidou Anne et Amadou Mbembé ?


    • Orélien Péréol Orélien Péréol 21 avril 11:58

      @Jean J. MOUROT
      Hamidou Anne est un homme politique sénégalais, chroniqueur au Monde,. Vous trouverez aisément sur le Net toute information sur lui.
      Il y a une erreur, un copié-collé malheureux, le nom fantaisiste d’Amadou Mbembé s’est substitué au nom d’Hamidou Anne, dans le chapeau.


    • Orélien Péréol Orélien Péréol 21 avril 12:03

      @Jean J. MOUROT
      Mon article me parait clair. Mais sans doute pas tant que ça.

      En substance, Hamidou Anne trouve condescendant le fait de donner la nationalité française à des natifs d’anciennes colonies, anciens soldats français.
      Je dis que la réparation de la colonisation sera le travail d’un grand nombre de petits gestes comme celui-là, que cette réparation est nécessaire, même si elle ne sera jamais parfaite...
      Je subodore que le discours d’Hamidou Anne est sous-tendu par une vision tacite de la colonisation, selon laquelle c’est un crime irréparable et que les tentatives de réparations locales ne sont que perversions, c’est-à-dire continuation de ladite colonisation.
      Est-ce plus clair ?

    • Orélien Péréol Orélien Péréol 21 avril 11:54

      Mes excuses :

      Amadou Mbembé, c’est une erreur de ma part, il s’agit d’Hamidou Anne, je traite d’un article d’Hamidou Anne.

      • juluch juluch 21 avril 13:09

        Honneurs aux Anciens des colonies qui ont combattus avec nous.


        on les a bien mal récompensé de leurs courages et de leurs sacrifices.....  smiley

        • microf 22 avril 12:02

          @Orélien Pérol.
          "Je dis que la réparation de la colonisation sera le travail d’un grand nombre de petits gestes comme celui-là, que cette réparation est nécessaire, même si elle ne sera jamais parfaite...« 

          C´est bien ce que vous dites et vrai, aucune réparation ne sera jamais parfaite.
          Le mal a été fait, et c´est fait, il faut voir comment faire pour aller de l´avant, sans oublier bien sûr le passé.
          La vraie et bonne réparation pour moi, serait que la France s´excuse et demande un VRAI PARDON au mal qu´il a fait á ces pays en allant les coloniser sans leur avis.
          Après, que la France sorte de ces pays et de système tel la FRANCAFRIQUE qui plombe le dévéloppement de l´Afrique Francophone.
          Sorte des Territoires et Départements d´Outre-mers et laisse tous ces pays décider par eux même, et si la France le veut, compte tenus des Relations existantes pendant des siècles nouées au profit de la France et non de ces pays, nouer de nouvelles Relations sur la base d´égalité et travailler main dans la main pour le bien et de ces pays et de la France.
          Si ceci était fait, la France en sortira grandit et une nouvelle ère de prospérité s´ouvrira á la France.
          Une nouvelle ère de prospérité pour la France plus basée sur l´exploitation et le pillage de ces pays, mais basée sur une Coopération gagnant-gagnant.
          Dans son Discours du 25 Aout 1958 á Conakry á de Gaule venu en Afrique proposer une Association Franco-Africaine, le Président Sékou Touré avait dit á de Gaule que son approche n´était pas la bonne. De Gaule voulait une Association oú c´est la France qui définirait tout, le Président Sékou Touré lui voulait une Association Afro-Francaise, oú l´Afrique définirait sa politique et la France compte tenue de son expérience, de sa technologie, l´accompagner dans ces choix.
          De Gaule ne l´entendit pas de cette oreille, il refusa cette proposition, il créa la Francafrique avec le sinistre Jacques Foccard, le reste on connait les résultats.
          Alors est ce que la France est même prête á quelques reparations telles celles que je cite ?, ceci est une autre affaire, mais qui ne peut être que la seule voie »si on veut éviter les pires convultions et difficultés politiques" comme l´a dit l´ex-Président Jacques Chirac parlant aussi des réparations sur l´Afrique.

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