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Accueil du site > Actualités > Société > Todd et Charlie (4ème partie) : du FN, du PS, et de la xénophobie

Todd et Charlie (4ème partie) : du FN, du PS, et de la xénophobie

Dans « Le mystère Français  », Emmanuel Todd et Hervé Le Bras proposaient une analyse passionnante des évolutions du vote des Français. Dans « Qui est Charlie ?  », il poursuit son analyse et propose des interprétations intéressantes des mouvements de fond de notre vie politique.

 
Des ressorts du vote Front National
 
Todd poursuit sa réflexion sur les ressorts du succès du FN. Constatant que ce parti a ses bastions dans les parties les plus égalitaires du territoire selon sa classification, il y voit « l’absurdité symétrique d’une force officiellement xénophobe ancrée dans un fond anthropologique égalitaire (…) il ne fait aucun doute que les électeurs du FN sont mus par des sentiments que l’on pourrait en première approche décrire comme inégalitaires (…) Ils semblent cependant travaillés par un inconscient égalitaire ». Pour lui, le raisonnement est le suivant : « si les hommes sont partout les mêmes, et si les étrangers qui arrivent sur notre sol se conduisent d’une façon vraiment différente, c’est qu’ils ne sont pas des hommes  ». Il note également que l’émergence du FN a coincidé à, « venu des élites, un discours de tolérance totalement dysfonctionnel affirmant la nécessité de respecter la différence immigrée  ».
 
Pour lui, « la combinaison de l’égalitarisme populaire et du multiculturalisme des élites avait réuni, au début des années 1980, les conditions d’une cristallisation pathologique. Le produit chimique sorti du tube à essai fut le vote FN  ». On pourrait aussi y ajouter le jeu de Mitterrand, poursuivi depuis par Hollande, ou aussi que le bilan des deux grands partis au pouvoir depuis 40 ans est désastreux pour les classes populaires. Il note les dangers d’un universalisme abstrait : « si la réalité du mondre confronte ce système mental à un homme concrètement différent, l’homme universel, réduit à son insu à l’état ethnique le plus pur, sera capable de réagir par une négation de la nature humaine du porteur de la contradiction  ». Pour lui, « l’électeur du FN voit au-dessus de lui la masse écrasante d’une classe moyenne définie par ses études. Il ne rêve plus d’accéder à son statut. Il regarde vers le bas, redoutant surtout de sombrer ». En 2012, il soutenait déjà que les électeurs du FN n’étaient pas racistes, mais malheureux.
 
 
Un Parti Socialiste inégalitaire et xénophobe ?
 
Celui qui espérait un « hollandisme révolutionnaire  » a changé de perspective sur le PS. Si l’ex-UMP se concentre dans les zones caractérisées par la nucléarité, « fondamentalement individualiste  », il est souvent plus fort que le PS dans des régions égalitaires, ce qui nourrit sa conclusion d’un PS virant inégalitaire. En effet, en reprenant les cartes travaillées avec Hervé Le Bras, il note que le score de Hollande baisse avec le niveau d’égalitarisme, tout comme, étonnamment, Jean-Luc Mélenchon, à l’inverse de celui de Sarkozy. En fait, le « droit à la différence  » des immigrés est le « symptôme pour ainsi dire clinique d’ancrage dans un inconscient inégalitaire (…) la gauche française est également pénétrée aujourd’hui d’un substrat différentialiste inconscient qui ne tient pas tellement à ce que les enfants d’Arabes, de noirs et de juifs deviennent des citoyens comme les autres, et qui se sent intellectuellement légitimé quand il voit des beurs terroristes », ceci me semblant tout de même un peu caricatural.
 
Pour lui, cela est cohérent avec la politique de monnaie chère : « si le PS parle d’intégration, il a choisi, par sa politique économique, de réaliser la ségrégation ». Mais là où je ne suis pas d’accord, c’est quand il dit « la simplicité de la séquence logique et l’obstination dans sa réalisation sont telles que nous ne pouvons retenir l’hypothèse de l’accident ou d’un malheureux hasard  ». En effet, je ne pense quand même pas que les conséquences des choix économiques du PS soient totalement conscients (ce qui n’est guère mieux). Pour Todd, le PS serait objectivement xénophobe, différencialiste et refusant l’intégration, quand le FN serait subjectivement xénophobe, ne supportant pas la différence immigrée. Ils représenteraient ainsi deux formes de racisme, paradoxalement, inégalitaire pour le PS, et égalitaire pour le FN. Même si la conclusion est très dérangeante, et va sans doute un peu loin, elle est intéressante.
 
Bien sûr, Todd a un caractère, très français, provocateur, le poussant à des conclusions très dérangeantes, que l’on peut contester. Néanmoins, parce qu’il fournit une vision du monde différente, souvent, mais pas toujours, bien argumentée, il stimule la réflexion comme peu le font et à ce titre, malgré toutes ses carences, ce livre me semble intéressant à lire. Demain, je reviendrai sur la crise religieuse.
 

Source : « Qui est Charlie ?  », Emmanuel Todd, Seuil


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7 réactions à cet article    


  • JL JL 28 décembre 2015 15:17

    ’’ Pour lui (Emmanuel Toff ?) « si les hommes sont partout les mêmes, et si les étrangers qui arrivent sur notre sol se conduisent d’une façon vraiment différente, c’est qu’ils ne sont pas des hommes  »’’


    Vous pourriez nous dire svp, où, dans les écrits ou les dires d’Emmanuel Todd, vous avez trouvé une telle phrase ?

    • Shanan Khairi Shanan Khairi 28 décembre 2015 16:56

      @JL
      Cette citation se réfère en fait à une idée de Todd plutôt intéressante mais qui ne peut être comprise sur base de ce texte. En débat avec Le Bras, il affirmait que la société allemande était structurée par une sociologie profondément inégalitaire. La France étant quant à elle, pour lui, divisée en un bloc périphérique de structures inégalitaires et central égalitaire, ce dernier bloc étant généralement dominant depuis la révolution française. Il prétend que de ce fait, l’Allemagne est plus sujette que la France a des dérives autoritaires, totalitaires et racialistes.

      Mais il ajoutait que la conception égalitaire de la France se fonde depuis la révolution française sur une conception universaliste. Et que cet universalisme portait en lui-même un risque de dérive totalitaire et racialiste car lorsqu’on proclame que « tous les hommes sont ainsi » et qu’on se rend compte en voyant ses voisins qu’ils sont différents, on risque de considérer qu’ils « ne sont pas vraiment des hommes ».

      On est d’accord ou pas. Mais dit ainsi, c’est déjà différent...


    • JL JL 28 décembre 2015 17:54

      @Shanan Khairi


       Merci pour la réponse.Comme j’ai déjà exprimé publiquement ma méfiance envers Laurent Herblay et qu’il n’a pas réagi, j’ai je crois, de bonnes raisons de douter de son honnêteté intellectuelle.

      Je persiste donc dans ma question : pourrait-il nous dire où il a trouvé cette phrase, exprimée ainsi ?

      Ps. Pour répondre à votre remarque : ’’lorsqu’on proclame que « tous les hommes sont ainsi » et qu’on se rend compte en voyant ses voisins qu’ils sont différents, on risque de considérer qu’ils « ne sont pas vraiment des hommes  »’’. Je dirais : Ce sont peut-être des surhommes ? Ou bien moi le sous-homme ? Par exemple : les ultra-riches ne se comportent pas comme moi !

    • Alren Alren 29 décembre 2015 16:04

      @JL

      Les ultrariches ont compris qu’ils devaient vivre hors de la vue des plus pauvres, les plus malheureux. (Il serait intéressant de faire une étude sociologique sur la corrélation entre le vote FN et le sentiment d’avoir une vie malheureuse du fait des autres.)

      Il est ainsi possible que la cohabitation dans les immeubles haussmanniens au XIXe siècle à Paris entre les plus riches vivant au premier étage sous le nez des plus pauvres grelottant en hiver sous les toits et mourant de faim aient alimenté un sentiment légitime d’injustice devenant moteur des révolutions de cette époque.

      Maintenant, les ultrariches ont leurs quartiers propres et viennent "dans notre monde" discrètement en se fondant par le vêtement, la voiture, le comportement, dans la classe moyenne, moyenne supérieure certes, mais comportant beaucoup plus d’individus que dans leur caste.


      Pour en revenir à cette idée : « Nous sommes des hommes ; ils ne sont pas comme nous, donc ce ne sont pas des hommes. », tous les ethnologues vous diront qu’elle est universellement partagée et se retrouve dans tous les groupes humains dès qu’ils sont en conflit avec un autre groupe qu’il peut différencier ... y compris lors de rencontres sportives ! N’y a-t-il pas eu des gens tués par des « hooligans » autour de matchs de foot ?

      Car chacun se considère, dès l’enfance, comme LA référence insurpassable.

      La vision de chacun le place au centre de la perspective. Il est facile aux esprits simples de croire que c’est le centre du monde.

      Bien sûr chacun sait que l’ennemi ou l’adversaire ou l’étranger est aussi un être humain. Mais sa civilisation paraîtra toujours inférieure à la sienne propre et donc il est inférieur par cela ...


      L’Empire du Milieu (le centre du monde) vitupère les « diables étrangers ». Les Grecs, puis les Romains qualifient de « barbares » ceux dont ils ne comprennent pas la langue. Les missionnaires chrétiens détruisent les « idoles » des peuples « primitifs ». La France à une mission « civilisatrice » dans ses colonies (comme l’Angleterre et tous les envahisseurs d’ailleurs). Les aryens nordiques ne forment-ils pas la race des Seigneurs ? etc.


    • JL JL 29 décembre 2015 17:44

      @Alren,


      en réalité, si je posais la question à Laurent Herblay, lequel se garde bien de répondre - en cela, il est constant -, c’était pour souligner une autre de ses facéties : Todd ne fait pas sienne cette formule, contrairement à ce que LH voudrait nous le fait croire par cette déplorable mise en contexte, mais au contraire il la dénonce, ou plus exactement il stigmatise ceux pour qui elle est au fondement de leur racisme.

    • Shanan Khairi Shanan Khairi 28 décembre 2015 16:46

      Quoi qu’on pense du bien fondé des constats et conclusions de Todd, il est totalement erroné de dire qu’il prétend que tous les actes du PS (ou de quiconque) soient « conscients ». Au contraire, il a assez clamé sur les toits que son travail de sociologue consistait à mettre à jour les déterminants inconscients des actes posés et de les confronter aux motivations qu’on leur attribuerait consciemment. Ainsi, il prétend expliquer les changements idéologiques et de pratiques du PS par les changements sociologiques de son électorat, de ses militants et de ses cadres dirigeants. Lorsqu’il affirme (de façon un peu exagérée...) « qu’il n’y a pas de hasard », il fait justement référence à ces déterminants inconscients. De même il y a une confusion quant à l’acception des termes « objectif » et « subjectif » utilisés dans ce contexte.


      • lsga lsga 29 décembre 2015 14:30

        Todd, il est meilleur quand il fait de la démographie. En philosophie de comptoir, il est plutôt au raz des pâquerettes. 

         
        « absurdité symétrique d’une force officiellement xénophobe ancrée dans un fond anthropologique égalitaire »
        c’était la base fondamentale du Nazisme. 
        Les fascistes sont égalitaristes, Mussolini venait du Parti Socialiste, et le Nazisme est un socialisme national (comme le Stalinisme d’ailleurs). Bref, rien de nouveau.

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