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Toutes féministes

Chères amies, chères sœurs, chères camarades de travail.

Vous que nous connaissons, ou que nous ne connaissons pas encore ?
Vous qui avez en commun avec nous d’être femme

Vous avez des enfants ou pas, ou pas encore.
Vous avez moins de vingt ans ou pas ou plus, beaucoup plus, peu importe.

Vous travaillez ou pas ou plus nous savons ce que vous faites par ailleurs comme travaux invisibles.

Vous habitez en France, en Europe ou ailleurs, dans un pays dit développé,(nous n’oublions pas pour autant les autres) mais c’est à vous que nous nous adressons aujourd’hui.

Toutes nous avons vécu ou nous vivons des situations semblables. Toutes nous avons cru et pensons encore que nous pouvons être libres. Mais toutes nous réalisons un jour ou l’autre que cette liberté est une illusion, qu’elle est tronquée ou conditionnelle.

Laquelle d’entre nous n’a pas craint d’avouer à son employeur qu’elle avait ou voulait des enfants ? Ou n’a pas culpabilisé de laisser son enfant pour aller travailler ?

Laquelle d’entre nous n’a pas refusé une responsabilité professionnelle par manque de confiance en elle ou par peur de manquer de temps ? Ou n’a pas eu le sentiment que « pour une femme » ce n’était déjà pas mal d’en être arrivée là ? Pas eu honte d’avoir de l’ambition ? de jouer des coudes pour obtenir un poste. De trouver du plaisir à exister en dehors de sa famille ? De réussir mieux professionnellement que son mari et de chercher à se faire pardonner ?

Les bonnes blagues, les photos scandaleuses, les diktats de la mode et de l’esthétique nous font vaciller sur nos talons fragiles. Les médias nous cantonnent à des rôles de mère, de cuisinière, de séductrices (pour le repos du guerrier), d’inspiratrice et de soutien de grands hommes, de subordonnée dans l’univers professionnel. Ils nous font parfois rêver avec les portraits de quelques superwomen patronnes et pas moins mères, figures de proues, admirables mais à quel prix ?

Le monde change. Sous nos cieux les droits sont égalitaires. Jeunes diplômées vous déclarez« nous avons acquis l’essentiel, le féminisme est dépassé » Plus tard vous déchantez, lorsqu’à l’age de tous les dangers, quand vous décidez de vivre en couple, d’avoir des enfants, les entreprises considèrent que si vous voulez émerger un jour c’est maintenant ou jamais que vous devez faire vos preuves et travailler 50h par semaine.

Les lois c’est bien, mais leur application c’est encore mieux : combien de lois à ce jour pour imposer sans succès l’égalité des salaires ?

Nos hommes changent, prennent plus de place en famille sans nous laisser vraiment de place dans le travail.

Comment rester femme et ne pas se fondre dans le moule que les homme ont créé à leur image ? Comment changer avec les hommes ce monde en crise et construire un avenir acceptable pour nos enfants ? Comment exprimer sans crainte notre force, notre refus de la violence et notre imagination ? Comment jouer le partenariat sans que les uns dominent les autres ? Sans que les différences servent de prétextes aux inégalités mais soient reconnues comme source de vie et de richesse ?

Nous menons toutes à notre façon une révolution silencieuse pour avoir le droit de nous exprimer, en tant que femme ; pour faire accepter que nos aspirations soient multiples et que notre vie soit faite de plusieurs vie ; pour démontrer que le modèle d’égalité des choix et de partage entre les hommes et les femmes est un bon projet de société, celui d’une société réellement mixte dans tous les domaines, où aucun rôle n’est « naturel » mais peut être choisi et négocié.

Nos ainées ont créé dans les années 1970 un mouvement de société qu’elles ont nommé le « féminisme ». Il s’agissait d’exprimer le féminin partout : au travail, en politique, et de le valoriser dans la famille pour sortir des clichés de la femme au foyer.

Presque 40 ans plus tard, les statistiques sur la place des femmes dans les postes à responsabilité n’ont guère évolué. Nous cherchons toujours à exprimer le féminin au travail, en politique… mais avec quelles difficultés !

Etre féministe n’est pas anachronique, ni l’apanage des femmes, pas plus qu’être humaniste. Le terme dérange, évoque des excès, sonne comme une injure, alors que le mot révolution ne trouble personne ! Pourtant les féministes n’ont jamais coupé la tête de quiconque.

Au vingt et unième siècle être féministe, c’est refuser que le monde soit déchiré entre les hommes et les femmes, cela veut tout simplement dire vouloir l’égalité des choix de vie, refuser d’être soumise à un destin prétendument naturel, sans pour autant vouloir ressembler en tous points à un homme, sans vouloir absolument sous traiter nos enfants. Juste partager, les tâches, les projets, les décisions et pas de façon occulte, par protection, mais ouvertement, publiquement, loyalement.

Ce n’est ni « l’un est l’autre » ni « l’un ou l’autre » mais « l’un et l’autre ». Alors plutôt que de dire « je ne suis pas féministe, mais… », n’ayez pas peur de dire « je suis féministe…parce que je ne veux ni un monde d’hommes, ni un monde de femmes, mais un monde paritaire ».

 

Cet article a été écrit par Annie Batlle et Cristina Lunghi.

Cristina Lunghi, Docteure en droit (France), a créé en 1995 l’association Arborus spécialisée dans les questions d’égalité professionnelle et d’égalité des chances. Experte, nationale et auprès de la Commission européenne, sur ces questions, elle a écrit des ouvrages, dont « Et si les femmes réinventaient le travail » et « L’égalité professionnelle en pratique » Ed. Eyrolles 2001 - 2002 et « Bleu, Blanc, Rose, les femmes et la politique » Ed. First 2006. Porte parole du « CLUB du Label Egalité ».
Elle accompagne des entreprises dans leur démarche en matière d’égalité professionnelle et de labellisation dans le cadre d’une société de conseil EGALITE PROFESSIONNELLE ET DIVERSITE.

par Annie Batlle lundi 9 mars 2009 - 36 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par bulu (xxx.xxx.xxx.28) 9 mars 2009 11:31

    Bonjour,

    Dans 90% des séparations, le père ne peut plus voir son enfant qu’un week-end sur deux. Dans 30% des cas de droit de visite et d’hébergement, le parent "non-gardien" ( le père donc ) perd tout contact avec son enfant au bout de 3 ans en moyenne. La situation est dramatique.

    Quel est votre position sur ce sujet madame la feministe, pronez-vous l’égalité ?
    Quelle est votre position sur la résidence alternée ?

  • Par ThatJazz (xxx.xxx.xxx.212) 9 mars 2009 12:05
    ThatJazz

    Je crois que l’échec du féminisme traditionnel ça a été la dépréciation totale des valeurs dites "féminines" au profit de la survalorisation des valeurs dites "masculines". Les féministes des années 70 se sont tiré une balle dans le pied en voulant prouver qu’elle pouvaient être comme les hommes, tout simplement parce que ça a eu pour effet de renforcer une organisation sociale, surtout au travail, qui n’était bonne pour personne. Si les hommes sont souvent élevés dans la valorisation de la compétition, les femmes l’étaient plus dans l’esprit de conciliation. Au lieu d’apporter cette valeur ajoutée au monde du travail, elles se sont adaptées à l’esprit de compétition. En famille pareil, avec l’exemple de la maternité aliénation. La maternité n’est une aliénation qu’à partir du moment où l’Etat ne met pas en place les infrastructures et les aides nécessaires aux mères -et au pères- qui souhaitent travailler ou élever leurs enfants à la maison. Et aujourd’hui on en entend qui se plaignent du fait que de jeunes mères veuillent aujourd’hui s’arrêter de travailler pour s’occuper de leurs enfants par exemple. Mais c’est pas étonnant. Elles ne se sont pas battues pour intégrer les femmes dans le monde, mais pour prouver qu’elles pouvaient être des hommes. Maintenant que ça c’est fait, tout reste à faire.

  • Par Kalki (xxx.xxx.xxx.180) 9 mars 2009 13:16
    Kalki

    "Comment rester femme et ne pas se fondre dans le moule que les homme ont créé à leur image ? Comment changer avec les hommes ce monde en crise et construire un avenir acceptable pour nos enfants ? Comment exprimer sans crainte notre force, notre refus de la violence et notre imagination ? Comment jouer le partenariat sans que les uns dominent les autres ? Sans que les différences servent de prétextes aux inégalités mais soient reconnues comme source de vie et de richesse ?"

    Toutes les questions sont là, et donc le "féminisme + le masculinisme" (ensemble car sinon c’est du sexisme) doivent etre intégré dans l’humanisme.

    C’est simple et pourtant si compliqué (mais comme pour le couple cela depend des personnes leur capaciter a comprendre accepter, respecter).

  • Par Annie Batlle (xxx.xxx.xxx.120) 9 mars 2009 15:55
    Annie Batlle

     L’égalité, nous la réclamons pour tous. Et si les femmes veulent tout partager, il est évident que les hommes doivent avoir les mêmes droits vis à vis des enfants que les femmes . Nous héritons et ni vous ni nous n’en sommes responsables d’une société ou la répartition figée de rôles a généré des inégalités de fait dans la possibilité de choisir (evidemment plus ou moin) sa vie. Qu’il s’agisse des hommes ou des femmes. C’est contre ces inégalités que nous nous nous engageons Féminisme aujourd’ui ne veut pas dire féminiser le monde (en tous cas pas pour nous), mais faire qu’il soit mixte. Nous croyons précisémment que les hommes ont tout à gagner en tous cas pour des hommes comme vous

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