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Tranches de vie

Il y a quelques mois dans l’article «  La grande illusion  » je parlais des racoleurs de malheur tout proche d’une grande galerie commerciale ; ceux qui veulent à tout prix la « félicité » des « brebis égarées ». ( sans citer de nom) Ainsi que la situation cocasse, si j’ose dire, qui faisait éclater au grand jour toute leur hypocrisie sans même qu’ils s’en aperçoivent ; car si nous, nous avions droit à toute la gentillesse mielleuse et à leurs sourires Ultra brite de ces loups aux dents longues qui s’époumonaient à nous distribuer leurs brochures propagandèsques avec un discours aussi rodé que celui d’un politicien en campagne, les deux sans-abri d’à côté, eux, n’avaient pas droit aux mêmes attentions.

Hélas ce n’est pas la première fois que j’assiste à un tel trompe-l’oeil de ces « curés » habillés en Ralph Lauren.

 

« Il était une fois »

Il y a plus d’une dizaine d’années alors que j’étais assise tranquillement dans un parc j’avais été accostée par deux femmes avec les fameuses brochures quadri, elles venaient soudain me réconforter en jouant les pompiers pyromanes car " après la fin du monde, viendrait la lumière ". Réconfort dont je n'avais nul besoin. Tout juste derrière elles, se trouvait un vieil homme en guenilles sans domicile fixe allongé sur un banc. Ce n’est pas lui qu’elles sont allées réconforter avec leurs sourires « enrôleurs » mais moi, bien portante et qui ne demandais rien.

 

Achats compulsifs, illusions, crashs et descente.

Me voici une nouvelle fois aux pays des gens « heureux » grande galerie marchande et certains jours elle est comme une véritable fourmilière où des milliers de gens circulent et se croisent en sens inverse des uns des autres. Et comme je suis une curieuse insatiable de « l’Om » une curieuse tout court, je fais des zooms sur les autres et les uns, quand ils sourient jaune à la caisse ; quand ils font chier les vendeurs avec leurs mille et une questions ; quand ils semblent emportés comme des courants d’air par leur portable greffé à l’oreille ; quand dans un des magasins ils lisent gênés dans ce qui sert de section ésotérique vraiment trop naze et trop petite, trop pauvre et en tout ; quand ils cheminent et rentrent dans une boutique pleine d’illusions déposées sur les étalages et en achètent un petit bout chacun et avec, ils auront sans doute l’illusion d’être plus beau, l’illusion d’aller mieux que la veille, et le lendemain quand l’illusion aura fini de faire son effet, il y aura un crash ou une descente car ils auront toujours la même tête qu’avant et ils n’iront peut-être pas mieux que la veille non plus. C'est l'effet « mensonge soleil ».

La galerie commerciale semble faire peau neuve ; on y met des couleurs on refait les parkings on répare les escalators qui semblent avoir rouillé par tous les temps et qui ne fonctionnaient plus. 

À certains endroits des parkings, le parterre glisse et brille comme une patinoire. Et justement depuis quelque temps il n’y a plus aucun sans-abri ou presque ; car la dame qui somnole à genoux tout en tendant son gobelet est de retour. Oui une dame est postée presque en plein milieu du passage de la foule dans le couloir du métro qui mène à la galerie et elle somnole à genoux et tend son gobelet c’est tout ; elle n’entend pas ce qu’on lui dit. Elle est tellement, disons-le, oui défoncée à cause de qui et avec quoi, que je me demande comment elle fait pour ne pas s’écrouler par terre ; d'ailleurs elle ne sait même pas si son gobelet est plein ou vide. Mais les autres ne sont plus là. Non pas que cela me fasse plaisir de les voir et justement, ça me fatigue même de les voir j’en ai marre, marre d’avoir mal au cœur car ça commence à devenir vraiment douloureux et ça fait presque croire à quelques citoyens qu’ils ont une chance folle de se contenter des conditions de vie de merde et que faute de mieux leurs conditions pourraient être pires comme celles des sans-abri qu’ils voient tous les jours pendant leur métro-boulot-dodo et ils y croient « travailler plus pour gagner plus » oui la terrible réalité sert aussi d'argumensonge à quelques gros culs de politiciens passés, actuels et à venir.

 

« Les messagers » eux s’accrochent. Décidément !

Mais voilà, si les SDF habituels semblent avoir disparu, il y a encore les mêmes propagateurs d’un futur cauchemar, mais dont le présent se charge pas trop mal déjà, alors à quoi bon ; un présent avec un regard en biais et au rire moqueur qui semble à tout prix vouloir leur donner raison, celle d’une fin des temps dont ils doivent se réjouirent tant elle doit leur sembler si proche et dont je ne crois pas, moi, une seule seconde, malgré des infos surtout très très bien matraquées. Coincés et rangés dans leur coin, qui sonne comme une menace d’être mis au piquet comme des gamins qui auraient promis d’être sage comme des images de mode et de ne pas faire trop de bruit soudain, mais attention à force d’être beaux et luisants et des sourires à faire pâlir les meilleurs chirurgiens-dentistes brésiliens ils vont finir par devenir de véritables icônes de mode au risque d’être la vitrine de la galerie « Mensonge soleil »  ; mais ils ne sont pas si différents dans le fond, car si les façades sont mensongères, l’illusion l’est aussi.

 

« On a faim. »

À part la dame au gobelet qui somnole à genoux ; de quelques vendeurs de tout et de rien qui viennent d’arriver, les sans-abri habituels qui avaient leur place et à qui je donnais au moins un bonjour avec un sourire, quand ce n’était pas un peu de sous, oui un peu seulement c’est vrai ; mais surtout pour ne pas passer indifféremment devant eux, semblent soudainement avoir disparu et leur maison de « fortune » aussi. Ceux qui sont moins bien habillés dont le visage ne luit pas, eux, ne faisaient pas illusion et dont la seule accroche publicitaire, un bout de carton sans néons, était « on a faim ». 

 


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8 réactions à cet article    


  • Vipère Vipère 12 septembre 2015 00:36

    La vie est un passage. Le monde est un théâtre. On entre, on regarde, et on sort.

    (Démocrite, je crois)

    Les galeries commerciales, vendent du rêve, du bonheur provisoire à obsolescence programmée, Dès que l’on est en possession de l’objet tant convoité, la magie du désir cesse pour faire place au désir d’autres choses. 

     Des rêves de nouvelles choses qui nous font retourner au supermarché remplir nos caddy.

     Plus nous sommes insatisfaits, angoissés, malheureux ou tout simplement sans but précis, plus nous allons au supermarché consoler nos états d’âme, en remplissant notre vide existentiel d’objets aussi inutiles qu’encombrants.

    « des avoirs plein nos armoires » dirait Souchon, pour « étancher la soif d’idéal, un idéal pas commercial ».

    Ils faisaient comment les gens d’avant les galeries commerciales pour soulager leurs bobos, les misères de leur condition humaine ? ils allaient à la messe le dimanche, déposer le fardeau dans une oreille compatissante, s’en revenaient libérés, sans passer par la case shopping.


    • Simple citoyenne Simple citoyenne 12 septembre 2015 08:37

      Bonjour à vous Vipère ; Merci et bravo.


    • Vipère Vipère 12 septembre 2015 12:27

      @D’une simple citoyenne à une autre simple citoyenne

      Partagez-vous un peu, ou beaucoup ma fascination/aversion pour les galeries commerciales, désormais incontournables pour la plupart d’entre nous ?

      Et merci à vous d’avoir couché sur le papier une tranche de vie, et vos ressentis que nous sommes probablement des milliers de femmes à vivre à différents endroits.

      Belle journée


      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 12 septembre 2015 15:47

        à l’auteur,
        Savez-vous que 22 milliards d’euros de nos impôts vont se balader chaque année au budget de Bruxelles ? Il en revient 14 milliards à la France sous forme de diverses subventions à la Culture, ou aux Régions, en faisant croire que l’UE donne de l’argent, alors que ce sont nos impôts qui reviennent, mais avec un beau ruban bleu aux étoiles d’or, pour faire croire que c’est cadeau européen...


        Je vous la fais courte, ils reviennent aussi sous forme de PAC, ( Politique agricole commune), à l’agriculture, mais aussi aux Associations caritatives :
        - Secours populaire : 21, 5 millions d’euros
        - Banques alimentaires : 29,9 millions d’euros
        - Restau du coeur : 20,8 millions d’euros.
        Total, près de 70 millions d’euros.

        Il est donc faux de faire croire que les Français ne font rien pour les plus démunis, ils payent autour de 70 millions d’impôts aux Associations chaque année. Mais la plupart des Français ne savent pas comment fonctionne le budget de l’ UE, parce que personne ne le leur explique.

        Si nous sortions de l’ UE, les 8 ou 9 milliards de la différence entre ce que nous versons et recevons, pourraient servir à créer des logements sociaux, des foyers pour femmes seules, pour SDF etc.
        « L’Europe, c’est la PAIE ! »

         

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