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Trois règles pour le débat et la liberté des neurones

Trois règles pour cerner les débats intervenant dans l'espace public. Trois règles car je pars du principe que les débats, dans notre démocratie, ont une vilaine fièvre qui leur fait transpirer leur éthique. Cette hyperthermie a des conséquences sur l'usage de la parole et sur les capacités réflexives de la population française. Il semble, de ce fait, nécessaire de s'intéresser de près à son traitement.

Démocratie, femme manipulatrice

Avant-tout, il est difficile, car aveugle, de ne pas aborder la relation entre démocratie et manipulation. Une précision sémantique d'abord ; la manipulation est une violence faite à l'auditoire, car le privant de sa liberté de réflexion en tentant de lui enfoncer une opinion dans le crâne, à coups d'émotions, de mensonges, d'exagérations et d'amalgames. Certains penseurs, notamment Philippe Breton, admettent que cette relation malsaine entre démocratie et manipulation menace gravement la première. D'autres avant lui, tels que Sergeï Tchakhotine, critiquent cette manipulation mais seulement car elle vise un objectif considéré comme n'étant pas le bon. Ainsi, il existerait de la bonne propagande pour de la bonne cause. En tous cas, sans faire de ces deux points de vue les seuls, la démocratie se présente sous des traits attirants et, comme toutes belles créatures, elle blesse les hommes aventureux, non-conscients des risques encourus.

À titre personnel, je pense que la manipulation fait partie intégrante de notre système global (soit la société). Je m'arrêterai à deux exemples ; la publicité et la politique. La première, pas la peine de trop appuyer sur les touches de mon clavier, est reine des manipulations. Elle ne se cache même pas de ses tentatives ostentatoires (1) de vous attirer dans l'antre de la consommation, tant et si bien que parfois le lien entre le produit et la publicité se perd dans une bouillie de sentiments, qui dégoulinent à en donner la nausée à un pilote d'avion de chasse (2). La seconde, ça me peine de devoir abîmer mon clavier (car je suis colère !), comporte clairement des symptômes qui, s'il s'agissait d'un animal, pousseraient à l'injection de chlorure de potassium. Les hommes politiques se battent pour leur parti politique, pour leur carrière afin de garder le pouvoir et, également, servir l'intérêt général... enfin je l'espère, dans un élan optimiste de jeunesse. La compétition politique est une malédiction pour la politique car elle favorise le recours à des méthodes manipulatoires, enfante des débats mal-formés, qui décrochent des grimaces de dégoût, et fabrique des bonhommes qui avancent avec un masque si gros qu'il devient salutaire de s'en méfier.

À elles deux, la publicité et la politique démontrent que la démocratie et la manipulation sont non seulement lesbiennes mais, pour le plus grand plaisir de Taubirat, mariées.

 

1° Une liberté d'expression totale

Il me semble que la liberté d'expression devrait être totale. Aucune restriction à formuler des idées qui attirent la causticité facile et verbeuse des censeurs bien-pensants, aucune honte à débattre de sujets qui font que les participants constatent que le sol a un intérêt esthétique soudain. Les coups donnés aux poings d'interrogation pour qu'ils rejoignent leur base sont une disgrâce pour la Démocratie. Ils sont pourtant une monnaie courante dans notre démocratie, ou plutôt système représentatif devrais-je dire, utilisée autant par les détenteurs du pouvoir politique, que les journalistes, les experts et autres élites qui désirent poser leurs fesses sur le processus cognitif de la population (3).

La liberté d'expression totale n'est pas l'ouverture aux extrémismes, comme voudraient vous faire croire, comble de l'ironie et du cynisme, les maîtres des clés de l'univers du dicible (4), plus grands déclencheurs de fermeture. Dans le monde de la pensée, ils sont les extrémistes du conformisme, posé en dogme. Cependant ce n'est pas en mettant sous le tapis des idéologies qu'elles vont disparaître. Ce ménage du flemmard est une difformité, une laideur dans l'échange des débats qui forment des alarmes brideuses des réflexions dans l'espace public. Si une personne considère que chercher le coït avec un enfant est une chose désirable, laissez l’innommable sortir des lèvres de l'immonde, au lieu de laisser l'immondice bouillir dans ses entrailles. En débattant, avec raison et arguments, il semble improbable, n'en déplaisent à quelques personnalités politiques qui continuent de jouer au docteur (au bon souvenir de leur enfance sûrement), que le pédophile puisse justifier ses goûts.

Il faut croire au pouvoir de la parole, mais justement ne pas céder à celui-ci pour en faire l'unique raison de communiquer. Comme le dit intelligemment Breton, il faut accepter de débattre sans parvenir à convaincre, sans chercher à convaincre, pour donner ce choix d'adhérer, ou non, aux opinions ainsi proposées. Toutefois, encore faut-il ne pas poursuivre les idées qui choquent, comme le ferait un évangéliste survitaminé armé d'un crucifix, à la soi-disante vision d'un démon. La liberté d'expression devrait être totale pour étouffer ces peurs qui coincent les débats et viennent pourrir à l'entrée de nos voies de circulation neuronale, créant des névroses et des tensions, tout ce que les censeurs se vantent de maîtriser.

 

2° Une liberté de contradiction totale

Le monde serait trop beau s'il s'agissait de lancer ses pensées sans se disputer leur réception. La liberté de contradiction totale est donc totalement, complètement, entièrement, absolument ! liée à la liberté d'expression, parce que cette dernière peut aussi intervenir dans la présentation d'argument contradictoire. Seulement, quand la bien-pensance pose des panneaux « attention, danger de mort (social) ! », la liberté de contradiction en souffre, située au delà des frontières d'Orthodoxia (5). Cette souffrance est particulièrement visible dans les débats organisés par les médias, souvent des mises en scène grotesque où chacun se passe un peu de pommade sur le dos, en se souriant mielleusement. Les représentants d'une certaine hétérodoxie sont isolés, moqués, singés comme cet enfant à l'école qui ne fait rien comme les autres, et dont même la maîtresse se refuse à prendre à la défense (6).

Quelque part, l'échange d'idée devrait être une partie de ping pong ; chacun avec le même équipement, mais des capacités différentes, et surtout le droit de répondre comme il le souhaite. Aujourd'hui, et dans les conditions standard proposées par les médias, le match qui oppose les pongistes ressemble à du 1 vs 2 voire 3, avec l'arbitre qui trinquerait sans soucis avec l'équipe victorieuse. Quant à la foule, sur le plateau, elle suit le doigt, mais en dehors elle le mangerait volontiers. Aucun étonnement de constater que le métier de journaliste et les « experts » agacent de plus en plus les Français, du moins ceux prêts à foutre un coup de pied dans la doxa, confortablement installé sur le canapé de tout le monde.

La liberté de contradiction totale est donc une condition indispensable, parce qu'elle est liberté d'expression et participe à celle-ci. Précisons, pour les affamés du dernier mot, que la contradiction n'est pas un miroir dans le débat. Il n'est pas obligatoire de répondre à tout, de tout contredire à la manière d'un marmot qui apprend à dire « non ».

 

3° Une absence de prosélytisme totale

Cette troisième règle est compliquée car le prosélytisme est un véritable maquillage, fond de teint des idées. S'il déforme effectivement les traits, pour l'enlever il suffit de deux gestes ; essuyer d'une main et de lever ensuite les deux, paumes face à l'accusateur, l'air innocent. Par ailleurs, il est également facile de s'en défendre en disant que tout le monde fait pareil... et ça ne serait même pas mentir. Les différents associations, parti politiques, lobbys et autres (catégorie destinée à me dédouaner si j'ai oublié quelque chose) font de la manipulation une de leur principale arme pour convaincre dans l'espace public (7).

Il faudrait que cela cesse, c'est assez stressant et six-cent pourcent insensé (argument de serpent). Le prosélytisme prend sa source (sss sss sss) dans la vision d'une parole destinée avant-tout à convaincre. L'échange d'idées est vraiment un match qui se gagne et, pour ce faire, toutes les méthodes sont bonnes, même les mensonges, même les attaques personnelles, mêmes les pétages de plomb de psychopathes qui se dégoupillent comme une grenade (8) etc. Il faudrait abandonner ces artifices qui dénaturent les débats et, même si cette vision respire les toges et les sandales, mettre les arguments au sein d'interactions saines, où la volonté d'influence est clamée mais non forcément recherchée. Breton, toujours le même, s'inquiétait déjà, en 1997, de l'absence de l'enseignement de la rhétorique dans le programme scolaire. Plus de dix ans après, toujours rien, et la réflexion sur la parole, les débats n'a toujours pas progressé, ou alors elle est, comme bien d'autres, planquée sous le tapis.

Il faut avouer que dans notre société, un débat avec des participants ne cherchant pas à imposer leur avis, quand ils ne partagent déjà pas tous le même, est assez rare. Il est du devoir de la bien-pensance de convaincre le malade pour le guérir de sa déviance. C'est pour cette raison que le prosélytisme doit être absent du débat car il présente le risque de prendre la place centrale du débat et d'effacer les arguments, avec des chiffons manipulatoires.

 

Voici, présentées brièvement, ces trois règles qui pourraient améliorer le débat et, plus généralement, la liberté des neurones. Une liberté d'expression totale dans la mesure où celle-ci devrait être le ciment de la démocratie. Une liberté de contradiction car elle est liée à la liberté d'expression. Une absence de prosélytisme totale qui ne garantira jamais des débats sains. Bien entendu, ces trois règles ne sont pas une sainte trinité et toute proposition est la bienvenue, du moment que l'on puisse la discuter...


 

Notes

1 : Facebook qui se vantait de relier le monde (sans préciser que ce lien s'étend aussi aux services d'espionnage) dans une formidable publicité, que je ne parviens pas à retrouver. J'offre des poires hollandaises à celui qui me donnera une adresse vers la vidéo.

2 : http://www.youtube.com/watch?v=NoVW62mwSQQ

3 : la Syrie et la guerre légitime que nous devions, tous en cœur avec Lolo, réclamée : http://www.youtube.com/watch?v=Ipf7rSEqLAI

4 : Cela va même plus loin avec une volonté de contrôler l'univers de l'audible ; cf. l'affaire Dieudo

5 : Revenons à la Syrie, dans les médias et les sphères intellectuelles supportées par le système, laisser planer un doute sur l'origine de l'attaque au gaz revenait à soutenir Al Assad ou être un pro-Poutine.

6 : Cf. Jean Bricmont dans le débat sur l'affaire Dieudo, Ce soir ou jamais.

7 : Peta, ligue de défenses pour le droit des animaux et sa magnifique tigresse : http://www.petafrance.com/pdfs/jameliaP2-72.pdf

8 : Lainlain n'a pas pris ses cachetons ce matin ; http://www.youtube.com/watch?v=V-O147LJWgA


 

Références principales :

La parole manipulée, Philippe Breton

Le viol des foules par la propagande, Sergeï Tchakhotine


 

Nota bene : Il serait bien, ne serait-ce que pour faire chier à Mike Godwin, de ne faire référence ni au nazisme, ni aux juifs.


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Réagissez à l'article

11 réactions à cet article    


  • Aldous Aldous 24 février 2014 10:53

    Il manque juste a ce très bon article un volet « éducation » qui traiterait de l’absence d’endoctrinement par le système dans les écoles.


    • 1984 24 février 2014 11:07

      C’est malheureusement antinomique ; Les écoles étant une construction du système !


    • Singe conscient Singe conscient 24 février 2014 12:18

      Très bonne remarque Aldous, mais je me suis concentré au débat même, pas à la société dans son ensemble.

      Une question ; vous pensez que l’endoctrinement dans le système éducatif est dans son contenu, ou se trouve dans es méthodes ? Voire les deux ?


    • 1984 24 février 2014 12:31

      Il se trouve dans les deux, mais c’est dans la méthode qu’il est le plus efficace, car moins visible !


    • claude-michel claude-michel 24 février 2014 12:35

      Les débats (dans leur ensemble) sont de piètres qualités aujourd’hui...représentatifs de notre société en déliquescence...Les « Débatteurs » sont les responsables par leur incompétence...Nous nageons dans la médiocrité tout simplement...


      • soi même 24 février 2014 13:16

        Une autre question qui se pose comment traité les experts auto proclamer par les médiats ?


        • Singe conscient Singe conscient 24 février 2014 13:38

          Bah de con !

          Plus sérieusement, avec méfiance, une très grande méfiance... Les experts appointés sont rarement les meilleurs et défendent, volontairement ou pas, une idéologie précise. De toute manière, il existe un principe de base qui veut qu’il est nécessaire de vérifier qui est cette personne qui parle dans un débat. À partir de là, on peut voir surgir des liens avec des lobbys, des grandes entreprises etc.


        • Aristoto Aristoto 24 février 2014 15:03

          Et ou tu veux en venir mon grand avec tout ça ?!

          Bien sur cette article est pur de toute manipulation amotionnaliste hein ! Et pourquoi c illustré par l’emmission de Taddei don la dernier etait parfaite d’ailleur, opinions partagé d’un camps et de l’autre !

          Fasho va


          • Singe conscient Singe conscient 24 février 2014 17:37

            Attention au second degré, il s’éloigne de la pure éthique de débat que je compte diffuser de partout car JE détiens LA vérité.


          • Jean Keim Jean Keim 25 février 2014 07:50

            Vous oubliez une 4ème règle qui est en fait la 1ère et qui à ce titre est citée en début de votre article « partir d’un principe », un raisonnement s’appuie sur un prérequis qui lui-même est le résultat d’une démarche similaire. Etc. Etc. smiley

            Il n’y a rien de neuf dans la mémoire de notre caboche.

            • Zip_N Zip_N 26 février 2014 01:27

              Singe, la publicité se veut subjective et utilise la subjectivité alors que la politique se veut objective et utilise l’objectivité. Vous connaissez les techniques publicitaires : combien vous plaisent ? sont elles a votre gout ? sont elles faites pour vous ? la publicité c’est subjectif alors que la politique c’est objectif. Une pub on est pas obligé d’acheter, la politique en revenche on est dans tous les cas obligé de prendre.

              Vous pourriez poursuivre avec média, film tv, musique, le spectacle, l’art, la comédie, automobile...vendre un tableau de peintures des milions, fair rigoler des milions, gagner une médaille parmi des milions il faut manipuler l’instrument comme il faut. La manipulation à plusieurs visage, pas nécessairement péjorative. Dans une compétition les compétiteurs ont un droit légitime ou non de participer, séparer le légitime de l’illégitime. Voila le problème est pas la légalité ou l’illégalité mais la légitimité ou l’illégitimité (raison, justice, équité).

              Quand à la liberté de parole effectivement les zones se racourcissent,
              et comme je peux le constater c’est pas agora qui va changer la chose.

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