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Accueil du site > Actualités > Société > Un agriculteur... c’est quoi ?

Un agriculteur... c’est quoi ?

Je n’ai pas la plume d’un grand écrivain, et n’ai pas la prétention de rivaliser avec les spécialistes de l’énergie verte, rose ou bleue. Je souhaite éclairer celui qui désire mieux voir, et me faire écouter de celui qui désire mieux entendre, sur un sujet aussi banal que celui de l’agriculture, de l’agriculteur en particulier.

Banal, car depuis 15 ans, 50% des agriculteurs ont disparu ; la courbe s’accélèrant, le PAF semble entretenu par des fantômes parcourant et "polluant" l’espace d’engins aussi monstrueux que bizarres.

Trop peu de paysans s’expriment ; je lis trop d’articles qui relèvent plus de l’appréciation, et trop souvent de l’idéologie, c’est-à-dire de l’idée qu’on se fait des choses, et non d’une réalité, du vécu, du terrain. Au bout du compte, les réelles difficultés sont seulement occultées, mais sources d’un nouveau phénomène : la terre sans paysans.

Je dois dire que nous (les agriculteurs) sommes sous tous les feux, et notre unique moyen d’ action est de courber l’échine et de laisser les chiens aboyer le temps que la caravane passe. Il faut bien comprendre que nous sommes dans un étau à multiples mâchoires.

Nous devons, par le haut, assumer les missiles de la technocratie franco-européenne au travers des DPU (dotation à prime unique : dernière mouture d’un nouveau soviétisme), de mises en conformité des bâtiments, des locaux, du matériel, etc., de dossiers complexes, coûteux et dangereux (une erreur de virgule peut vous coûter plus d’un mois de salaire), de contrôles tatillons et armés (concernant les irrigants).

Nous devons, par le bas, faire face à une hémorragie de notre chiffre d’affaire au travers de la baisse des prix.

Nous devons, par l’ouest, condamner la politique américaine (soutien massif de leur agriculture, 18 milliards depuis 15 ans, pour compenser des cours mondiaux destructeurs pour tous les paysans du monde).

Nous devons lutter, par l’est, face aux importations de blé ukrainien, poulets chinois, etc.

Nous devons, à l’intérieur, faire face aux monopoles de la profession MSA, ONIC, SAIPOL SOFIPROTEOL, etc., dont la fonction ressemble plus à celle d’un fond de commerce qu’ à une défense du revenu des agriculteurs.

Le revenu agricole, n’est-ce pas le fondement de notre stabilité ?

Ne pensez-vous pas que l’agrandissement, l’intensification, la fuite des jeunes, sont le résultat de la baisse de nos revenus ?

Face à ce constat d’impuissance, nous sommes prêts à developper de nouveaux projets. Concenant les biocarburants, nous attendons l’agrément de nos parlementaires, afin de pouvoir vendre nos huiles ainsi que nos grains, mais consternation... ceci a été refusé lors du vote de la LOA (loi d’orientation agricole).

En conclusion, nous nous déracinons petit à petit, fatigués d’une PAC incohérente, injuste et destructrice, fatigués de la rumeur "bien pensante" et bien intolérante, las d’un revenu en chute, las des perfusions à la morphine de Bruxelles, las d’une apolitique agricole.

Je ne cherche pas à ce que mes propos soient diffusés, mais il s’agit du sentiment que nous ressentons tous ici bas.

J’ai lu l’article de M. Noël Goutard, "la flambée du pétrole", dont la présentation est intéressante, mais dont le développement m’apparaît excessif.

La TSS (technique simplifiée du sol, autrement dit "sans labour") est connue de tous les agriculteurs français, depuis plus de 20 ans. Elle ne s’applique pas dans tous les cas de figure, en particulier en bio. Si les Brésiliens ont des conditions largement favorables à cette pratique, ils se doivent d’utiliser le glyphosate pour détruire le couvert végétal, ainsi que les engrais nécessaires à la croissance des plantes (consulter les travaux de M. Bourguignon ingénieur pédologue, promotteur des TSS). Les cultures de soja et maïs OGM conviennent parfaitement à cette technique, et sont largement développées au Brésil.


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8 réactions à cet article    


  • (---.---.102.65) 19 décembre 2005 14:07

    Un agriculteur, c’est une espèce en voie de disparition. En europe, en tout cas.

    Le libéralisme économique en a décidé ainsi. La concurrence libre et non faussée vous condamne.

    La suppression de la PAC d’ici 5 ans annoncera la fin définitive, et je ne pense pas que les gouvernements proposeront des solutions plus intelligentes, à la fois pour la sauvegarde d’une agriculture locale, ainsi que la suppression du dumping stupide de la PAC qui aggravent les difficultés dans les pays du sud.

    Tant pis, les paysages des campagnes de France partiront en fricheet on ne mangera que de la bouffe importée, traitée chimiquement pour se conserver pendant le transport.

    Et si par malheur ces approvisionnements extérieurs disparaissaient à l’avenir (à cause d’une guerre, etc.), on crèvera de faim, et enfin on se remettra à vous considérer, et peut-etre qu’alors une prise de conscience populaire anti-libérale permettra de faire marche arrière.


    • Alex (---.---.60.95) 19 décembre 2005 15:09

      Un agriculteur c’est un partenaire pour les AMAPs (Association pour le Maitien d’une Agriculture Paysanne), une personne sur laquelle on peut compter pour :
      - manger
      - nous expliquer son métier

      et qui peut compter sur nous pour
      - essayer de lui fournir une rémunération juste de son travail
      - le soutenir dans les aléas de production
      - lui parler de nos attentes pour avancer ensemble

      Deux sites pour comprendre :
      Alliance Paysans Ecologiste Rhone-Alpes
      ALPAGE une AMAP Lyonnaise


      • cultilandes (---.---.30.124) 19 décembre 2005 15:57

        Salut collègue ! Je suis un autre Françouais, dans les Landes. Les paysans s’expriment moins dans les médias généralistes que les enseignants, par exemple. Ils restent trop entre eux, ou ne réagissent que par des manifestations (de plus en plus rares) forcément réductrices et par leurs syndicats forcément suspects de lobbying ( un lobby est un groupe de vilains profiteurs, ce que n’est pas un syndicat de fonctionnaires ou une association d’écolos). Pour toute activité, dans chaque profession, les problèmes sont complexes. Mais vu de loin c’est facile se simplifier à l’extrême, dans le sens du vent. Il est aussi ridicule de condamner d’un bloc les agriculteurs pour « productivisme », que de les plaindre comme des condamnés sans défense par « le libéralisme », comme le premier commentateur. Sans baigner dans l’autosatisfaction, l’insouciance aveugle, ne jouons pas les prophètes de malheur. http://www.globeco.fr/num%E9ro33/prophetes_de_malheur.htm

        La Politique Agricole Commune a cherché à concilier le social (ralentir la baisse logique du nombre d’agriculteurs en maintenant leur revenu), l’économie (dynamisme de l’activité, adaptation à la demande), l’international (ouverture des marchés par l’OMC) et environnemental (contraintes, normes). Une mère n’y retrouverait pas ses petits ! Les contraintes environnementales et sociales (coût de la main d’œuvre et des taxes (y compris celles qui sont initiées par « la profession » et font vivre nos chères structures) sont communes à toutes les productions et filières. Les producteurs de vin, fruits, légumes, volailles, porcs, etc. doivent affronter la concurrence internationale sans soutien, sans protection. Les producteurs de céréales, bovins viande ou lait, sont protégés, mais aussi étouffés. Quand notre revenu est constitué aux ¾ d’aides, que ces aides tombent quelle que soit la récolte, on ne peut pas dire que nous sommes noyés par le libéralisme ! Pouvons nous craindre la concurrence libre et non faussée ? Oui, comme tout le monde. Sauf les fonctionnaires et autres privilégiés de la sécurité. La PAC sera-t-elle supprimée dans 5 ans ? Il faut se rappeler que la PAC de 1992 devait être temporaire, les aides dégressives, compensées par les gains de productivité...

        Sommes nous en économie libérale quand il faut des autorisations pour produire, agrandir un élevage, cultiver 1 hectare de plus, en passant devant une commission soviétoïde avant le Préfet, sous la menace d’une intervention de la SAFER ou d’une association de défense quelconque ? Sommes nous en économie libérale quand l’état s’accroche pour taxer les huiles carburant au même titre que les produits pétroliers, en plus de la TVA ? En essayant de nous empêcher de commercialiser directement nos produits ?

        Je crois comprendre, Françouais, que bien que pratiquant l’agriculture biologique, vous n’êtes pas adversaire à priori des OGM et d’autres techniques. C’est à votre honneur. Il n’y a pas de vérité révélée, universelle. Nous avons à apprendre les uns des autres, du passé et de la science. En attendant de trouver les solutions parfaites, développons le poindre mal. Imaginons qu’un jour des chercheurs (publics ou privés) mettent au point des plantes (plusieurs pour s’adapter aux différents climats, qui auraient la productivité des céréales, les protéines du soja, capteraient l’azote de l’air, soient résistantes aux maladies et insectes (par inappétence), et qui seraient vivaces comme le chiendent : Plus de labour donc d’érosion, plus de désherbage... il suffirait quasiment de récolter. Certes il ne faudrait plus beaucoup de paysans pour cultiver, mais serions nous en droit de refuser ? Certainement que la « conscience populaire anti-libérale » y trouvera à redire ! J’espère vous retrouver, Françouais, sur AgoraVox.


        • Sylvio (---.---.20.130) 19 décembre 2005 18:56

          Je pense que la grande distribution et leurs service achat chevronés à vous faire baisser vos prix en vous divisants et en vous prenant à la gorge sont beaucoup responsable. C’est sûrement le cas aussi pour l’indistrie alimentaire (danone, etc) qui doit user des mêmes méthodes.

          La GD commence à mettre en place des systèmes de marchés en ligne où une demande est effectué et en 24h, les fournisseurs se tirent la bourre pour proposer le prix le plus bas. Le système est semblable à celui des enchères inversées sur Internet. Voir un article publié dans un commentaire d’Agoravox là dessus, ça fait peur.

          Quel monde de réquins dans lequel nous vivons, aujourd’hui avec le néo-libéralisme (la déregulation de l’économie), c’est vraiment chacun pour sa gueule, l’intéret individualiste prime sur l’intéret général (qui fait avancé la civilisation).

          Les agriculteurs sont aujourd’hui touchés les premiers, mais bientôt ce seront tous les travailleurs qui seront les esclaves de la France d’en haut (ainsi que de l’Europe d’en haut, de l’occident d’en haut puisqu’il n’y a plus de frontière).


          • Troha (---.---.65.35) 19 décembre 2005 20:16

            Je suis fils d’agriculteur...seulement « fils ». Une fois il m’a dit : « Si tu peux faire un autre métier, fait-le ». C’est dur d’entendre ça mais c’est la réalité.

            Le métier d’agriculteur n’est plus ce qu’il était. Quand je l’entends parler de son boulot, j’ai l’impression d’avoir affaire à un comptable : jongler entre les différentes aides, trouver de nouvelles filières de production, bosser sans compter ses heures.... Moi je tire mon chapeau à tous ces hommes et femmes qui travaillent la terre, qui se lèvent tôt tous les jours pour la traite (et oui, les vaches n’ont pas de week-end ni de vacances ) !


            • Emile Red (---.---.81.33) 20 décembre 2005 10:42

              N’oublions pas, en plus, que l’agriculteur est de plus en plus isolé sur son coin de terre.

              Disparition des services publics de proximité veut dire frais et temps pris sur la bonne marche de l’entreprise.

              Autrefois l’exploitation agricole était familiale, les enfants dans leur temps libre amenaient une main d’oeuvre suplémentaire, aujourd’hui c’est impossible pour de multiples raisons : éloignement scolaire, disparition des transports en commun ruraux, réglementation sur le travail...

              La perte de repaire dans certaines activités agricoles vient, de surcroit, nuire à la stabilité des métiers de la terre : importation de produits hors saison, écart de prix sur un produit suivant la taille de l’exploitation (vin, fruits et légumes...), disparité des revenus selon les régions, arrivée sur le marché super industrie de l’élevage.

              Quand aux cultures OGM il est peu recommandable d’en parler, ils ne résoudront rien, ils asservissent l’agriculteur au fournisseur, ils ne peuvent être parfaits, voir dangereux, les gros labos les présente comme un eden mais ils ne sont pas fait pour faciliter ou diminuer le travail mais pour augmenter une productivité qui est déjà suralimentée et, au demeurant, tendent à supprimer encore plus d’agriculteurs par une mise en concurrence déloyale et ciblée.

              Aujourd’hui on peut considérer que l’avenir agricole français est très sombre, même les produits de terroir labélisés sont mis à terre par des accords internationaux iniques, voir scandaleux, l’exemple du champagne qui perd son identité aux USA n’est qu’un début qui ouvre la porte à un nivelage par le bas des productions nationales.


            • Yuca de Taillefer (---.---.152.115) 20 décembre 2005 19:24

              Bravo & merci pour cet article.

              Ca fait du bien pour moi issues de racines paysannes, et de l’Ouest de voir écrit de bons articles par ceux du qui sont sur le terrain et qui font honneur à la France rurale dont on ne parle pas assez ou qui n’est pas assez mise en valeur.


              • LE CRI de l’ECHALOTE (---.---.178.8) 15 mai 2006 23:12

                En France, le coût de production moyen d ?une tonne de blé est de 138 euros. Près de la moitié est représentée par les coûts de main d ??uvre (20%) et de mécanisation (28%). Les charges opérationnelles (semences, engrais, phytosanitaires) sont de

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