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Accueil du site > Actualités > Société > Un jeune immigrant abattu par la police, un an après

Un jeune immigrant abattu par la police, un an après

Au lendemain du 1er anniversaire de la mort de Fredy Villanueva, je me suis fait questionner par plusieurs jeunes. Pourquoi je n’étais pas présent ?

Le jeune qui m’a posé la question était devant un ordinateur. Il regardait nos textes sur les gangs de rue.

J’ai été ébranlé par la question. Je ne pensais pas que notre absence serait remarquée. La réponse est longue et risque de provoquer quelques remous. J’ai été aussi ébranlé de voir ce jeune consulter nos pages sur les gangs de rue. Pour eux, notre présence Internet est peut-être plus significative que je ne le pensais.

Montréal-Nord et Fredy Villanueva, il y a un an…

L’an dernier, dès les premiers jours suivant la mort de Fredy Villanueva, des jeunes de Montréal-Nord et d’autres, en lien avec ceux de Montréal-Nord, me demandaient de m’impliquer.

Les événements étaient trop significatifs pour les occulter. Les jeunes avaient besoin que l’on en parle, que quelque chose soit fait. Depuis l’an dernier, je ne cesse de parler de ces événements avec plusieurs jeunes. Ils ont besoin d’en parler, une forme de thérapie pour extérioriser la violence qu’ils ont subie ou qu’ils ont été témoins.

J’ai écrit 8 billets sur un “dossier Montréal-Nord“. Les billets ont été lu à 9188 reprises, générant 203 commentaires. Je reçois encore 372 visites mensuelles pour ces billets. Sans compter les dossiers plus généraux tels que Gang de rue. Pourtant, avant de regarder les statistiques, j’avais l’impression que mon implication se limitait plus à des rencontres individuelles avec les jeunes. Mes attentes sur cet espace Internet pour amorcer une réflexion étaient peut-être trop élevées.

Une murale pour Montréal-Nord

Pour aller plus loin dans mon intervention dans Montréal-Nord, nous avions mis sur pied un projet : réaliser une murale pour Fredy Villanueva. L’idée partait d’un graffiteur, Hérésy, lui-même un immigrant Chilien, qui avait besoin de faire quelque chose en lien avec Fredy Villanueva. La réalisation de cette murale l’aurait été avec la communauté de Montréal-Nord. Une forme de thérapie collective pour ventiler un peu, donner un prétexte pour en parler…

Je ne voulais pas faire une action visible dans Montréal-Nord sans le faire en concertation avec les organismes déjà impliqués. J ‘ai fait des téléphones aux administrations municipales dans l’arrondissement, au central ainsi qu’avec plusieurs organismes communautaires de Montréal-Nord.

Au début, tout ce monde semblait en faveur d’une telle concertation où l’on pouvait rassembler nos différentes expertises. Puis, les problèmes de communication ont débuté. Mes appels n’étaient plus retournés. Ce genre d’expérience est malheureusement trop fréquent dans le communautaire. Tout le monde parle de concertation, il existe des tonnes et des tonnes de table de concertation, mais en bout de ligne que reste-t-il de concret sur le terrain ?

Du rap pour Fredy Villanueva

Arrive le mois de juin. Un rappeur de Montréal-Nord m’approche et me demande mon aide pour organiser un spectacle pour le 1er anniversaire de la mort de Fredy Villanueva. Il me dit que la tension est grande dans Montréal-Nord. Il est en lien avec les jeunes ainsi que les principaux artistes de Montréal-Nord. Ils veulent s’impliquer pour baisser la tension et que les jeunes puissent prendre le micro sur scène avec des artistes hiphop.

Je ne peux rester indifférent à ce projet. Un projet qui part du besoin des jeunes. Un projet positif et qui peut être rassembleur. Un spectacle dans un parc, cela veut dire une demande de permis. J’appelle à l’arrondissement de Montréal-Nord. Et voilà que la lourdeur administrative débute.

Pour faire une demande de permis, il faut que ça passe par le conseil d’arrondissement. Celui-ci vient de faire sa dernière rencontre en juin. Il aurait fallu faire une demande 5 mois avant l’événement. Vive la flexibilité ! Me semble qu’on est dans Montréal-Nord. Me semble qu’il y a un peu de tension dans l’air. Me semble qu’on pourrait être plus à l’écoute des jeunes…

Autre problématique. Pour une collaboration de l’arrondissement de Montréal-Nord, il faut être un organisme de Montréal-Nord et être accrédité ! Même si le Café-Graffiti est en lien avec des jeunes de Montréal-Nord, même si le Hiphop est le gaz avec lequel les jeunes de Montréal-Nord carbure, parce qu’on n’a pas pignon sur rue dans Montréal-Nord, on ne serait pas significatif et “acceptable” pour l’arrondissement de Montréal-Nord.

Je demande à l’arrondissement de Montréal-Nord la liste des organismes accrédités qui pourraient être significatifs pour ce genre d’événement. Je les appelle et la dame de l’arrondissement fait ses appels. Personne du communautaire, P-E-R-S-O-N-N-E, n’a retourné mes appels. Vive la concertation !

Je veux tout de même souligner que les fonctionnaires de l’arrondissement, les êtres humains avec qui j’ai parlé, ont tenté de faire ce qu’ils ont pu pour faciliter la réalisation du projet. Malgré leur bonne volonté et leur écoute, ceux-ci sont “pognés” dans un dédale et une lourdeur administratif déconcertant.

1er anniversaire de la mort de Fredy Villanueva

Et voilà que je voyais venir le week-end du 1er anniversaire de la mort de Fredy Villanueva. Mes journalistes n’étaient pas disponibles pour ce week-end. De toute façon, c’est moi qui aurait dû y être. Parce que je connais trop de jeunes dans Montréal-Nord. Pour certains, depuis plus de 10 ans.

Ce week-end arrive en même temps qu’une importante convention graffiti dans laquelle nous sommes impliqués : Underpressure. Je ne peux pas me diviser en deux. Je suis obligé de faire un choix. J’ai supposé que mon absence de Montréal-Nord pour l’anniversaire de la mort de Fredy Villanueva passerait inaperçu, que je pourrais après coup en parler avec les jeunes qui y avaient été, que tout se passerait bien dans le meilleur des mondes…

J’aurais pu tenter de faire les 2 événements en même temps. J’ai considéré qu’il valait mieux être complètement à un seul endroit que de me diviser et d’être moins pertinent.

À ma grande surprise, mon absence de Montréal-Nord a été remarqué. Je remets en question le choix que j’ai fait. Je profite de cette occasion pour remercier tous ces jeunes pour la confiance que vous me témoignez et pour cette relation significative que nous avons bâti avec les années. Notre relation est importante et j’aimerais bien pouvoir en faire plus. Mais je n’ai pas encore trouvé cette 8e journée de travail dans ma semaine.


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