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Accueil du site > Actualités > Société > Un train expérimental de la SNCF retire onze vies

Un train expérimental de la SNCF retire onze vies

Je suis un des frères de Fanny qui trouva la mort à bord du TGV d’essai le 14 novembre dernier, à Eckwersheim en Alsace.

J’écris pour interdire à l’Oubli et au Silence d’engloutir la tragédie du déraillement d’Eckwersheim et d’effacer des mémoires les noms et visages des onze vies. J’écris pour clamer loin que la fin d’une vie humaine est une catastrophe infinie qu’elle survienne au Bataclan, en Alsace, au Bangladesh ou en Afrique, qu’elle concerne un enfant du tiers-monde, une rock-star ou un chef d’État. J’écris parce que cette tragédie qui engage un établissement public relève de la Chose publique et de la Justice des hommes.

À lire et entendre les déclarations des responsables de la SNCF, j’en arrive à cette question absurde : que « vaut » la vie de ma sœur ? Répondre par une somme d’argent exprimée en euros, fût-elle importante, reviendra toujours et de toute façon à répondre à côté de la question. La vie humaine est sans valeur d’échange.

Si cette question a du sens, alors je réponds que la vie de ma sœur ne vaut en tout cas pas moins qu’une étoile. Une étoile observable depuis l’hémisphère sud et depuis l’hémisphère nord. Pas moins que les Contemplations de Victor Hugo. Pas moins qu’un requiem encore à composer et qu’un orchestre philharmonique interpréterait pendant vingt-cinq ans, onze mois et deux jours – ce que dure une vie...

La SNCF reporte de trois mois l’ouverture de la ligne TGV qu’elle testait. Le jour funeste du 14 novembre n’aura-t-il été qu’un simple retard dans un planning de livraison ? En fait, n’aura-t-il été, ce jour maudit, que la malheureuse diminution de la plus-value espérée dans la mise en place de cette ligne à grande vitesse ?

La SNCF aurait pu – pourquoi pas ? – décider de renoncer à l’ouverture de cette ligne au motif que trop de gens y ont perdu la vie dans l’objectif futile de faire gagner trente-deux minutes sur les trajets Paris-Strasbourg. L’entreprise ferroviaire ne renonce évidemment pas et fera pendant de nombreuses années des bénéfices sur des restes humains qu’elle souhaiterait le moins bruyants possibles, enterrés aussi profondément qu’il se peut.

Jusqu’à ma mort, je regretterai ma sœur. Notre famille est à jamais amputée de sa présence joyeuse. Tout être humain, pourvu qu’il ait un minimum d’empathie, saura entendre la douleur infinie qui est la nôtre. Douleur des familles des dix autres morts. Mais une entreprise comme la SNCF, passionnément inquiète de concurrence et de rentabilité, d’optimisation managériale, peut-elle comprendre quoi que ce soit du cri douloureux de l’humain ? Quel sens peut avoir pour une entreprise soucieuse d’entretenir un capital et de voir croître sa croissance annuelle, la mort de onze êtres humains en conditions expérimentales, onze êtres humains dont deux femmes qui ne travaillaient pas pour elle ? Quel sens si ce n’est une ligne comptable, une somme d’argent qui se négociera a minima, budgétisé et couverte en partie par des assurances ?

Jusqu’à ma mort, je regretterai ma petite sœur. La SNCF regrettera un temps le retard pris dans l’inauguration d’une nouvelle ligne, elle regrettera sans doute que son image ait été un peu ternie – mais la boue du déraillement ne dissimule pas le sang à jamais maculant ses rames – et peut-être se donnera-t-elle bonne conscience en récompensant ceux qui œuvrent à cette ligne d’un travail arrivé à terme, et fierté du travail bien fait – the show must go on

On me répondra que l’on est désolé, on m’adressera des condoléances sincères et des larmes, on nous fera don des obsèques… générosité d’homicide dont je ne conteste pas la sincérité mais qui jamais n’effacera que le mal est fait. Cependant, l’entreprise, nimbée de l’anonymat de ses pratiques qui au mieux se veulent relever du bon sens (au pire, des pratiques qui seraient celles de fraudeurs), poursuivra sa route, insensiblement déviée par ce qui n’aura pas même été scandaleux. Nimbée de l’irresponsabilité dans laquelle chacun ne faisant que son travail cherche refuge, chacun ne faisant qu’appliquer les règles de l’idéologie lénifiante du management souriant et paternaliste. Le bon sens : bien sûr qu’il faut que la nouvelle ligne de TGV soit ouverte, parce qu’elle est tout de même bien pratique, parce que c’est faire honneur à ceux qui y ont travaillé bien sûr, parce que c’est un hommage ! à ceux qui lui ont donné leurs vies… Ma sœur se trouvait à bord en tant qu’invitée et ignorait les risques qu’on prenait.

Sa mort nous confronte à un irrémédiable. À quel irrémédiable l'entreprise responsable de la vie de ses passagers devrait-elle être condamnée pour que la mesure soit juste ? Ma question va aux hommes et femmes qui rendent la Justice. J’ai bien une suggestion : condamner l’exploitant de cette voie rapide à ne pouvoir jamais y faire le moindre bénéfice. Que cette voie ferrée funeste demeure une chose publique dont nul ne saurait tirer profit, une zone franche de toute course au gain, un service dont le coût couvrirait simplement l’entretien, la sécurité, les salaires… libre de toute rentabilité. Ou encore : que tout bénéfice dégagé de cette ligne ne puisse faire l’objet d’aucune capitalisation mais soit reversé à des œuvres humanitaires, à des associations d’utilité publique. Alors, je n’aurais pas le sentiment que l’on récolte de l’argent sur un champ de morts.

AM


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36 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre M de Sourcessure 10 février 11:35

    Comme vous l’affirmez, la vie d’un être humain n’a pas de valeur marchande. Votre douleur est grande et tous ceux qui ont un cœur ont été meurtris par cet accident. Mais s’il fallait ’condamner l’exploitant de cette voie rapide à ne pouvoir jamais y faire le moindre bénéfice« , il ne resterait plus beaucoup d’entreprises - de transport ou du bâtiment ou d’extraction de minerais, ou d’autres - dans le monde.

    La seule »justice" serait sans doute de déterminer les responsabilités dans cette catastrophe et de mettre en place les procédures pour empêcher que cela se reproduise.

    • Pere Plexe Pere Plexe 10 février 15:57

      @M de Sourcessure
      C’est un fait. Aussi douloureux que soient ces décès, le projet doit avancer.
      Premièrement abandonner ne fera pas revenir les victimes, ne fera pas se dissiper la douleur de leurs proches.
      Ensuite comme le vous le rappelez nombres de grands projets (tous ?) sont marqués par des décès. Moins spectaculaires certes mais tout autant mortels et difficiles pour l’entourage des défunts.
      Concernant l’accident de cet article l’enquête (ou les enquêtes) est toujours en cours.
      Attendons de voir ce qui va en sortir.

      Je respecte la douleur de ce proche d’une victime, mais il faut garder raison.


    • adelie974 10 février 16:23

      @Pere Plexe
      Cher Pere Plexe,

      Pensez-vous que GRACE AUX DECES, on pourra donc mener à terme de grands projets, comme par le passé, selon vous ?
      Comme les pyramides des Rois Pharaons, pour lesquels certains ouvriers à la vie très courte, donnaient donc leur courte existence de fatigue et de risque, sans même jamais voir le grand projet réalisé ?
      Est-ce que mon enfant aura donc donné sa vie, pour permettre que le train aille vite ? 
      Est-ce GRACE A l’expérimentation, chic alors ! on va savoir faire foncer des TGV dans des courbes avant des ponts ? 
      Mais elle ? elle a eu du sang dans la bouche ? de la terre dans les yeux ? peut-être les membres sectionnés ?
      Et SHOW MUST GO ON ? 
      D’abord, est-ce un si grand projet ? un projet avec des virages ? est-ce donc là un si grand projet futuriste ? si le projet était grand, il se serait doté d’un système intelligent de freinage, adapté aux essais. 
      Cela n’a pas été le cas.
      Ces onze tués expérimentaux, l’ont été pour un projet qui n’était donc pas si grand.


    • Pere Plexe Pere Plexe 10 février 19:02

      @adelie974
      Pas grâce mais en dépits de décès.

      il m’est difficile de répondre à une maman ayant perdu un enfant.
      Mes arguments, mon raisonnement, s’appuient sur la raison.
      Votre douleur vous confine dans l’émotion.
      Et c’est bien compréhensible. 

      Peut être vous rendrez vous compte un jour que sans le savoir vous utilisez des routes des viaducs des bâtiments, des tunnels qui ont été témoins d’effroyables drames.
      L’aviation déplore nombre de catastrophes lors d’essais d’homologation.Que fait on ?

    • adelie974 10 février 20:05

      @Pere Plexe

      Pere Plexe, ce que vous dites est juste. Mais cependant, dans le cas du TGV d’essai d’Eckwersheim, l’expérimentation ne s’est pas faite à la loyale, qu’en pensez-vous ? puisque au lieu de placer dans ce train expérimental, des pilotes d’essai dotés de casques, on y a mis des gens sans protection, et surtout - SANS L’INFORMATION - notamment les invités, sans l’information du système de freinage automatique de sécurité, désactivé.
      Vous y enverriez votre fille.

      Bien sûr vous dites vrai, quand on prend un viaduc avec notre voiture, en oubliant les morts qui peut-être jonchent de leur mémoire, l’édifice, on est comme insensible ? ou on leur dit un merci un peu confus, à ces morts ?

      Mais dans le cas présent, les invités de ce TGV d’expérimentation, ne savaient rien, leur degré d’information, sur le programme de pousse de vitesse, sur les freins désactivés, cela, ils ne le savaient pas. 

      entre une catastrophe imprévisible (il y en a), et une catastrophe quasi programmée (on pousse la vitesse juste avant un virage avec un pont, et sans freinage automatique), vous dites quoi ? c’est imprévisible ? 
      Le cas est atypique.

      Le pilote d’essai de formule 1 connait ses risques. Disons qu’il les connait le plus possible. C’est triste s’il se tue en faisant des essais. Mais si on ne lui a pas tout dit sur les freins de sa voiture ? c’est loyal ? il va au casse-pipe sans s’en douter, voyez-vous ?

      Le cas, ici, est bien pire. Car les invités n’étaient même pas des pilotes d’essai plus ou moins avertis. Mais des ignorants comme vous et moi. 
      C’est cette duperie qui n’est pas juste, mais pas juste du tout. 

      Et il y en aura encore beaucoup, des duperies de ce genre ? des gens qu’on laisse aller au casse-pipe, jouets, pauvres jouets des caprices d’autres hommes, grisés par les exploits de vitesse ?

      Telle est ma question. Je la pose même pour mon enfant qui n’est plus là, car je déteste le décalage qu’il y a eu, entre la confiance entière et candide qu’elle faisait et d’autre part, la si grande légèreté des responsables, froide légèreté. Il n’y avait qu’un kilomètre pour freiner, je crois ? on avait prévu d’arriver à toute bombe sur le lieu dangereux, ça c’était dans les prévisions. C’est bien, ça ?



    • Pere Plexe Pere Plexe 11 février 17:21

      @adelie974
      Là encore je ne connais pas votre degré de technicité ferroviaire.

      Alors simplement je vous donne quelques éléments.
      Qu’un train roule sans ce que vous appelez « système de freinage automatique de sécurité, » n’a rien d’exceptionnel.Toute les voies ne sont pas équipé de tels systéme,et celles qui sont équipées peuvent être volontairement désactivé (travaux,probleme sur la voie..).
      Pour autant je suis parfaitement d’accord que se système (KVB ou équivalent) aurait du être utilisé pour ses essais, surtout avec la décélération hautement acrobatique (de 330 km/h à 176 en 2 km  !) Même si sans doute une adaptation du matériel était surement nécessaire.
      Je ne sais pas comment concluront les tribunaux mais une telle marche d’essai constitue une faute grave à mes yeux.Bien plus que le retard fatal du freinage (une dizaine de seconde)

    • adelie974 10 février 11:56

      Il peut effectivement exister des lieux sacrés, ou des instants sacrés, car nous sommes des êtres qui pensent et qui ressentent, et non des robots. Nous avons une morale. 

      Par exemple, le World Trade Center, sur son champ de mort, conçoit une « Memory Foundation », on prend le temps de penser, de se souvenir, de réfléchir. Zola évoque la vie dans les mines, au siècle dernier, où la mort de quelques gueules noires n’importait pas tant que cela, du moment que l’on pouvait très vite repartir gagner de l’argent. 
      Ainsi, pour ce tragique accident d’Eckwersheim, était-on certains, lors des bascules de camions de terre pour des remblais, pour vite « nettoyer » la zone, était-on certains d’avoir d’abord collecté tous les restes humains ? Osera-t-on se promener sur les lieux, que cela soit en jogging, à cheval ou en train, sans s’arrêter un instant ? là où des personnes ont rendu leur dernier soupir, dans les cailloux, et la boue, sans que qui que ce soit ne leur caresse la tête, ne leur tienne la main ? 
      Se sont-ils vus mourir quelques secondes ou quelques minutes ?
      Et si, comme les événements portent à le penser, certaines parties des corps restaient encore dans les gravats, alors que peu à peu, les visiteurs revenaient, peut-on décemment envisager la course à nouveau, pour un gain économique ?
      Peut-être que quelqu’un a marché sur les restes de mon enfant. 
      Peut-être qu’un camion de terre a enseveli une partie de son corps, que je n’ai pas eu le droit de voir une dernière fois.
      Libre à tous ces gens de passer à fond sur la voie 2, le plus vite possible, mais qu’ils pensent que peut-être ils roulent sur un ancien cimetière. 

      • sarcastelle 10 février 13:31

        Dans Vivre à Moscou Georges Bortoli mentionne un Russe scandalisé de voir vers 1969 des jeunes gens danser après que leurs aînés sont tombés à la guerre. 


        • adelie974 10 février 14:11

          @sarcastelle

          C’est une réflexion intéressante, vous citez Bortoli... mais oui, bien sûr que la vie doit reprendre après que les morts soient enterrés. 
          (Enfin pour les proches des victimes, c’est un peu différent. Par exemple il y a un petit enfant de tout juste 10 ans qui perd son papa. Regardera-t-il le joli TGV repasser au même endroit où son papa fut broyé ? 
          La vérité, c’est l’endroit, qui est chargé de mémoire, et l’intention de respect, on ne la voit pas, nulle part.
          Bien sûr, ce russe que vous citez, c’est une caricature, en 1969, il y a longtemps que la guerre est finie ? et lui ? il veut empêcher de danser ? peut-être que vous le trouvez ridicule et rétrograde ?

          Mais dans le cas présent : s’agit-il d’empêcher les trains de circuler ?
          S’agit-il de renoncer à aller vite ?
          Ou même de renoncer à faire du profit ?

          Bien sûr que non. 

          Si nous relisons le texte de ce frère meurtri, il s’agit de dire « pouce » à la course aveugle. Nous ne sommes pas des années plus tard, après une guerre, comme ce russe cité par Bortoli, mais juste quelques mois plus tard après un massacre sans combattants, sans cause à défendre, si ce n’est le gain économique. Est-ce une guerre, la poursuite du profit ?

          Et c’est l’endroit, ce cimetière, ce charnier où certains corps furent tellement broyés, mélangés, que même des gendarmes au coeur bien accroché, étaient en larmes.
          C’est l’endroit, SARCASTELLE, qui compte à présent, comme si on venait danser non pas dans une salle de bal, mais là où vous proches auraient été atrocement mutilés, si on venait danser là ? ou non pas comme dans le bouquin sur les moscovites, mais simplement dans notre réalité, un train repassera-t-il sur la voie 2, GRACE à l’expérimentation qui permet maintenant de dire que - pour rouler vite dans cette courbe, - il faudra mettre des rails adaptés, c’est bien ça ? pour la force centrifuge ?
          Donc GRACE A L’EXPERIMENTATION, grâce aux morts, on sait maintenant que pour les prochaines pointes de vitesse, il faudra prévoir en conséquence. de meilleurs rails adaptés à la courbe, un parapet de pont évasé, et un système de freinage un peu plus sécurisé ? 

          Mais est-ce qu’on dit merci à ces morts expérimentaux ?
          S’ils n’étaient pas morts, peut-être que les futures lignes commerciales auraient foncé au même endroit, alors que ce n’est pas adéquat ? il y en aurait eu davantage, des morts ? des mamans, des papas, des enfants qui rentrent chez eux, des tas de gens comme vous et nous ?

          Tout ça pour la gloire de pointes de vitesse. Si vous lisez la note d’étape du BEA, ces survitesses ne sont même pas jugées si nécessaires. 

          C’est l’endroit, cette voie numéro 2, l’endroit qui est chargé de mémoire atroce. 
          C’est juste ça.



        • sarcastelle 10 février 17:31

          @adelie974

          Vous avez écrit : ce Russe, c’est une caricature.......Peut-être que vous le trouvez ridicule..... ? 

          Il est excessif mais non pas ridicule s’il a vu de près la guerre de 41/45. 

          Adorno a bien écrit : écrire un poème après Auschwitz est barbare. On a beaucoup glosé là-dessus mais sans le dire ridicule. Or c’est excessif. 

          Vous avez encore écrit : 

          Mais dans le cas présent : s’agit-il d’empêcher les trains de circuler ? 
          S’agit-il de renoncer à aller vite ? 
          Ou même de renoncer à faire du profit ? 

          Bien sûr que non

          Bien sûr que non ? Je vous prie de lire l’article. L’auteur répond de manière inverse à ces trois questions. Il écrit notamment : 

          La SNCF aurait pu - pourquoi pas ? - décider de renoncer à l’ouverture de cette ligne au motif que trop de gens y ont perdu la vie...

          ...dans l’objectif futile de gagner 32 minutes sur les trajets Paris-Strasbourg

          J’ai bien une suggestion : condamner l’exploitant de cette voie rapide à ne pouvoir jamais y faire le moindre bénéfice





        • adelie974 10 février 18:13

          @sarcastelle

          OUI, Sarcastelle,

          Nous avons bien lu la même chose, l’auteur de l’article suggère de renoncer, à cet endroit précis, à ce tracé précis, funeste, à la rentabilisation si coûteuse en vies humaines, comment peut-on d’ailleurs parler « rentabilité » ? cela voudrait dire que l’on estime les vies sacrifiées, à un coût précis, de façon à rester rentables ?

          Nous avons bien compris le sens, je le vois

          L’auteur suggère donc, de renoncer à une quelconque « rentabilisation » de cette voie numéro 2.

          C’est une idée. 

          Pourquoi rejetterions-nous une idée, alors qu’elle suppose une sincère réflexion ? l’auteur n’a pas dit que partout sur le réseau, il faudrait renoncer à la grande vitesse. Il n’a pas dit non plus qu’il faudrait oublier ce rêve de 30 minutes de gain sur le trajet Paris-Strasbourg. il dit, je crois, que ce gain pourrait dorénavant, ne pas être rêvé sur ce tronçon meurtrier. Par respect et par intelligence. Car le tronçon est dangereux. Mais dangereux ou pas, s’il est avéré qu’il fut l’objet d’une grande légèreté de la part des responsables , alors en tant qu’objet, il pourrait ne plus être convoité. Plus jamais là. Ailleurs, sans doute là où il n’y aura pas de virage, où on pourra lancer des trains bolides avec moins de risques ?

          Vous savez, la chanson de Béart « le poète a dit / la vérité / il doit être exécuté », c’est comme ça qu’on oublie de réfléchir, parce que ce qui existe déjà nous semble immuable, alors on ne remet jamais en cause les bêtises du passé, on les garde comme des socles immuables.

          Moi qui ne reverrai jamais plus ma fille, moi qui ne fais jamais le trajet Paris Strasbourg, sauf le jour où je suis allée la rechercher, en vain, je peux vous dire, je crois, je crois et je crois encore, qu’il faut du sens à ce que l’on fait. Il faut du sens, pour les gens qui veulent faire ce trajet Paris-Strasbourg en moins de temps. Pourquoi, comment, à quel prix, où ?

          Moi je n’ai plus rien à perdre. Ma fille ne reviendra pas. Je m’exprime donc pour le principe. Quel avenir j’ai, moi ? Des fois encore je lui téléphone, mais son portable reste muet.

          Et vous voudriez que je me moque de cette future LGV-EST sous prétexte que moi je n’ai plus d’avenir, plus de fille ? 

          non.

          Il faut une morale. 
          Le profit et la rentabilité ne sont pas un crime. Mais il faut un sens à la recherche du profit, je crois, le bonheur des gens ? les gens qui travaillent dans ces trains, et qu’on ne doit pas penser comme de la chair à canons, et puis les gens qui voyagent, qui ne devraient pas quand ils montent dans la rame, signer pour le dernier grand voyage ?

          Si vous dites, au murmure de ce frère qui pleure sa soeur, si vous lui dites qu’il est « EXCESSIF », c’est comme une censure, alors que peut-être il pourrait faire bouger le monde, avec son idée, d’une entreprise socialement responsable, vous comprenez ?
          et ce mon ’EXCESSIF« , sonne bizarrement, alors que les trompettes claironnent en ce moment, que la vitesse de ce train fou était ... ? »TROP EXCESSIVE", ce sont les mots du rapport du BEA

          En tous cas, SARCASTELLE je vous remercie pour la qualité de votre réflexion de fond, qui est très appréciable.


        • chappalebandgaterlaibless 10 février 18:32

          @sarcastelle
          Pour être au plus proche de proposition (je demande la lune, une étoile, un requiem... mais je ne suis pas naïf pour autant) : que la plus-value déduite du fonctionnement de cette ligne ne puisse profiter à l’exploitant de la ligne mais soit reversée à une cause de bien public. Cette ligne à grande vitesse peut bien profiter à la société - j’y verrais une issue digne.


        • Onecinikiou 10 février 23:07

          @chappalebandgaterlaibless


          Vous le dites vous-même : l’exploitant de la ligne est un établissement public, un EPIC plus exactement. Il n’y a pas d’actionnariat privé (pas encore), l’intégralité des marges bénéficiaires étant intégralement reversée dans l’investissement, et l’amortissement de la dette colossale contractée par la SNCF d’une part, et par RFF d’autre (désormais SNCF réseau). 

          Or qu’est-ce donc que le développement du réseau ferroviaire - à l’heure de la COP21 et des milliers de morts sur la route - sinon précisément une « cause de bien public » ?

          Nous comprenons la douleur et le chagrin, et nous la partageons dans la mesure du possible, mais il faut savoir raison gardée, même dans ces circonstances dramatiques.

        • chappalebandgaterlaibless 11 février 00:54

          @Onecinikiou Non : investir dans le développement d’un réseau ferroviaire qui par ailleurs ne se donne pas les moyens d’être irréprochable sur la sécurité de ses voyageurs et de son personnel, ça n’est pas le bien public. 


          oui : « pas encore ». Et cet EPIC se prépare.

          Ce qui me dérange dans certains commentaires, c’est le bon sens qu’ils font valoir, la raison gardée (... est toujours la meilleure dit la fable), l’idée qu’il va de soi que les choses se poursuivent sur ce mode. Bien sûr, il n’y a rien de si étonnant à ce qu’une entreprise tue... Un tel ironise : « mais s’il fallait condamner l’exploitant à ne pouvoir faire de bénéfice il ne resterait plus beaucoup d’entreprises », l’autre résigné et réaliste : « c’est un fait, aussi douloureux que soient ces décès, le projet doit avancer » (mesure-t-on l’énormité ?), etc. Ce bon sens opère souvent cette violence de disqualifier ce qu’il tient pour futile, de n’y rien comprendre.

          Le mythe d’Antigone dit la protestation contre la bêtise de conceptions humaines meurtrières et irrespectueuses de la dignité d’un corps humain traité sans respect (le corps de son frère, Etéocle). Des conceptions contre lesquelles il faut opposer le respect pour quelque chose avec lequel on ne saurait négocier. A ma peine irrémédiable, s’ajoute la douleur que le corps et la mémoire de ma soeur et des autres ne sont pas traités avec le respect que l’on doit aux humains.

        • Onecinikiou 12 février 01:33

          Raison gardée cela consiste seulement à rappeler que le train est, après l’avion, le moyen de transport le plus sûr. Bien plus que la voiture, le car, ou même le vélo. 


        • adelie974 12 février 05:49

          @Onecinikiou
          OK Onecinikiou, mais quand vous dites que le train est le moyen de transport le plus sûr, c’est parce que vous faites une statistique où vous comptez les morts, finalement ? ou bien les occasions de morts, comme le nombre d’accident ?

          un, deux, trois, quatre, etc.... dix morts, vingt morts, cent morts, etc...
          DOIT-ON COMPTER LES MORTS ?
          Il vous suffit de penser, Onecinikiou, à une seule personne que vous aimez, juste UNE personne, et alors si elle mourrait hachée par un train, le compte statistique vous semblerait incongru, je vous assure.
          Certes vous dites que les accidents de voiture font plus de morts que les accidents de train. Mais au moins, au volant de votre voiture, c’est VOUS qui tenez les manettes, vous ne laissez donc pas des têtes brûlées risquer des pointes de vitesse dans VOTRE voiture, vous ne vous en remettez donc pas à quelqu’un d’autre.
          C’est bien la notion de transporteur comme profession de confiance, qui est là à examiner.
          Du fait de la grande technicité du train ou de l’avion, et de son coût de fonctionnement, nous autres passagers, nous nous en remettons avec confiance, à des responsables plus avisés que nous, qui vont prendre les commandes à bord ou bien à terre. 
          C’est cette notion de brebis qui part à l’abattoir, en payant, qui plus est, des impôts pour disposer de ce transport, or la brebis ignore le risque qu’on va prendre, pour elle, si légèrement. Faites-nous confiance, lui dit-on, asseyez vous à votre place et ne demandez rien car ce serait trop long pour que vous compreniez.
          C’est cette notion de confiance, qui n’est pas toujours bien placée, qu’il faut examiner.

          Car cet accident est autre chose qu’une statistique. 
          Ne faisons plus uniquement de la statistique, s’il vous plait.

          Cet accident n’est pas non plus « aléatoire », le fruit d’un pur hasard. Pas du tout. 




        • Onecinikiou 12 février 10:09

          @adelie974


          C’est une chose d’investiguer pour déterminer les causes de cette tragédie qui résulte d’une défaillance non seulement humaine (le fameux facteur humain que les accidentologistes connaissent bien) mais d’entreprise, dans la mesure où cette pratique de faire monter des individus en cabine qui n’ont pas le droit d’y être et de surcroit en dépassant les limites admissibles (généralement pas plus de quatre en cabine, alors qu’ils étaient dix à ma connaissance) participe d’une dérive évidente en mesure d’en expliquer en partie les causes.

          Il en est une autre et une gageure de croire que l’on pourrait supprimer le risque de toute activité humaine, même lorsque ce risque est déjà faible voire très faible (statistiquement en effet). 

          Que faire sinon tirer les leçons de nos échecs ? Vous ne comptez tout de même pas interdire le transport ferroviaire...

          Concernant l’analogie avec la voiture ou le car, il me semble que c’est pertinent si l’on se fie à une actualité là encore pas réjouissante.

        • adelie974 12 février 10:50

          @Onecinikiou
          Juste une précision, Onecinikiou, 

          vous dites qu’il y avait 10 personnes dans la motrice-avant, or on lit 7 personnes, dans le rapport d’enquête immédiate.
          Et dans les forums de cheminots, certains évoquent la présence de personnes de « l’infra », dans la motrice avant. Supposons que ça veut dire « Infrastructure » ? Ce n’était donc pas des enfants braillards ou des invités en tourisme, mais des personnes pros ? l’enquête le dira. Toujours est-il que comme dans un avion, on n’entre pas comme dans un moulin dans la cabine des pilotes, il y a un chef qui régule tout cela. 

          Quant à interdire le transport ferroviaire, quelle idée ? J’ai dit ça ?
          Pourquoi grossir ce que l’autre a dit ou n’a même pas dit ?
          Nous ne sommes pas là pour avoir raison à tout prix, mais juste réfléchir ensemble, n’est-ce pas ?

           

        • Onecinikiou 12 février 17:54

          @adelie974


          Que préconisez-vous exactement, au lieu de tourner autour du pot ?

        • adelie974 13 février 15:41

          @Onecinikiou
          Onecinikiou, 

          Vous croyez que l’on tourne autour du pot, alors que nous nous trouvons sur la place de l’agora, comme les grecs à l’antiquité, nous échangeons nos idées, n’est-ce pas ?
          Sans a priori.
          Je n’ai donc fait que rectifier lorsque vous affirmiez qu’il y avait 10 personnes dans la motrice-avant, car l’enquête ne parle que de 7 personnes.
          Cela n’est pas « tourner autour du pot ».
          Si vous évoquez ce que je préconise ? je suis bien embêtée, je préconiserais volontiers que l’on retourne en marche arrière dans le temps, et que ma fille n’ait pas répondu à cette invitation en bonne et due forme, officielle, et qu’elle ne soit pas montée dans ce train dont elle n’est jamais revenue. 
          Voilà ce que je préconise, affectivement je le reconnais, qu’on efface ce cauchemar.
          Mais si ça ne peut être effacé, si c’est bien « ça » la réalité, horrible réalité, alors je dois à ma fille, que personne ne se moque d’elle, que personne ne marche sur des morceaux de son corps mêlés aux gravats, et personne ne clame à la radio qu’elle est morte d’un accident du travail alors qu’elle ne travaillait pas dans ce train.
          Elle faisait toujours bien son travail, jeune ingénieure agronome, elle était rigoureuse, selon son employeur.
          Alors je crois que si elle était montée dans une rame d’essai, en tant que professionnel du domaine ferroviaire, elle aurait voulu tout savoir, toutes les conditions techniques.
          Alors que là, en néophyte, elle a fait confiance.

          Je ne tourne donc pas autour du pot, et j’ai pas de préconisation. Mais à la lecture de l’article dont nous débattons, je me rends compte, vous aussi je suppose ? que puisque cette voie 2 sur laquelle la rame a buté puis explosé en plein vol, doit un jour être mise en service, elle le sera avec un souci de rentabilité, n’est-ce pas ?

          Et comment la calcule-t-on, la rentabilité ?

          Chiffre d’affaires moins les coûts. 

          Et quels sont les coûts de cette voie numéro 2 ?
          Est-ce qu’on logiquement y intégrer le coût de l’accident ? à savoir les dégâts matériels à réparer ? mais aussi les coûts humains ? ALORS C’EST COMBIEN ?
          Combien on affectera concernant le coût des morts ? ça coûte combien, un mort ? dans le calcul de la rentabilité ?

          Avez-vous déjà pensé à calculer combien coûte votre père, votre mère, vos frères et soeurs, vos enfants, votre conjointe ? quelle contrepartie prendriez-vous, si les personnes que vous aimez disparaissaient ?

          C’est bien de ce calcul, dont il est question. 
          Vu sous deux angles : 1) premièrement l’angle de vue de ceux qui ont tué (homicide involontaire) et qui doivent absolument rester une entreprise rentable / 2) deuxièmement l’angle de vue de ceux qui ont été tués, alors là, ils ne parlent plus, mais leurs proches s’élèvent, la voix pleine de sanglot, et pour eux, quelle valeur ? c’est tout simplement inadmissible, inenvisageable. Et pour prendre la juste mesure du dommage éternel, quelle réparation faudrait-il ? combien faire payer à celui qui a tué ? un paiement éternel ?
          Aussi, effectivement, on peut comprendre cet angle de vue, qu’en pensez-vous ? 
          que sur la voie numéro 2, jamais plus, on ne fasse de rentabilité, cela effacerait au moins cette vilaine notion de coût des êtres humains ?

          Prenez le cas de ce petit garçon de 10 ans, qui perd son papa dans l’accident. Combien vaut son papa, pensez-vous pouvoir regarder ce petit garçon dans les yeux en lui disant, « on va payer tant pour ton papa ? »... il vaut tant ? 
          Voyons si le dommage n’était que financier, additionnez tous les salaires que son papa aurait gagnés, jusqu’aux 25 ans du petit garçon, et allons-y pour les comptes d’épicier ? tout en lorgnant les indicateurs de baisse de rentabilité, car il ne faudrait pas plomber le cash flow de l’entreprise avec des sanctions financières trop lourdes ?
          Mais voyez-vous, c’est aussi un « métier », réagir en cas d’accidents mortels, il y a des protocoles, on sait comment organiser une cellule de crise, et on paie des avocats pour gérer la situation au mieux des intérêts de l’entreprise. Ne trouvez-vous pas la situation récidivante, si vous vous souvenez qu’on est encore en train de traiter les effets de l’accident mortel de Brétigny ? cet effet d’expérience permet donc de manager au mieux, la situation, on sait déjà faire.
          Alors que pèse ce petit garçon de 10 ans, qui ne verra plus son papa ?
          Que pèse ces frères qui pleurent la jeune soeur espiègle et douce avec laquelle ils ont grandi ? Que pèsent tous ces gens, qui ne sont pas assez VIP pour que l’on respecte leurs corps ?

          Comprenez-vous le déséquilibre entre d’une part la force tranquille qui repassera inéluctablement sur les rails, et se souciera des profits ultérieurs, et d’autre part ces gens tremblants de chagrin, vibrants et effarés devant les photos de presse, les bogies éclatés, les voitures noircies, les monceaux de débris coupants, la terre mélangée à tout ça, et leur enfant leur cher enfant, leur mari, leur papa, leur soeur, leur frère ? 
          Croyez-vous que ça, c’est « tourner autour du pot » ?

          Je voudrais qu’on revienne en arrière, comme dans retour vers le futur, et que non seulement mon enfant ne monte pas dans cette rame, tant pis pour l’invitation, elle en aurait fait une boule de papier, et également, parce que j’ai mal aussi pour ces autres qui sont morts, je voudrais que cette rame n’ait jamais été programmée pour se lancer si vite si près d’une courbe, sans que les ingénieurs n’aient conçu une TVM 430 capable de gérer le freinage automatique de secours, également sur un train d’essai. Parce que ces autres morts, ils sont à présent de la famille de mon enfant, ayant rendu leur dernier soupir en sa compagnie, les yeux tournés peut-être vers le ciel, une dernière fois, sans comprendre, quelques secondes ou minutes, sans rien d’autre que des cailloux et de la tôle autour d’eux, fumante, que voulez-vous je les chéris et aurais pris leur main et caressé leurs cheveux, comme ceux de mon enfant aussi.
          Et pas vous ?
          Pas le reste du monde ?
          je peux le comprendre, les gens ont une distance vis à vis des massacres humains. S’ils en étaient profondément affectés à chaque fois, ils seraient en perpétuelle déprime.

          C’est la différence que nous avons, Onecinikiou, et je ne vous en veux pas, car au moins, vous prêtez une très grande attention à tout cela. Ce qui vous honore.
          Comme toutes les personnes qui ont bien voulu, selon le fameux principe de l’agora, échanger et débattre, ici en ce lieu virtuel très respectable.

          Bon, allez, je ravale ma peine, et ne vais pas davantage l’étaler. Je suis juste pour, très favorable à tout échange qui pourrait faire un peu de lumière sur ce dramatique événement
           

        • LOKERINO LOKERINO 10 février 13:40

          Bien sur que nous compatissons à la douleur de votre famille , la disparition de votre sœur est une tragédie . C’est affreux, injuste et cela peut toucher n’importe qui dans n’importe quel situation à travers le monde comme vous le signalez.
           Ce que ce drame a de particulier , c’est qu’il a été complétement occulté par une autre actualité brulante à Paris
          C’est dur pour les victimes et leurs proches , le sentiment certainement justifié de l’oubli, notamment parce qu’ il n’y aura pas eu l’effroi de la population ni une prise en compte nationale de ce drame et de ses nécessaires explications

          Il faudra bien pourtant en tirer toutes les conclusions pour que e cette tragédie servent à éviter d’autre dans l’avenir , et soulager un peu les famille, puisque c’est le prix si lourd à payer

          Sur l’aspect sensibilisation et traitement de l’information , c’est une forme de nivellement par les media medias sur l’hôtel du sensationnel
          Ce qui donne artificiellement et selon les dates de survenance une bizarre hiérarchie dans les événements , dans les drames.

          C’est un peu ce qui s’était passé en 1997 dans un drame qui m’avait touché de très près avec l’explosion des silos de la Semabla sur le port de Blaye sur la Gironde ou 12 personnes avait péris ensevelis et un pécheur avait disparu projeté dans le fleuve 

          La France et les français étaient suspendue aux recherches.
          La consternation , la tristesse et l’ effroi submergeaient les pensées de tous lorsque quelques jours après un « banal » accident de voiture causa deux victimes ;
          Mais il s’agissait de Lady Dy et son compagnon tués en plein Paris sous le tunnel de l’Alma

          Et la, la tragédie de Blaye , les recherches , les deuils, les explications ne concernent désormais plus que quelques centaines de personnes et plus des millions de Français

          Pour revenir a votre tragédie, je vous souhaite à vous et votre famille bon courage pour vivre avec « l’absence » de votre sœur.
          Merci aussi de redonner le nécessaire écho a cette affaire

          Je vous souhaite de trouver un apaisement au fur et a mesure des explications qui seront trouvé a ce drame en espérant que ces explications soit le plus transparentes possible..
          je vous rejoints sur le problème de non responsabilisation ou plutôt, de la dilution des responsabilités
          Sans avoir connaissance du dossier de cet accident, je sais, pour bien la connaitre, que c’est l’un des problèmes de la sncf , plus que les hommes , l’organisation , la nature et culture de cette société en sont pour moi la cause


          • ZenZoe ZenZoe 10 février 14:28

            Il y a certainement eu là une imprudence magistrale. On n’invite personne lors d’un test. Les seuls autorisés à monter à bord auraient dû être les techniciens impliqués dans le projet.
            La mort de votre soeur en est d’autant plus dure à accepter.
            Pour autant, pourquoi voudriez-vous que la SNCF arrête tout ? Si à chaque accident on devait renoncer à l’exploitation d’un service, on en serait encore à vivre dans des cavernes.
            Je vous souhaite tout le bien possible dans le long parcours de deuil qui va être le vôtre.


            • adelie974 10 février 14:47

              @ZenZoe

              En fait, il s’avère que non, ce n’est pas si vrai, qu’on n’invite personne lors des tests sur les trains d’essai.
              L’épouse de l’un des conducteurs nous l’a dit publiquement en réunion de crise avec toutes les familles en pleurs, elle était « invitée » lors d’un précédent trajet d’essai.

              Et si vous regardez wiipedia, chaque fois qu’il y a eu des record de vitesse, 1990, 2007, il y avait des invités VIP à bord de la rame. 

              Et dans ce train à Eckwersheim, selon des rescapés, il y avait bien du champagne ? C’était festif, on le suppose.

              En tous cas, les invités, c’était bel et bien une pratique, nous le découvrons à présent. Y compris pour réaliser un record encore jamais atteint !

              Quant à dire que si à « chaque accident de train, si on renonçait à exploiter l’endroit, alors on reviendrait à l’âge des cavernes », cela veut-il dire qu’il y en a tellement, des accidents ? une telle quantité ?
              Si oui, ce n’est pas à l’âge des cavernes qu’il faudrait aller, mais plutôt vers le futur. Or le futur se construit-il sur des fondations fêlées ? sur des monceaux de terre mélangés à du sang humain ? 

              Il s’agit juste de réfléchir, si on veut aller si vite que l’on concurrence les avions, alors, il faut vraiment regarder le futur, et non pas les vieux rails en virage avant des ponts. Un train qui va à fond, sans être des experts, nous imaginons bien qu’il vaut mieux qu’il ne prenne pas des virages importants. 

              Il faudrait, je le crois, un recueillement, et non pas juste des familles terriblement endeuillées, mais de la population, qui s’engouffre aveuglément dans ces trains qui vont vite et pour quoi ? une vie peut s’arrêter d’un instant à l’autre.
              Pourquoi nous allons vite ?

              ... mais je m’égare, pardon. D’accord, OK, allons vite pour faire Paris-Strasbourg, mais pas sans âme, n’est-ce pas ? pas sans conscience ? pas au prix de vies humaines ?
              Pourquoi ce TGV fait-il un tel virage ? 
              Ont-ils compris qu c’était dangereux d’y foncer comme ils l’ont fait, avec le freinage automatique désactivé ? 
              Ou bien vous voulez qu’ils recommencent ? les mêmes ou d’autres ?

              Moi je suis pour le futur, mais avec conscience. Et le futur devrait faire un détour, ou bien ralentir sur le ballast encore sanglant.

              Je suis une arrière petite fille de cheminot. 

              Que dit l’arrière-grand-père qui adorait les trains qui vont vite ? je crois, que doucement, il dit qu’il aimerait que la France se dote de trains ultra-modernes, mais avec aussi une conscience, pas juste des robots qui vont et qui viennent.

              Pardon pour la longueur du propos, un mot plus un mot plus un mot, ça fait un train 

            • adelie974 10 février 15:38

              @M de Sourcessure

              Merci M de Sourcessure, j’ai fini par trouver cet article au vitriol, sur le site « Le Rail déchaîné ».... http://leraildechaine.org/post/133338357575/accident-mortel-deckwersheim

              Ils sont en colère

              Selon moi, un atout commercial de taille, pour vendre des TGV, c’est la confiance que l’on inspire, et peut-être davantage que la vitesse de nos trains. 

              Les firmes automobiles l’ont bien compris, quand elles ont, toutes, rappelé leurs véhicules pour maintenance, à la première suspicion de malfaçon. Une manière de rassurer le marché. C’est important, car il ne s’agit pas de mauvaise appellation de viande, ou de détails de traçabilité d’un produit de consommation courante. 
              Là il s’agit de dispositif qui tuent.
              Que ce soit la route, ou le rail, ça peut tuer.

              Montrer de la probité, être transparent et rigoureux, cela peut faire remporter des parts de marché.



            • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 10 février 17:56

              @ Lauteur



               Je vous offre toutes mes condoléances. Nous savons tous que ype de drames est inévitable.. Souhaitons que chacun de ces drames conduise à un plus grande conscience des risques et, qu’on n’oublie jamais ceux qui sont sacrifiés à notre recherche d’un « progrès » dont on ne calcule pas toujours le véritable coût.

              Pierre JC Allard

              • chappalebandgaterlaibless 10 février 18:20

                @Pierre JC Allard
                Merci de vos pensées.

                Inévitable... Il était parfaitement évitable de faire monter des invités à bord, des enfants, il était évitable de faire des homologations en survitesse (on apprend du BEA-TT que la survitesse était probablement superflue pour essayer la ligne...).

              • Onecinikiou 10 février 23:09

                @chappalebandgaterlaibless


                Il était surtout évitable de faire monter dix personnes en cabine de conduite, puisque c’est formellement interdit, même sur une rame d’essai, et qui est sans doute la cause de la distraction du conducteur ayant entrainée le drame. 

              • Yohan Yohan 10 février 22:58

                Ce qui me choque, c’est qu’on puisse faire un test de vitesse avec des invités à bord. On n’invite personne quand on teste un avion de chasse avant homologation, pas plus que pour un vol d’essai chez Airbus. En principe, ne figurent logiquement que des techniciens chevronnés et habilités et informés des risques. Je suis donc très surpris que l’on puisse inviter femmes et enfants sur un TGV d’essai. En phase d’inauguration, ce ne devrait plus être un TGV d’essai. Il y a quelque chose qui m’échappe. Je sais aussi que les catastrophes résultent très souvent d’une suite de dysfonctionnements dans une chaîne de décision. Une succession de mauvaises décisions qui s’ajoutent à pas de chance. Je ne sais pas ce qui pourra apaiser votre douleur d’avoir perdu votre soeur. Rien probablement, malheureusement. Si la SNCF admet son erreur sans chercher à se trouver des excuses et de bons avocats, elle se grandirait. 


                • Onecinikiou 10 février 23:11

                  @Yohan


                  Les sanctions doivent tomber en effet, car il était évidemment interdit de faire monter quiconque d’étranger au service sur une rame d’essai. 

                  • tf1Groupie 12 février 18:16

                    Il y a une chose gênante c’est que l’auteur accuse d’emblée l’entreprise SNCF, notamment parce qu’elle, la SNCF, aurait laissé monter des invités à bord.

                    Or à ce stade de l’enquête il est un peu tôt pour établir les responsabilités.
                    En particulier il se peut qu’il y ait eu des erreurs individuelles de personnels de la SNCF, notamment ceux qui ont fait monter les invités alors qu’ils n’en avaient peut-être pas le droit.

                    Conclure à une culpabilité de l’entreprise elle-même est donc un peu rapide.

                    Pour connaitre un peu la SNCF de l’intérieur je sais que le respect des procédures et des clients n’est pas une priorité pour certains « cheminots ».


                    • chappalebandgaterlaibless 12 février 20:04

                      @tf1Groupie
                      Alors, sans être spécialiste du droit des transports, je crois savoir qu’un transporteur est responsable de la vie de ses passagers (quand bien même ils n’auraient pas leur titre de transport), qu’il a comme une obligation de mission minimale, à savoir que les gens qui montent à bord de son matériel en sortent vivant et sans préjudice...


                      Il existe une responsabilité civile delictuelle :

                      L’article 1384 alinéa 1 du code civil : « On est responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde ». « Cela signifie que la SNCF, même en dehors de tout contrat, a l’obligation de réparer les préjudices qui sont causés par les objets dont elle a la garde comme les trains, les portières des trains, les quais… » (trouvé ici)

                      Il y a certes des responsabilités individuelles, mais qui ne diminuent en rien la responsabilité civile de la SNCF


                    • chappalebandgaterlaibless 12 février 20:06

                      @tf1groupie


                      toujours la même source :
                      • Le droit français retient de plein droit la responsabilité du gardien de la chose à l’origine du dommage.
                      • Il retient également de plein droit la responsabilité de l’employeur du préposé auteur du dommage.
                      La SNCF ne semble en tout cas pas nier cette responsabilité...

                    • TSS 14 février 23:08

                      La seule chose evidente c’est que dans un train experimental en periode

                       d’essai il n’y aurait pas dû avoir d’invités à bord,seuls les professionels

                      auraient dû être là... !!


                      • adelie974 15 février 05:53

                        @TSS

                        Oui, apparemment, les responsables n’auraient pas dû prendre la liberté d’inviter officiellement des personnes qui ne sont pas des professionnels.
                        Mais ça se complexifie, du fait que parmi les invités, il y avait aussi des « invités professionnels ».
                        C’est-à-dire des pros mais qui ne sont pas en service. Ils viennent juste passer là leur samedi, en touristes professionnels.
                        ça doit s’appeler le tourisme d’affaires ou quelque chose dans le genre.

                        Et puis l’usage voulait que l’on invite. Voyez pour les « records de vitesse sur rail en France », rubrique WIKIPEDIA, en 1990, comme en 2007, pour leurs records de vitesse, les pros avaient convié des invités dans la rame d’essai, des VIP. Mais peut-être qu’ils avait quand même activé le freinage automatique ? ou bien peut-être qu’ils n’avaient pas envisagé de prendre des courbes à fond ?

                        Et dernier point, on lit sur certains sites qu’il restait encore des essais à faire la semaine suivante, donc ce samedi 14 novembre était festif pour quoi, si ce n’était pas le dernier essai ? pour un challenge particulier ? l’enquête le dira, espérons-le ...
                         

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