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Accueil du site > Actualités > Société > Un village à l’agonie, comme tant d’autres

Un village à l’agonie, comme tant d’autres

Saint-Martin de Vésubie à 12h. Au pied du parc du Mercantour, entouré de monts impérieux et de forêt aux pins centenaires. Sur la place du village, une fontaine coule et reflète les rayons du soleil. Tout est calme, absolument calme. Ages indéterminables, deux anciens du village sont assis sur un banc au soleil, silhouettes ramassées, comme tassées par le poids des montagnes à l'ombre desquelles ils ont toujours vécu. Personne ne vient troubler leur quiétude. Les grilles des commerces alentours sont closes, presque sans exception. Le village est isolé. 1089 habitants au mois de janvier. On se croirait presque dans une ville fantôme, quartiers désertés et rues sans vie. Pourtant, Saint-Martin de Vésubie est exceptionnel. On peut trouver presque tous les services. Notaire, dentiste, cabinet immobilier … On ne peut s'empêcher d'être frappé par le contraste entre la diversité des commerces et échoppes et la vacuité de la place centrale. Le village à l'origine singulièrement bien équipé, plus que certains quartiers de grandes villes est maintenant déserté. Pour les commerçants la situation n'est pas facile à vivre.

Benjamin Prevoteau tient un bar légèrement excentré dans le village, le Verre-Ticale. Une télé au fond de la salle diffuse les clips de MTV en boucle. Des néons brillent et attirent les regards des clients. Sur la carte, des cocktails qui n'ont rien à envier à ceux des bars branchés citadins. A l'intérieur, pas un chat. Le tenant du lieu est assis un canapé. L'air bourru, désabusé. Mais lorsqu'il parle de ces problèmes pour faire « tourner son bistrot », il se redresse, s'anime. « Vous comprenez, moi, je suis obligé de m'énerver ». Il reproche une concurrence déloyale de ses voisins. Empiètement de terrasses, passes-droits sur les licences de débit. « Avec la crise, c'est chacun pour soi ». Benjamin Prevoteau se sent floué. Il reproche à ses voisins de lui « voler ses clients », en vendant de l'alcool sans autorisation. Ses sourcils se froncent, ses mains s'agitent. Il raconte qu'il a de grandes difficultés à vivre de son commerce. L'homme en veut un peu à la terre entière « La mairie m'empêche de rester ouvert après 23h, alors que je faisais 30% de mon chiffre d'affaire en 23h et 1h30 ». La faute aux jeunes bruyants à la sortie, selon lui. « Et la loi contre le tabac n'a pas arrangé les choses. Lorsque les clients sortent fumer une clope, ils ne rentrent plus, surtout lorsqu'il fait froid, il faut remettre les blousons etc .. »

« Les mentalités ont bien changées »

C'est le constat fait par presque tout les habitants de Saint-Martin de Vésubie. Benjamin Prevoteau regrette « la pause de 9h où tout le monde s'arrêtait de travailler, se retrouvait au bar pour casser la croûte et boire un coup ». Raynier Phillibert a quitté Saint-Martin en 1975, pour partir élever des moutons dans un village avoisinant. A son retour en 1997, il regrette les transformations qu'a subit son village natal. « Avant les gens étaient soudés, proches. On se retrouvait tous, et en cas de besoin , on allait chez le commerçant d'à coté. ». Avis partagé par par le gérant du magasin d'électronique SATEL, Phillipe Carl. Il confie que lorsque qu'un habitant a besoin d'un composant électronique précis, il ne vient plus chez lui. Il commande sur internet. « Les gens ont perdu le goût du contact humain ». Cependant selon lui « entre commerçants, on s'entend bien ». Les caractères se contredisent. D'après une habitante de longue date, les commerçants sont « comme en clans ». On s'aime, on s'aime pas. Les difficultés économiques indéniables amènent des tensions entre les commerçants.

« Quand on cherche quelque chose de précis, impossible »

Pour les habitants, cette concurrence à outrance à des conséquences néfastes. Chaque enseigne tend à se diversifier, « à vendre de tout et de rien, complètement hors de leur domaine original ». « Je cherchais une fiche précises au magasin d'électronique. Impossible de la trouver. Tout ce que j'ai pu voir, c'est des figurines de marmottes. » Pour résister à la baisse de la demande et répondre aux attentes des touristes, presque tout les magasins se sont mis à vendre souvenirs, cartes postales et autres babioles. « Au bureau de tabac, on ne peut pas trouver de cigarettes » ! Un rapide coup d'œil à travers les grilles devant la vitrine le confirme. Les étalages de cigarettes sont quasiment vides. « Le problème, c'est aussi que tout est fermé ». A 14h, le constat se vérifie aisément. Trois hôtel sur quatre sont fermé, les restaurants clos. Que dire des bureau de poste, de notaires et des banques désertées ? Face à la chute de la fréquentation, les commerçants gardent les stores clos. « Inutile de travailler, on ne rentabilise pas ».

A la recherche d'une solution

Une réponse à la situation « désespérée » de l'économie locale ? Le FISAC est prôné par la mairie. Kesako ? Le FISAC est un programme d'aide mis en place par l'Etat à l'échelle nationale pour redynamiser l'artisanat et le petit commerce. Il se déroule en 3 phases, sur une durée de 5 ans. A saint-Martin de Vésubie, il est en place depuis 1 an et demi. C'est la conclusion de la première phase. Après étude, la mairie et le conseil général vont mettre en place une signalétique plus efficace, harmonisée sur 9 communes autour de saint-Martin de Vésubie. Il s'agit aussi de communication, basée notamment sur des sites internet. La coordinatrice, basée à la mairie de Saint-Martin, village centrale dans la vallée grâce à ces nombreuses enseignes, semble convaincue de l'efficacité de son projet. Elle décolle à peine les yeux de son ordinateur, fouille ses papiers tout en parlant. Elle investi toute son énergie à redynamiser les commerces locaux. Les commerçants ne sont pas conquis. Pour le gérant de SATEL « c'est une véritable arnaque ». L'aide accordée par l'Etat pour permette aux entreprises de financer locaux, véhicules de fonctions et signalétique, sont répartie grâce à un système inégal. Les commerçants paient d'abord et ensuite sont remboursés. « Il n'y a que les riches qui peuvent profiter du FISAC, ceux qui ont les moyens d'avancer l'argent pour les travaux ». Le couple qui gère le magasin d'électronique n'a pas assez de revenus. « Pour faire notre double vitrage, il a fallu que nous fassions un prêt ».

« Le village se meurt »

C'est ainsi que tout les commerçants et habitants du village concluent leur entrevues avec nous. « Les jeunes partent, les commerces ferment ». Cela n'est pas une situation exceptionnelle. Le plan de redynamisme concerne tout les villages de la vallée. Et Saint-Martin de Vésubie est celui « qui s'en sort le mieux » d'après la coordinatrice du FISAC. Le village est donc un cas loin d'être isolé. Il reflète même une tendance malheureuse au niveau de la France toute entière. Le petit commerce est en grande difficulté, les populations locales fuient. Les commerçants réagissent en jouant le chacun pour soi. Difficile de faire autrement. Tout cela au détriment des habitants de ces villages convaincue de la nécessité de protéger ces havres de vie en perdition.

(Coécrit avec Marive Veronesi, Camille Erder et Théo Savary)


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12 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 17 février 2011 11:15

    Les alpes maritimes sont un departement perticulier, et Nice est encore plus particulier, voir ce peyit article

    http://2ccr.unblog.fr/2010/10/19/nice-la-belle-nice-rebelle/


    • BOBW BOBW 17 février 2011 12:41

       Nota bene:Attention au piège politique : certains Niçois utilisant de vieux réflexes identitaires  xénophobes d’extrême droite se présentent aux élections cantonales et autres sous le pavillon« Nissa rebella » smiley


    • francis francis 17 février 2011 12:05

      Quel beau reportage, Nicolas !
      superbe ! vraiment !


      • BOBW BOBW 17 février 2011 12:35

        De la part d’un « vieil Nissart »
        Merci Nicolas Boeuf pour cet article sur « lo nòstre bel païs  gavòt »
         Hélas, il pourrait illustrer le titre « La Terre qui meurt » de René Bazin
        « À partir du siècle dernier( la politique économique a délaissé la véritable richesse de la plupart des productions agricoles locales(florales- fruitières- viticoles ) bovines- ovines ,mais aussi la pêche locale au profit du tout tourisme-Immobilier comme précisé ci-dessus » 

        J’ai proposé un article (basé sur notre blog ci dessus) à Av (Non paru) :

        « II Colonisation et Annexion du Comté de NICE  BOBW 

         16 janvier »
           

        • BOBW BOBW 17 février 2011 13:20

           « lo nòstre bel païs  gavòt » :Recevez mes excuses, je n’ai pas inséré de lien mais j’ai commis simplement une erreur de manip !


          • caramico 17 février 2011 14:23

            Un des soucis majeurs de l’arrière pays est que la majorité du bâti appartient à des Niçois qui bloquent des logements occupés qu’un mois par an.
            Tout ça ne peut faire vivre un village à l’année


            • Tartiflette Tartiflette 17 février 2011 16:07

              Bonjour smiley

              La remarque de Caramico est très juste. Les logements et maisons sont bloqués pour occupation provisoire lors des vacances par les propriétaires des alpes-maritimes ou par leurs locataires. L’appât du gain est le plus fort et ces propriétaires ne sont pas intéressés par la survie ou la mort des villages de l’arrière-pays.
              De plus, certains propriétaires de terrain refusent de les vendre en espérant que la loi montagne soit modifiée et leur permette de vendre aux prix forts.

              Je n’ai pas remarqué que saint martin-vésubie soit en train d’expirer. Cependant, les hôtels sont fermés l’hiver et perdent ainsi une clientèle de randonneurs qui passerait volontiers 2 jours en fin de semaine pour randonner vers notre dame-de-fenestre, par exemple. Si les villages de l’arrière-pays meurent dans les alpes-martitimes, c’est de la faute des autochtones.

              M. Estrosi a beaucoup fait pour l’arrière-pays en finançant des travaux routiers et des remises en état des villages, lorsqu’il était président du C.G.06.

              Bientôt tous ces villages seront englobés par la communauté urbaine nice côte d’azur. Il paraît que leur survie en dépend (? ??).  smiley


            • Gabriel Gabriel 17 février 2011 14:41

              Bonjour Nicolas,

              Voilà qui serait une excellente politique : Revitaliser les villages et petites villes. Cela serait source d’emploi et de qualité de vie. Créer une économie par des flux de production et des échanges commerciaux prioritaires au niveau des villages, des villes, du département en encourageant la production et la consommation locale plutôt que d’importer des produits venant de milliers de Km dont les résultats sur l’environnement et le social sont catastrophiques !


              • brieli67 17 février 2011 15:28

                MaM et son Jules et son père +mère 

                auraient dû enfiler leurs chandails tricotés mains

                et descendre les monts en hors piste dans de la bonne poudreuse avec navette d’hélicos 

                comme M. le Président Giscard d’Estaing

                ils auraient été mieux inspirés et moins importunés Chouchou de Carla. 

                • BOBW BOBW 17 février 2011 15:56

                  Nous sommes totalement d’accord, voila la véritable force et richesse d’un pays qui profiteraient davantage à de nombreux actifs petits et moyens,alors que le tourisme et l’immobilier sont plus éphémères et rapportent beaucoup plus à des entreprises, progressivement absorbées par les trés grandes sociétés et multinationales (Bouygues.....) du bâtiment et de l’hôtellerie.

                  Quand on se déplace en Italie on peut constater que nos voisins ont mieux diversifié leurs activités (cultures fruitières-potagères) avec des marchés locaux colorés et riches en légumes de qualité et moins chers que chez nous.

                  • Donald Forestier 17 février 2011 20:03

                    Article intéressant... Ainsi bouge le monde en ce moment...


                    • caramico 18 février 2011 10:26

                      Je ne sais pas pourquoi ma remarque dérange : Elle a été formulée par un maire d’un village avoisinant qui se bat depuis des décennies pour revitaliser son village, attirer une population pérenne et qui remarque que la grande majorité des maisons, malgré leur non-occupation, n’est pas à vendre.
                      Celà tient à l’attachement du Niçois, souvent originaire de ces villages, et qui était « descendu » sur la côte lors du développement de la Riviera au 19ème siècle pour y travailler, ses descendants tenant à garder un lien avec leur village d’origine.
                      Plus tous ceux qui vivent dans le béton et que l’arrière-pays attire, pour s’oxygéner, le temps des vacances ou d’un week-end.
                      Certains y habitent à l’année et font jusqu’à 100 km aller-retour pour aller travailler, notamment ceux qui ne peuvent rien acheter plus près de leur travail.
                      D’où les embouteillages sur la 202.

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