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Accueil du site > Actualités > Société > Une conférence pas comme les autres à Montpellier en 2010

Une conférence pas comme les autres à Montpellier en 2010

Recherche - La 1ère Conférence Mondiale sur la Recherche Agricole pour le Développement aura lieu en France, et à Montpellier, du 28 au 31 mars 2010. L’agriculture est l’affaire de tous parce qu’elle impacte notre alimentation, notre environnement, notre économie et beaucoup d’autres choses encore, comme le climat et son évolution. Les pays du Nord investissent beaucoup dans les recherches pour faire que leurs agricultures soient plus « écologiques ». L’agriculture est particulièrement importante dans les pays du Sud parce qu’une grande partie de leurs populations dépend d’elle pour sortir de la spirale de la pauvreté et de la faim. Quelles recherches doit-on mener pour les aider à s’en sortir ? Comment et avec qui ? Après des consultations aux quatre coins du monde, les spécialistes, chercheurs du public et du privé, développeurs, ONG, agriculteurs, se retrouveront à Montpellier pour débattre de ce que devrait être « un système mondial de la recherche agricole pour le développement ».

La nourriture, cela ne se fabrique pas dans les supermarchés. Non, cela commence toujours dans les champs. Avec un agriculteur. Comme tous les pays industrialisés d’aujourd’hui, nous avons construit notre développement économique à partir de notre développement agricole. C’était il y a longtemps et tout le monde oublie vite. Mais pour tous les pays du monde l’histoire se répète : le développement passe - d’abord - par un développement agricole. Un peu comme si, en raccourci, pour bien travailler il fallait d’abord bien manger.
 
L’agriculture est notre passé, notre présent et notre futur.
 
Plus un pays est pauvre et plus il dépend de son secteur agricole. Que ce soit pour son produit brut, son commerce extérieur, comme pour l’emploi. La FAO annonce aujourd’hui qu’il y a un milliard de pauvres sur la planète. Qu’est-ce que cela veut dire ? Depuis plus de 30 ans les grands économistes du monde parlent de ces gens "qui vivent avec moins d’un dollar par jour". Quand Robert McNamara, secrétaire à la défence sous Kennedy et Johnson devenu Président de la Banque Mondiale, visitait l’Inde en 1978, il avait demandé à l’un de ces pauvres à quoi il aspirait dans la vie. Avec un sourire, l’homme avait répondu : "que chacun dans ma famille puisse avoir deux vrais repas par jour" (rapporté par Bunker Roy). Pas deux dollars !
 
La grande majorité de ces pauvres vivent encore en milieu rural et dépendent de l’agriculture pour vivre et améliorer leurs conditions de vie. De l’agriculture et donc des marchés. Il faut pouvoir acheter ses semences, un peu d’engrais. il faut pouvoir vendre, sans se faire gruger par des intermédiaires et/ou des politiques locaux peu scrupuleux. Il faut pouvoir stocker, transporter. Bref il faut beaucoup d’autres choses que de la sueur, de bonnes pratiques agricoles et de bonnes variétés.
 
Reste que si les grandes agricultures d’Asie ont su jusqu’ici nourrir à peu près bien leurs énormes populations en doublant voire triplant les productions agricoles en moins de 20 ans, cela s’est dû en grande partie à des recherches financées par les grandes fondations américaines de l’époque, Rockefeller et Ford en tête, puis par la communauté internationale. Chez nous, en parallèle, l’agriculture s’est considérablement intensifiée, et si l’on regrette aujourd’hui son impact environnemental c’est tout de même en se frottant le ventre. La recherche a fait ce qu’on lui a alors demandé : produire plus.
 
Si chez nous la priorité est maintenant de produire mieux elle reste encore, pour un très grand nombre de pays du Sud, de produire plus. Et mieux si c’est possible en même temps. Mais il faut surtout sortir de la spirale infernale des surproductions subventionnées au Nord, transformées en aide alimentaire, qui fragilisent les agricultures du Sud et maintiennent leurs populations en état de dépendance. Le Sud doit produire l’essentiel de ce qu’il consomme.
 
A la liste des besoins dressée ci-dessus (stockage, marchés, routes, etc.) s’ajoute la liste des contraintes : faibles ressources en eau, mauvaise fertilité des sols, multiples bioagresseurs (infiniment plus nombreux que chez nous)... et changement climatique. La paysan burkinabé a besoin d’un tout autre maïs que celui qui pousse dans nos Pyrénées-atlantiques. Et que les gens du Nord ne viennent pas lui proposer de planter-à-la-mode-de-chez-nous parce que les pratiques ne se transfèrent pas plus que les plantes.
 
Bref, le Sud a besoin de beaucoup de choses, mais il a aussi besoin de recherche agricole spécifique. Et ce n’est pas un hasard si la 1ère Conférence mondiale sur la recherce agricole pour le développement se tiendra à Montpellier en 2010. La France a une longue histoire de recherche pour le développement, et Montpellier sans doute la plus forte concentration française, européenne, voire mondiale en recherche agricole pour le développement. 
 
La Conférence de Montpellier devrait marquer un tournant dans l’histoire de la recherche pour le développement, pour au moins deux raisons. D’abord les participants commenceront par écouter les voix du Sud. Des consultations d’acteurs sont en cours sur tous les continents et les synthèses qui en seront faites seront présentées et discutées par tous les présents à Montpellier, des agriculteurs aux chercheurs. Ensuite, Montpellier marquera aussi un tournant dans l’attitude des bailleurs de fonds. Les grands enjeux mondiaux ne peuvent pas être l’affaire de quelques grands pays ni de financeurs qui travaillent chacun dans leur coin sans se soucier de ce que font les autres. Ils doivent être l’affaire de tous et cela suppose une meilleure coordination vers, à terme une gouvernance mondiale, dont on attend de voir les premiers pas à Montpellier. Le monde change aussi. Aujourd’hui les Brésil, Chine ou Inde deviennent de grandes puissances économiques et de grandes puissances de la recherche. Ils viendront à Montpellier pour expliquer le rôle qu’ils souhaitent jouer dans ce nouveau "système mondial de la recherche agricole". Du 28 au 31 mars 2010, au Corum de Montpellier. 
 
Pour en savoir plus : la GCARD sur le site d’Agropolis International

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2 réactions à cet article    


  • Mas blanc 21 juillet 2009 18:39

    Un article particulièrement intéressant. Il pose sans parti pris les vrais problèmes des agricultures mondiales.
    Issu du monde agricole et de la protection des cultures je trouve enfin une vraie ouverture, une connaissance réelle et une réflexion de base qui pose les problèmes de l’agriculture mondiale.
    Juste une réflexion, pensez-vous qu’un agriculteur français quand il intervient pour protéger ses cultures le fasse pour faire plaisir aux grands de la chimie mondiale,et dilapide par plaisir son argent dans ses champs, vignes ou vergers.

    Allez pendant vos vacances intéressé vous réellement aux agriculteurs, allez à leurs contacts, discuter avec eux vous comprendrez mieux le monde paysan, et de grâce que nos amis paysans ouvrent leurs portes et qu’un vrai dialogue s’installe.


    • Yves Savidan 23 juillet 2009 13:20

      Les degrés de liberté des agriculteurs ont fondu avec le temps comme peau de chagrin. Bien sûr ils doivent protéger leurs cultures, mais si la France consomme beaucoup plus de pesticides à l’hectare que la plupart de ses voisins, c’est peut-être que tous nos agriculteurs ne pratiquent pas une agriculture « raisonnée » (ou raisonnable ?). Ceux qui parlent aux agriculteurs - et pas seulement pendant leurs vacances - peuvent comprendre toutefois qu’un agriculteur puisse « en rajouter » pour ne pas courir le risque de tout perdre. Car qui, chez nous, accepte encore d’acheter et/ou de manger les fruits tâchetés (et néanmoins excellents) que nos grands parents mangeaient ? Mon voisin agriculteur qui voulait expérimenter la culture « raisonnée » de l’abricot a ainsi perdu toute sa récolte : personne n’a voulu lui acheter, sinon ses quelques voisins à raison de quelques kilos. On vient de décider de diviser par deux l’usage des pesticides en France... il va falloir s’habituer au retour des petites tâches sur les fruits !

      Au fait, un certain nombre d’agriculteurs du monde seront présents à la conférence de Montpellier...

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