Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > Une grève inutile contre la crise ?

Une grève inutile contre la crise ?

A l’occasion de la première journée d’action intersyndicale, en janvier, Jean-Pierre Raffarin avait lancé une formule choc visant à réduire la mobilisation sociale à l’expression d’un mécontentement diffus : « la grève contre la crise ». Brice Hortefeux, n’a pas dit autre chose en déclarant vendredi que « ce ne sont pas des défilés qui permettront de sortir de la crise ».

Alors jeudi avons-nous assisté à la simple expression d’une peur sociale, certes compréhensible dans le contexte, mais fondamentalement inutile ?

Il s’est passé bien des choses au cours des 7 semaines séparant les deux manifestations. Pendant cette période, un plan de soutien au secteur automobile de plus de 6 milliards a été adopté, l’allocation de rentrée scolaire et les allocations familiales ont été augmentées, l’indemnisation du chômage partiel atteint désormais 75 % du salaire brut, une prime de 500 € va être versée au chômeurs n’ayant pas assez cotisés, les derniers tiers d’impôt sur les revenus vont être annulés pour la première tranche fiscale, la suppression des postes dans l’enseignement supérieur est gelée pour 2010 et 2011...

Un rééquilibrage du plan de relance, certes limité, a donc bien eu lieu en faveur du pouvoir d’achat et ne doutons pas, au regard de l’ampleur de la mobilisation, qu’il se poursuivra par petites touches dans les semaines à venir en dépit des rodomontades du pouvoir. Donc inutile la grève ? Certainement pas pour tous ceux qui bénéficieront de ces mesures.

En va-t-il de même pour l’économie dans son ensemble, ou ces décisions ne seraient-elles que des cadeaux catégoriels visant à adoucir la grogne sociale sans considération pour l’activité ? Ce qui frappe, à la lecture des plans de relance européens, c’est leur faiblesse comparé à ceux américains et asiatiques : 0,6 % du PIB pour la France, 1 % pour l’Union Européenne alors qu’on est à plus de 5 % aux États-Unis. Dans le même temps le FMI, pourtant peu porté par nature aux dépenses sociales, épingle le vieux continent pour son manque de soutien à la consommation. Alors inutile la grève ? Pas d’un point de vue économique en ce qu’elle met en évidence qu’on est en train d’assister à un 1981 de droite : comme alors, une politique contre cyclique est menée, cette fois, non en relançant la consommation alors que personne ne le fait mais en ne la relançant pas alors que tous le font.

Pour autant, il ne faut pas faire abstraction d’une limite majeure de l’organisation par le champ social du débat sur les solutions à la crise. Outre leur faible montant, l’une des grandes faiblesses des plans de relance européens, et plus particulièrement français, c’est leur manque d’ambition stratégique. La relance ne peut se limiter à soutenir l’activité existante, elle doit aussi être l’occasion d’orienter l’économie vers les enjeux de demain. A ce titre, ni Barack Obama, ni le gouvernement chinois ne s’y sont trompés, eux qui ont consacré une belle place à la révolution énergétique et à l’environnement dans leur plan. Rien de tel en Europe alors qu’elle dispose en ce domaine d’un léger avantage concurrentiel lié à son engagement en faveur de Kyoto. Pourtant, tout comme les pays gagnants des 25 dernières années ont été ceux qui ont maîtrisé les nouvelles technologies de l’information et la révolution financière initiée au début des années 1980, il a fort à parier que les pays gagnants des 25 prochaines années seront ceux qui maîtriseront l’adaptation de leur système productif au développement durable.

Sur ce point, ce n’est ni le mouvement social, ni les syndicats qui permettront d’avancer. Tel n’est pas leur rôle, il revient au débat politique. Or force est de constater la faiblesse de ce dernier. Face à un Nicolas Sarkozy naviguant à vue, le PS n’arrive à énoncer que la faiblesse du volet consommation du plan de relance. Une évidence qui n’a pas besoin de lui pour être perçue puisqu’elle a débouché jeudi dernier sur l’une des plus forte journée de grève des 20 dernières années.


Moyenne des avis sur cet article :  4.73/5   (15 votes)




Réagissez à l'article

16 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 23 mars 2009 11:16

    en revanche , une journée de manif programmée le samedi ou le dimanche pourrait être étudiée , beaucoup de gens ne font pas grêve parce qu’ils n’en ont pas les moyens !


    • jacques jacques 23 mars 2009 13:28

      Une manif le dimanche ne servirait à rien,beaucooup trop de gens sont persuadés que leurs que leurs capacités a changer les choses sont nulles.


    • LE CHAT LE CHAT 23 mars 2009 13:42

      @jacques

       vu la popularité du gouvernement , ça couterait rien de tenter le coup une fois pour voir ce que ça donne !


    • cathy30 cathy30 23 mars 2009 12:06

      Effectivement, cette fois ci ceux qui sont descendus dans la rue, en majorité (pas tous) ne descendent pas habituellement. Et m. sarkosi, après cela discours en remerciant les fonctionnaires d’avoir fait leur devoir dans les écoles, et les transports. Est-il sourd ou n’a t-il pas envie de prendre rendez vous avec les français ?


      • souklaye souklaye 23 mars 2009 14:44

         Aujourd’hui apparemment c’est un jour particulier de grève, comme les autres.

        Mon chaton Busta est un peu excité, les sifflets maladroits et le grognement brouillon semblent l’indisposer.
        Sachant qu’il n’a que deux mois (il est né le jour de la bar mitzvah de Barack Obama), je l’ai pris sur mes genoux et lui ai narré le cirque cyclique des manifestations et pourquoi il n’y en a jamais l’été ou durant les vacances de sport d’hiver.

        Si l’on évacue la dramaturgie syndicale, le voyeurisme médiatique, le compassionnel associatif, le romanesque politique, le droitdel’hommisme du con moyen, pardon du téléspectateur moyen, le folklore Franco-Français et que le fait d’avoir un avis différent tous ensemble est le truc absolu dans une démocratie, R.A.S rien à signaler.Juste le bruit et les odeurs…

        La suite ici :
        http://souklaye.wordpress.com/2009/03/19/bloc-note-un-jeudi-19-mars-avec-mon-chat/


        • Traroth Traroth 23 mars 2009 19:13

          Content de voir que tout va bien pour vous. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Il y a des gens qui en sont à vendre leur maison pour pouvoir continuer à manger.


        • souklaye souklaye 23 mars 2009 14:45

           Docteur, est ce grave si je n’ai pas la grève dans le sang ? (Non, mais ça vous fera 21 euros)

          La plus grande grève depuis 20 ans titrait la version numérique de mon marchand d’information. Soit, en même temps la grève est le type d’argument évènementiel plébiscité par les foules et les actionnaires, alors autant profiter quitte à la travestir.

          Marie Georges Buffet comme égérie de la grève contre le plan de relance, ça ne me provoque pas de montée de sève, bien au contraire.Il est vrai que je ne suis pas à une méchanceté près, mais des manifestations pour quelqu’un ou quelque chose, ça n’intéresserait personne. Il faut un bouc émissaire, un logo, une mascotte, une cible, mais cela fait bien longtemps que les manifestants tirent à blanc.
          J’entends déjà les pro de la liberté d’expression convenue et les idéologues des luttes, peu importe les luttes pourvu qu’il y en ait une.

          http://souklaye.wordpress.com/2009/01/29/docteur-est-ce-grave-si-je-n’ai-pas-la-greve-dans-le-sang-non-mais-ca-vous-fera-21-euros/


          • norbert gabriel norbert gabriel 23 mars 2009 16:28

            le discours est d’un niveau intéressant, et c’est bien écrit. Toutefois, j’ai une question au ras des paquerettes, ou au ras des trottoirs, que doivent faire les vieux de 70 ans qui font les poubelles après le marché, parce qu’en 1 ou 2 ans les produits de base ont augmenté de 20. 30 ou 40% ?? alors que leur retraite a évolué de 5 ou 6 % ??? meme question pour le smic. C’est vrai qu’au lieu de manifester, ils pourraient faire la grève de la faim, en plus, ça leur ferait des économies.
            Dans les magasins pour pauvres, genre ED, la boite de miettes de thon au naturel ; 0.49 € en 2008 et 0.92 en 2009, les pâtes bas de gamme, plus 20%, le café premier prix, plus 15%, la baguette de pain seulement de 0.39 à 0.42 €.. Ouf, mangez du pain.... mais bas de gamme, c’est la crise !!

            (pour les poubelles d’après marché, c’est pas le relais d’infos floues, mais l’observation tri-hebdomadaire sur le marché Ordener, ¨Paris 18 ème, idem pour les prix ED, même quartier)


          • Kalki Kalki 23 mars 2009 16:46

            Et qu’est ce que vous préconisez norbert ?


          • foufouille foufouille 23 mars 2009 17:41

            @ norbert
            ca depend du directeur
            mon ED est bien
            promo sur le 2° acheter
            fin de dlc a 50%
            thon en boite de 1kg a 4.56
            le must est d’avoir deux gros congel
            tu achetes 30kg de viande en gros (meme a plusieurs) et arrives a 4/5€ du kilo


          • Traroth Traroth 23 mars 2009 19:18

            @haddock : personne ne dit que c’est nouveau. Simplement que c’est en forte augmentation. Et quand c’est un retraité qui en est réduit à ça après une vie de labeur, c’est à la fois triste et effrayant. Ca démontre bien à quoi sert encore le système de retraite en 2009, après que pendant 25 ans de libéralisme échevellé, on l’ait soigneusement vidé de son contenu, au sens propre comme au figuré...


          • dapeacemaker911 23 mars 2009 16:07

            Il est URGENT, que les gens sachent POURQUOI ils font greve.

            La pluspart des manifestants, des adultes en particulier, des syndicats en general, ne savent pas ce qui nous UNIS dans la greve.

            Les medias eux nous expliquent bien, clairement, ce qui nous divisent.....

            Il faut qu on s instruisent pour pouvoir demontrer la realité : nous ne somme splus en democratie.

            Alors on saura ce qui nous unis durablement dans la rue : retablir la democratie.

            Dam


            • TSS 23 mars 2009 16:32

              les gens qui nous gouvernent ,de quelque bord que se soit,ne comprennent qu’une chose :le rapport de force !

              ils comprendront,enfin,quand les automobiles,retournées et les forces de l’ordre bastonnées le seront par des

              gens de 40/50 ans et non plus par des "djeunes de banlieue"(excuse la plus courante)... !!


              • foufouille foufouille 23 mars 2009 17:44

                @ tss
                l’enemi est pas le voisin mais le netat et les ploutocrates
                si tu te fait allumer par le lance roquette attaques pas le canon a eau
                une prefecture est une cible


              • King Bounty 23 mars 2009 18:48

                Ce n est pas une greve contre la crise , mais bien contre les bandits liberaux qui l on crée et qui continuent a s empiffrer avec la complicité des pouvoirs en place , qui sont ou leurs larbins ou qui font partie de la famille !
                Ne melangeons pas tout !!


                • David D. David D. 23 mars 2009 23:46

                  D’abord merci à tous. Pour une première publication sur Argoravox, je ne m’attendais ni à un tel vote, ni à un tel volume de commentaires.

                  Manifester le week-end ? Pourquoi pas. Mais dans ce cas, la manifestation change de nature. Faire la grève a des conséquences financières - on y perd une journée de travail - et la démarche n’est pas toujours aisée quand on est salarié, comme moi, d’une entreprise privée dépourvue de présence syndicale. Ces contraintes sont aussi ce qui lui donne sa force.

                  Evidemment, comme le rappelle le chat, la question financière s’avère un vrai obstacle. Maintenant, la propension à faire grève n’augmente pas avec les ressources, c’est plutôt le contraire, cela en renforce d’autant le sens.

                  Enfin, permettez-moi d’ajouter un troisième élément qui caractérise la grève et qui est trop souvent passé sous silence : sa capacité à bloquer la production. C’est cette capacité à empêcher la constitution du profit qui en a fait une arme si redoutable au XIXeme siècle. Aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales, cette caractéristique n’est plus, fondamentalement, que symbolique. Mais il y a des symboles forts, et celui-ci rappelle que l’activité et la croissance ne résultent pas uniquement de la capacité des entrepreneurs, des risques pris par ceux qui investissent du capital, mais aussi du travail des salariés.

                  Cela relativiste l’argument de Souklaye, "peu importe la lutte pourvu qu’on en ait une". Si par là il veut dire qu’il existe des espaces salariaux plus protégés que d’autres, il n’a pas tort. Si par là il veut dire qu’il existe des secteurs où la culture de la grève précède celle de la négociation, il y a un peu de vrai. Mais même dans ce cadre, il n’est jamais anodin de se mettre en grève, il y a toujours un coût financier.

                  C’est tellement vrai que la France n’est pas, comme on le raconte, la championne du monde de la grève. Je ne reprendrais pas ici l’argumentaire d’une conflictualité en France qui serait inférieure à la moyenne européenne comme on l’entend trop souvent, il s’agit d’un bidonnage. Reste que le nombre de journée de grève en France se situe un peu près au niveau de la Norvège et de l’Italie et bien en dessous de l’Espagne. Pour ceux que cela intéresse, je les renvoie à la note du blog Ecopublix sur le sujet.

                  Enfin, dans le cadre de la journée de grève analysée dans cet article, ce qui en fait le sens, c’est justement qu’elle dépasse largement ceux qui ont une certaine pratique de la grève.

                  Après, Norbert, que doivent faire les "vieux" qui ont vu leur retraite ne pas suivre l’augmentation des prix ? Bonne question. J’avoue que si j’avais réponse à tout, je n’aurais pas écrit un article sur Argoravox, je me serais présenté à la présidentielle. Le seul conseil que je peux donner c’est de serrer les dents et d’espérer un rééquilibrage plus fort du plan de relance en faveur de la consommation. Le conseil vaut aussi pour les jeunes souhaitant entrer sur le marché du travail.

                  Bon voilà, c’est un peu décousu, mais il se fait tard. Je ne réponds pas forcément à toutes les interrogations ou alors à coté. Désolé, mais merci à tous.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès