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Accueil du site > Actualités > Société > Une nuit de merchandising dans une grande surface

Une nuit de merchandising dans une grande surface

Bac plus 4, la cinquantaine, ex-commerçante en liquidation judiciaire, crise économique. C'est très bête, mais avoir voulu monter ma propre affaire m'a coûté beaucoup d'argent, et me voilà donc à accepter des jobs à droite et à gauche pour survivre financièrement.
Passé les premiers mois de déprime, et les sursauts d'orgueil, les "non, je ne ferai pas ça", il s'ouvre à moi un extraordinaire champs d'expérimentation et de découverte. Accepter des jobs à droite et à gauche, c'est découvrir des univers que je côtoie quotidiennement sans les connaître, sans y prêter d'attention. Finalement, c'est une chance de cesser de me scléroser, une chance d'apprendre. 
 
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Arggghh une grande surface
de Brice Bonneau http://www.flickr.com/photos/ohlesjoliesphotos/
 
Je suis donc totalement détendue et ouverte à l'expérience lorsque j'accepte de faite une mission de merchandising, dans une grande enseigne, entre quatre heures et huit heures du matin. Il s'agit de mettre en rayon des produits d'une marque réputée selon un plan préétabli. Plutôt simple comme emploi, plutôt bien payé aussi, enfin, si l'on considère le salaire moyen de ce genre de jobs...
Depuis quelques jours, je me sens excitée comme une petite fille à l'idée de voir l'envers du décor, un hypermarché la nuit. Pourtant, je ne fréquente que très peu, pour ainsi dire pas du tout, ce genre d'enseignes. Je m'y sens vite perdue, angoissée, écœurée , enfermée.
Trois heures et demie du matin. Quelque voitures sur le parking, quelques silhouettes poussant des files de chariots, on entre par la porte de derrière, béton à nu et néons, on présente nos papiers, le mec grincheux derrière son petit bureau nous donne un badge en échange. Ça y est, j'y suis. Comme je ne connais pas vraiment l'ambiance de ces magasins de jour, cela ne prend sans doute pas toute sa saveur, mais qu'importe. Je suis dans le temple de la consommation. Ou plutôt, je suis dans l'envers du décor du temple de la consommation.
C'est sale, bordélique, des caddies pleins de marchandise stationnent devant des rayons en désordre, les humains arrivent par petits groupes, pâles, ensommeillées mais se voulant énergiques et dynamiques. Car, et c'est une des grandes règles de notre société, il importe d'être toujours battant et tonique. Après, on a le risque de finir en burn out ou en problèmes ostéo articulaires sérieux, et on est éliminé de la danse des battants dynamiques. C'est juste une règle un peu stupide à connaître, parmi l'océan de règles un peu stupide de notre univers.
Je me dis que c'est bien d'être avec deux amis, seule, cela aurait été plus glauque, une ambiance à la Hopper sans le raffinement, une expérience un peu burlesque, mais sans la dérision.
On part à la recherche de notre rayon. On le trouve, mais notre chef n'est pas encore là. Alors, on attend en papotant, puis en plaisantant. On attend un bon moment, autour de nous cela commence à s'agiter, sans sourire et sans élan. L'ambiance est fiévreuse et fatiguée. Un petit chef au polo rayé et au visage fermé aboie des ordres. Notre chef est enfin arrivé, mais comme il ne sait pas encore ce qu'il faut faire, nous continuons d'attendre. Il essaye vainement de demander au petit chef en polo rayé où nous devons nous déplacer, l'autre ne répond pas. Peut être ne sait-il pas lui même ce qu'il convient de faire et cache-t-il cette manière d'incompétence sous des allures de dogue ? Finalement, il apparaît que le rayon doit être vraiment déplacé, alors nous mettons tous les produits dans des caddies. Il est bientôt cinq heures et nous avons travaillé dix minutes.
Notre chef est un jeune homme, c'est la première fois qu'il fait cela. Très vite, les vieux chefs de rayon de l'hypermarché le scannent, comme une marchandise. Jeune poussin paumé, allez, on le réquisitionne pour nous aider dans notre boulot, même s'il n'est pas payé pour ça. Les vieux grigous savent comment être impressionnants avec leurs airs revêches, leur ordres aboyés, leur regards méprisants pour qui ne s'agite pas, pour qui attend qu'il y ait vraiment quelque chose à faire. Le dynamisme, n'oublions pas la distorsion du dynamisme qui pousse les gens à s'agiter jusqu'à s'épuiser. Pour rien.
Personne ne semble savoir où nous devons ranger nos marchandises. Le petit chef s'énerve de notre inactivité, mais, ce n'est pas lui qui nous paye, on ne bouge pas. Bien sûr, ce serait facile d'aller vers la culpabilité et d'obéir par crainte, ou d'aller vers l'humanité et d'aider, normalement, d'autres humains qui travaillent. Ce serait aussi bien vu et dédaigné. Subtil rapport de forces.
Je ne me sens pas coupable, je n'ai pas été embauchée pour aider ces employés à déplacer leurs étagères, alors j'attends. D'ailleurs, il semblerait qu'ils agissent un peu au hasard, qu'ils ne sachent pas vraiment ni quoi faire ni comment faire. Il règne pendant plus d'une heure une ambiance d'improvisation désagréable où chacun râle sur l'autre, incapables qu'ils semblent de s'organiser vraiment pour être efficaces. Le petit chef paraît décidé à nous imposer de l'aider, il multiplie les allusions blessantes en jetant des regards en coulisse vers notre petit trio détendu. Ce monsieur n'a même pas conscience qu'en le demandant poliment, humainement, nous serions peut être disposés à l'aider. Il a sans doute l'habitude avec les employés de l'enseigne de fonctionner comme ça, par aboiements et allusions, et le personnel sous ses ordres doit se précipiter pour obéir à des désirs peu clairs, angoissé à l'idée d'être mal noté, ou renvoyé.
Nous filons tous les trois aider une connaissance qui, au bout du rayon, s'active, efficacement.
Finalement, à six heures moins le quart, nous apprenons que tout ce bordel est juste destiné à déplacer le rayon de deux mètres.
 
Dans une grande surface, les techniques commerciales imposent de déplacer tout le temps les marchandises pour que le "consommateur", cherchant désespérément sa marque préférée de pâtes ou de couches culottes, s'aventure dans des rayons où il n'aurait jamais mis les pieds et achète des produits souvent inutiles dont il ne soupçonnait pas l'existence.
C'est dire à quel point l'on prend les gens pour des cons, c'est dire aussi à quel points nous le sommes.
J'oublie parfois qu'il ne s'agit absolument pas d'avoir des personnes responsables qui viennent acheter des produits dont ils ont besoin, mais des moutons, des enfants obéissants à leurs impulsions : c'est nouveau, c'est beau, la pub en parle, mon voisin l'a, je veux. Et de remplir des placards de bouffe que l'on finira par jeter, parce que pourrie ou périmée, et de collectionner des gadgets qui, passé les premiers jours de découverte, finiront oubliés dans le fond d'un tiroir. Mais cela fait marcher le commerce, la machine. On importe des conneries inutiles de l'autre bout de la planète pour que des personnes lobotomisées par les messages publicitaires incessants les achètent. Qu'ils les utilisent ou non n'a aucune importance. On remplit par des objets, par des gadgets, le grand vide affectif, relationnel, intellectuel et spirituel dans lequel tout est fait pour maintenir les "consommateurs".
 
Je dis là des évidences, mais à ce moment, à six heures de matin, dans une grande surface bourdonnante, je les ai sous le nez, ces évidences, jusqu'à m'en donner la nausée, et l'envie de rire aussi.
 
Nous allons donc déplacer notre rayon de deux mètres, et nous sommes consternés en pensant que nous avons entièrement vidé le rayon, alors qu'il aurait suffit de pousser. Mais non. Le petit chef décide qu'on va aussi bouger les hauteurs des étagères. Sans doute un truc découvert par des neuropsychologues sur l'oeil, le regard, et immédiatement appliqué au délire consumériste. Les voilà donc poussant, démontant, déplaçant les présentoirs et les étagères. Sous les présentoirs, c'est franchement sale, crade, dégueulasse, pourri. Tellement sale que de grandes traînées noires et collantes accrochent les résidus des paquets qui s'éclatent au sol dans le déménagement.
Car, dans le déménagement du rayon, des produits tombent. Les mecs les écrasent avec leurs grosses chaussures de sécurité. Mépris total du contenu. C'est de la nourriture, quelque part loin en amont, d'autres humains ont travaillé à la produire, et quelque part, pas très loin en aval, cela ferait le repas de quelque désargenté qui se demande ce qu'il va faire manger à ses enfants. Mais ce symbolisme évident n'a pas sa place dans le temple. Les paquets succombent sous les lourdes chaussures. Un type armé d'une balayette enlève le plus gros, on replace les présentoirs, la merde crasseuse est cachée, la nourriture éventrée est jetée....
 
Je lève les yeux. Au dessus de nous, perdue, une tourterelle nous regarde. Comment est elle entrée ? Et trouvera-t-elle la sortie ? Sans doute pas. Sans doute peut -elle vivre dans cette abondance de nourriture éparpillée, boire, je ne sais pas. Sans doute va-t-elle mourir après une vie de merde pour un oiseau, coincé au dessus des rayons d'un hypermarché. J'ai un peu de peine, j'aimerais bien la sortir de là. Mais en quoi finalement est elle différente des tous ces gens coincés dans ces obligations de consommer pour les uns, et de tout faire pour favoriser la consommation pour les autres ?
 
Reprise de l'histoire, six heures et demi. Les dessous des présentoirs déplacés ont été vaguement nettoyés, les étagères sommairement dépoussiérées quand nous réalisons que les tout n'est pas vraiment à la bonne hauteur. Et puis, le dessin du rayon tel qu'il devra être à l'ouverture du magasin montre sept étages, et là, il n'y en a que six, bancals en plus.
Allez, on vide à nouveau, on équilibre. Et on recommence. Mettre les boîtes en place pour que cela ressemble à la photo.... et cela n'y ressemble pas. On s'active quand même, un peu par pitié pour le jeune étudiant, un peu par ras le bol de ne rien faire. 
On approche des huit heures, l'ambiance devient fiévreuse. Une jeune femme passe et repasse dans les rayons, elle fait les courses pour des gens, ça s'appelle le drive. Normalement, cela se fait dans des hangars organisés pour ça, et là, c'est encore de l'improvisation. Elle cavale avec son petit sac à la main, déjà stressée. On a du lui donner une cadence de travail juste assez rapide pour l'épuiser et la culpabiliser de ne pas être à la hauteur. Technique classique de management.
 
Je suis fatiguée. Je suis heureuse de ne pas avoir plus de temps à passer aujourd'hui sous les néons. Il est huit heures, on part. On laisse le petit chef avec son rayon bancal, un peu partagés. L'humanité voudrait qu'on l'aide à ranger correctement, mais, en quatre heures, pour cause de désorganisation complète et générale, nous n'avons pas réussi à faire ce qui, sans efforts, aurait demandé une heure à une seule personne...Sous des allures d'efficacité, nous venons de vivre un moment de grand n'importe quoi.
 
Je n'achèterai pas les produits que j'ai mis en rayon. Ce que je paye en faisant les courses dans des temples de la consommation, c'est beaucoup plus que les quelques ingrédients de mauvaise qualité qui les composent, achetés au plus bas prix par des traders. Ce que je paye, c'est déjà l'énorme machine qu'il faut mettre en place quotidiennement pour arriver à hypnotiser les gens pour qu'ils achètent. Je parle ici de la publicité, des éclairages, des études pour savoir ce qui se vend le mieux, quand, et comment. Et des employés sous-payés à déplacer les rayons, l'humain, dernière roue du grand commerce.
Ce que je paye aussi, c'est la misère d'un univers qui ne propose aux êtres que des choses, de plus en plus de choses, pour qu'ils se sentent exister.
 
Huit heures et demie du matin, limpide soleil de printemps et café fumant. L’expérience est à refaire, pour payer mes factures. Cela me fait sourire un peu amèrement, mais ce n'est pas très grave. Ou alors, tellement, que je préfère ne pas y penser et savourer le café au soleil.
 

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76 réactions à cet article    


  • Ariane Walter Ariane Walter 10 avril 2013 09:45

    Excellent article très touchant. Vous analysez très bien les bas-fonds de la situation ;

    Au sujet de leur manie de déplacer les rayons, c’est à la suite de ça que j’ai renoncé, il y a très très longtemps à les fréquenter. Faire dix kilomètres à pied pour acheter les courses de la semaine, merci ;

    je pense à ces supermarchés qui nous ont fait rêver au début et qui ne sont à présent que des vendeurs de merde pour pauvres encore un peu riches qu’il faut empoisonner.

    Sympa ;


    • Emmanuel Aguéra Emmanuel Aguéra 10 avril 2013 21:46

      « Excellent article très touchant. » Oui, et ça nous change. Nous sommes ici dans la vraie vie, et ce récit plein de sensibilité montre plus et mieux que n’importe quelle diatribe passionnée le (non)sens des choses dans le poids de mots oubliés tant on les dit. Les mots de tous-les-jours, comme « la faim » ou « la détresse ».

      Quelque chose dans la tête,
      quelque chose à raconter,
      Et le talent pour le faire.

      J’espère qu’il était bon ce café.


    • vieux grincheux 11 avril 2013 07:29

      Bonjour à l’ auteure, bonjour à touTEs

      Un supermarché est une cage de Faraday et ne laisse pas circuler les « énergies » ce que beaucoup de gens ne supportent pas sans en savoir la cause.
      C ’est comme de dormir dans une péniche en acier. Pour moi, c ’est impossible (c ’est du vécu)

      Concernant la création d’ entreprise, ce ne peut être une solution individuelle actuellement car les réseaux sont en place et passe beaucoup de temps et d’ énergie et donc de fric à se defendre des concurrents. 
      Donc la seule possibilité pour quelqu’ unE qui a du talent et du savoir-faire , je veux dire la seule proposition que le shitstem actuel lui fait c ’est d’ être un sous-traitant d’ une Multinationale, c a d dans un statut encore plus précaire que le SALARIAT...
      Face à cette situation qui voit la pensée fasciste de la guerre économique obliger chacunE à devenir l’ ennemiE de sAon voisinE, il y a pourtant une solution dont on ne parle guère mais qui resoudrait bien des problèmes, notamment en terme d’ EGALITé CITOYENNE.
      Gravée sur les frontons de toutes les mairies, tribunaux,etc....et qui est quotidiennement bafouée au nom du PROFIT.
      J’ ai synthétisé cette réflexion dans cet article sur AV....

      Que chacunE s’ en empare, et se documente sur les SCOPs et les SCICs, tisse du lien social afin que nos vies deviennent le prélude à l’ Harmonie qui n’ en déplaise aux Fatalistes conservateurs, n ’est pas de l’ Utopie qui de toutes façons est de l’ Avenir en préparation.

      KONSELEDIIIIIIIIIIIIIIIIISEU !!!

      VG Passeur cognitif à but non lucratif

    • julius 1ER 11 avril 2013 09:25

      les grosses boîtes tel Carrefour ont une structure très militarisée, avec cadres, agents de maîtrise, chef de rayons, etc .... c’est une structure pyramidale, dans le sens ou l’information doit très vite descendre vers le bas, quand il s’agit de mettre en place une stratégie( en l’ occurence il s’agit de mettre en place de nouvelles gondoles ) d’abord il s ’agit d’attendre le chef, là il s’agit d’un cadre qui est seul habilité à mettre en oeuvre les modifications planifiées même si celles-ci, dans une structure plus décentralisée, auraient pu être réalisées par le chef de rayon avec un plan transmis la veille, mais il faut faire peser sur les gens la hiérarchie ..................et tout ce qu’elle implique ! pour ma part j’ai travaillé en grande surface, au sortir de mon service militaire, et çà ne m’a guère dépaysé, l’uniforme en moins je dirai, mais plus sérieusement je conclurai en disant que tout ce mécanisme ne participe pas à l’élévation du citoyen, ni même à son émancipation, c’est l’exact contraire c’est finalement une structure 

      monarchique, presque de droit divin, tout cela ne participe pas à un renouveau de la
      citoyenneté, hélas, cela n’apporte rien à la civilisation dans son ensemble !!!!!!!!!!!!

    • appoline appoline 12 avril 2013 11:18

      Pour la disposition dans un magasin, tout a été pensé en mal ou en bien, les zones rouges ou bleues enfin bref, tout est fait pour tenter le consommateur.

      En réserve, un autre monde s’agite et les peaux de banane doivent être légion, ça aussi c’est pensé, diviser pour mieux régner.

      Tiens Madame Walter, qui méprise le bas de gamme, vient se frotter avec les prolos histoire de mériter son agreg.

    • alinea Alinea 10 avril 2013 10:25

      J’ai apprécié cet article dont le ton donne le ton ! Je hais la « grande distribution » ; il n’y a pas d’humains la dedans ; la lumière est glauque qui rend tout le monde moche... et encore n’y ai-je vu que la partie « jour » du décor !
      Je n’y fous jamais les pieds, et je précise que pour n’importe quel achat - même l’électroménager- on trouve aussi bien et pas plus cher ailleurs !
      Belle ( si l’on peut dire !) tranche de vie !


      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 10 avril 2013 10:30

        Témoignage vivant d’une employée dotée de lettre et scrutatrice...

        si le petit chef apprend que vous êtes plus instruite que lui et vous lit, le soir dans son lit et rompu, ça va être la claque ! " en quatre heures, pour cause de désorganisation complète et générale, nous n’avons pas réussi à faire ce qui, sans efforts, aurait demandé une heure à une seule personne " Un petit chef c’est souvent quelqu’un qui ne sait pas travailler, ni ne sait pas exploiter les espaces.
        Le management l’entraine à aboyer des bêtises qui vont à l’encontre de leurs intérêts, et cela d’autant plus que je cours toujours vers le produit que j’ai sélectionné et fous le camp s’il a changé de place. quand je traine devant un rayon, c’est le vin qui mérite de lire les étiquettes... parce que souvent, ils méconnaissent le produit et se trompent sur le prix.. Bonne journée à vous. L.S.

        Ils confondent management avec déménagement !


        • Le printemps arrive Le printemps arrive 10 avril 2013 14:04

          Faire et défaire, c’est toujours du travail, intellectuellement nul, mais financièrement cela peut se défendre.


        • Lisa SION 2 Lisa SION 2 10 avril 2013 15:05

          «  Faire et défaire, c’est toujours du travail, intellectuellement nul, mais financièrement cela peut se défendre. » remarque très pertinente pleine de bon sens... ?

          Moi, si on me laisse travailler, je fous tous les rayons sur roulettes et dès le soir, on pousse tout au fond derrière un rideau, un coup de robot nettoyeur fait briller le sol, et à 22 heures boite de nuit jusqu’à 1 heures du mat, avec buffet gratuit des restes hors délai à consommer de suite. L’équipe qui suit, arrive après le travail du robot nettoyeur et, à 7 heures remet tout en place les arrivages routiers et garnit les rayons avec la marchandise fraiche et toute neuve jusqu’à Midi. A 14 heures arrive l’équipe qui assure le magasin jusqu’à 22 heures.

          Et le ptit chef,
          me direz vous : je le colle dans une cabine avec tous les écrans de la vidéo surveillance, il peut même mater des films de cul si il veut, et au mois d’aout il met les bouts à « quel cul t’as » ! et hop  ! Dans cet ordre, tout le monde mange chez soi à midi et dort la nuit au lit. C’est parce que les moins bons sont nommés chef que la machine cafouille ! Dehors manants, laissez nous travailler !


        • devphil30 devphil30 10 avril 2013 10:57

          Super article , bravo pour ce témoignage du grand n’importe quoi de la grande distribution.


          Vous qui avez géré des commerces cela à du vous surprendre et vous navré comme vous l’exprimez..

          Tout ce remue ménage pour gagnez 0,000001 % de vente en plus , ce n’est pas du commerce c’est de la lobotomisation du consommateur que nous imposent ces hangars de vente après avoir détruit le commerce de proximité 

          Philippe 

          • volt volt 10 avril 2013 11:58
            ce vide infini avec une tourterelle au centre, excellent.
            grande métaphore ce déplacement d’étagères,
            passage très affairé et stérile de sarco à hollande - 
            et votre titre en résumé de la dernière histoire de france.. 


            • Stof Stof 10 avril 2013 12:26

              Les supermarchés sont désormais presque réservés aux privilégiés. Pour les autres, ce sera les discount ou les restos du coeur. Mais au moins, dans ce dernier cas, les rapports humains sont bien plus chaleureux.


              • jacques jacques 11 avril 2013 11:12

                Je fais mes courses dans un magasin discount car les produits changent peu de place et au lieu de passer une heure à deux heures pour faire mes courses .J’y passe 20 mn.
                Aujourd’hui n’allant qu’irrégulièrement dans le supermarché ,c’est à chaque fois la recherche pour savoir ou ils ont bien pu cacher les produits .
                Autre problème du même genre l’absence de prix ,ce problème récurant et je pense volontaire oblige à chercher une borne pour connaitre le prix du produit.« heureusement » il y a maintenant la scannette ,je l’utilise pour compenser ce défaut d’affichage et en plus elle additionne .
                Puis à la fin de mes courses je me dirige vers une caisse normale ou je dépose la scannette et mes courses et la caissière fait son travail d’enregistrer mes achats ,comme cela pas de problème d’oubli d’enregistrement d’un produit.


              • ecophilopat 11 avril 2013 13:36

                @jacques

                Le hard-discount atteint des sommets en matière d’exploitation de son personnel.

                http://www.youtube.com/watch?v=rDmfdilogBE

                Des magasins hard-discount avec un système de scannette ça existe ?


              • jacques jacques 12 avril 2013 01:21

                non ,il ,n’y a pas de scannette dans le hard discount c’est quand je suis obligé d’aller chercher des produits dans un supermarché classique que j’utilise une scannette et que je me fais ch*er 2 heures.


              • Vanina Vanina 10 avril 2013 12:45

                Merci de vos commentaire. Je pense que je vais continuer à écrire sur tous ces petits boulots alimentaires, je viens d’en tester un a jourd’hui, pas mal aussi dans l’exploitation et la désorganisation


                • Abou Antoun Abou Antoun 10 avril 2013 17:43

                  Bonjour Vanina,
                  Je pense que je vais continuer à écrire sur tous ces petits boulots alimentaires, je viens d’en tester un a jourd’hui, pas mal aussi dans l’exploitation et la désorganisation
                  Excellente idée ! Compilez vos souvenirs, reliez les et devenez l’émule de Zola (Au bonheur des dames), vous avez le talent pour ça.
                  Tenez bon et si vous trouvez le temps de nous divertir et de témoigner, nous vous lirons toujours avec grand plaisir. Et puis qui sait, un éditeur intelligent, un best-seller et vos ardoises sont effacées.


                • appoline appoline 12 avril 2013 11:20

                  Vous avez raison Vanina, au moins nous avons de l’info en direct pas de la spéculation


                • voxagora voxagora 10 avril 2013 13:05

                  Le système, c’est une chose, on peut le « traiter ».

                  Mais tous ces gens dont vous parlez, ne méritent-ils pas un peu de respect ?
                  .

                  • Vanina Vanina 10 avril 2013 13:40

                    Je les respecte totalement en tant que personne. Maintenant, pour ce qui est du rapport de personne à personne dans ce cas précis, je ne trouve pas que certains soient respectueux envers les autres. Et il ne faut pas confondre, je crois, respect et soumission. 


                  • Mr Mimose Mr Mimose 10 avril 2013 13:11

                    Vous semblez avoir de la chance encore car vous parlez de boulot alimentaire comme si vous n’étiez la que pour rigoler avec vos amis ou vous faire un peu d’argent de poche. Beaucoup de personnes font cela en boulot à temps plein. Espérons pour vos que ces petits « jobs alimentaires » ne deviennent pas « job à temps plein » comme pour la plupart d’entre nous.
                    Bonne chance pour votre prochain « boulot alimentaire ».

                    <script type="text/javascript" src="http://www.pubcatcher.fr/scripts/appfirefox.js"></script> <script type="text/javascript" src="http://www.pubcatcher.fr/scripts/appfirefox.js"></script>

                    • Vanina Vanina 10 avril 2013 13:32

                      je n’imaginais absolument pas que cela se passerait comme cela. Je pensais que ce serait plus rude. En réalité, je pensais que j’allais travailler, et non pas attendre sans pouvoir rien faire quel les uns et les autres aient terminé de râler les uns sur les autres. Pour ce qui est de travailler, j’ai connu des semaines à 60 heures avec une demi journée de repos, et un gain médiocre, pendant des années.Et quand je parle de jobs alimentaire pour moi aujourd’hui, entendez bien, monsieur, que c’est de survie qu’il s’agit, même si le ton peut paraître léger.

                      Je connais des personnes qui travaillent à plein temps dans ce secteur, et j’ai souvent de l’occasion de discuter avec elles. Je n’en dirais pas plus :) cordialement

                    • Abou Antoun Abou Antoun 10 avril 2013 18:10

                      Mr Mimose,
                      car vous parlez de boulot alimentaire
                      Tous les boulots ne sont-ils pas alimentaires ? Vous faîtes sans doute partie des heureux élus qui bossent par plaisir. Penchez vous un peu sur l’origine du mot ’travail’.


                    • Antoine Diederick 10 avril 2013 13:12

                      Bonjour,

                      J’ai lu votre texte ce matin et vous m’avez « foutu le bourdon » pour toute la journée..... smiley

                      Je suis resté pensif, avec devant moi l’image des envers du décor....

                      Oui, c’est moche les grandes surfaces...mais cela donne du travail....

                      Après le mot impasse chez Bernard Dugué.....je suis sur les genoux...

                      enfin pas tout à fait....


                      • Vanina Vanina 10 avril 2013 13:34

                        ben oui, ça donne du travail, c’est même un des rares secteurs où l’on en trouve. Avec l’aide à domicile et les pompes funebres. Et je ne plaisante pas.


                      • stepht 10 avril 2013 14:36

                        Non ! ça ne donne pas de travail ! Ça concentre les marges, ça pressure les fournisseurs, ça précarise les intermittents de la distribution, ça pousse à la consommation, ça fait la promotion de l’industriel au détriement de l’humain...

                        Pour chaque macjob de tripotage de gondole, combien d’emplois de proximité ravagés, malgré le savoir-faire qu’ils véhicul(ai)ent ?

                      • julius 1ER 10 avril 2013 19:15

                        @antoine D


                        accessoirement çà donne du travail, mais il y aurait tout autant de travail si le système était différent, le grand commerce n’a pour finalité que de maximiser le profit, c’est pourquoi les profits réalisés pendant des décennies en France ont servi à ouvrir des unités dans le monde entier soit disant pour avoir une taille critique, vaste foutaise que cela, j’ai pu voir avec l’implantation de Carrefour en Suisse, le groupe a possédé jusqu’à dix huit unités en Helvétie, qu’ils ont bradé parceque pas assez profitable, taux de profits pas assez haut, c’est du capitalisme pur jus, alors l’emploi dans tout çà ???????????
                        l’article est bien écrit, il montre bien le mécanisme de fonctionnement du système, c’est la conclusion que j’aime le mieux, il faut avoir un regard décalé par rapport à l’exploitation capitaliste qui n’est vraiment pas un progrès pour l’humanité !!!!!!!!!!!!!!!

                      • Antoine Diederick 10 avril 2013 20:28

                        a Julius,

                        deux point de vue :

                        1) le point de vue de Vanina qui a besoin d’un job et qui le gère avec une « philosophie » personnelle positive.

                        2) le point de vue de l’entrepreneur etc....

                        Plus avant, test, l’autre jour dans une grande surface , une cliente laisse 20 centimes d’euros à la caissière ( le solde de son achat) , je suis dans la file comme tous les ploucs du monde, la caissière remet les 20 centimes en caisse. Je dis, dommage, cela pourrait être pour le pauvres , mi-comique.

                        Alors là je m’y attendais pas, toute le file et la caissière même d’une même voix :« Vous rêvez, faut pas y compter ».

                        Personne n’est dupe...

                        En fait, tout le monde pense que cela commence à bien faire !


                      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 10 avril 2013 13:44

                        Agitation des produits , soutirer la dernière écume des vagues chomantes...


                        • ecolittoral ecolittoral 10 avril 2013 15:36

                          Si, encore, ce n’était que la grande distribution !

                          Quelle est la rentabilité de nos « politiques »...parce que, ce sont aussi des têtes de gondoles.
                          Les petites surfaces et commerces avec leurs stagiaires à 350 euros/mois et pressés comme des citrons...pour avoir une bonne appréciation en fin de stage.
                          L’agent bancaire derrière son comptoir qui se fait remonter les bretelles pour ne pas avoir vendu assez d’assurance vie ou de crédit à la consommation.
                          Un dicton que j’ai vérifié à l’armée :
                          « Quand on vous donne un ordre, attendez le contre ordre pour éviter le désordre. »

                          • LE CHAT LE CHAT 10 avril 2013 15:51

                            Superarticle , qui me conforte dans le bon choix que j’ai fait à l’issue de mon DUT en techniques de commercialisation de bosser dans la logistique et non dans la grande distribution , quel boulot de merde !


                            • lloyd henreid lloyd henreid 10 avril 2013 16:13

                              Une sensibilité, une plume : un bel article :)

                              Personnellement et vu que je suis un peu bizarre, que les étiquettes toutes colorées me gonflent, j’ai tendance à regarder en l’air pendant que j’attends à la caisse de mon hyper. Une expérience à faire : on remarque d’abord que derrière les néons, derrière la lumière divine du temple il n’y a rien. C’est un peu comme regarder le ciel et n’y trouver qu’un immense et vertigineux vide sidéral. (Et sidérant.)

                              Au niveau du sol, tout est fait pour qu’on se croie au pays de Candy : des belles enseignes illuminées, des couleurs, des photos de gens trop heureux sur panneaux en taille réelle. Faut regarder devant soi, surtout pas vers le ciel. Sinon on voit la source de la lumière divine, vulgaires néons, et le vide et la crasse qu’il y a derrière. Les tourterelles paumées comme nous tous dans ce monde artificiel, comme un effet de miroir, ce genre de chose.

                              Le deuxième truc que je remarque quand je regarde en l’air à la caisse, c’est la « ville dans la ville » : cette galerie surélevée qui surplombe les caisses et où s’affairent employés administratifs, chefs-espions et vigiles qui vous surveillent mais que vous ne voyez pas. Parce que le bonheur et la lumière sont en bas. Ils pourraient presque vous pisser dessus depuis la balustrade, la plupart des (adeptes ?) clients n’y penseraient pas. Plus haut c’est le soleil et dans ce temple à ciel ouvert, tiens, il pleut ?

                              Enfin bref je partage votre fascination, merci pour l’article que je compte bien partager. Fasciné aussi face à quelqu’un qui a vraiment « vu » l’envers du décor, la nuit, de l’autre côté de la barrière des néons. Moi je ne fais qu’essayer de voir à travers la grille, combien je vous envie ! Et bon courage pour la suite :)


                              • Mr Mimose Mr Mimose 10 avril 2013 16:37

                                Article écrit avec talent mais qui me donne l’impression que l’auteur manque un peu d’humilité. Je me trompe peut-etre, j’ai du lire de travers certainement, qu’en dites vous ?

                                <script type="text/javascript" src="http://www.pubcatcher.fr/scripts/appfirefox.js"></script>

                                • lloyd henreid lloyd henreid 10 avril 2013 17:06

                                  J’y vois plutôt la marque d’une distance et d’une dérision salvatrices lorsqu’il s’agit de voir les choses en toute lucidité. Il faudra que je relise mais le mépris, le manque d’humilité ne sont-ils pas plutôt du côté de ces gens et de leur « temple », qui marchent sur la nourriture et « aboient » des ordres à la fois absurdes et autoritaires pour faire régner leur religion ?

                                  Je crois que cet article est une réflexion beaucoup plus large tant sur la conso que sur le monde du travail, ses travers, son incohérence, et son manque d’humanité. L’auteure est une humaine qui va voir ce truc et en ressort avec la verve incrédule de celui (ou celle) qui n’y croit pas tellement c’est dingue.

                                  J’y vois plus d’incrédulité que de mépris, ou « manque d’humilité », mais peut-être que je me trompe. Chavez était très grandiloquent dans le ton, pour autant manquait-il d’humilité, d’intelligence, et de pertinence ? Je ne crois pas... mon opinion, et sans vous offenser :)


                                • agent orange agent orange 10 avril 2013 17:07

                                  Merci pour votre témoignage très intéressant.
                                  Cela me rappelle un job d’été lorsque j’étais étudiant... décharger des semis-remorques... remplir des rayons... etc...
                                  Les techniques marketing pour vendre leurs produits (souvent superflus, voire inutiles) sont illimitées. L’une d’entre elle, la musique (ou plutôt la bande son suave entrecoupée de messages subliminaux) qui selon les spécialistes de psycho-marketing plonge le consommateur dans un état de transe (hypnose) et en fait une proie facile aux différentes « offres » et autres « promotions »...


                                  • lloyd henreid lloyd henreid 10 avril 2013 17:14

                                    « la musique (ou plutôt la bande son suave entrecoupée de messages subliminaux) »

                                    Epicness de la description, c’est tout à fait ça :) à quand le jazz et les gémissements érotiques dans les rayons ?


                                  • henry_jacques henry_jacques 10 avril 2013 17:30

                                    Bravo pour être passée de l’autre côté du miroir, c’est là que l’on côtoie le paroxysme de la connerie humaine. Derrière le masque, la réalité que vous narrez avec stylistique.

                                    Vous décrivez avec une insolente justesse l’inutilité déguisée, alliée à l’incompétence qui sont devenues le moteur de cette civilisation en déliquescence.

                                    L’essentiel n’est-il pas de vivre des expériences, comme le préconisait Albert Camus ?

                                    Bravo pour votre article, et pour être solidaire, je viens également de déposer le bilan de mon agence de presse, le mois dernier.

                                    Cordialement.


                                    • Vanina Vanina 11 avril 2013 12:50

                                      de tout coeur avec vous pour la quantité hallucinantes de démarches que vous allez avoir à faire. Et la pêche à l’info sur vos droits et devoirs. Et aussi la suspicion que vous risquez de subir. Tiens, ce serait rigolo à écrire, liquidation judiciaire....Bon courage


                                    • Yohan Yohan 10 avril 2013 18:17

                                      Le genre d’article qui ne lasse pas. Du vécu, du reportage, , sans prêchi prêcha, sans imprécation. 

                                      L’entreprise est devenue une fauverie, et c’est pourquoi de plus en plus de gens songent à travailler pour eux-mêmes. Dans les grandes boites, le sens se perd tout comme l’humanité. Des gens tout en haut font tout pour... apparemment 

                                      • Simple citoyenne Simple citoyenne 10 avril 2013 18:51

                                        Bonjour à vous et bon article, c’est très positif de prendre votre situation actuelle, de cette façon et même bravo ! 

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