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Accueil du site > Actualités > Société > Variations culturelles de l’expression du plaisir

Variations culturelles de l’expression du plaisir

Il serait illusoire et vain d’entreprendre une Histoire universelle du bonheur, tant elle se confondrait à l’histoire de l’humanité. Chaque culture mérite au minimum un volume pour décrire ses passions et ses joies et la manière dont elles s’expriment et sont réprimées. Disons cependant que la composante culturelle, religieuse et ethnique interviennent autant dans la diversité de l’expression des plaisirs que l’époque dans laquelle ils se déroulent. L’homme vit, pense et réagi dans un contexte, si ce n’est un carcan socioculturel figé dans une époque et sans parler de déterminisme, il est cependant astreint à des contraintes et des limites qui orientent ses choix, même quand ils sont de l’ordre du ludique.

 Dans le monde occidental, les Latins sont bien différents des Nordiques. Le plaisir latin et ce terme inclut en partie les Français surtout au sud de la Loire, est lié au sexe, à la nourriture et au vin. Culture catholique oblige, l’argent est corrupteur. Il est utile, si ce n’est indispensable mais ne doit pas s’exhiber de manière ostentatoire. Les Nordiques par contre basent leur notion de bonheur sur la richesse gagnée honnêtement, la rigueur et le respect de valeurs morales et bien sûr, sur la bière. Les Slaves et tout particulièrement les Russes et les Serbes, sont probablement les derniers Européens qui ont gardé le sens de la démesure et de la fête, peut-être parce qu’ils n’ont pas encore été corrompus par le consensus mou des Scandinaves et par l’écologie politique. Cela se traduit par une proportion plus élevée d’accidents et de violence, mais n’enlève rien au côté festif de ces peuples, moins calculateurs et frileux que les Occidentaux et les Nord-Américains. La fin du communisme a vu resurgir certes des inégalités mais a sorti tout le peuple slave de l’anesthésie et du moralisme léthargique quasi théocratique des maîtres du Kremlin. Malgré sa foi orthodoxe, le Russe aime l’outrance, les excès de boisson et les dépenses excessives et spectaculaires. Il aime faire partager sa joie, là où l’occidental préfère l’entre soi égoïste et protecteur.

Le plaisir s’exprime aussi différemment en milieu rural par rapport au milieu urbain et aujourd’hui suburbain. Rien de commun entre les noces de campagne, Paris-Plage, les concerts de rap et les mariages musulmans à Trappes. D’une manière générale, les Nordiques aspirent à la légalité et à la notabilité, les Latins espèrent des passe-droits et des autorisations exceptionnelles et les Slaves qu’on les laisse faire la fête et qu’on leur foute la paix. En Occident est apparu récemment le droit au bonheur pour les minorités. Ainsi, handicapés physiques et mentaux, homosexuels de toutes obédiences ont droit à une sexualité non critiquée par le monde dit de la « normalité ». Mais comme il faut de nouveaux boucs émissaires, l’opinion se crée d’autres interdits et d’autres catégories de réprouvés que l’on peut plus facilement montrer du doigt. Pour prendre juste un seul exemple, DSK a remplacé Charles Trénet dans l’opprobre et les lazzis.

Reste le cas des Etats-Unis, pays de paradoxe et de contradictions, dirigé par la religion, le patriotisme et l’argent avec toute une variété de déviants et de marginaux que l’on retrouve dans la littérature et parmi les artistes. Mais ces anticonformistes contestataires vivent dans leur immense majorité à New York et en Californie. A l’exception de petits groupes d’intellectuels, le reste du pays est sinistrement consensuel ou bassement délinquant quand il s’agit de minorités ethniques pauvres ou de petits blancs incultes.

 Le monde arabe, se caractérise par l’omniprésence de l’islam qui entraîne des stratégies de contournement pour avoir accès aux plaisirs. Sensualité et dissimulation, caractérisent le monde arabo-islamique. La civilisation du sucre et du miel est aussi celle du mensonge. Mais il serait vain de voir le monde arabo-musulman au travers du prisme de l’islamisme radical. Le monde arabe est un lieu de plaisir à condition d’en accepter les règles d’hypocrisie, les feintes et le respect apparent de codes connus et respectés par tous. Savoir esquiver, trouver des subterfuges pour obtenir un rendez-vous galant, trouver un endroit tranquille pour préserver son intimité, entraînent des efforts de ruse et d’imagination pour arriver à ses fins dépassant de beaucoup les capacités des Occidentaux. Le respect sacré de la virginité a développé entre autres toute une série de pratiques sexuelles entre jeunes gens, dont la technique du pinceau est le fer de lance.

Toute une littérature arabe a égaillé princes et érudits bien avant le retour à l’austérité des islamistes, le jardin des roses et des soupirs spectacle du Kabyle Moussa Lebkiri est largement inspiré de la Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs de Cheikh Nafzaoui al Tijani, un érudit du XIVème siècle, un des rares ouvrages parlant de sexualité et d’érotisme qui ait été traduit en occident. Sa sensualité trouble n’est rendue que partiellement par la traduction de l’explorateur Richard Burton en 1886 qui l’enjolive et interprète. Il en est d’ailleurs de même avec la traduction des Contes des Mille et une nuits de Galland. Un chapitre ne figurant pas dans la première édition de La Prairie parfumée a été volontairement détruit par la veuve de l’explorateur qui devait elle aussi être une mégère non apprivoisée, probablement parce qu’il traite d’homosexualité, ce qui était insupportable pour l’époque victorienne. L’Orient arabo-musulman n’est donc pas uniquement fait de restriction, d’interdits et de référence à Allah, au Coran et au Prophète, encore faut-il être curieux pour le découvrir et ne pas être aveuglé par la haine. Il n’est en tout cas pas besoin de remonter à un islam des Lumières mythique, tant vanté par Malek Chebel pour retrouver l’érotisme arabe. De courageux auteurs contemporains dont quelques femmes ont repris ce flambeau, dont Alaa al Aswani avec son sulfureux Immeuble Yacoubian et Nedjma qui a écrit l’amande, sans oublier la Preuve par le miel, de Salwa Al-Neimi. Il faut une audace inouïe pour affronter la censure morale des barbus dans les pays musulmans, que l’on soit, artiste, écrivain, musicien ou journaliste, un courage que n’ont plus bien des intellectuels européens.

 Les cultures africaines privilégient l’appartenance de l’individu au groupe ethnique et familial ainsi que la tradition. Elles attirent l’attention par la danse, la musique et les évènements festifs collectifs et aussi par la place du sacré qui par syncrétisme a intégré les valeurs de l’islam et du christianisme en leur donnant une connotation ludique. Il y a peu de place pour l’individualisme dans les sociétés négro-africaines traditionnelles où l’individu s’efface devant la communauté villageoise et tribale. Le parasitisme social, les profiteurs et les pique-assiettes, diminuent la capacité de jouissance individuelle de nombreux Africains, même quand ils ont la chance de bien gagner leur vie. Du président du pays au simple paysan, tout le monde se fera rançonner un jour ou l’autre par de soi-disant frères et cousins avec l’incapacité culturelle de pouvoir dire stop. La solidarité forcée qui épuise une grande partie des revenus explique en grande partie la corruption endémique qui règne sur le continent et pourrit la croissance, car elle empêche l’individu de profiter pleinement de ses gains et ruine l’économie des pays.

Cependant, l’Afrique est de moins en moins immuable, elle entre à grands pas dans la modernité surtout en milieu urbain. Sa sexualité a été modifiée profondément d’abord, par les revues pornos et les cassettes vidéo importées, mais désormais, avant tout par Internet. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir dans un cybercafé, une jeune femme discutant sur un site de rencontre, postant ses photos quelquefois très dévêtue, une Bible posée à côté de l’écran, les musulmanes portant niqab ou hijab ne sont pas de reste sur ces sites et ce foulard pudique ne les empêche pas de se déchainer sur le net. L’urbanisation et son anonymat, les métissages interethniques, bien plus que les apports occidentaux font sauter à un à un les tabous d’ordre sexuel qui régissaient la vie des villages africains surtout en Afrique Centrale et Orientale non islamisée. En dehors de l’homosexualité masculine toujours mal vue et sévèrement combattue, voire réprimée de façon violente et criminelle, urophilie, zoophilie, triolisme et utilisation de sex toys sont de plus en plus rapportés dans les tabloïds, tant en anglais, en français que dans les langues vernaculaires.

Par le biais des clubs de strip-tease s’autorisant des spectacles bien plus obscènes qu’en Europe pour un public exclusivement africain souvent venu des classes populaires, de l’homosexualité féminine plus affichée que masculine encore taboue, des parties fines organisées dans des résidences privées sans le moindre apport européen, par l’utilisation de drogues importées qui remplacent de plus en plus le cannabis, les grandes métropoles africaines s’ouvrent au monde et aussi à ses variations dans l’expression du plaisir et de la déviance. Les Zaïrois, avant qu’ils ne redeviennent Congolais, ont longtemps été qualifiés de corrompus les plus gais d’Afrique pour leur sens de la fête et de la magouille, atteignant dans la démesure et l’humour une forme particulièrement élaborée de surréalisme. Il ne s’agit pas de copies serviles de ce qui se pratique en Europe, mais plutôt d’un aménagement de ce qui a été vu à l’étranger ou importé en Afrique. Chaque ethnie affiche des différences culturelles souvent profondes voire antagonistes, mais il se développe surtout en Afrique non islamisée, une adaptation originale au monde occidental teintée à la fois de surréalisme et de joie de vivre, quasiment disparue en Europe et en Amérique du Nord. La joie de vivre malgré les vicissitudes de l’existence et la pauvreté endémique est un moteur psychologique que beaucoup d’Européens ne savent plus utiliser. L’Ouganda, selon les statistiques publiées par l’OMS, a atteint le premier rang de la consommation mondiale d’alcool de 2005 à 2009, tout juste récemment dépassé par la Moldavie. Et pourtant, les rues de Kampala ne sont pas en permanence jonchées d’ivrognes cuvant leur bière. Savoir boire, aussi cela s’apprend et le comportement des Ougandais face à la boisson est nettement plus raisonnable que celui des jeunes Anglais qui titubent dans les rues de Londres après une imbibition massive. Enfin, une classe moyenne et aisée commence à émerger et sort progressivement des traditions. Ses membres vont au restaurant, prennent des vacances, découvrent les plaisirs de la consommation et recherchent un certain confort et raffinement, car heureusement, tous les Africains ne crèvent pas de faim et la croissance de certains pays autorise le luxe et l’hédonisme d’un nombre toujours croissant.

 Dans le monde asiatique non islamisé, le bouddhisme, le shintoïsme et le confucianisme ont une influence notable sur la sexualité. Et malgré une certaine anesthésie des sens professée par Bouddha, le sexe n’entraîne pas les mêmes tabous qu’en Occident et si certains sages professent l’abstinence, l’érotisme n’est pas un péché dans la plus part des sociétés asiatiques. Seule l’Inde contemporaine, pourtant réputée pour le Kâma-Sûtra a développé une pudibonderie excessive que l’on retrouve dans son cinéma avec la censure du baiser. Le fétichisme, l’art culinaire, le modernisme traditionnel des Japonais, ne sont que les modes d’expression variés de l’imaginaire nippon qui s’est très développé depuis quelques décennies. Le fétichisme a pris une tournure originale et quasiment artistique au Japon, revisitant la culture ancestrale en l’adaptant au monde moderne. Les Japonais sont devenus les plus grands experts dans ce genre de pratique et leur imagination dépasse tout ce que la vieille Europe a pu inventer au cours des siècles. Les Japonais, injustement traités de fourmis et d’imitateurs savent se montrer d’une imagination débordante quand il s’agit d’étirer le nez avec divers instruments conçus pour, de simuler le viol collectif en présence de témoins passifs au courant du simulacre ou de se faire livrer des slips déjà portés par des jeunes filles.

Le raffinement asiatique peut déboucher sur un art culinaire sophistiqué, sur des pratiques sexuelles originales jamais vues en Occident et un art de vivre totalement différent de celui des Européens. Mais il peut aussi se retrouver dans l’exploitation la plus vile de l’autre dans les bordels indiens d’eunuques ou de veuves ou dans les lieux de prostitution sous la coupe de souteneurs organisés en Chine, au Vietnam ou en Thaïlande pour touristes occidentaux et japonais, mais surtout pour clients locaux. Les civilisations asiatiques surtout celles de la péninsule indochinoise, ne pénalisent que très marginalement l’homosexualité, l’intermède communiste ne l’encourage pas, probablement au nom d’une moralité productiviste et d’une austérité marxiste, mais elle n’est pas très sévèrement réprimée. Malgré la faible imprégnation du christianisme en Asie il est étonnant de remarquer que dans les différents classements sur la fréquence des rapports sexuels, se sont les pays de ce continent qui présentent les plus faibles résultats, comme Hong Kong, Singapour ou le Japon. L’acte sexuel ne serait donc pas négligé du fait de sa culpabilisation, mais plutôt par lassitude dans un monde postmoderne industrialisé et stressant.

L’expression du plaisir est donc modulé, infléchi, restreint par un consensus culturel et un comportement imitatif, calquant les comportements sur un modèle acceptable par la majorité des membres d’une société, même s’il existe des frictions, comme partout où mœurs et religion interviennent. Il faut cependant ne pas négliger les capacités imaginatives des individus. Même vivant dans un carcan moral et religieux, il existera toujours des individus pour dissimuler, passer outre et s’adapter au milieu environnant pour arriver à jouir de l’existence malgré les contraintes. C’est probablement la meilleure façon de résister à l’intolérance.


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5 réactions à cet article    


  • SATURNE SATURNE 7 mars 2012 11:27

    Ouais.
    Faudrait donc trouver la perle rare qui aurait la docueur et la soumission des asiatiques, le goût pour les pratiques sexuelles « alternatives » des arabes, le fric d’une scandinave et le palais développé des françaises ou des italiennes pour aller diner au restaurant.
    Mais où je vais trouver tout cela, Docteur ?
    A Khampala ?


    • Georges Yang 7 mars 2012 15:01

      Cool où avez vous lu que je parlait de droit au bonheur, je ne fait qu’analyser

      Saturne, le bonheur est dans le pied (qu’on prend) il est partout et insaisisable à la fois


      • amipb amipb 7 mars 2012 18:56

        « Et malgré une certaine anesthésie des sens professée par Bouddha » : comment peut-on écrire cela ? Bouddha a au contraire professé de transcender les sens, d’être en pleine conscience, pas de les anesthésier.

        Sinon, tous les bouddhistes seraient des névrosés à l’extrême, ce que ni l’expérience ni les neurosciences ne confirment.


        • Abou Antoun Abou Antoun 7 mars 2012 19:29

          Bonjour Georges
          La fin du communisme a vu resurgir certes des inégalités mais a sorti tout le peuple slave de l’anesthésie et du moralisme léthargique quasi théocratique des maîtres du Kremlin. Malgré sa foi orthodoxe, le Russe aime l’outrance, les excès de boisson et les dépenses excessives et spectaculaires. Il aime faire partager sa joie, là où l’occidental préfère l’entre soi égoïste et protecteur.

          En gros je suis d’accord avec ces affirmations sur le caractère russe mais je ne crois pas que la fin du communisme y soit pour quelque chose. Si les dirigeants étaient des peine-à-jouir c’est qu’ils étaient vieux et impotents pas parce qu’ils avaient une morale sexuelle quelconque. Le parti n’a jamais mis son nez dans le lit des gens et a toujours toléré l’alcoolisme comme exutoire. L’homosexualité était et est toujours mal vue.


          • epicure 7 mars 2012 22:08

            Petite remarque :
            pour DSK, ce n’est pas tant l’aspect aventure extraconjugale qui est en jeu, que la manière dont il la pratique.
            Qu’il participe à des partouses ça peut faire sourire pas mal de monde je pense, mais que ses relations avec les femmes ressemblent plus à du harcèlement voire du viol, cela fait moins sourire.

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