• samedi 26 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Société > Vatican et Pédophilie : on s’accommode en silence
20%
D'accord avec l'article ?
 
80%
(47 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Vatican et Pédophilie : on s’accommode en silence

Au moment où le Pape manifeste sa volonté de revenir à d’anciens rites, il convient de s’interroger sur les us et coutumes du Vatican en ce qui concerne la pédocriminalité. Un document de 1962, écrit par le Cardinal J Ratzinger demeure en vigueur. Étonnant !

Dans un article du 10 janvier 2008, Fabrice Arfi, journaliste de l’hebdomadaire La Tribune de Lyon, s’interroge sur les étranges silences de l’Église suisse dans une affaire de pédocriminalité impliquant un prêtre, Joël Allaz, qui vivrait à l’abri, dans un monastère suisse. Ce dernier, non seulement, avoue tous les crimes qui lui sont imputés mais il en dévoile d’autres commis en France où il a vécu - Grenoble et Lyon - entre 1989 et 2005.

L’Église suisse a officiellement indemnisé certaines de ses victimes en 2002, reconnaissant de fait la culpabilité du prêtre, mais elle l’a autorisé à se réfugier, depuis deux ans, dans une fraternité de frères capucins à Delémont, dans le Jura suisse.

Suite à ces révélations, le quotidien de Lausanne, Le Matin, en date du 11 janvier 2008 affirme que le père Allaz a été envoyé en vacances par sa hiérarchie. Dans le même temps, le procureur général de Lyon, Jean-Olivier Viout, a saisi, le 10 janvier 2008, les autorités judiciaires suisses pour leur demander une audition « détaillée » du religieux,

Cette affaire qui révèle l’omerta de l’Église, voire, carrément une volonté d’obstruction à la bonne marche de la justice, pourrait paraître banale, tant ce genre d’affaires se multiplie. Cependant, l’attitude de l’Église n’est pas exceptionnelle, elle s’inscrit dans un contexte où la loi des hommes semble ne pas être la même à Lyon, Lausanne,... qu’au Vatican...

En effet, depuis plus de 40 ans l’Église catholique romaine semble considérer que sa conception de la justice est au-dessus de celle des États. Au vu du Vatican, le crime de pédocriminalité n’est qu’un péché qu’il convient de cacher, pas un crime, et les hiérarchies nationales appliquent cette règle avec le maximum de ruses.

On pourrait croire que l’Église, comme les institutions laïques qui accueillent des jeunes gens ou des enfants - services sociaux d’accueil et d’hébergement, établissement scolaires, établissements de santé, etc. - agit de façon opportuniste, au cas par cas pour se couvrir. Il n’en est rien ! Et ce que cela révèle au plan moral, éthique, philosophique et religieux est de toute première importance.

Le Cardinal Ratzinger rattrapé par son passé

Dans une émission hebdomadaire d’investigation « Panorama », du 01 octobre 2006, la BBC dévoile l’existence d’un document secret, rédigé en 1962 et mis à jour en 2001, qui détaille comment doivent être abordés les cas de pédophilie découverts au sein de l’Eglise catholique. Ce documentaire, « Les crimes sexuels et le Vatican » a été réalisé par le journaliste Colm O’Gorman.

Le document romain, intitulé Crimen Sollicitationis, indique aux évêques du monde entier comment procéder en cas de « crime de sollicitation », dans le cadre du confessionnal ou en dehors.

Le document précise que la sollicitation concerne des actes obscènes à l’encontre de fidèles mineurs, que ce soit par la parole ou les gestes. Les instructions marquées « confidentiel » devaient être conservées et enfermées dans le coffre de leur église par les évêques.

Elles exigeaient notamment le secret absolu, tant du prêtre que de la victime, ou encore d’éventuels témoins ou personnes informés, selon la BBC. Le non respect de ce serment signifiait une excommunication.

Ce document est accessible à l’adresse URL suivante .

Vous pouvez également le télécharger sur le site Sauver l’Enfance en Danger  :

 « Cette procédure visait initialement à protéger la réputation d’un prêtre jusqu’à ce que l’Église ait mené une enquête, mais en pratique elle peut permettre d’étouffer l’affaire », avance le documentaire.

« L’homme chargé d’appliquer cette politique pendant 20 ans était le cardinal Joseph Ratzinger, l’homme qui est devenu pape sous le nom de Benoît XVI » ajoute le journaliste.

Les représentants britanniques de l’Église catholique, très mobilisés, ont immédiatement dénoncé ces accusations, les jugeant fallacieuses et expliquant que le document incriminé ne faisait nullement référence aux abus sexuels mais seulement à l’usage impropre du confessionnal.

Les évêques d’Angleterre et du Pays de Galles dénoncent immédiatement le documentaire de la BBC accusant Benoît XVI d’avoir étouffé des affaires de pédocriminalité.

Le lendemain, le Vatican apporte son plein soutien aux évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles dans leur dénonciation du documentaire de la BBC qui, de fait, accuse le pape Benoît XVI d’avoir contribué à étouffer des affaires de pédocriminalité alors qu’il était encore président de la Congrégation de la doctrine de la foi.

Le Vatican fait savoir qu’il n’exprimera aucun commentaire en son nom propre au sujet de ce documentaire. Le communiqué annonce cependant qu’il adhère pleinement à la réaction virulente de l’archevêque de Birmingham, Vincent Nichols.

Au nom des évêques britanniques, ce dernier estimait que la BBC devrait « avoir honte du niveau de journalisme exhibé dans cette attaque injustifiée contre le pape Benoît XVI ».

Vincent Nichols distingue deux volets du documentaire : le premier met en avant des cas de pédocriminalité mettant en cause des prêtres, ce qui selon l’archevêque est pris très au sérieux, avec prudence et en toute transparence, par l’Église ; le second met en cause le Vatican.

« Ce volet du documentaire est erroné et totalement trompeur », estime-t-il dans un communiqué approuvé par les évêques d’Angleterre et du Pays de Galles.

« Il est erroné parce qu’il dénature deux documents du Vatican et les utilise de manière trompeuse pour relier les horreurs de la pédophilie à la personne du Pape. »

Pour sa part, le cardinal Cormac Murphy-O’Connor, chef de l’Église catholique d’Angleterre et du Pays de Galles, envoie à Mark Thompson, le directeur général de la BBC, une lettre pour protester contre l’émission, diffusée sur la chaîne publique anglaise.

Dans le documentaire, le journaliste réalisateur à demandé à un expert du droit canon rompu aux arcanes de la rhétorique vaticane, le père Tom Doyle, renvoyé du Vatican parce qu’il avait critiqué la manière dont la hiérarchie catholique gérait ces cas d’abus sexuels, d’interpréter le document pour la BBC. Cet expert, interrogé dans le documentaire, estime qu’il s’agissait bien d’une volonté explicite d’enlever tout droit de parole aux victimes sans condamner pour autant l’auteur des « sollicitations ».

La contre attaque fut d’autant plus empressée et virulente qu’elle mettait en cause le Pape lui-même qui fut en 1962 le rédacteur de cette charte. Elle obéissait de plus, aveuglément, à un réflexe tissé par 20 ans de pratiques : le secret et une forme auto justifiée d’exercice de la justice qui protège l’institution et non l’individu victime sans, à aucun moment, tenir compte du droit local. Ce que soulignait la BBC, dans un communiqué répondant aux critiques des évêques, en arguant que « la protection des enfants est, de manière évidente, un problème qui relève de l’intérêt public ».

L’affaire fut rapportée sans trop de soutien par quelques médias français, notamment le Nouvel Obs dans un article titré : « Le Pape soutenu  »

Les précédents

Le Cardinal Ratzinger fut, de 1981 à son élection en 2005, le président de la Congrégation pour la doctrine de la foi, département du Vatican chargé de promouvoir et de protéger la doctrine et les mœurs. À ce titre, il fut également chargé de son application.

Jusqu’à présent, c’est surtout l’Église catholique des États-Unis qui a été ébranlée par des affaires de pédophilie, le Pape Jean-Paul II ayant convoqué au Vatican les 14 plus hauts dignitaires du clergé US pour les tancer sévèrement quant à leur laxisme sur ce dossier. Dans la foulée, trois évêques avaient dû démissionner, plus de 200 prêtres ont été suspendus, tandis que plus d’un millier de plaintes sont en cours d’examen devant des tribunaux.

C’est en 2002 qu’éclate une affaire impliquant l’Église catholique américaine avec l’affaire de John Geoghan.

John Geoghan, 66 ans, dont le procès, au terme duquel il fut reconnu coupable en janvier 2002, a été à l’origine du scandale secouant l’Église catholique américaine depuis ce début d’année 2002, avait été condamné à dix ans de prison pour actes pédocriminels. Muté de paroisse en paroisse par sa hiérarchie, pendant 30 ans, il aurait commis plus de 140 agressions sexuelles sur des enfants.

Or, de 1991, date à laquelle tombèrent les premières dénonciations, jusqu’en 1998 où il fut défroqué, l’Église catholique américaine tenta d’étouffer l’affaire. Un article de Wikipedia anglophone relate l’histoire de ce scandale. (http://en.wikipedia.org/wiki/John_G...)

Condamné en 2002, John Geoghan fut étranglé dans sa cellule, le 23 août 2003, par un co détenu Joseph L. Druce qui avoua son crime avec fierté.

Dossier du Boston.com News

http://www.boston.com/news/specials/geoghan/

Par ailleurs, un film relate la saga de ce prêtre qui aurait abusé de plus de 140 enfants durant 30 ans. Voici la présentation du film : « Le père John Geoghan est jeune, énergique et toujours souriant. Appelé “Père Jack” par ses paroissiens, il baptise leurs enfants et célèbre leurs mariages. Mais il cache un horrible secret. Depuis 30 ans, il viole des enfants.

Il va frapper et abuser sexuellement plus de 140 enfants en leur disant de garder le secret. Des rumeurs vont alors courir à son sujet, le diocèse de Boston va simplement l’assigner à une nouvelle paroisse et l’envoyer se faire soigner psychologiquement. Mais les abus ne vont pas cesser et la plus haute autorité de l’église catholique américaine, le cardinal Bernard Law, va tout de même le couvrir.

Ce film retrace l’histoire du scandale qui va faire vaciller les fondements de l’église catholique et remettre en question la foi de beaucoup de croyants. »

Film disponible au téléchargement sur Crimes & Investigation Network

L’existence du document vatican, incriminé dans le documentaire de la BBC, fut révélée une première fois, en 2003, aux États-Unis. Des avocats américains représentant des victimes présumées d’actes pédocriminels commis par des prêtres l’avaient alors utilisé dans des procédures judiciaires intentées contre des diocèses américains.

Le scandale, portant sur le transfert d’une paroisse à l’autre de prêtres coupables d’agressions sexuelles sur des mineurs et l’absence de sanctions contre eux, était centré sur la ville de Boston. L’affaire avait entraîné la démission de l’archevêque de Boston, le cardinal Bernard Law, en décembre 2002.

Ces révélations permettent de savoir que, selon des experts américains, 1500 prêtres sur 140 000 officiant aux États-Unis, auraient commis des agressions sexuelles lors des 40 dernières années. Il s’ensuit le dévoilement de nombreuses affaires : ainsi, jeté en pâture aux journalistes, un jésuite est accusé d’avoir abusé sexuellement pendant les années 70 de trois lycéens à Boston... L’archevêché de Boston, harcelé, suspend 18 prêtres durant l’année 2002... Manifestement la hiérarchie catholique est étranglée par la multiplication des scandales mais elle parviendra très vite à estomper les effets des scandales à répétition... à coup de millions de dollars.

86 des 140 victimes de John Geoghan, se partageront près de 10 millions de dollars de dommages et intérêts en procédure civile.

Plus tard, outre 9,3 millions de dollars destinées aux personnes ayant subi des abus sexuels, l’Église devra verser 540 000 dollars pour 20 victimes ayant déclaré avoir été traumatisées par le prêtre, mais pas physiquement abusées, et 160 000 dollars à 16 parents de victimes.

Source : Le réseau VoxDei du 20 septembre 2002

http://www.voxdei.org/afficher_info.php?id=4212.88

Malgré cela on apprend que de 1997 à 2002, 10 millions de dollars ont été dépensés par l’archidiocèse de Boston pour acheter le silence des victimes des prêtres pédocriminels qui agirent dans le cadre de leurs fonctions pendant plusieurs décennies, jusqu’en 1998. L’affaire serait restée secrète si elle n’avait été révélée par le journal Boston Globe.

En 1992 déjà, l’Église catholique américaine avait été secouée par un fait semblable : plus de 100 victimes d’un prêtre obsédé sexuel notoire, James Porter, du diocèse de Fall River, Sud-Est du Massachussets, avaient apporté des preuves que ce pervers avait été transféré de paroisse en paroisse afin de le mettre à l’abri des parents des enfants abusés, alors que son obsession et ses abus sur les enfants étaient connus de sa hiérarchie.

Dans la même année éclate à Boston une autre affaire

« Le cardinal américain Bernard Law, 71 ans, au cœur de la tourmente provoquée par les scandales de pédophilie, a annoncé avoir déjà secrètement rencontré le Pape à ce sujet et obtenu de rester en fonctions. "Au cours des derniers jours, je me suis rendu à Rome pour chercher conseils et avis (...) Le Saint Père a accepté de me rencontrer (...) et je reviens dans mon pays encouragé dans mes efforts visant à faire en sorte qu’aucun enfant ne soit jamais plus abusé par un prêtre dans mon diocèse", a annoncé mercredi le prélat, responsable de l’archevêché de Boston (...).

Le prélat a couvert pendant près de 30 ans un prêtre pédophile récidiviste, le père Paul Shanley, 70 ans, accusé d’agressions sexuelles sur au moins 26 enfants. Mgr Law, l’un des responsables les plus en vue de l’église catholique américaine, est considéré comme un proche de Jean Paul II. » (Boston Globe)

Soutenu, dans un premier temps, par le Pape, Mgr Bernard Law, refuse en août 2002 d’honorer un accord de dédommagement conclu, en mars, avec les victimes, portant sur 30 millions de dollars. Il l’avait qualifié de non-contraignant. Maître Garabedian, avocat des victimes, a déclaré que ses clients avaient finalement décidé d’accepter une indemnisation moins importante « parce qu’ils voulaient mettre un terme » à l’affaire.

Mais d’autres révélations éclatent et c’en est trop pour les victimes et les médias qui réagissent en apprenant que le prélat a couvert pendant des années des centaines, voire des milliers de prêtres accusés d’actes à caractère pédocriminel.

Le 13 décembre 2002, le plus haut dignitaire catholique américain, le cardinal Law, archevêque de Boston (Massachusetts) est contraint à la démission, immédiatement acceptée par le Pape Jean-Paul II.

Plus tard, son successeur déclarera prier pour la « guérison de l’Église »... « Et les victimes ? » peut-on se dire.

Cet acte de contrition publique fait partie de la stratégie de couverture des crimes sexuels commis par des prêtres et de protection de l’Église en général. Elle s’inscrit dans une procédure théorisée et définie par le Crimen Sollicitationis. On devine qu’il s’agit d’endormir la vigilance des médias tout en laissant croire que l’Église, consciente du problème grave posé par ces crimes, le prend désormais en charge et consent ainsi à prendre des mesures appropriées.

Qui pourrait être dupe quand on sait que le document Crimen Sollicitationis date de 1962, preuve que l’Église était consciente du problème dès cette époque et qu’il s’agissait pour elle d’anticiper sur les critiques et les accusations en imposant à ses prélats des procédures rigoureuses et rusées pour faire face aux scandales qui ne manqueraient pas de survenir. L’actualité démontre que le document est toujours en vigueur, pour preuve l’affaire récente du prêtre Joël Allaz, en Suisse.

La stratégie éprouvée durant presque un demi-siècle s’établit en trois étapes :

Dans un premier temps, face à des signalements d’abus sexuels, étouffer toute velléité de déclaration publique par les victimes en les achetant et en les soumettant éventuellement par chantage (excommunication) ;

Instruire l’affaire et muter le coupable de sollicitations, éventuellement le soustraire au regard des médias - c’est ce qui est en cours avec l’affaire du père Joël Allaz en Suisse ;

Si l’affaire éclate au grand jour, faire face sans jamais céder sur le fond, se couler dans ce qu’impose la vox populi ;

Ne pas hésiter à faire des déclarations de contritions publiques et volontairement déclarer que, désormais la hiérarchie religieuse prendra des mesures draconiennes. Et cela n’empêche pas de revenir en arrière si la justice locale offre des failles exploitables - c’est ce que fit l’archevêque de Boston en revenant sur les engagements financiers négociés de gré à gré avec les victimes, ce qui déchaîna les médias qui dévoilèrent alors d’autres affaires.

Si l’affaire va plus loin, faire face mais ne jamais céder sur le fond - voir plus loin, en France, l’affaire qui impliqua gravement Mgr Jacques Gaillot, évêque d’Evreux.

Cette stratégie est bien analysée par Garry Wills, L’Église catholique et la pédophilie, (essai traduit de l’anglais par Paul Rozenberg, collection « Vu d’Amérique », Éditions Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2003)

Il affirme : « Dans le cas des abus commis par des prêtres aux États-Unis, la hiérarchie n’est passée aux aveux ou aux regrets qu’après y avoir été contrainte par la loi. » L’auteur précise que « les parents se seraient contentés d’excuses et d’une promesse que le prêtre prédateur serait maintenu à l’écart des enfants et si certains ont entamé des poursuites, c’est parce qu’ils ont constaté “qu’on leur avait servi des excuses minables ou véreuses et que l’engagement à tenir les prêtres en question loin des enfants n’était pas tenu.” Jusqu’en 2002, il était pratique courante pour un évêque de muter un prêtre dans une nouvelle paroisse sans informer les fidèles des errements passés du nouveau curé. »

En Europe et en France

Ces affaires agissent très lentement comme révélateur en Europe. Elles incitent progressivement les victimes à sortir du silence, permettent une meilleure appréhension de l’étendue du problème, et conduisent la hiérarchie de l’Eglise à anticiper en déclarant adopter des positions fermes sur le sujet. Mais la justice et les pouvoirs publics n’auront pas d’autre attitude que celle du suivisme.

Cette stratégie de l’anticipation de l’Église conduit les évêques français à rédiger, en novembre 2000, une déclaration dans laquelle ils s’engagent à collaborer activement à la lutte contre la pédophilie. Cette déclaration a été suivie de la mise en place d’un Comité consultatif en matière d’abus sexuels sur mineurs. Sa mission : répondre aux questions des évêques, émettre des recommandations, attirer l’attention sur les différents aspects de la lutte contre la pédophilie et notamment les attitudes à adopter envers les enfants, les familles et les communautés chrétiennes, la formation initiale des différents acteurs de la pastorale et le contrôle de leurs activités, le suivi et l’avenir des personnes condamnées. Une brochure a par ailleurs été rédigée à destination de tous ceux qui ont une responsabilité éducative dans les mouvements, les services, les aumôneries, les paroisses et l’enseignement.

En septembre 2001, la condamnation de l’évêque de Bayeux et de Lisieux, Mgr Pierre Pican, à 3 mois de prison avec sursis pour non-dénonciation aux autorités des actes pédophiles commis par un prêtre de son diocèse, est une première en Europe. Elle tombe très rapidement dans l’oubli.

En 2005, un procès révèle des mécanismes écœurants dans l’instruction d’une affaire de pédocriminalité impliquant un prêtre d’origine canadienne Vadeboncoeur.

Durant l’instruction, les fidèles sont restés silencieux, de nombreux dossiers ont disparu à l’évêché d’Evreux. Ce qu’a rappelé l’avocat général avant de s’interroger sur le rôle joué par Mgr Jacques Gaillot, alors évêque d’Evreux. Celui-ci avait reçu à deux reprises des lettres - de victimes canadiennes - expliquant le passé judiciaire de Vadeboncoeur (en effet, en 1985, l’église canadienne l’avait démis de son ministère après qu’il fut condamné déjà à vingt mois d’emprisonnement pour « grossière indécence, sodomie et agressions sexuelles sur des adolescents »).

Ce qui ne convaincra pas Mgr Gaillot de ne pas lui confier de paroisse... « Il y a ceux qui n’ont rien vu, rien entendu et ceux qui jouent sur les mots. Bravo à celui qui sait et qui ne dit rien car il n’a pas de preuve. Mais surtout, mes félicitations à celui qui a pris le cœur léger le risque de livrer en pâture vos enfants à Denis Vadeboncoeur avec la bénédiction de Dieu », a plaidé l’avocate de la victime. Appelé à la barre, Mgr Gaillot témoigne : « J’ai accepté qu’il soit nommé curé de Lieurey, je le regrette. »

Au cours du procès, le représentant de l’Église, Mgr David, successeur de Mgr Gaillot, feignant d’ignorer où il se trouvait, une Cour de la République laïque, une et indivisible, affirmera devant le tribunal, qu’« il parle devant Dieu ». Ce qui obligera la présidente du tribunal à répliquer aussitôt sur un ton très ferme : « Ici, vous êtes devant une Cour d’Assises. Je vous demande de retirer cela. »

Dans le même axe, Mgr Gaillot affirmera plus tard qu’il n’a pas voulu « barrer la route » à ce prêtre pour lequel il éprouvait « une sorte de solidarité ».

Mercredi 21 septembre 2005, en France, le prêtre a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises pour agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans.

Une stratégie calculée

Cette manière de tenir tête avec aplomb et arrogance à l’ordre de la république ne découle pas d’une quelconque maladresse de ces prélats rompus aux exercices de la rhétorique. Elle vise plusieurs cibles. D’abord les fidèles pour signifier que l’ordre du Pape est transcendant et infaillible, aux laïcs pour leur rappeler que, jamais, l’Église n’abandonne ses brebis.

En Allemagne

En mars 2002, un diacre allemand, qui avait été reconnu coupable d’abus sexuels sur 45 adolescents âgés de 13 à 16 ans, était emprisonné sur décision du Parquet de Hanovre (nord). Juillet 2002 on apprenait la suspension d’un prêtre exerçant au diocèse de Mayence (ouest), suite à la plainte d’un adolescent de 14 ans. Devant la multiplication des accusations portées contre des prêtres pédophiles, l’Église catholique allemande décide de prendre des mesures. Dans un communiqué publié le 14 juillet 2002 et qui fait suite à un long article de l’hebdomadaire Der Spiegel, paraissant le lendemain sous le titre Pédophiles sous la robe de prêtre - Etouffer et muter, le cardinal-archevêque de Mayence, Karl Lehmann, indique que la conférence des évêques adoptera en septembre un texte sur la pédophilie au sein de l’Eglise catholique.

Le plus haut dignitaire religieux catholique allemand se déclare « très préoccupé » par les cas révélés par Der Spiegel. « Nous allons vérifier rapidement et intensivement les faits évoqués dans cet article et, éventuellement, nous ne reculerons pas devant les nécessaires conséquences. Plus particulièrement me touchent les souffrances endurées par les victimes », ajoute-t-il. « Par ailleurs nous devons nous demander, avec un esprit auto-critique, si nous ne devons pas agir dans ce domaine de manière encore plus décidée », déclare encore le cardinal, qui souligne être « à l’unisson avec les demandes du Pape Jean Paul II et la réglementation mise au point par la conférence des évêques américains ». Les observateurs remarqueront que, pas un instant, le prélat ne déclarera faire appel à la justice de son pays car l’Église accepte les lois locales et s’y soumet.

Sources :

LCI.fr Du 15/07/2002 

Épilogue

Le Vatican était informé, dès 1962, de pratiques pédocriminelles perpétrées en son sein par des prêtres et des officiers du culte. Elle prit alors des mesures de préservation sur lesquelles il convient de s’arrêter car elles sont révélatrices d’attitudes et de mentalités que nous devons dénoncer.

D’abord, préserver le secret, décrédibiliser les victimes en exerçant sur elles un chantage, y compris par les parents eux-mêmes. Dans son livre L’Église catholique et la pédophilie, Garry Wills donne le témoignage d’enfants battus et sermonnés par leurs parents pour avoir dénoncé les sévices d’un prêtre.

Ne jamais consentir, que par la force, à reconnaître une responsabilité quelconque et encore ne le faire que du bout des lèvres. Telle est la seconde attitude commune de l’Église.

L’anthropologue ou le clinicien qui accueillent des victimes de pédocriminels « domestiques » - ceux qui exercent leurs sévices dans la vie domestique et durant des temps parfois très longs - n’ignorent pas que cette stratégie est identique à celle du prédateur lui-même. J’ai donné un descriptif du mode opératoire de ces bourreaux dans mon étude Inceste, pédocriminalité, crimes contre l’humanité, éd. Lierre & Coudrier, Toulouse 2006.

En dévoilant des stratégies identiques à celle du prédateur, la hiérarchie romaine dévoile depuis un demi-siècle sa complicité effective dans tous les cas où elle procède comme elle le fait encore dans l’affaire révélée le 10 janvier 2008 par La Tribune de Lyon. Elle révèle, dans la durée, sa ténacité, son arrogance et, surtout, sa détermination à se placer au-dessus de la loi des hommes en oubliant les fondamentaux du christianisme : protéger les faibles des puissants. Le prédateur use toujours de sa puissance, voire de sa notoriété pour fonder et assujettir sa domination et son contrôle sur sa victime. Les bourreaux, après enquête sont souvent décrits comme des personnes très dévouées, toujours prêtes à rendre service à leur communauté. Ajoutons que la capacité de séduction, voire d’envoûtement - procès de Denis Vadeboncoeur - qui leur permettent d’approcher facilement leurs victimes fait partie des stratagèmes du prédateur pédocriminel.

Dans un docudrame canadien, Les Garçons de Saint-Vincent, 1993, le réalisateur John Smith relate les sévices sexuels subis, durant plusieurs années, par Kevin, un jeune pensionnaire de l’orphelinat Saint-Vincent, de la part du frère directeur de l’établissement, dont il est le « préféré ». Comme Kevin, d’autres élèves sont soumis au même régime de domination. Mais comment se protéger ou se révolter contre de tels abus, quand, au terrorisme de leur bourreau, vient s’ajouter la conspiration du silence de la part des autorités tant ecclésiastiques que politiques ? Telle était la question posée par le réalisateur.

Ce film fut présenté comme une fiction inspirée en partie d’événements qui se seraient produits à Terre-Neuve et ailleurs au Canada. Il souleva l’indignation de la hiérarchie romaine et des édiles proches mais il permit au Canada de prendre conscience du réel problème que la pédocriminalité domestique pouvait présenter.

L’Europe n’a pas, semble-t-il, pris conscience de l’ampleur des dégâts causés pas ces pratiques et quand il s’agit de les dénoncer, il faut élargir la vigilance à tous les milieux où des enfants sont soumis à une règle ou une discipline imposées par des adultes. L’Éducation Nationale est concernée en premier lieu et on sait combien il est difficile de poser un signalement d’actes pédocriminels contre des professeurs ou des instituteurs. Nombre de parents sont demeurés impuissants face au silence du rectorat ou du ministère lui-même, apprenant parfois longtemps après que le prédateur avait été muté dans un autre établissement.

Voir notre article sur Sauver l’enfance en danger « Appel à témoins  »

Face à l’omerta généralisée, y compris celle des médias, il faut surtout informer les victimes, les soutenir, les rassurer et, chaque fois que possible, permettre aux familles de bénéficier d’un soutien collectif. Assurer un suivi judicaire et psychologique s’impose également, mais dans la discrétion.

Rompre le silence, s’appuyer sur des réseaux de soutien, c’est, dans un premier temps, la voie qui permettra à d’autres victimes demeurées silencieuses, de rompre le mur du silence. C’est, de la part des défenseurs des enfants, la nécessité d’accumuler des témoignages pour, le temps venu, les porter à la connaissance du public. La dénonciation au cas par cas court, chaque fois, le risque de noyade sous les cascades d’une actualité dominée par le sensationnel. Or les victimes ne peuvent pas être ainsi instrumentalisées comme ce fut le cas pour un fait récent en France (le petit Emi - affaire Evrard). Il y a là une indécence que le défenseur de l’enfance ne peut soutenir.

La victime a besoin d’être écoutée, comprise, soutenue et reconnue par la collectivité, devenir la vedette provisoire d’une actualité qui la couvrira de compassion durant un court instant est une indignité qui ne peut que la blesser d’avantage. L’instrumentalisation c’est cela, rendre l’autre objet.

 

par Illel Kieser ’l Baz (son site) mardi 15 janvier 2008 - 80 réactions
20%
D'accord avec l'article ?
 
80%
(47 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Kieser (xxx.xxx.xxx.196) 15 janvier 2008 17:06

    Bonjour,

    Merci des commentaires, il me faut revenir sur certains.

    En premier lieu, je ne me fonde sur aucune rumeur ni allégation quelconque. J’ai mis assez de références et de liens pour que chacun puisse vérifier. Par ailleurs, je ne suis pas homme de salon mais de terrain et cela fait plus de trente ans que je suis confronté à ces pratiques que je dénonce, avec d’autres.

    Il m’importe assez peu de pointer les règles plus ou moins implicites d’une Eglise ou d’une autre. Cette fois là, le fait concernait l’interview d’un prêtre qui, cyniquement, avouait à des journalistes les crimes qu’il avait commis. Je remercie Gazi Borat pour les références de Libé. Il s’agit d’un seul et même individu. Libé ayant pris la précaution de changer les noms. Je ne l’ai pas fait car je m’inspirais directement de l’interview.

    J’ai pris soin de préciser que les mêmes pratiques ont lieu au sein même de l’Education Nationale, de l’Armée, et des services qui hébergent des enfants : pensionnat, services d’hébergement, de placement, etc. Durant les années 60, j’ai souvent été confronté à des cas d’enfants placés qui étaient abusés par les parents d’accueil. Les assistantes sociales le savaient mais ne disaient rien.

    Il y a eu de nombreuses affaires d’enfants abusés dans des services d’accueil. La plupart du temps l’affaire prend cinq lignes dans une colonne de la presse régionale. 

    Je trouve intéressant que de nombreux médias, dont Libé, se soient relayés pour faire circuler l’info. (Mon article était rédigé avant celui de Libé)

    Dans le même temps paraissait un appel à témoins concernant, un ancien professeur, septuagénaire, soupçonné d’être un pédophile en série.

    http://www.wikio.fr/more/societe/cr...

     

    Toutes les institutions sont concernées... Mais l’Eglise est la seule à avoir "théorisé" le déni et le chantage.

    Ce qui est en cause, plus généralement dans nos sociétés, c’est le déni de justice pour la victime, un enfant en l’occurence, qui se trouve confronté à son prédateur durant des années parfois. Comme le relève Gazi Borat, l’enfant n’a été pris en considération en tant que personne que tardivement. Mais nous avons encore des progrès à faire, car cette pédocriminalité dont je parle concerne des prédateurs qui font partie des familiers et le crime se perpétue des années durant. Je ne parle pas des crimes commis par des pervers et qui font la une des médias le temps qu’un agité s’en empare pour se faire mousser.

    Je parle d’une pédocriminalité devenant quasi ordinaire.

    On ne parle pas de civilisation sans avoir réglé ce problème avant.

  • Par Gazi BORAT (xxx.xxx.xxx.192) 15 janvier 2008 12:52

    "...au milieu de cette curée que deviennent peu à peu la loi et justice républicaine.."

     

    Curée justifiée par "le droit des victimes à réaliser leur deuil" et qui incite aujourd’hui les juges à ne plus tenir compte de la notion d’irresponsabilité pour nombre de malades mentaux, comptant que le spectacle de personnes condamnées sans même qu’elles comprennent le verdict qui les frappe, complaira à une opinion matraquée depuis des années par un discours sécuritaire hystérique..

    gAZi bORAt

  • Par Djanel (xxx.xxx.xxx.69) 15 janvier 2008 12:36

     

    Pas grand chose à rajouter sinon que l’immoralité de l’église remonte déjà aux époques les plus reculées. Voici un extrait de la caméra taxe rédigé par le pape Léon X (1513 / 1521) réputé pour avoir été un grand mécène :

    Art.1) Un ecclésiastique qui commet un péché charnel avec les propres sœurs, filles, cousines, nièces ou avec une autre femme, sera acquitté derrière le paiement de 67 livres.
    Art.2) Si un ecclésiastique demande l’absolution pour avoir commis des péchés contre nature avec un enfant ou avec une bête pourra l’obtenir en payant 131 livres.
    Art.5) Aux prêtres est permis de vivre en concubinage avec les propres parents derrière le paiement de 76 livres.
    Art.9) Si un prêtre tue un laïque, il peut avoir l’absolution en versant la somme de 15 livres.
    Art.10) Si l’assassin a tué deux ou plus personnes le même jour, il paiera 15 livres comme s’il en avait tué un seul
    Art.14) Pour l’homicide d’un frère, d’une sœur, du père ou de la mère, il faudra payer 17 livres.
    Art.18) Celui qui veut se garantir l’absolution pour tous les homicides qu’il pourra commettre en futur, paiera 168 livres.
    Art.29) Le fils bâtard d’un prêtre qui veut succéder à la place de son père dans ses fonctions religieuses, paiera 27 livres.
    ( Pour l’achat du livre « La Camera Taxe », avec imprimatur, s’adresser directement au Saint-Siège – rue du Paradis 23 – Ville du Vatican )

    On peut donc constater que les curés peuvent encore aujourd’hui commettre des crimes et acheter leur impunité.

    Dans l’article premier : l’inceste est justifiée

    Dans l’article 2 : on peut noter que les enfants sont rangés dans la même catégorie que les animaux.

    Dans l’article 18 : on apprend que l’on peut payer d’avance pour les crimes futurs ce qui explique la richesse de l’église.

     

    Dans l’article 29 : on apprend qu’un ecclésiastique qui a prononcé ses vœux de chasteté, peut avoir une descendance.

     

    Molière avait raison, la religion n’est que tartufferie. Ce jugement général est peut-être injuste mais comment peut-il en être autrement tant qu’ils se croiront au-dessus des lois humaines.

  • Par Gazi BORAT (xxx.xxx.xxx.192) 15 janvier 2008 12:49

    Pour relativiser votre propos, il est important de noter que le règlement que vous décrivez s’inscrivait dans un contexte et était en conformité avec les représentations du temps.

    En ce qui concerne les enfants, ceux-ci ne commencèrent à être pris en compte par nos sociétés qu’à partir de la fin du XIX° siècle.

    Si les abus sexuels sur ceux-ci ou l’infanticide figurent parmi les délits les plus rejetés par l’opinion publique, dans les temps que vous évoquez, le parricide se situait au premier rang des crimes les plus odieux..

     

    De même, dans un autre domaine, il faut savoir qu’en matière de justice, jusqu’à la guerre de 1914/1918, la parole d’un domestique n’était pas prise en compte si elle entrait en contradiction avec celle de son employeur..

    Heureusement, nous avons depuis réalisé des progrès..

     

    gAZi bORat

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox