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Vendanges

Sensation bizarre, ce matin je fus éveillé par la fatigue.

Pourquoi le sommeil me fuyait si tôt ? Ma journée d'hier avait été pleine et dure à souhait. Huit heures consécutives m'ont vues couper le raisin, remplir les seaux et les vider dans la remorque du tracteur. Cinq cent kilos de Syrah pour une seule personne dans la même journée. Après les occupations du soir, c'est donc harassé et satisfait de mon labeur que je m'étais endormi.

Le jour n'est pas prêt de se lever, le réveil n'a pas fredonné et toi, fatigue, tu me bouscules alors que tu devrais tenter de me refaire une santé. Ce matin, je t'en veux de te coller à mon corps comme une tentacule gluante et moite. Me sachant oublié du sommeil et considérant ma nuit bien compromise, je me levai en douceur pour ne pas bousculer les rêves précieux de celle qui partage mes jours, mes nuits et nos courbatures.

Par la fenêtre béante, j'ai pu constater qu'il ne pleuvait pas. Quelques instants j'ai admiré un magnifique ciel étoilé. Ces constats n'arrangeaient pas ma fatigue, sans pluie, les vendanges reprenaient dès le lever du soleil. La journée serait épuisante, mais déjà je considérais ma fatigue avec condescendance, comme si celle-ci s'était vautrée à ma place, dans le lit douillet. Je la sentais, à la fois craintive et moqueuse dans mon dos, un rapide coup d'oeil vers mon oreiller, où je m'attendais à la voir, luciole avachie. Un instant j'ai cru la discerner, avant enfin, de me rendre compte que je fabulais.

Le temps d'un petit déjeuner sur la terrasse, malgré l'air frais de la nuit et ce petit vent qui fait bouger les arbres comme de sympathiques fantômes dans la lueur obscure de la presque pleine lune. Avec le frissonnement des grosses feuilles du mûrier platane qui s'agitent au dessus de ma tête, je me sens rassuré et heureux dans cet endroit familier.

Le passage à la salle de bains me rappela que mes genoux me faisaient mal, très mal. Enfiler les vêtements me rappela que mon dos avait souffert aussi, d'une journée accroupi-debout, encore et encore. Le passage des chaussures me rappela que les allées entre les vignes était couvertes de pierres anguleuses, mes arpions en étaient les témoins térébrants. Les cinq coups de la cloche de l'horloge du village me rappelèrent que dans un couple d'heures, on allait s'atteler à cueillir Grenache et Palomino, et que la journée serait épuisante. 

Et puis cette douloureuse et volumineuse démangeaison qui handicape mon bras gauche à cause de la piqûre d'un insecte que je n'ai pas réussi à identifier ; sans doute une guêpe : mon corps fait des réactions spectaculaires chaque fois qu'il se frotte à cette race de bestiole.

 

Il me restait une bonne heure à combler avant le réveil de mon amour. J'ai erré quelques instants puis j'ai vite retrouvé le chemin du clavier qui s'anime sous mes doigts. Les mots écrits, ceux qui sont là ; ceux que ce soir j'effacerai, je corrigerai pour tenter la liaison d'un potage pas trop indigeste.

Le cliquetis bruyant des archaïques touches du clavier, ont eu raison du sommeil de ma douce moitié. Sa frimousse endormie apparaît au coin de la porte. C'est deux sourires qui se rencontrent : la journée s'annonce bien, malgré les douleurs réciproques ou collectives, je ne sais plus très bien. Après les tendresses d'usage, la vie reprend son cours.

Il nous restera à trouver ce dernier sursaut de volonté qui nous fera quitter la maison pour partir au labeur. Acheter le pain au passage, le trajet sera silencieux, puis retrouver les collègues et se remettre au travail. Très vite les mains, avec précision, retrouveront leurs outils, le raisin remplira les seaux, les seaux rempliront les remorques, les remorques rempliront les cuves. 

Plus tard le vin sera nectar, il remplira les bouteilles. 

Ensemble, on le goûtera, on l'appréciera, on le partagera et la fatigue on l'ignorera.

 

Dd


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25 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 27 septembre 2014 11:17

    pauvre petit. c’est le métier qui rentre car tu as pas l’habitude du travail manuel


    • Donald Mitsiky Donald Mitsiky 27 septembre 2014 13:41

      Bonjour foufouille,

      C’est notre troisième année consécutives de vendanges, et toujours le même plaisir et les mêmes douleurs.


    • foufouille foufouille 27 septembre 2014 14:23

      mais tu fais quoi entre 2 périodes ?


    • foufouille foufouille 27 septembre 2014 14:25

      pour le dos, il suffit de se mettre à genoux avec des genouillères en plastique.


    • rocla+ rocla+ 27 septembre 2014 14:28

      Entre deux périodes il vend des Tampax .


    • Donald Mitsiky Donald Mitsiky 27 septembre 2014 17:45

      foufouille,

      Pourquoi cette question ? SSerait-ce une proposition d’embauche ?


    • foufouille foufouille 27 septembre 2014 18:05

      c’est plus dur quand on a pas l’habitude du travail manuel .........
      les vendanges c’est pas le plus dur .........


    • bakerstreet bakerstreet 27 septembre 2014 11:43

      Bravo pour cet article 




      La première fois que j’ai entendu parler des vendanges, c’est à 5 ou 6 ans, cette chanson de Marie Laforêt qui me ravissait comme une contine enfantine à venir, une sorte de promesse naïve.


      Plus tard, j’ai pu constater que les vendanges n’étaient pas toujours aussi poétiques et amoureuses, que les promesses de cette chanson. 
      j’ai utilisé la faucille au lieu du sécateur dans le beaujolais, un truc qui vous laissait les doigts en sang dés la fin du premier jour. 
      Les machines à vendanger n’étaient pas encore apparues, quoique on en parlait de plus en plus, au fil des années, et des vendanges, dans le Meursaut, en champagne, dans le minervois, en alsace. 
      Sept ou huit campagnes de vendanges, ça vous marque un homme, ça vous fait les reins, une sorte de service nationale agricole. 

      « Il y avait des années bonnes, et d’autres non », comme disait Ferrat.

      Néanmoins, on pénétrait dans l’intimité d’une région, et finalement au bout du compte, le folklore était bien là....

      Tant d’histoires que je pourrais en faire un roman...

      La moto remisée dans la grange entre des barriques qu’on ne pouvait bouger. Etre pris en otage aimable d’une famille. Pénétrer les secrets de notaire et les jalousies et les rancœurs recuites, en écoutant les conversations de cueilleurs. 
      Zola, ou Manchette.

      Je me souviens d’avoir fait un steeple chase au dessus des vignes en courant : Un turc me poursuivait, un couteau à la main, sous prétexte que j’avais parlé à sa femme...

      .Faillit être pulvérisé par l’explosion d’une barrique de 20000 litres en chêne, dont le bouchon de fermentation avait été posé au dessus.....
      Et Elsa, la gentille Tchèque, qui m’avait donné son adresse.
      Ces trois Polonais, catastrophés par la grève que les saisonniers avaient lancé, pour lutter contre le fait que le propriétaire voulait virer trois de nous, qui n’allaient soi disant pas assez vite.
      C’était bien avant Walesa....
      Les années de plomb, ou les années lumière ?.....

      Il fallait se lancer sur le kick à fond pour relancer cette vieille moto, chargée comme un mulet. 

      Pourquoi je parle de ça, pour ne pas parler du jihad, et de quelques autres absurdités, que certains font semblant de maitriser, avec un zèle d’agent secret.
       
      Des histoires absurdes qu’on sortait à deux heures du matin, après avoir trop bu, en se querellant, en les regrettant au matin.....

      L’onglée du matin vous remettait les idées en place.
      Mais dieu, quelle lumière sur les vignes aux couleurs déjà passées ; c ’était quelque chose d’envoûtant et le cœur se gonflait de se sentir jeune, plein de projets de voyage, catalysé par ceux des autres de rencontre, et dont la promiscuité faisait qu’on avait parfois l’impression de se connaitre depuis des siècles. 
      Trois mois dans le sud à vivre dans une grotte, à faire la saison d’été, et puis deux mois de vendanges, du nord au sud, de l’est à l’ouest. 
      C’était au retour des indes.
      On passerait l’hiver en Crète.

      Marie Laforêt avait bien raison.

      " Nous les referons ensemble, les vendanges de l’amour.


      • Donald Mitsiky Donald Mitsiky 27 septembre 2014 13:46

        Bonjour bakerstreet,

        Merci pour votre témoignage du passé mais tellement actuel.
        Pour nous les vendanges s’effectuent à quelques kilomètres de notre domicile, dans une petite exploitation, et l’ambiance y est diffèrente, mais quand même effective.


      • rocla+ rocla+ 27 septembre 2014 11:53

        Joli article de Mytsiki et non moins bien raconté par Bakerstreet .




        • Donald Mitsiky Donald Mitsiky 27 septembre 2014 13:47

          Bonjour rocla,

          Merci, c’est sympa !


        • cevennevive cevennevive 27 septembre 2014 12:29

          Bakerstreet, Mitsicky,


          Nous n’avons peut-être pas fait les vendanges ensemble, mais nous avons eu, vous et moi, les mêmes soucis, les mêmes impressions, les mêmes petits plaisirs et... le même mal au bas du dos.

          C’était quelque chose les vendanges il y a 40 ans ! L’on pouvait gagner un peu d’argent pour l’année de fac, on rencontrait toutes sortes de gens, et la foi en l’avenir était une plénitude ensoleillée.

          Pour ma part, même si une année je me suis fait voler mon sac, mes papiers et mes effets personnels durant que j’étais dans les vignes, j’ai gardé de merveilleux souvenirs de cette période. C’est normal, j’avais 25, 26, 27 ans...

          Finalement, les soucis et les servitudes de la vie font bien plus mal au dos que les vendanges, pourtant si pénibles les premiers jours. Après, le corps s’habitue et on est capable de chanter autour du feu de camp jusqu’à pas d’heure alors que l’on commence à travailler vers 7 heures du matin !

          Bonjour aussi au Capitaine ! Travailler la pâte à pain à bout de bras pour tout un village est bien aussi pénible que couper le raisin.

          Le bonheur de pouvoir travailler, gagner sa vie, cette camaraderie dans le boulot. Combien aujourd’hui peuvent le vivre ?


          • cevennevive cevennevive 27 septembre 2014 13:34

            Gentil Constant, merci !



          • rocla+ rocla+ 27 septembre 2014 13:51

            Bonjour Cevennevive 


            Travailler la pâte à pain à bout de bras pour tout un village est bien aussi pénible que couper le raisin.

            Le bonheur de pouvoir travailler, gagner sa vie, cette camaraderie dans le boulot. Combien aujourd’hui peuvent le vivre ?

            vous ne croyez pas si bien dire Cevennevive , 

            s’ accomplir dans un boulot comme fabriquer du vin , ou de pain 
            peut aller jusqu’ à la jubilation . 

            Avoir de ses mains fabriqué un produit comme du vin , la date des vendanges , la fermentation , le mélange de cépages , 
            tout ce savoir faire et quelques années plus tard sortir 
            un flacon de la cave , le partager en bonne compagnie de franche
            camaraderie approche de la félicité . 

            De la même façon élaborer un bon payé de campagne et
            le tartiner sur un pain de  ayant connu la fermentation 
            lente , après un bon pointage et bon apprêt est juste 
            un des plaisirs de la vie . 

            Salut Constant  

            Et bise à Cevennevive . 


          • rocla+ rocla+ 27 septembre 2014 14:37

            Bonjour Constant , 


            Je n’ ai pas de contact avec Aïta ,

            On peur supposer des vacances dans un endroit pas ici .

            Tchuss .

          • bakerstreet bakerstreet 27 septembre 2014 22:31

            Bonjour Cevennevive et bonjour aux autres,

             ou bonsoir c’est vrai, avec ce truc on ne sait jamais trop l’heure qu’il est. 

            C’est vrai, les vendanges ont tout un imaginaire précieux avec eux. 
            Il m’est souvent arrivé de m’apercevoir après coup, que le temps du travail avait été bien plus riche que celui des vacances.
            D’autant quand il s’agit d’un travail humain, qui vous donne ce précieux avantage de vous mettre en immersion, comme on dit maintenant. 

            A l’époque, on ne disait pas « en immersion », sauf pour la plongée sous marine. 
            on disait beaucoup « ah la vache », ou « les bourgeois »....« La vie bourgeoise aussi »...
            La bourgeoisie était l’ennemi du peuple, ce monstre qui tentait de l’aliéner. 
             Ah, « l’aliénation ».....

            Dingue combien de gens différents on croisait aux vendanges. 
            Comme au service militaire. Cette société était moins cloisonné que celle ci. Même les bourgeois avaient mauvaise conscience ou faisaient semblant. En tout cas, ils tentaient parfois de faire peuple.

            Certains souvenirs sont comme le vin vieux. 
            je me suis racheté une moto 500 cc ces jours ci. 
            L’idée m’est venue de repartir faire les vendanges l’an prochain.

          • cevennevive cevennevive 27 septembre 2014 13:32

            Mitsiky,


            J’ai oublié de vous dire : très bel article, si éloigné des vicissitudes présentes !

            Vous nous transportez dans un monde qui existe toujours, qui existera toujours, mais que nous ne savons pas apprécier, caché qu’il est par la méchanceté, la fausseté et la démesure.

            Pardonnez-moi d’avoir mal écrit votre peudo...

            Bien à vous.



            • Donald Mitsiky Donald Mitsiky 27 septembre 2014 13:54

              Bonjour cévennevie,

              Mitsiky en Malgache veut dire sourire, mais il faut se méfier du sourire car s’il peut être franc, il peut aussi être ironique voire moqueur. Mais je m’égare, désolé !
              En tout cas, merci de vos commentaires, soyez sûr(e) que j’apprécie.


            • Donald Mitsiky Donald Mitsiky 27 septembre 2014 17:51

              Hervé,

              Bonjour,
              Pourquoi cette bave dégoulinante de jalousie ? Personne n’a jamais tenté de vous apprendre la politesse et l’orthographe et c’est dommage pour vous (pas pour moi)


            • rocla+ rocla+ 27 septembre 2014 15:06

              Surtout si tenté . …… smiley




              les soins  c’ est tout droit puis à gauche au fond du couloir .



              Gratuits pour les nécessiteux .



              • TREKKOTAZ TREKKOTAZ 27 septembre 2014 15:10

                La France est un pays’ de flics,à tous les coins d’rue y’en a cent,
                pour faire régner l’ordre public ils assassinent impunément.
                Finies les vendanges en octobre,le raisin fermente en tonneaux,
                ils sont très fiers de leurs vignobles,leurs côtes-du-rhône et leurs bordeaux.
                Ils exportent le sang de la terre un peu partout à l’étranger,
                leur pinard et leur camembert,c’est leur seule gloire, à ces tarés.


                • Donald Mitsiky Donald Mitsiky 27 septembre 2014 17:52

                  TREKKOTAZ,

                  Bonjour Renaud !


                • Donald Mitsiky Donald Mitsiky 27 septembre 2014 18:56

                  Foufouille
                  Hervepasgrave

                  C’est amusant votre propension à classer les gens dans des catégories, de faire des jugements à la va-vite sans rien connaître du sujet. Que vous pensiez l’article peu intéressant ou sans intérêt, j’admet volontiers même si ça ne me fait pas plaisir, mais porter une opinion sur son auteur est au dessus de vos capacités psychologiques. J’ajouterai que votre diagnostic est complètement faux.

                  Bien à vous.


                  • foufouille foufouille 27 septembre 2014 19:07

                    ayant déjà fait les vendanges, j’ai pas trouvé que c’est aussi dur que tu le dis. sauf au début, vu que j’avais pas l’habitude du travail manuel difficile.


                    • foufouille foufouille 27 septembre 2014 19:36

                      « vu que j’avais pas l’habitude du travail manuel difficile »
                      je sortais de l’école et pas du tout sportif
                      dur c’est quand tu fais le pressoir le soir jusqu’a 10h, en plus des vendanges
                      ou tu te relève la nuit pour allumer le chauffage dans les vignes (en bossant la journée aussi)

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