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Accueil du site > Actualités > Société > Violée, humiliée… Détruite !

Violée, humiliée… Détruite !

Cette histoire est véridique. Et le calvaire qu’a subi la jeune fille, victime d’un violeur récidiviste, a fait l’objet d’un douloureux procès d’assises que j’ai suivi en juin 2004. Par respect pour la victime et sa famille, j’ai délibérément changé les noms des personnes impliquées et des lieux où se sont déroulés ces évènements.

L’huissier se lève et annonce d’une voix forte : « La Cour ! » Les onze jurés* et les trois magistrats prennent place sur l’estrade. Le Président règle son micro. Dans quelques instants le verdict va être rendu dans cette affaire où est jugé l’auteur récidiviste – il avait déjà été condamné pour viol en réunion lorsqu’il était mineur – de nouveaux viols commis sur trois jeunes filles de la région. Sont présents dans le prétoire les acteurs et les figurants du procès qui va s’achever au terme de trois jours d’audience : le jury mené par l’imposant Président et ses deux assesseurs, l’accusé encadré par une paire de gendarmes, la redoutable avocate générale, les parties civiles et leurs avocats ; dans la salle, quasiment vide pour cause de huis-clos, quatre personnes seulement : deux journalistes localiers, une stagiaire de justice et moi-même, juré de session et autorisé, à ce titre, à suivre les débats…

L’affaire débute deux ans plus tôt, un samedi, quelque part dans le grand Ouest. Ce jour-là, Florence et sa cousine Delphine viennent, comme elles en ont l’habitude, vendre des roses aux terrasses des bistrots de la petite ville de X… pour gagner un peu d’argent. Florence a tout juste 18 ans, Delphine est un peu plus âgée. Toutes les deux sont des filles sans histoire qui vivent à la campagne dans une commune voisine. On ne connaît aucun petit ami à Florence dont on apprendra lors du procès qu’elle était vierge au moment des faits.

Florence et Delphine connaissent ces jeunes désœuvrés qui tuent le temps en buvant une bière. Parmi eux se trouvent Kévin, Michel et Véronique. Les cinq camarades décident de se rendre à 15 km de là, dans la station balnéaire de Z… Pas grand-chose à faire sur place : on s’amuse, on rit, on boit également, et le temps passe. Michel, Véronique et Delphine décident de retourner à X... Kévin et Florence choisissent de rester encore un peu pour profiter de la mer et du beau temps. Tous les deux marchent en discutant. En flirtant peut-être. Parvenus dans un chemin de terre, Kevin se fait soudain plus empressé. Florence se défend. Le garçon, rendu furieux par cette résistance, se met alors à frapper la jeune fille. Puis il l’entraîne en la tirant violemment par les cheveux un peu plus loin dans un bois, en l’obligeant à marcher jambes nues dans les orties qui bordent le chemin. Florence est muette, terrorisée par la transformation de celui qu’elle prenait jusque là pour un bon camarade, rien de plus. Soudain, Kevin la jette au sol…

Sous la menace d’un hachoir

Lorsqu’elle se relève après le viol, Florence n’est plus que l’ombre de la jeune fille qu’elle a été. En quelques minutes, l’univers insouciant de son adolescence tranquille s’est effondré, tel un château de sable emporté par la vague sur la plage toute proche. Incapable de la moindre réaction, Florence est désormais entièrement soumise à la volonté de son agresseur. Tous deux remontent dans la voiture du violeur. Revenus à X…, Kévin prend le temps de s’arrêter pour acheter des cigarettes. Florence, restée dans la voiture, ne tente rien tant est profond l’état de sidération dans lequel l’agression l’a plongée. Des camarades et des passants sont pourtant là, à portée de voix, qui pourraient lui venir en aide. Mais la jeune fille n’est plus qu’une coque vide. Kevin revient. La voiture repart vers le domicile du violeur. Le cauchemar peut recommencer…

La soirée est un long calvaire pour Florence. Réduite à l’état d’esclave, elle n’est plus qu’un jouet sexuel entre les mains de son agresseur. Kévin la viole à nouveau. Puis il tente de lui imposer une fellation. Dans un réflexe de dégoût, Florence tente d’y échapper. Son agresseur saisit alors un hachoir de boucher et, le regard fou, le brandit sur la tête de la jeune fille. Terrorisée, Florence s’exécute. Pas question d’en rester là pour le violeur : pour punir cette pauvre résistance, il pisse sur le carrelage des toilettes et oblige sa victime à nettoyer ses souillures…

Kévin a beaucoup bu. Abruti par l’alcool, il finit par sombrer dans le sommeil. Florence, anéantie, ne dort pas. À deux heures du matin, elle émerge un peu de sa prostration. Suffisamment pour se rendre compte que le violeur dort profondément. Elle fouille les poches de Kévin et trouve son portable. Elle se souvient du numéro de la police : le 17. L’appel arrive au commissariat. Il émane d’une jeune fille en grande détresse, incapable dans sa confusion d’indiquer avec précision où elle est séquestrée. Le policier de permanence au standard parvient à lui faire dire son nom. Celui-ci correspond au signalement de disparition reçu quelques heures plus tôt. Aussitôt, tous les policiers disponibles sont requis pour localiser le lieu de la séquestration. Les pompiers sont appelés en renfort. Sans succès…

Une audition particulièrement éprouvante

Soudain, une jeune fille apparaît dans une ruelle aux yeux des policiers. Pas de doute, il s’agit bien de Florence. Mue par un instinct de survie, la victime a réussi à trouver la clé de l’appartement et à s’échapper en profitant du sommeil de son agresseur. Florence s’effondre dans les bras des policiers, manifestement dans un grave état de choc. Très vite prise en charge par le médecin des pompiers, c’est en ambulance qu’elle est transportée vers l’hôpital. Au même moment Kévin est interpellé à son domicile…

Après plusieurs jours d’hospitalisation, Florence rentre chez elle. Malgré l’affection et le soutien de sa sœur et de ses parents, rien n’est plus comme avant. Les mois passent, Florence ne rit plus, ne s’intéresse plus à rien, ne sort plus de son domicile. Sa seule activité consiste à faire le ménage. À nettoyer, à nettoyer encore, à nettoyer toujours. Jusqu’à l’obsession. De temps à autre, des bouffées d’angoisse l’assaillent ; ses cheveux se mettent alors à tomber par poignées. Florence est détruite !...

Près de deux longues années se sont écoulées jusqu’au procès. Des trois victimes du violeur – l’une a été contrainte à une fellation en pleine rue sous la menace d’un pitbull –, deux sont présentes au procès, assises sur le banc des parties civiles. Ni Florence ni sa famille n’ont eu la force de suivre les audiences. À la demande de la Cour, la jeune fille viendra pourtant témoigner à la barre, soutenue par sa sœur. Elle est livide et sa voix presque inaudible. D’un commun accord, toutes les parties écourtent la torture infligée à Florence. Toujours soutenue par sa sœur, la victime quitte en larmes la salle d’audience dans un silence de cathédrale…

Drapé dans sa robe rouge, le Président prend la parole et énumère les réponses apportées par le jury. Oui, l’accusé est reconnu coupable de viol dans les trois affaires pour lesquelles il était poursuivi. Non, il ne bénéficie d’aucune circonstance atténuante. Le verdict tombe : 18 ans de réclusion criminelle.

À l’extérieur du Palais de Justice, un chaud soleil inonde la ville. Je ne sais ni que faire, ni où aller, sonné par ces trois journées, et plus particulièrement par le calvaire de Florence, cette jeune fille simple et joyeuse qui a été saccagée par un pervers et dont la dramatique histoire est définitivement entrée dans ma vie.

Aujourd’hui encore, il arrive que la silhouette de Florence, avançant lentement dans le prétoire, vienne me hanter. Je suis alors tenté d’appeler son avocat pour prendre des nouvelles de la jeune femme qu’elle est devenue. J’y renonce pourtant à chaque fois, par crainte d’apprendre que la malheureuse, en proie à ses tourments, ne soit toujours pas en état de se reconstruire. Je serre alors les poings dans un geste de rage impuissante.

* Un jury d’assises est composé de 3 magistrats et de 9 jurés « populaires » tirés au sort parmi les jurés de session. 2 autres jurés (voire 3 ou 4 pour les procès de longue durée) complètent le jury au titre de suppléants pour pallier toute défection en cours de procès. Ils sont, comme les jurés titulaires, tenus de suivre la totalité des audiences, mais ils ne peuvent pas prendre part à la délibération.
 

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85 réactions à cet article    


  • jako jako 13 octobre 2009 11:08

    Récit qui secoue, merci d’éclairer l’horreur de tels actes


    • Fergus Fergus 13 octobre 2009 11:36

      Bonjour, Jako.

      Le viol est toujours une abomination. mais il peut parfois revêtir des aspects encore plus sordides. Cela a été le cas pour cette malheureuse jeune fille. Au point, fait rare aux assises, de rendre totalement muet l’avocat de la défense lorsque Florence est venue témoigner, ou du moins tenter de le faire.

      Des efforts sont faits, notamment dans les quartiers difficiles, pour améliorer les rapports entre les filles et les garçons. Mais ils sont insuffisants, et l’écrasante majorité de ceux-ci n’imaginent pas à quel point un moment d’égarement ou de stupide affirmation d’une virilité dévoyée peut être destructeur.


    • DESPERADO 13 octobre 2009 13:35

      Les quartiers difficiles, comme les campagnes pour Treiber, ou Beverly hills pour Polanski ?


    • Fergus Fergus 13 octobre 2009 16:11

      Vous avez raison, Desperado, le viol et l’inceste ne sont évidemment pas significatifs d’un quartier en particulier, et les pervers se trouvent aussi bien en ville que dans les campagnes ou les résidences huppées.

      Je faisais simplement allusion aux initiatives qui ont été prises, ici et là, dans des lycées pour amener un dialogue entre les filles et les garçons sur la notion de respect, dialogue qui, en certains lieux, n’a pas hésité à aborder la question du viol et des « tournantes ».


    • spartacus1 spartacus1 13 octobre 2009 11:21

      Merci Fergus !

      Votre article est important à l’heure où certains tentent de minimiser les délits d’ordre sexuel, surtout s’ils sont commis par des « personnalités ».


      • Fergus Fergus 13 octobre 2009 11:40

        Bonjour, Spartacus.

        Entièrement d’accord avec vous. Et je regrette, à cet égard, la collusion entre une partie de la classe politique et un microscosme intellectuel perverti par une pensée libérale dévoyée et insultante, tant pour les victimes de viol que pour les éducateurs ou les familles en charge de ces victimes.


      • french_car 13 octobre 2009 14:30

        C’est faire insulte à cette jeune fille que de comparer ce qu’elle a subi à ce qu’ont pu faire des « personnalités » .


      • rocla (haddock) rocla (haddock) 13 octobre 2009 11:27

        L’ horreur à l’ état pur cette histoire .

        Sachant les derniers événements , un violeur condamné qui fait la moitié de sa peine ert allant habiter pas loin de sa victime ....


        • Fergus Fergus 13 octobre 2009 11:48

          Bonjour, Capitaine.

          Une histoire d’autant plus horrible que le violeur, par une série d’aberrantes décisions, a pu sévir durant des mois avant d’être appréhendé. Et sans doute y a-t-il eu d’autres victimes qui n’ont pas osé porter plainte.

          Le pire est qu’il avait déjà été condamné par une Cour d’assises des mineurs en Seine-Saint-Denis lors d’un procès qui avait établi son profil de pervers. Il n’en était pas moins sorti de prison deux ans plus tard, sans autre accompagnement qu’une liste d’adresses de foyers de réinsertion en province. On connaît la suite...


        • Fergus Fergus 13 octobre 2009 11:58

          Bonjour, Chantecler.

          Vous avez raison de pointer le doigt sur ces condamnés laissés en liberté, faute de moyens. Une dramatique absence de moyens qui touche tous les secteurs de la justice, sans exception.

          Y compris la dotation censée financer le suivi médical des violeurs tant en prison que dans la société lorsqu’ils ont purgé leur peine. A cet égard, un chiffre publié dans le Canard Enchaîné de la semaine dernière montre l’océan qui sépare les discours de Sarkozy de la réalité en la matière : il n’y a, dans toute la France, que 213 « médecins coordinateurs », autrement dit habilités à exercer un suivi de ces fameuses « injonctions de soins » dont se gargarisent notre président et nos ministres. Pire : 40 tribunaux et 17 départements en comptent... zéro !!! 


        • Yohan Yohan 13 octobre 2009 19:17

          La prison d’abord et pour les récidivistes la castration... Le jour où ça tombe sur les vôtres c’est en général ce qu’on demande, quand ce n’est pas la tête du bonhomme


        • JL JL 13 octobre 2009 19:43

          @ Chanteclerc : ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons. Ce n’est pas en supprimant des postes dans l’éducation nationale ...

          Et ce n’est pas en propulsant un gamin à des postes de responsabilité considérable pendant que d’autres, avec des diplômes plus qu’i n’en faut sont chômeurs que vous ferez de la place dans les prisons.

          C’est malheureux de devoir dire des choses pareilles à des gens qui prétendent écrire dans un journal citoyen.


        • rocla (haddock) rocla (haddock) 13 octobre 2009 11:37

          Soit , mais laisser un salopard à côté de sa victime , ils ont pas grand-chose dans le ciboulot les pros de la justice .


          • Fergus Fergus 13 octobre 2009 12:05

            Le problème, et j’ai eu l’occasion d’en discuter avec des magistrats, vient hélas trop souvent d’une surcharge de travail (pour cause de moyens insuffisants) qui entraîne un traitement trop superficiel ou trop rapide de certains dossiers.

            Cela n’excuse pas les erreurs parfois dramatiques, mais cela peut en expliquer quelques-unes. Mais c’est malheureusement souvent trop tard pour les victimes.

            Encore plus irritante est la solidarité corporatiste qui se manifeste lorsqu’un magistrat a commis une grosse bourde par négligence coupable. Et là, c’est insupportable !


          • ASINUS 13 octobre 2009 11:51

            yep
            Detéronome 19/21




            • Gabriel Gabriel 13 octobre 2009 11:55

              Déjà pratiqué plusieurs fois au travers de l’histoire et encore maintenant dans plusieurs pays. 

              Pour quels résultats ? Que faire ?

            • Fergus Fergus 13 octobre 2009 12:54

              Bonjour, Asinus et Gabriel.

              Malgré l’horreur de certains crimes, j’avoue ne pas être en accord avec ce principe (loi du Talion) que l’on retrouve dans divers écrits de la Torah. Il ne faut pas moins essayer (quitte à y affecter d’importants moyens) de trouver des solutions pour réduire au maximum les nuisances des pervers. Mais des solutions acceptables humainement, quel que soit le dégoût que l’on a pu ressentir. Toute autre approche constituerait une régression de civilisation


            • ASINUS 13 octobre 2009 13:56

              bonjour fergus , gabriel ?

              yep

              je vois la veulerie l incapacité de notre societé a punir, mettre hors d etat de nuire et se venger des monstres qu elle compte en son sein, comme la preuve d une absence
              de civilisation.


               La justification d une société et de ses codes c est sa capacité a
              proteger et a « venger »les puriste diront punir .Je n accepte ces regles societales
              que dans la mesure ou elles me protegent une partie de l appareil judiciaire dissimulant sa couardise derriere des regleset ne me protégeant plus tot ou tard ils nous faudra nous substituer a lui.
              Les loups en circulation ne disparaitraient surement pas définitivement
              mais combien pariez vous que si avant la « compréhension » primait la férocité allant
              jusqu a la peine capitale nous regulerions et diminuerions leur nombre.
              Une societé idéale doit garantir vie et securité
               se faisant elle peut reprendre ce qu elle a donné


            • Alois Frankenberger Alois Frankenberger 13 octobre 2009 14:46

              Je pense qu’il FAUT eviter la peine de mort et autres horreurs du même genre car il y a toujours un INNOCENT qui payera pour un autre.

              Ceci dit, on devrait peut être penser à envoyer les criminels les plus brutaux casser des cailloux à coup de masse pour rempierrer les routes en Guyanne par exemple : au moins leur agressivité servirait à quelquechose ...


            • Fergus Fergus 13 octobre 2009 15:55

              @ Asinus.

              Bien que nous soyons souvent d’accord, permettez-moi de ne pas vous suivre sur cette voie radicale et contraire à toute notion de civilisation. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas trouver des solutions, mais encore une fois humanisées, faute de quoi la barbarie répondrait à la barbarie !


            • Fergus Fergus 13 octobre 2009 16:03

              @ Alois.

              D’accord avec vous concernant la peine de mort. Je suis en revanche moins chaud pour rétablir des travaux forcés.

              Cela dit, sans doute faudra-t-il, pour les quelques dizaines d’individus le plus dangereux, créer des centres fermés comme il en existe ailleurs (Danemark ou Pays-Bas ?). Des centres où les criminels ayant purgé leur peine vivent dans des petites maisons individuelles et dotés d’un confort minimal.

              Personnellement, je serais pour une solution de ce type, complétée par la posssibilité d’accéder à un job ou de bénéficier de courtes permissions, les sorties du centre étant conditionnées au port d’un bracelet électronique.


            • Gazi BORAT 13 octobre 2009 12:47

              @ l’auteur

              Un peu lourd cet article, non ?

              « Détective », le magazine bien connu, était déjà spécialiste de ces descriptions de faits divers, avec détails sordides ...

              La recette est vielle comme le monde : on dramatise au maximum sous prétexte de dénonciation vertueuse.. mais en réalité on satisfait le voyeurisme du lectorat..

              Agoravox se transformera-t-il bientot en « tabloïd à sensation » virtuel ?

              gAZi bORAt


              • Fergus Fergus 13 octobre 2009 13:11

                Bonjour et merci pour votre commentaire.

                Je n’ai jamais lu le journal « Détective » dont je me souviens en revanche très bien des couvertures accrocheuses. Il y a toutefois une différence importante entre ce jounal et moi : lui cherchait à vendre pour assurer la rentabilité de la publication alors que, entièrement bénévole, je ne poursuis aucun but de ce genre.

                Sur le fond, il m’a semblé, dans le contexte actuel, utile et nécessaire de raconter cette histoire pour essayer, avec mes modestes moyens, de sensibiliser un peu plus les lecteurs sur les conséquences dramatiques que peut avoir un viol. Et n’y cherchez pas une quelconque recette : j’ai rédigé cet article tel que j’en ressentais profondément le besoin, avec mes mots et ma sensibilité, en m’efforçant d’être le plus fidèle possible à la réalité.

                Que vous puissiez y trouver une connotation ambiguë destinée à stimuler le voyeurisme des lecteurs d’un AgoraVox tabloïd me laisse pantois car cela signifie clairement qu’il est des sujets tabous qui ne doivent en aucun cas être abordés. Mais c’est votre droit. Comme il est de mon droit de faire partager les sentiments de dégoût et de révolte que cette affaire m’a inspirés.


              • Jojo 13 octobre 2009 13:47

                Bonjour Gazi Borat,
                Je n’aurais pas utilisé vos qualificatifs, pas du tout le genre de l’auteur, même si effectivement je suppose qu’AV serait plutôt preneur. Et puis peut être bien que vous avez raison, que ce genre d’article n’aide pas vraiment à la réflexion sereine et dépassionnée, ni à trouver de vraies solutions à des phénomènes dépassant par définition les seuls individus victimes ou bourreaux. Mais j’estime qu’il reste utile ne serait-ce que par son côté :

                Avis aux amateurs et à ceux dont le « courage » et la « virilité » ont besoin d’un hachoir ou d’un Pitbull ou même de leur simple force physique relativement à celle d’une femme ou d’un enfant, pour être : DIX HUIT ANS
                18 ans pour réfléchir, 18 ans à attendre on ne sait plus trop quoi et peut être même 18 ans à subir les assauts de bêtes encore plus féroces que soi, sans hachoir et sans Pitbull.

                Alors si ce genre d’informations ici ou ailleurs pouvait en dissuader ne serait-ce qu’un seul… 

                PS « Dans le monde d’aujourd’hui, naître fille est extrêmement risqué. Toutes les filles grandissent sous la menace de la violence », Carol Bellamy, directrice générale de l’Unicef
                Pour qu’à un poste pareil, on se permette une déclaration pareille, il faut vraiment que ça aille vraiment très mal et un peu partout, pauvre humanité !


              • Fergus Fergus 13 octobre 2009 13:59

                Merci, Jojo, pour votre commentaire et votre sincérité.

                Puisse la prison donner au violeur l’occasion de réfléchir à ses actes et à leurs conséquences. Eu égard à son parcours et à son profil psychologique, il est malheureusement à craindre que ce la ne soit pas suffisant. Espérons donc que des progrès seront réalisés en matière de véritable prise en charge des délinquants sexuels.
                 
                Bonne jourée.


              • Gazi BORAT 13 octobre 2009 14:33

                @ L’AUTEUR

                « L’enfer est pavé de bonnes intentions »..

                On peut imaginer aussi, sous prétexte d’alerter sur le problème, une reconstitution de ce viol hyperréaliste avec acteurs et actrice de X.. Comme quoi, il existe des limites entre l’appel aux consciences et la complaisance...

                Je me souviens, dans le genre « mauvais goût » d’une couverture de Charlie Hebdo du temps de Reiser sur le sujet.

                On y voyait une jeune femme faisant face à un policier prenant sa déposition à son bureau..

                « Donc, reprenons : après vous avoir imposé des rapports anaux, ils vous obligé à pratiquer des fellations »

                Et, en examinant le dessin, on s’aperçoit que le policier se masturbe sous la table !

                Le viol n’est plus un sujet tabou. La preuve, vous utilisez, comme cela se fait aujourd’hui, le concept de « sidération » de la victime là où autrefois une justice plus machiste parlait de « consentement »

                L’inceste et les agressions sexuelles au sein des familles, sont un sujet nettement plus dérangeant.. et pas souvent évoqué en ces forums..

                gAZi bORAt


              • Annie 13 octobre 2009 15:35

                @Gazi Borat,
                Cela me rappelle une de mes interventions sur un sujet comme la fessée pour les enfants ou un article dans le genre où j’avais été suspectée d’avoir un intérêt trop personnel dans la maltraitance des enfants, alors que ce n’était pas le cas, mais c’est peut-être une des raisons pour lesquels l’inceste, les agressions sexuelles et la maltraitance au sein des familles est un sujet plus difficile à traiter. Pourtant, il s’agit d’un sujet qui me fascine, parce que la démarcation entre discipliner et maltraiter un enfant est souvent tenue. Mais il reste toutefois une sorte d’acceptation que ce qui se passe en privé n’est l’affaire de personne et c’est pour cela que l’inceste reste un sujet tellement tabou.


              • Fergus Fergus 13 octobre 2009 15:37

                @ Gazi Borat.

                Je crains que vous n’évoluiez dans une pensée faite en grande partie de clichés, et pour certains erronés. Ainsi, le terme de sidération que vous mettez en exergue dans votre commentaire ne peut en aucun cas être assimilé à un quelconque consentement.

                La sidération est l’appellation très particulière d’une situation de choc qui se traduit pour la victime par une déconnection temporaire et protectrice de son état conscient (grâce à l’émergence d’une bulle dans son système nerveux), au point de devenir la spectatrice impuissante de ce qu’elle subit. En outre, la sidération s’accompagne d’autres symptômes médicaux, le plus inquiétant la baisse brutale de la tension artérielle pouvant conduire, dans les cas extrêmes, à la mort. On est à des années-lumière de la notion bien dépassée de consentement, ne trouvez-vous pas ?

                Rien à voir avec un quelconque dessin de Reiser, appelé à la rescousse pour démontrer le côté graveleux que peut prendre un débat sur ce sujet. J’aime bien m’amuser, et je ne manque pas de le faire comme le montrent certains de mes articles antérieurs. Mais en l’occurrence, cela ne me fait pas sourire. 


              • Gazi BORAT 13 octobre 2009 16:08

                @ l’auteur

                Pour ce qui est de la sidération, je sais de quoi il s’agit.. mais mon propos n’était pas là.

                J’ai voulu souligner l’évolution du regard de la société sur le viol.

                Autrefois, on ne parlait pas de sidération dans les prétoires. Si la victime n’avait pas été rouée de coups, il planait sur elle le soupçon du consentement, c’était ainsi...

                Ne pas avoir résisté physiquement était considéré comme une acceptation : heureusement, les choses ont changé.

                Le viol est maintenant considéré comme un crime..

                Les viols « en bandes », perpétrés par des adolescents sont un phénomène depuis longtemps observé. Dans les zones rurales, il accompagnait parfois les « charivari » et étaient impunis lorsque la victime était considérée comme « de moralité douteuse » et il en fallait peu pour glisser dans cette catégorie..

                Dans les années soixante, les journaux à sensation se délectaient des pratiques des « Blousons Noirs » dans ce domaine..

                Hélas ! Sociabilité adolescente effectuée dans la violence pour les classes défavorisées, violence parfois exercée, dans des classes plus aisées, sous le couvert de rituels d’intégration (les « dérapages » des bizutages), le fait n’est hélas pas nouveau..

                gAZi bORAt


              • Fergus Fergus 13 octobre 2009 16:15

                @ Gazi Borat.

                Je suis d’accord sur ce dernier commentaire.


              • Annie 13 octobre 2009 13:36

                @Fergus,
                Grâce ou à cause de l’intervention de Gazi Borat que je trouve très sévère, je veux simplement expliquer ce que j’ai ressenti en lisant votre article. Le viol est un geste très destructeur, mais dans l’histoire que vous racontez, il y a aussi une autre dimension, qui n’est pas que sexuelle. Il y a véritablement l’affirmation d’un pouvoir qui s’excerce et d’une volonté de destruction ou de déconstruction de la victime. Le viol n’est pas toujours l’expression d’une pulsion sexuelle incontrôlée ou incontrôlable, ou commis dans un moment d’égarement comme vous dites, mais aussi l’affirmation délibérée d’un rapport de force, et pas toujours contre la victime d’un viol, comme les vainqueurs d’un conflit qui violent les femmes de leurs ennemis pour parfaire leur humiliation.
                Certaines femmes se remettent d’un viol, avec plus ou moins de difficultés, d’autres n’y parviennent jamais, mais dans le cas présent, la difficulté additionnelle est de donner un sens à un geste aussi gratuit, de rationaliser une volonté aussi manifeste de détruire et d’humilier quelqu’un qui ne vous a rien fait, et cette difficulté me parait presque insurmontable.
                Peut-être devriez-vous vous enquérir de cette jeune fille. La résilience humaine est souvent extraordinaire.


                • Fergus Fergus 13 octobre 2009 13:52

                  Bonjour et merci pour ce commentaire, Annie.

                  Je suis entièrement d’accord avec vous sur la volonté d’affirmation de pouvoir qui peut, en effet, conduire à un viol pas forcément lié à une simple pulsion sexuelle.

                  Je n’en ai pas parlé dans l’article car le but de celui-ci était de donner une information brute afin de laisser chacun s’exprimer avec ses mots et le regard qu’il porte sur le viol.

                  Vous avez raison, d’autre part, en affirmant que certaines femmes s’en remettent (parfois sans trop de difficultés), et même certains enfants, comme j’ai pu le constater auprès de gamins de la DDASS quand d’autres étaient durablement abîmés. Mais il serait très dangereux de s’appuyer sur ces cas-là pour dégager les violeurs et la société de la responsabilité que les uns et les autres portent dans l’accomplissement de ce qui reste des crimes.

                  M’enquérir de cette jeune fille est, comme je l’ai écrit dans l’article, un besoin que je ressens régulièrement. Peut-être trouverai-je dans cette publication le courage d’affronter une vérité qui risque d’être douloureuse...


                • Kamilla Kamilla 13 octobre 2009 15:14

                  Vous voulez dire que vous savez où joindre cette jeune femme et n’avez pas osé la contacter, de peur de raviver ses blessures ? 
                  Si vous osiez et qu’elle voulait bien apporter son témoignage (en restant anonyme) sur les séquelles de ce calvaire (et sa reconstruction depuis, j’espère...), ce pourrait être une aide précieuse pour des femmes au destin similaire. 
                  Peut-être même que témoigner serait bénéfique à elle-même avant de l’être aux autres... 


                • Fergus Fergus 13 octobre 2009 15:42

                  @ Kamilla.

                  Oui, j’ai peur de prendre de ses nouvelles car je crains la réponse. Crainte qu’elle n’ait pas encore engagé un processus de reconstruction, tant elle est apparue anéantie au procès. Ou pire encore...

                  Quoi qu’il en soit, je ne pense pas qu’elle puisse être un jour en situation de raconter elle-même son calvaire et les terribles séquelles qu’il s’en sont suivies.


                • sissy972 13 octobre 2009 16:16

                  Bonjour,
                  Je me suis fait insultée sur agoravox il y a quelques mois pour avoir apporté un témoignage concernant la prison et ses prisonniers.
                  On a dit de moi que j’étais une maman stupide car je relatais l’histoire arrivée à ma fille ;
                  Je me suis éloignée de ce site car dégoutée et découragée par les relents de connerie que charriais certains.
                  Il y a loin très loin de l’histoire de cette malheureuse jeune fille et ma fille.
                  mais il y a une chose que je sais c’est qu’il faut parler avec la victime. Non pas de façon misérabiliste mais réaliste. Cette jeune fille ne se reconstruira jamais si elle ne trouve pas une oreille attentive et bienveillante. Pendant trois ans j’ai parlé avec ma fille parfois je me
                  retrouvais à rassurer une jeune adulte comme si elle était encore une toute petite fille avec ses peurs nocturnes et diurnes ;
                  parler, rassurer, la jeune fille a besoin d’entendre des paroles rassurantes encore et encore.
                  J’ai refusé qu’elle se laisse aller, j’ai refusé les médicaments qui auraient pu l’ensevelir encore plus. Elle a trouvé un travail valorisant, des collègues intelligents, elle s’en est presque sortie je dis presque, car un jour dans une situation donnée dans quelques années, elle se retrouvera avec ses peurs, mais je lui ai dit, que cette peur elle saura d’où elle vient et comment la combattre ;
                  Je combats le sexisme (comme vous vous en êtes rendu compte recemment) mais naître fille et vouloir devenir une femme au même titre que les hommes sont homme est un combat constant face au machisme parfois inconscient des hommes. 
                  Prenez des nouvelles de cette jeune fille, car son image vous obsède d’une part, et d’autre part vous connaissez son histoire vous devez savoir ce qu’elle devient. 


                • Fergus Fergus 13 octobre 2009 16:34

                  Bonjour, Sissy.

                  Je comprends parfaitement votre opinion sur ce sujet, et je partage avec vous la conviction qu’il est impératif de parler avec les victimes. Mais en l’occurrence, je n’ai été qu’un témoin du procès de celle que j’ai nommé Florence, et qui plus est j’habite à 200 km de chez elle.

                  Surtout, cette jeune fille est entourée d’une famille et sans aucun doute en relation avec des travailleurs sociaux. Elle peut en outre compter sur les amis de sa famille, et probablement sur les habitants de son village, tous sensibilisés à son histoire. A quel titre irais-je directement prendre contact avec elle, au risque de la replonger dans un cauchemar alors qu’elle a peut-être enfin réussi à évacuer ses tourments ? 


                • claude claude 13 octobre 2009 17:33

                  bonjour fergus,

                  merci pour cet article sensible et délicat.

                  si vous n’osez appeler cette jeune femme pour prendre de ses nouvelles, écrivez-lui une lettre en passant par son avocat.

                  cette manifestation d’amitié et de compassion l’aidera certainement à se réconcilier avec la vie.
                  la remontée de l’enfer est longue et douloureuse. c’est un long travail de deuil qui est entamé, c’est pourquoi chaque petite goutte de solidarité est importante.

                  on n’oublie jamais, mais la cicatrice peut-être rendue moins douloureuse avec le temps, et surtout grâce à l’attention de l’entourage.


                • claude claude 13 octobre 2009 17:42

                  bonjour annie,

                  le viol n’est jamais un acte gratuit  :

                  • impulsif, il traduit l’assouvissement brutal du désir sexuel d’une ou de plusieurs personnes, qui nient la personnalité de leur victime
                  • organisé, c’est une arme de guerre, de destruction massive, de domination totale.
                  ce n’est pas pour rien que les armées depuis la nuit des temps, violent les femmes : il anéantissent ainsi l’espoir et l’avenir des peuples conquis.

                • Annie 13 octobre 2009 18:36

                  Bonjour Claude,
                  Je me demandais simplement si du point de vue de cette jeune fille, les sévices dont elle a été victime n’étaient pas le plus difficile à comprendre et donc à surmonter, sans vouloir minimiser le viol.


                • claude claude 13 octobre 2009 19:03

                  @ annie,

                  les sévices subis sont autant d’obstacles à surmonter pour se rétablir. cela ne fait qu’ajouter au fardeau.

                  chaque victime réagit différemment, mais par expérience, je peux affirmer que le viol en lui-même, la fait qu’il y a une intrusion dans son propre corps, est le plus traumatisant, parce que jamais on ne pourra se laver jusqu’au fin fond de soi.

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