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Accueil du site > Actualités > Société > Violences urbaines en France : l’ethnicisme, voilà l’ennemi

Violences urbaines en France : l’ethnicisme, voilà l’ennemi

Par lâcheté ou compassion insensée, des « représentants » des collectivités locales ou de l’État n’ont pas osé affirmer le principe essentiel de laïcité : espace politique qui permet de vivre ensemble dans le respect mutuel des différences (sexes, ethnies, options philosophiques, croyances religieuses), puisqu’il entraîne l’égalité en droit de citoyens. Ils ont abandonné des filles et des garçons, nés ou vivant en France, aux traditions patriarcales ou religieuses. Ces « différentialistes » considèrent que l’égalité de tous et toutes n’est pas un droit universel. Ils légitiment ainsi, notamment, l’islam politique, qui refuse aux personnes issues des pays décolonisés depuis un demi-siècle le droit aux libertés fondamentales. Au nom d’un relativisme culturel ou religieux, des pratiques barbares sont érigées en loi divine.

Sexisme. Filles et garçons sont enfermés : les filles dans l’obligation d’obéir, les garçons dans l’obligation d’une virilité agressive. Ces contraintes s’alimentent aux stéréotypes qui perdurent. Même parmi ceux qui dénoncent ces archaïsmes, il se trouve des compassionnels pour « tolérer » la machocratie au nom de coutumes archaïques. Ainsi, des habitudes communautaires ou religieuses seraient supérieures aux lois de la République. Pour les familles qui élèvent leurs enfants en leur faisant croire que les garçons sont naturellement supérieurs et que les filles doivent être soumises aux père, frères, avant de l’être à leur mari, l’opposition avec les principes républicains est frontale. Le modèle transmis par la religion patriarcale est le respect absolu de l’autorité et de la supériorité masculine, avec pour corollaire l’intégration par les filles de cette subordination. Malheur aux femmes autonomes, à celles qui revendiquent leurs droits en tant que femmes françaises, à celles qui épousent des non-musulmans. L’injonction faite aux filles dès l’enfance - « Si tu épouses un Français, c’est comme si tu es dans la tombe ! » est lourde de menaces. Comment s’étonner du manque de repères des enfants qui ne sont pas considérés comme français par leurs parents, puisque les Français, ce sont les autres.

Faire croire aux garçons qu’ils sont « les petits princes », mères et sœurs soumises à leur bon vouloir, n’est pas la manière la plus efficace de les préparer à affronter la réalité. C’est le début de la spirale infernale qui va les conduire à s’opposer à un monde dans lequel les hommes n’occupent plus la première place « naturellement », simplement parce que « hommes ». Dès les premiers apprentissages scolaires, l’inanité des normes traditionnelles sexistes est mise en évidence. A l’école, les filles ne sont pas « inférieures ». En outre, il ne suffit pas d’affirmer « Je suis un homme » pour savoir lire et écrire. Il faut être acteur de ses apprentissages, s’investir, étudier, travailler. La majorité des garçons comprennent les règles, et s’adaptent. Leur réussite, leurs rapports équilibrés avec les femmes, sont insupportables pour une minorité incapable de s’adapter au monde contemporain. Considérés comme des traîtres par ceux qui utilisent leur échec personnel comme argument victimaire, les garçons qui refusent de se plier à une vision archaïque des rapports hommes/femmes subissent une pression communautaire, de plus en plus violente.

Vis-à-vis des enfants, en particulier de ceux des familles transplantées dans un même lieu sans aucune des infrastructures nécessaires, l’école n’a pas pu accomplir sa mission de creuset de la République  : faire comprendre et respecter les valeurs et la culture communes, pour y adhérer et vivre ensemble. Les difficultés ont une double origine, doute moral et absence de moyens financiers. Quelques enseignants, sensibles au discours ambiant selon lequel imposer les valeurs universelles serait du néo-colonialisme, n’expliquent plus les principes fondateurs de la République, ni les luttes pour les imposer. Les repères donnant du sens au vivre ensemble, l’éducation civique et morale sont considérés comme des anachronismes. En même temps, les établissements scolaires et les équipes éducatives ne disposent pas de moyens concrets pour être efficaces. Les choix budgétaires manquent de rationalité. Le coût des récents saccages le confirme. L’économie sur les moyens affectés à la formation initiale nécessite des dépenses bien supérieures pour tenter de pallier les difficultés sociales et économiques générées par la sortie du cursus scolaire obligatoire sans avoir construit ses apprentissages, ni acquis les clés pour comprendre le monde moderne.

Culture du ressentiment. L’enfant en échec scolaire, dans un monde qu’il ne comprend pas, va être perméable au discours des manipulateurs. La frustration sociale, terreau des totalitarismes, va servir les groupes intégristes. Pseudo soutien scolaire, animation de centres sociaux, vont permettre à certains de ceux-ci de distiller leur venin. Les professionnels du conditionnement vont utiliser des discours simplistes : « Maudite soit la France » qui affecte « des enseignants de merde dans les quartiers de merde » et empêcherait ainsi les enfants issus de l’immigration de réussir à l’école. L’appartenance religieuse des parents sera présentée comme la raison des difficultés rencontrées. Il faut se venger de la République française, qui opprime les enfants en France, après avoir colonisé les parents dans les pays d’origine. Rentrer en résistance en transgressant les règles nationales et en respectant celles d’un supposé « âge d’or » d’avant la colonisation occidentale permettrait de retrouver une dignité. Mais cette radicalisation installe définitivement les adeptes dans l’exclusion, cristallisant les différences et incitant à la haine de l’autre. Dans les violences urbaines, phénomènes plus ou moins diffus depuis une quinzaine d’années, avec des périodes de crise, les personnes présentées devant la justice n’utilisent pas les tribunaux comme vitrines pour exposer leurs revendications. Ils nient toute participation aux actes, endossant le statut de victimes. Ils ne se reconnaissent pas comme acteurs de leur propre vie, mais assignés à un comportement attendu, parce que nés quelque part. Ce sont les autres qui vont justifier leurs comportements supposés naturels, inévitables, conditionnés par leur lieu de vie : la violence plutôt que la parole,avec destruction des lieux de culture : écoles, espaces culturels et sportifs. Une jeune fille explique les raisons pour lesquelles ses frères sortent le soir : ils s’ennuient à la maison, après le repas, alors qu’elle doit faire la vaisselle et le ménage. Le partage des tâches domestiques, comme alternative au désoeuvrement !

Laxisme. Pour tenter de canaliser la violence et la délinquance dans les cités, quelques élus ont piétiné les principes républicains. Perméables au discours de salonnards, anthropologues ou sociologues, qui voudraient enfermer les enfants dans une unique identité religieuse, ils ont embauché ainsi des agents publics en raison de leur religion, sans vérifier auparavant leurs compétences, discours ou pratiques. Affirmer les lois de la République attiserait, selon eux, la rancune, et pousserait les « musulmans » vers le radicalisme, les interventions des travailleurs sociaux « non musulmans » seraient refusées « par peur de perdre leur identité ». Refuser on ne sait quelles demandes pourrait générer des violences. La responsabilité incomberait aux personnes qui ont refusé les requêtes, et non aux agresseurs. Le saccage d’un centre social, même en présence des « petits frères » est « justifié » s’il n’y a pas d’animations organisées pour les adolescents de plus de 16 ans ! Dans la crainte de conflits, la lâcheté de certains responsables de collectivités ou d’établissements publics est stupéfiante et dangereuse. En effet, cette lâcheté entérine l’idée que la société française n’est ni assez forte, ni suffisamment soudée pour résister aux fanatiques. Ils ont laissé ainsi les prédicateurs islamistes opprimer leurs coreligionnaires, à commencer par les femmes. Cette intolérable tolérance s’élargit à des phénomènes criminels. Certains élus -qui espèrent ainsi « acheter » des votes- et des institutions ou associations financent des emplois pour des chefs de bande qui, en échange, calmeront l’appétit délictuel de leurs troupes.

Universalisme. Les évaluations des politiques dites « de la ville » montrent leur inefficacité : acheter la paix sociale en arrosant le sable au lieu d’une politique d’intégration. L’argent des contribuables a été versé sans définir d’objectifs à atteindre, d’obligation de résultats ou de contrôles. Lors du regroupement familial, les familles transplantées ont été concentrées sans aucune des infrastructures nécessaires à cette venue massive. Droits et devoirs des habitants étaient supposés s’accomplir par osmose. Mais dans les quartiers où les familles migrantes sont majoritaires, comment cette imprégnation pourrait-elle s’opérer ? La France s’est toujours construite avec des populations de diverses origines. Selon la formule de Renan : « L’essence d’une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun et aussi que tous aient oublié beaucoup de choses ». Les citoyens sont parties prenantes d’une collectivité qui n’est pas seulement une addition d’individualités. Ils s’inscrivent dans une continuité, par rapport à l’héritage transmis par les générations précédentes, héritage de gloire et de regrets, à partager et à transmettre aux générations futures. Le lien civique doit avoir la prééminence sur tous les particularismes historiques ou religieux, sur les solidarités domestiques ou claniques. La laïcité n’implique pas que ces particularismes soient éliminés, ce qui n’est ni possible ni souhaitable, mais hiérarchisés. La laïcité organise l’espace politique qui repose sur la liberté de conscience, l’égalité en droit des options philosophiques et des croyances religieuses, la fraternité républicaine envers l’autre. Tenir les trois en même temps n’est ni naturel ni inné, mais construit et acquis. C’est la mission de l’école de la République de l’enseigner et de le faire vivre, de libérer les citoyens en devenir de tout assujettissement, de toute servitude volontaire. C’est sans doute pourquoi une minorité vociférante d’ennemis de la République brûle les écoles maternelles.


Michèle Vianès est auteure de Les islamistes en manœuvre Silence, on manipule ! éd. Hors commerce


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4 réactions à cet article    


  • Alexandre Santos Alexandre Santos 14 novembre 2005 15:48

    Malheureusement l’ethnicisme ne concerne pas seulement les gens des cités.

    Ne parle-t-on pas de « fils d’immigrés » à propos de gens qui sont nés en France, et dont souvent les propres parents sont nés en France ?

    Ceci est spécifique aux Afro-français, tandis que les français d’origine européenne sont considérés comme français tout court dès la deuxième génération.

    C’est aussi parce que la population en général voit les afro-français comme des « immigrés » (alors que la plupart n’ont justemment jamais immigré) que les principaux intéressés ont des difficultés à se voir comme de simples français.

    Les fautes sont partagées, et ce serait trop simple de tout mettre sur le dos des habitants des cités. Le reste de la population devra un jour faire l’effort mental de ne plus considérer un arabe ou noir français comme un « immigré », mais comme un français point barre.


    • fwm (---.---.251.166) 14 novembre 2005 19:12

      100% d’accord, il faut s’accorder sur un contrat social simple :

      1/le respect de la laîcité 2/ Le respect des droits de l’homme (c.a.d notamment reconnaissance des principes d’égalité hommes-femmes et de non discrimination) 3/ Respect des valeurs démocratiques

      Plûtot que de se flageller en fustigeant notre modèle, certes imparfait mais qui a le mérite d’exister, ce dont nous avons besoin c’est d’un Islam moderne qui respecte les principes de base du contrat social en France et en Europe.


      • (---.---.47.211) 14 novembre 2005 23:15

        Une simple question. Pourquoi des paysans qui saccachent des supermarchés sont des gens biens qui expriment leur colère et leurs sentiments d’injustice, des grévistes qui polluent les rivières sont des gens biens qui défendent leur outils de travail, l’actualité est plein de gens biens qui manifestent leurs sentiments d’injustice de façon violente en s’en prennant aux batiments publics. N’y a t’il pas un joli batiment à Rennes qui a brulé suite à une manifestation de « gens biens ».

        Et des jeunes qui crient l’injustice qu’ils subissent au quotidien sont des racailles ? Si les problèmes n’existent que dans les banlieues c’est que c’est les banlieues qui les génèrent. Et les banlieues sont bien créées par notre société.

        Les jeunes d’aujourd’hui, ne font ni plus ni moins qu’exprimer leur sentiment à des gens qui continuent à ne pas vouloir les entendre... Et il le font comment, en utilisant les méthodes des « gens bien » que les journaux ont maintes fois montré.


        • (---.---.118.91) 23 novembre 2005 16:18

          Un exemple d’une analyse qui prend ses désirs pour une réalité : le modèle d’intégration ne marche pas ? C’est la faute à ses ennemis...

          On n’en trouve pas (personne ne parle sérieusement de manipulation politique dans les « émeutes ») ? C’est pas grave : inventons-les (d’ailleurs, si on ne les voit pas, c’est qu’ils sont partout)...

          Depuis qu’on ne peut plus manger du curé, il faut bien se mettre autre chose sous la dent, n’est-ce pas ? Et, puisqu’on a déjà les coupables, il reste juste à trouver le délit... alors pourquoi pas les « émeutes » ?

          Bref, une analyse fort peu pertinente, à la limite de la provocation.

          Greg999

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