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Accueil du site > Actualités > Société > Vivre avec les fesses molles

Vivre avec les fesses molles

La mondialisation ou la libre circulation de l’information a quelquefois du bon, malgré ses ravages. De passage à Addis-Abeba, alors que j’étais à me morfondre dans quelque pub qui n’avait rien d’anglais, je suis tombé par hasard sur un hebdomadaire français, dans lequel un entrefilet, une brève parlait d’un prix littéraire, le Book seller / Diagram Prize for Oddest Title of the Year. Il s’agit d’un prix décerné au plus mauvais titre de l’année (on pourrait dire le plus atroce !) L’ouvrage de l’australienne Caz Cooke, (édité chez Penguin) retenu comme lauréat, dont le titre anglais est « Living with Crazy Buttocks » a été traduit librement en « Vivre avec les fesses molles ». J’ai essayé d’approfondir le sujet une fois arrivé en Somalie, mais le haut débit y étant rare, je n’ai pu consulter l’ouvrage ni ses références. Ce n’est qu’à Kampala que j’ai pu enfin prendre la mesure de l’ouvrage. Inutile de dire que je ne m’apprête pas à commenter ce livre, mais son titre, du moins dans sa version française.

Si le titre avait été « En finir avec les fesses molles », je ne me serais même pas attardé au moindre commentaire. En effet, ce genre d’ouvrage sent la promotion de la chirurgie esthétique, de la liposuccion ou pire encore, fait la part belle à des méthodes utopiques à la limite de l’arnaque promettant miracles si l’on a recours à une culotte en matériau composite capable de faire fondre la graisse et raffermir le tissu fessier. On peut même y trouver le nom de la pommade essentielle qui aura le même effet à titre quasi définitif si on continue bien sûr les applications quotidiennes. On envisage les pires escroqueries, quand on reçoit un dépliant ou un mail d’un société domiciliée au Connecticut et enregistrée aux Bahamas, vous promettant un résultat garanti si vous appliquez sur votre postérieur un appareil à électrodes qui transforme l’alternatif en courant continu et vous raffermit les parties molles.

Mais Vivre avec les fesses molles sent, si ce n’est le fatalisme, du moins la résignation. Il faut accepter son sort, quitte à user de quelques artifices pour dissimuler ce défaut.

On imagine des femmes par légions, souffrant de cet horrible « tare », ressentie comme une infirmité quand il s’agit de se mettre en maillot, en vêtement moulant ou, pire, passer à l’acte et se laisser palper par un godelureau ou bien un homme mûr. Le rouge en monte au front ! Car, tous ceux qui ont lu Le Petit Prince de Saint-Exupéry, s’en souviennent :

Si « L’essentiel est invisible pour les yeux », il ne l’est hélas pas pour les doigts de la main et la culotte en stretch qui peut faire illusion sous une tenue de ville ne résiste pas à un déshabillage, fût-il furtif. Alors, il faut assumer, au risque de ne pratiquer que le bondage avec d’occasionnels amants qui menottes aux poignets ou attachés au lit ne pourront en aucun cas palper.

Car fesses molles ne veut pas obligatoirement dire flasques et consistance molle n’est pas synonyme de volume. Il est de bon 44 ayant la dureté de la pierre et de petit 36 tout flasques. L’aspect peut être présentable, mais la consistance déplorable. Vivre avec les fesses molles s’apprend dès l’adolescence pour celles qui en souffrent d’emblée. Cela est beaucoup plus difficile à accepter quand la situation s’installe insidieusement au fil des ans. On dissimule sous des pulls, de pantalons larges. Puis on essaye tous les attrape-nigauds, ou du moins les moins extravagants au début. Et puis, après avoir tout essayé, dépensé des fortunes en caleçon miracle, en crème de jouvence, quand la fesse reste molle, on l’accepte tête basse. Seules les plus riches tenteront la chirurgie esthétique, avec des chances de succès, mais aussi ses risques de ratages. Admettons cependant qu’une fesse ratée chirurgicalement fait moins perdre la face qu’un nez complètement bousillé par un pseudo-chirurgien.

Dans cet article, je ne parlerais pas de la fesse de l’enfant. Le risque est trop grand de se faire taxer de pédophile. Dire que l’on a l’expérience de ses propres enfants exposerait le téméraire qui l’oserait à être traité d’incestueux ! J’oserai à peine aborder la fesse de l’adolescent, ne serait-ce que par le biais littéraire. D’ailleurs, même Nabokov ne dit rien de la consistance fessière de sa Lolita. De fait, on peut s’attendre au pire chez une adolescente américaine nourrie au lait, aux corn flakes et au milk-shake. Gabriel Matzneff avec ses « moins de seize ans » des deux sexes, n’aborde pas non plus le sujet concernant ses conquêtes (certains diraient proies) dans ses romans sulfureux.

Une certaine presse féminine fait ses choux gras du créneau porteur de la fesse, même si le gras et le chou ne sont pas exactement ce qu’il faut pour raffermir les fesses. Des hebdos comme Voici, Gala ou Closer traquent les vedettes afin de publier des photos de stars qui rassureront les ménagères quant à leurs propres imperfections. Certains de ces magazines insistent sur l’ombilic enfoncé dans la ceinture abdominale chargée d’adiposité qui accompagne souvent l’insoutenable mollesse de la fesse.

Je ne me souviens guère de Maurice Chevalier, malgré mon âge, sauf quand il chanta avec Eddy Mitchell. Mais il me revient cette chanson Valentine, où il est question de petons, de menton et de tétons (que je tâtais à tâtons, tontaine). Il n’est pas question de fesses. Horreur, Valentine avait-elle les fesses molles, pour que l’amoureux, titi parisien, ne le mentionne pas ?

De prime abord, l’article peut paraître sexiste, car il n’aborde pas la consistance du postérieur du mâle. En général, en dehors de culturistes et d’éphèbes apolloniens, l’homme ne s’en préoccupe peu. Son problème est la brioche, surtout passés les cinquante ans et s’il boit de la bière.

Par contre, j’aborderai sans honte le phénomène curieux de la stéatopygie, du grec steatos, graisse et pugê, fesse, comme callipyge veut dire belle fesse. Cette caractéristique anatomique consiste en un dépôt de graisse brune dans les fesses de quelques ethnies de l’Afrique australe, tels les Bushmen (ou boschimanes), Khoisans et les Hottentots. Ce particularisme métabolique qui touche presque exclusivement les femmes, permet de stocker de la graisse en période de vaches grasses et de l’auto-consommer en période de disette ou de famine. Nous voilà devant des individus passant de la fesse molle à la fesse ferme en fonction de ce qu’ils ont mangé.

Je me souviens dans les années 60 de la Vénus hottentote, en fait, une femme Khoi-Khoi exhibée comme un objet de foire aux monstres de son vivant puis au Musée de l’Homme au Trocadéro après sa mort jusqu’en 1974. Depuis sa dépouille a été rendue à l’Afrique du Sud pour des funérailles décentes. Elle présentait ce particularisme physique et intriguait alors beaucoup les visiteurs.

Ceux qui sont choqués par la teneur de cet article peuvent se consoler car ils ont échappé au pire. J’avais initialement pensé parler d’un autre ouvrage au titre prometteur : The Big Book of Lesbian Horse Stories (Kensington Publishing) par Alisa Surkis et Monica Nolan. Titre aussi proposé pour le même prix littéraire et que l’on peut traduire par : Le grand livre des histoires des juments lesbiennes. Tout un programme !

Enfin, je conclurai cet article avec Rabelais et sa célèbre contrepèterie “Femmes folles de la messe”. Peut-être pensait-il à de tristes bigotes peu au fait des choses de l’amour ou bien à de sèches bréhaignes. Mais là, on en revient aux juments, et je crois que cela suffit pour aujourd’hui.


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20 réactions à cet article    


  • Newby Newby 24 juin 2008 11:20

    Vous auriez au moins pu nous dire si l’auteur considérait que la vie valait la peine pour les possesseurs de molles fesses.

    Ou si un suicide collectif était nécessaire. Ce qui serait dommage car dure ou molle, la fesse est agréable.

     


    • Georges Yang 24 juin 2008 11:23

      P.S. Il existe à Kampala des boutiques spécialisées dans la vente exclusive de coussins fessiers. Cet accessoire se porte sous les pagnes et donne du volume , là où il faut. Ce coussin est surtout prisé par les femmes mariées et non les jeunes filles et tout particulierement de l’ethnie majoritaire dans le sud de l’Ouganda, les baganda. Les autres ethnies l’utilisent moins ou pas du tout. Cela se porte sous un pagne noué aux hanches et rehaussé d’une large ceinture de couleur vive. Le haut porte souvent des épaulettes pointues. Il ne s’agit donc pas de consistance mais de volume ! L’accessoire existe en toutes les tailles, équivalents anglais du 36 au 50 et plus. Il est en tissu rembouré et se fixe autour de la taille au dessus des sous-vêtements.

       

       


      • La Taverne des Poètes 24 juin 2008 11:28

        Mieux vaut les fesses molles que les messes folles (une contrepèterie qui vous laisse sur le cul ?), par les temps d’obscurantisme et de fanatismes qui sévissent...

         


        • pseudo pseudo 24 juin 2008 18:14

          Vous eussiez également pu dire :

          "Il n’y a qu’une antistrophe entre femme folle à la messe et femme molle à la fesse. " (F. Rabelais - Gargantua).

          Ou encore :

          "Elle était aussi bien de fesses que de face". (R. Queneau - ?)

           


        • LE CHAT LE CHAT 24 juin 2008 12:51

          faut se casser le cul pour écrire un pareil article !

          chapeau à l’auteur !http://medias.ados.fr/people/3/0/3085/Michel-Polnareff/photos/8833-affiche-concert-polnareff-a-l-olympia.jpg

           

           


          • Radix Radix 24 juin 2008 13:22

            Bonjour

            Personnellement, j’ai résolu le problème : je m’assoit dessus !

            Radix


              • SANDRO FERRETTI SANDRO 24 juin 2008 14:02

                Doc,

                Très bon, as usual.

                En revanche, pas d’accord pour Matzneff , qui en parle abondement dans ses "carnets".

                C’est une succession de "notes de bas de page "sur l’aspect callypige (ou phage...) des croupes des adolescentes ayant comis l’erreur de fréquenter la piscine Deligny aux mémes heures que le maitre...

                Et d’autres choses encore que l’honneur et l’avantage m’interdisent de citer sur Avox...

                D’ailleurs, colère de Dieu ou pas, cette piscine à brulé il y a une dizaine d’années. Un parisien peut-il me dire si elle a été reconstruite, sur les quais de Seine (j’ai quitté cette bonne ville depuis longtemps)


                • Georges Yang 24 juin 2008 15:15

                   

                   
                  Cher Sandro
                  Je n’ai pas lu tout Matzneff, cela serait trop suspect de nos jours ! Je me souviens de commentaires quant à la forme et non à la consistance. Quant à la piscine, je pense qu’elle est encore en travaux.

                • SANDRO FERRETTI SANDRO 24 juin 2008 15:37

                  N’empèche, une piscine qui brule, on ne m’enlévera pas de l’idée que c’est un coup du Vatican ou de la loge P2....

                  Quasi-paranormal, en tous cas....


                • jerome 24 juin 2008 14:14

                  Et encore une histoire de fesse sur AV ! Mais ou allons nous , ma bonne dame ! Mais , Oh miracle , Ierma n ’ est meme pas venu pour nous donner la fessée !

                  Alors , svp , encore des histoires de fesses


                  • La Taverne des Poètes 24 juin 2008 17:00

                    Il préfère peut-être la compagnie des couilles molles à celles des fesses molles ?

                     


                  • Yohan Yohan 24 juin 2008 15:11

                    Vous m’en donnerez de l’un peu molle mais pas trop, mais surtout pas de plate et molle


                    • ZEN ZEN 24 juin 2008 19:25

                      Pour changer du nombril...

                      "Certains auraient tendance à prendre la raie de leurs fesses comme méridien d’origine."   [René Lefèvre]

                      • alceste 25 juin 2008 08:35

                        Vous avez très bien fait de parler de la fesse, bien plus émouvante et éloquente que le triste cul pornographique et commercial. Quelles que soient sa consistance, son âge, sa hauteur , son ampleur et sa pilosité la fesse reste ingénue, lunaire et poétique.


                        • Dame Jessica Dame Jessica 25 juin 2008 09:13

                          @ Georges,

                          Merci pour cet article tout a fait passionnant ! Bien que n’ayant qu’assez rarement l’occassion d’avoir une conversation face à fesses avec cette partie charnue de mon anatomie, il me semble que le fondement même d’une entente cordiale entre lui et moi passe par une inaltérable loyauté mutuelle...Il reste a sa place, tout en surveillant inlassablement mes arrières et je me charge de le conduire, en croupe et sans encombre ni coup de pieds, contempler le clair de lune, sans oublier le pique nique, une belle miche dans son panier !


                          • Georges Yang 25 juin 2008 09:34

                             

                            On disais jadis, à ce propos : de quoi remplir la main d’un honnête homme !

                            Je ne sais si je suis honnête, mais du moins ai-je des mains.


                          • SANDRO FERRETTI SANDRO 25 juin 2008 12:25

                            @ Dame Jessica,

                            Je vous ai donné ce matin la solution de mon rébus cinématographique d’hier, sous l’autre article de G.Yang, mais en fait, je me rends compte qu’il aurait été davantage à sa place sous cet article-ci....


                          • Georges Yang 25 juin 2008 12:41

                            @ Sandro

                            J’aimerais tant vous lire sur les tarzanelli

                            Je vous en sens capable !


                          • SANDRO FERRETTI SANDRO 25 juin 2008 13:58

                            Doc,

                            "Tarzanelli" est une expression sicilienne. Je me refuse à parler les dialectes...

                            Par ailleurs, vous savez fort bien qu’en choisissant précautioneusement la dame, il n’y a pas de tarzanelli.

                            Bien essayé....

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