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« Vouloir le bien de l’école, c’est vouloir le bien de la France » (Peillon)

Vous avez des enfants ? Des petits-enfants ? Comment ne pas se sentir impliqué dans ce formidable "challenge" consistant à bâtir une école qui, à partir des élèves d'aujourd'hui, construira les adultes (responsables ou non) de demain ? 

  Une grande réforme pour l'école...

 "Pour nous, l'éducation nationale est une grande ambition. Vouloir le bien de l'école, c'est vouloir le bien de la France. Les enseignants préparent la France de demain".
Blog de François Peillon en date du 02/12/2011.
 
 Un discours de plus ? Ou pourrait-on résoudre, paradoxalement, malgré les difficultés économiques actuelles, ces dysfonctionnements qui ont perduré sous les divers gouvernements précédents ? 
 
  L'école a commencé à donner des signes de fatigue il y a près de quarante ans... Et les différents "médecins" qui se sont penchés à son chevet, par des prescriptions des plus contradictoires, l'ont conduite à l'agonie. Vous savez, ces spécialistes qui ont pour nom "psychopédagogues" et qui "officient" à partir des salons ministériels...
 
 Peut-être serait-il temps de revenir au simple bon sens et de consulter les gens "de terrain" ?
 
 Il y aurait en effet tant à dire ! Tant de choses à dénoncer !
 
  Les lignes qui suivent n'ont pas pour ambition de proposer un tableau exhaustif des remèdes à apporter mais simplement de proposer quelques pistes...
 
  Comme il a été souligné précédemment, des élèves arrivant en 6è avec d’importantes lacunes en français et en maths (respectivement 30 et 33% d’entre eux selon les derniers tests d’évaluation de 2010) ont peu de chances de réussir leur scolarité au collège.
 
 Les près requis faisant défaut, comment imaginer enseigner l’anglais à des élèves n’ayant aucune notion des temps dans leur langue maternelle ? Comment respecter le programme de maths alors qu’ils n’ont pas le sens de la multiplication et de la division ? On pourrait énumérer à l’infini les difficultés. 
 
 Ces élèves étaient, il y a bien longtemps, considérés comme n’ayant pas le niveau requis pour de telles études et on avait, fort justement, créé les fameuses « classes de transition  » où l’accent était mis sur l’obtention des acquisitions de base en français et mathématiques notamment. Pour mieux les motiver, les enseignants bénéficiaient d’une formation adaptée, l’usage du livre de cours étant souvent délaissé pour mieux répondre aux intérêts des élèves.
 
  Le « cours de français » prenait parfois son origine dans un article du journal local sur un sujet étant susceptible de passionner l’auditoire. Dans ma ville du littoral, nombreux étaient les garçons, issus souvent de milieux populaires, qui pêchaient « à la jetée » ou « à la grande digue ». Inutile de vous dire que les articles de presse se rapportant à ces activités étaient perçus d’une toute autre façon qu’un chef-d’œuvre littéraire pouvant paraître abscons.
 
 La pédagogie demande une action simple chargée de matière compréhensible, soutenue par les acquis et l’intérêt et s’élevant par degrés telle la montée des murs d’une maison. Qu’une pierre de soutènement vienne à manquer et c’est l’édifice de la connaissance tout entier qui vacille.
 
  La préparation du travail à partir des articles de presse demandait plus de temps mais se révélait, oh combien, plus enrichissante. Les résultats du dernier concours de pêche en mer étaient prétexte à une étude de texte approfondie qui débouchait sur les notions de temps employés, les différents accords à partir desquels étaient (re)vues les bases de grammaire et conjugaison. Etude de vocabulaire et d’orthographe étaient aussi de la partie.
 
  Et je peux certifier ici même que l’ambiance de travail était bien différente de celle qui existe maintenant dans ces classes où, au nom du droit aux mêmes études pour tous, on a créé le « collège unique » qui a lâché en fin de troisième, des générations d’élèves ne maîtrisant toujours pas les connaissances essentielles, mais qui ont "subi" pendant des années et ce, sans le moindre profit, cours d’anglais, d’allemand seconde langue, latin (mais oui ! Et défense de rire !) alors qu’ils présentaient d'énormes lacunes dans leur langue maternelle. 
 
 Avancer le taux de réussite (environ 80% chaque année) au Brevet pout tenter de masquer l'échec du "collège unique" relève d'une hypocrisie sans nom quand on sait comment les épreuves de ce "diplôme" sont organisées.
 
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/10/01/01016-20101001ARTFIG00709-constat-d-echec-pour-le-college-unique.php
 
 Le rapport du Haut Conseil de l'éducation (2010) souligne que l'école française, loin de réduire les inégalités sociales, les amplifie. Il met en avant le « malaise enseignant », confirmé par le fait que 95% des professeurs de collège constatent ce malaise et que 72% s'en disent affectés. Les analyses et préconisations du Haut Conseil relèvent en elles-mêmes d'une lecture spécifique du problème. "La loi de 1975 ...a institué le “collège unique”, .....qui, en raison des disparités importantes entre établissements, de l'existence déguisée de filières et de stratégies de contournement bénéficiant aux familles les mieux informées, n'a d'unique que le nom. » Une interprétation qui fait du manque de « mixité sociale » des établissements la cause principale des carences du système.
 
 Il est des étapes à ne pas rater. Comme le souligne J.P.Bourdieu, notre système produit plus de chômage des jeunes que chez nos voisins allemands. Nous avons moins de bons ouvriers qualifiés et de techniciens. En Europe l’Allemagne obtient sa première place en économie grâce à ses exportations, grâce à la qualité de sa main d’œuvre à tous les niveaux, favorisant aussi la recherche pour former techniciens et ingénieurs dans des domaines pointus non concurrencés par les pays émergents.
 
 Les propositions d’un syndicat d’enseignants du second degré : palier d’orientation en fin de 5è en vue d’une poursuite d’études vers une 4è générale, une classe avec découverte professionnelle (3h en collèges, 6h en lycée professionnel) ou apprentissage sous statut scolaire dès 14 ans en lycée professionnel tout en conservant la possibilité de passerelles semblent, d’évidence, à considérer.
 
   Enfin une discipline nouvelle à instaurer de toute urgence : les adolescents passant de nombreuses heures devant le téléviseur, il m’apparaît ahurissant qu’une formation dès la 6è (et même le CM1) ne soit pas dispensée quant à la façon de réceptionner ces nouveaux « messages audio-visuels » afin de développer sens critique et véritable liberté de choix, l’abêtissement par le « petit écran » étant de plus en plus dénoncé.
 
 Evaluer le niveau de connaissance afin de proposer une pédagogie adaptée ne relève que du simple bon sens ! Pour avoir négligé trop longtemps ce principe élémentaire, le collège d’aujourd’hui est, osons l’euphémisme, en grande difficulté.
 
 Et laisser l’échec s’installer au long des années engendre des situations ingérables pour les élèves comme pour les profs.
 
  N.B. : pour que vous puissiez avoir un réel aperçu des véritables difficultés rencontrées dans certains collèges, je vous conseille vivement de voir l'excellent documentaire "Une vie de prof" de Maria Roche et Stéphane Meunier ou, tout au moins, de lire l'article ci-dessous paru à l'époque dans le Nouvel Obs.

http://referentiel.nouvelobs.com/ar...
 
ou de visionner ce document édifiant :
 



par Guy BELLOY lundi 9 janvier 2012 - 26 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par ROBERT GIL (---.---.---.107) 9 janvier 2012 10:10

    La France est l’un des pays où l’origine sociale influe le plus sur le niveau scolaire. Les enfants d’ouvriers, d’employés et des « sans-activité » représentent 84% des élèves en difficulté et les universités n’accueillent que 10% d’enfants d’ouvriers. Les inégalités résultent de très nombreux facteurs, qui pénalisent ceux qui disposent des plus faibles atouts familiaux....
    http://2ccr.unblog.fr/2010/11/10/education-ou-en-est-on/

  • Par Guy BELLOY (---.---.---.54) 9 janvier 2012 14:20
    Guy BELLOY

    Bonjour Alchimie,
    Effectivement, l’apprentissage du respect de l’autre, du sens de l’écoute, du savoir vivre, d’un comportement sociétal sont des fondamentaux à inculquer dès le plus jeune âge...

  • Par Richard Schneider (---.---.---.107) 9 janvier 2012 18:07
    Richard Schneider

    L’expérience des classes de transition, auxquelles fait allusion l’auteur, n’a duré que deux ans, le temps du ministère de Joseph Fontanet (1972-1974). C’est dommage : cette expérience aurait pu être poursuivie. Dans mon collège, sur une douzaine d’élèves qui sont ont été ré-injectés de la 6 et 5° Tr. dans le circuit classique, dix ont réussi, à la fin de la 3°, leur BEPC. 

    Devant l’hostilité des syndicats enseignants, elle a été abandonnée au profit du Collège unique (réforme Haby en 1975).

    Aujourd’hui, l’école républicaine est en crise : il règne une assez mauvaise ambiance dans beaucoup d’établissements ; le corps enseignant est découragé, mal payé, méprisé et de plus en plus mal formé ; trop d’élèves désemparés ne comprennent plus pourquoi ils sont tenus à suivre des cours – l’ascenseur social est en panne etc …

    Il faudrait redéfinir sur le long terme la mission des divers acteurs. Faut-il que les chefs d’établissement deviennent de plus en plus des managers ou des DRH  ? les profs doivent-ils encore transmettre des savoirs, ou suppléer les parents défaillants, remplacer les AS ou les psys absents ? Bref, la nation veut-elle encore une Éducation Nationale ou son éclatement au profit d’une éducation à deux vitesses, l’une réservée à l’élite – mais prête à payer pour que leurs progénitures reçoivent un enseignement de qualité – et l’autre fréquentée de bric ou de broc par les enfants des classes populaires, dont les établissements seront autant de lieux d’apprentissage que de garderie où les personnels seront à la fois AS, psy, animateur et accessoirement enseignants ?

    Si les citoyens, à travers leurs représentants, ne prennent pas conscience rapidement de la dérive à l’américaine de notre système d’éducation, l’enseignement, comme les autre services publics, sera complètement privatisé avec d’un côté une école de qualité – mais payante – de l’autre une école au rabais réservée aux enfants des classes populaires.

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