Vous aviez l'habitude de la voir dans les médias et en tête des manifestations féministes où elle nage comme poisson en eaux troubles. Désormais, vous la rencontrez dans la vie civile et professionnelle : sur le net, au bureau, dans l'administration publique, à la députation, dans les universités, peut-être même à la maison. Elle est de ces plantes vivaces qui croissent spontanément en milieu hostile et survivent grâce à la souche restée dans le sol - pour elle : son héritage.
En lice !
Signes de reconnaissance : son absence de féminité, son acrimonie palpable face au féminin, son mépris face au masculin. 50 ans dépassés (pour ne pas dire largement dépassés), tailleur étriqué et chemisier au col fermé, ou, plus généralement, chemise sans forme qui voile un corps maternel (car elle a été mère avant d'être féministe ; – peut-être a-t-elle été amante, quoique j'en doute). Elle adopte deux approches en situation de communication : soit elle adopte un ton de franche camaraderie – un peu virile et pas tout à fait machiste - à condition qu'elle vous ait reconnue comme étant potentiellement l'une de ses soeurs (frères ?) d'arme. Soit elle entre en lice. Ou bien le discours sur l'égalité et la mixité coule comme fontaine miraculeuse à laisser pantoise l'Immaculée. Ou bien elle sort la lame de la diatribe. Car la féministe radicale ne connaît ni le juste milieu, ni le consensus, seulement l'activisme ou le matraquage. Alternativement, son prêche auprès des jeunes générations s'orne de millénarisme, promesse de jours meilleurs, du grand Age des femmes ; soit il se fait insulte en la présence d'un homme. Car l'autre signe de reconnaissance de la féministe radicale, c'est la rémanence de ses prêches et son goût prononcé pour le prosélytisme. De Marie à Jeanne d'Arc, elle a trouvé sa vocation, mieux encore : sa raison d'être femme !
Guerre et réseautage
Justement, parlons de ses deux ennemis (adversaires serait un euphémisme) : le féminin et le masculin. Le premier groupe est représenté par ces femmes qui se disent féminines, par opposition aux féministes radicales (pléonasme), parce qu'elles croient à la nécessité de la diversité (plus que la mixité), de ses infinies combinaisons, et reconnaissent les plaisirs saillants du jeu de la séduction. Pour la féministe, le deuxième groupe est représenté par l'homme, dans sa globalité, pris dans la masse.
Puisque les hommes sont engeance impossible à bannir de la société, il s'agit de les affaiblir en les molestant en public. La féministe partie-en-guerre a vocation de nous montrer comment, elle, elle incarne la Femme dans l'expression de ses talents intrinsèques. Condensé de mère et de combattante, elle n'excelle cependant que dans l'expression agressive de sa nature frustrée. Même si elle ne le reconnaîtra pas devant vous, elle a épuisé sa patience en entreprise (en se cognant le crâne au plafond de verre) et auprès d'un mari qui, quoiqu'en faisant moins à la maison, gagnait plus qu'elle - le mérite et la reconnaissance de la société en prime. A force de frustration, elle a fini par épuiser son capital humain ; celui-là même qui permet d'intégrer l'autre dans son cercle amical, professionnel, social, comme l'ami nécessaire, complémentaire (si vous voulez faire appel à Empédocle et Platon), non l'ennemi(e) à abattre.
Pour la féministe radicale, le débat du même et de l'autre n'a pas lieu d'être posé puisqu'elle a identifié ses deux ennemis : le féminin et le masculin. Trop séduisants l'un et l'autre, en controverse avec sa théorie du « troisième genre », elle les a écartés de son réseau. L'autre arme de la féministe militante (après les traits de sa diatribe) est LE réseau ; réseau de femmes, cela va sans dire, qu'elle alimente de ses sempiternels développements (toujours les mêmes), anime et développe. On doit lui reconnaître une capacité à fédérer dans la promesse d'une nouvelle ère dont le réseau est l'avant-garde. Cette armée constituée lui donne la force et le droit de se proclamer LA porte-parole des femmes et d'envahir la place publique et médiatique, d'aller partout grignoter les privilèges pour s'en faire siens. Plus retors qu'un harceleur, ne la voyez-vous pas alpaguer femmes et hommes réduits à l'inanité le long de son glaive acéré ?
Détrôner le roi
Réduit à l'essentiel, son discours-prêche se résume à une attaque contre les stéréotypes, comme chacun le sait, source d'inégalité. L'histoire et la condition des femmes aujourd'hui encore, y compris en Europe, ne lui donnent pas tort. C'est entendu. Et au risque de dévoiler la structure d'un discours qui n'a en réalité plus de mystère, voici ce que je peux dire de son discours modélisé : il est composé de trois étapes et a une finalité dont les non-initiés ne voient pas le danger. Primo : l'accusation ad hominem et in praesentia contre l'homme et son égoïsme ou aveuglement ancestraux. Secondo : l'idéalisation des femmes et de leurs talents. Tertio : la répétition qui consiste à radoter le message. La structure est simplissime et ne prêche pas du côté de la dialectique, chacun l'aura remarqué. Le danger est pourtant là, dans la forme et le style, quand l'accusation ou le sermon est prononcé en présence de quelques représentants de la gent masculine - que la féministe aura soin d'avoir mis en minorité dans l'assemblée. Aboyant, elle assène, attaque, accuse et juge l'homme dans sa généralité, comme elle vilipenderait un garnement (« ces grands enfants que sont les hommes »), prenant plaisir au passage à l'avilir dans sa dignité d'individu, à le mettre en cause en tant qu'époux, amant, père, collègue, chef d'entreprise. Avilir l'homme en l'attaquant directement en public, tel est l'enjeu du radicalisme féministe parce qu'il est plus aisé d'ôter le pouvoir à un roi déchu et affaibli, qu'un roi puissant sur le trône.
Juge : elle condamne sans procès ; bourreau : elle coupe non pas la tête de ses deux ennemies les femmes et les hommes, mais les attributs visibles de leur identité, de leur particularité. Ne vous y trompez pas, pas plus qu'elle est un homme, elle n'est femme. Elle est de ce genre indéfinissable prise dans le maelström de sa propre frustration, celle d'une nature mise en berne. Castratrice de sa propre féminité, engagée contre son double masculin et féminin, en fauchant les éléments d'infinies combinaisons possibles, elle met en défaut tout projet de vivre ensemble.
Raymonde Milicent HERVE

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