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Yubari, une ville du Japon en faillite

En juin 2006, la ville de Yubari sur l’île d’Hokkaido, qui comprend 13.000 habitants, s’est déclarée en faillite. En effet, de nombreuses localités japonaises souffrent de problèmes financiers identiques. Il n’y a plus aucune industrie importante à Yubari. Autrefois il y avait des mines de charbon et la ville comptait 117.000 habitants en 1960. Quand les mines ont commencé à fermer, à partir de 1980 jusqu’à la fermeture de la dernière en 1990, les habitants sont partis par milliers.

Pour arrêter la fuite des habitants et créer des emplois, Yubari a bénéficié de subventions du gouvernement pour développer le tourisme. Mais les dépenses pour aménager des parcs d’attractions et des stations de ski ont ruiné la ville. Le melon de Yubari est très connu mais il ne permet plus à Yubari de survivre et la ville a échoué en misant tout sur son développement touristique.

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Les fameux melons de Yubari

En mars 2007, Yubari espère être reconnu par le ministère des Communications et des Affaires intérieures comme une « municipalité en redressement ». Ceci signifie que la ville sera sous la tutelle du ministère. Sur instruction de celui-ci, Yubari a déjà établi un plan de redressement financier sur dix-huit ans, jusqu’en 2024, et qui inclut des augmentations des impôts fonciers, de la taxe d’habitation et de la taxe sur les eaux usées pour rembourser sa dette de 35,3 milliards de yen. La ville va fermer une bibliothèque, un musée et certaines écoles et collèges, ce qui allongera le trajet quotidien pour beaucoup d’étudiants dans des écoles de villes voisines. Pour un couple de 40 ans avec deux enfants gagnant 4 millions de yen par an, le poids financier annuel, y compris les impôts et les augmentations diverses, sera de 165.880 yen en plus vers 2016.

Mais le plus grand effort de réduction des dépenses viendra de la réduction du nombre de fonctionnaires et de salariés de la ville. Il y a environ 300 fonctionnaires municipaux, 152 départs volontaires sont attendus à la fin mars y compris la suppression de 54 des 57 postes de directeur. La ville a l’intention de ne conserver qu’environ 90 postes dont les salaires seront diminué de 30%, faisant ainsi passer leur revenu annuel moyen de 6,4 millions de yen à 4 millions de yen. Durant le mois de mars, la plupart des employés de la ville partant à la fin du mois n’avaient pas encore trouvé un nouvel emploi. Ceux qui restent ont peur de perdre leur travail dans l’avenir.

La ville se demande comment elle va gérer tout le travail avec seulement la moitié de son personnel à partir du 1er avril. Cinq annexes de la mairie seront aussi fermées définitivement. La ville intervient normalement pour dégager les routes enneigées à partir de 10 cm d’épaisseur, il faudra désormais attendre 15 cm de neige accumulée. Des habitants seront chargés de collecter les ordures ménagères.

D’autres municipalités d’Hokkaido pensent qu’elles pourraient bientôt se retrouver aussi en faillite ; c’est pourquoi elles ont commencé à prendre des mesures radicales pour réduire leurs dépenses avant que ce ne soit trop tard. Les experts ont remarqué que ce ne sont pas que des petites villes et villages qui souffrent de problèmes financiers. Même des grandes villes telles que Sapporo et Yokohama doivent faire face à de graves problèmes financiers, car de plus en plus de personnes âgées s’y installent pour bénéficier de meilleures services.

A Yubari, où les subventions pour les événements culturels ont été supprimées, les habitants ont commencé à gérer et organiser eux-mêmes certains événements culturels. Certains ont créé une association pour trouver des fonds et continuer d’organiser le Festival international du film fantastique. Ce festival attirait les touristes depuis 1990 et il avait été annulé en été 2006 car la ville ne disposait pas des 100 millions de yen nécessaires.

Avec 41% de sa population âgée de plus de 65 ans - la plus haute proportion nationale -, Yubari représente ce à quoi la plupart des municipalités devront faire face dans les 10 à 20 ans au Japon. Plus le nombre de gens âgés augmentera, plus les dépenses sociales et médicales augmenteront, et la baisse de le main-d’œuvre entraînera une chute des revenus fiscaux des villes. Il y a d’autres cas comme celui d’Atami, la préfecture de Shizuoka, qui subit aussi de terribles problèmes financiers. Beaucoup d’autres villes et de villages au Japon devront faire face à une crise semblable dans un avenir proche. Ce phénomène est aggravé par le fait qu’il existe une forte décentralisation du pouvoir au Japon et que l’Etat ne se sent aucunement responsable et ne fait aucune proposition pour aider les communes.


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7 réactions à cet article    


  • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 5 mars 2007 15:19

    Comme l’histoire se répète. Sujet rarissime : des villes mises en faillite. Au Québec, nous avons vu ce drame d’une façon différente : le retrait d’une grande industrie du fer dans deux villes a forcé le gouvernement à fermer une ville, Gagnonville, et à restreindre sa présence dans une autre, Sherferville. Ces deux villes étaient situées au nord du 55e parallèle. Ce qui a sauvé Sherferville était la présence de deux communautés autochtones locales, les Neskapis et les Montagnais. Nous avons également un jour contraint des villages de la Gaspésie à fermer pour des raisons économiques.

    Votre sujet éveille en moi des souvenirs qui ne sont pas des plus heureux.

    Que Sapporo et Yokohama soient mises devant la même situation est une tragédie.

    Dans le cas de Yubari, il ne reste qu’une population largement vieillissante. Comme vous l’indiquez si bien, la ville a été désertée par des milliers de jeunes qui auraient pu en assumer la relève. Voilà cependant. Comment assurer une relève lorsqu’il n’y a plus d’emploi.

    La particularité de ces villes fantômes réside dans le fait qu’elles vivaient à l’aide de l’industrie minière. Une fois les richesses naturelles épuisées, les compagnies, sans âme, quittent les lieux. Brutalement. Je crains qu’il n’en soit ainsi un jour pour La Guyane dont Shawford a si traité le cas ici sur Agora.

    Pour pallier ces départs, les villes se tournent très rapidement vers une solution touristique. Ce qu’a tenté de faire également Shefferville en y créant des pourvoiries pour riches américains et européens.

    Que Sapporo et Yokohama soient mises devant la même expectative est une tragédie. Nous assistons bien impuissamment au déracinement d’une population. Dans une vie antérieure, je travaillais au sein d’un Office gouvernemental de développement et de planification. J’ai assisté de mes yeux au déracinement de ces populations. Il y a, dans tous les cas de fermeture, tragédie humaine collective et tragédie humaine individuelle. Indescriptible. Et à ne pas revivre.

    Il faudra plus que de l’espoir pour Yubari.

    Excellent article qui soulève que trop rarement ces grands drames que sont les déracinements de populations massifs.

    Pierre R.

    Montréal (Québec)


    • goc (---.---.157.28) 5 mars 2007 16:54

      ce qui est sur, c’est que meme en france on n’est pas a l’abri de ce genre de choses

      au Vigan (Gard) le phenomene est identique : suite a la fermeture de la plus grosse entreprise de la ville, la mairie va reduire ses effectifs (de plus de la moitié), mais tout le monde sait tres bien que ce n’est que le debut de la fin, car l’entreprise faisait vivre directement et indirectement plus de 60% de la population.

      a force de jouer la mondialisation et la regionnalisation (curieux paradoxe entre nous, c’est comme si on interdisait la langue francaise et en meme temps on favorisait le breton ou l’occitan), on est en train d’appauvrir la population et donc de reduire le financement des communes via les impots locaux. alors que la dette des commune est de plus en plus importante

      et il est clair aujourd’hui, que la regionnalisation a ete un moyen honteux, de la part de nos politiques, pour de se debarrasser de la patate chaude, sans penser un seul instant que cela leur reviendra en pleine figure et avec une violence proportionnelle a la profondeur de la dette publique


      • Leonard (---.---.36.15) 5 mars 2007 18:14

        " La particularité de ces villes fantômes réside dans le fait qu’elles vivaient à l’aide de l’industrie minière. Une fois les richesses naturelles épuisées, les compagnies, sans âme, quittent les lieux. Brutalement "

        Ben oui forcement. La companie n’a plus rien a y faire donc elle va ailleur. Elle ne va pas rester la a croupire comme le reste de la ville...

        En France il y a quelques villes et villages comme ca notement Angouleme il me semble. Mais biensur dans l’hexagone bananofranchouillard ce n’est pas pour des raisons minieres mais plutot un mec qui s’est barre avec la caisse, ha ha ha.


        • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 5 mars 2007 18:43

          @ Leonard

           smiley

          Pierre R.

          Montréal (Québec)


        • france (---.---.152.17) 5 mars 2007 19:41

          ca fait plaisir de se sentir moins seule. france


          • Pascal Perez Pascal Perez 5 mars 2007 19:59

            Cela ne peut pas arriver en France sauf exception. 1. car les villes ne peuvent présenter de budget en déséquilibre (à la différence de l’Etat) 2. car la dotation globale de fonctionnement amortit les écarts de recettes fiscales locales.

            mais le système français qui évite les faillites locales peut mèner à la faillite nationale. en effet, bien des villes et départements sans projet continuent à être largement financés. l’avantage de la faillite locale est qu’elle traduit une réalité comptable qui aboutit à une réorientation des moyens. le système français se prive d’un indicateur d’alerte.


            • goc (---.---.22.124) 6 mars 2007 01:35

              cela tient uniquement de la theorie, la pratique est bien differente

              1 - Il ne faut pas confondre budget et paiement, on peut avoir un budget equilibre et etre en etat de cessation de paiement

              2 - Avec la regionnalisation, le plus souvent, ce n’est plus l’etat qui garantie les remboursements, mais les regions, et quand on connait des presidents de region megalomanes et/ou caracteriels, il y a de quoi etre inquiet

              3 - lorsque qu’une ville voit la moitié de sa population passer du statut de travailleur a celui de chomeur, et sa plus importante industrie fermée, c’est la moitié de son budget qui disparait (plus assez d’habitant imposable, commerce qui périclite et donc taxes professionnelles en voie de disparition), alors que la commune doit continuer a respecter ses remboursements et ses engagements pris les années precedentes

              4 - S’il est vrai que l’etat peu palier le defaut de paiement d’une commune, il n’empeche que bien souvent, cela prend du temps et que le fournisseur local depose le bilan avant meme que l’etat le paye

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