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10 mythes du web 2.0

Ah, le web 2.0… Il va vite, très vite, trop vite. Et ce qu’on en dit aussi : dans le web 2.0, les blogs sont “influents” ; le journalisme est “citoyen”, le marketing est “viral”…

Depuis environ 4 ans, de nombreux mythes ont jalonné les discours sur les médias sociaux. On est revenus de certains, mais d’autres ont la dent dure. Petite revue de 10 mythes du web 2.0, dans le désordre.

[Edit : le mot "mythe" est fort. Certains mythes ne sont peut-être que des "idées reçues" : l’exercice d’en sélectionner 10 oblige à grossir le trait. Ce billet n’a pas pour objectif de tomber dans la caricature inverse et de dire que la réalité se situe dans l’inverse des mythes tels que je les formule. Chacun des 10 points que je présente ici renvoie à une réalité, mais une réalité souvent exagérée. L’idée est donc d’introduire de la nuance, de réajuster, de "remettre les choses à leur place".]

—–

1. « Wikipédia est aussi fiable que Britannica. »

C’est le mythe sur lequel Wikipédia a bâti toute son image et sa crédibilité. La source paraît infaillible : c’est une étude de la très sérieuse revue Nature qui le dit : en comparant Wikipédia et Britannica, on trouve moins d’erreurs dans le premier que dans le deuxième.

Pourtant c’est archifaux. Relisez ce billet d’Emmanuel qui explique pourquoi.

2. « Le Drudge Report est plus fort que le New York Times. »

L’idée est séduisante : le Drudge Report, cette page de liens qui incarne à merveille ce qu’on appelle le linkjournalism ou Journalisme de Liens, aurait réalisé davantage d’audience que le New York Times pendant la nuit des élections américaines (arrivé 6ème des audiences Internet selon Hitwise). Sans budget, sans équipe…

C’est Yohann, un commentateur chez Narvic (le #9), qui m’a mis la puce à l’oreille : « Les seuls classements où Drudge arrive en tête, ce sont les classements basés sur les pages vues, où il n’a pas de mal à arriver premier vu qu’il est le seul à s’auto-rafraîchir toutes les trois minutes ».

Le Drudge Report, ça marche — et de façon même assez étonnante —, mais pas dans les proportions que l’on a décrites. On peut aussi comparer une estimation du trafic NY Times / DR ici.

3. « Sur Internet, c’est facile de faire du participatif. »

Les internautes commentent sur les blogs, postent des photos sur FlickR, des vidéos sur YouTube, construisent Wikipédia… Le web 2.0 donne la possibilité à tous de participer à la production du contenu, c’est donc facile de faire du participatif.

Un raisonnement souvent tenu par les annonceurs, parfois mal conseillés. Résultat : combien de blogs de marques sans aucun commentaire, de sites soi-disant participatifs, de concours désertiques ?

On ne répètera jamais assez que la participation active est le fait d’une minorité. On ne génère pas de la participation en claquant des doigts (ni de l’audience d’ailleurs). A relire : ce tableau de McKinsey qui montre la proportion d’internautes actifs dans les grandes plates-formes web2 (Wikipédia, YouTube, FlickR, Felicious…) ainsi que l’étude de Rue89 sur la participation de son lectorat.

On y voit très clairement que “the many benefit from the few” : sur FlickR, 2% des utilisateurs génèrent 95% du contenu ; sur YouTube, 6% génèrent 95% ; etc.

4. « Avec Internet, chacun peut devenir journaliste. C’est le journalisme citoyen. »

L’expérience Agoravox le montre : le journalisme citoyen produit avant tout de l’opinion — et beaucoup moins d’information brute.

Normal : chacun n’a pas sous le coude une pile de scoops à révéler ; produire de l’information, cela suppose du temps, des méthodes, des moyens. Le journalisme est un métier.

Je ne saurai pas mieux faire que de vous renvoyer à cette remarquable note d’Aurélien Viers sur la question du journalisme citoyen. Depuis 4 ans, on se trompe de vocabulaire : ce qu’Internet permet, ce qui a le vent en poupe, ce sont les témoignages participatifs.

5. « Les blogs influents. »

Des 10 mythes, c’est sans doute le plus durable, car le moins faux. On en a parlé, reparlé, on a discuté, disserté, analysé… Il existe plusieurs formes d’influence des blogs, de la capacité de nuisance à la capacité de rectification, les search, les scoops, les communautés ou l’influence auprès de leaders d’opinion comme des journalistes…

Mais écrire un blog, ça ne veut pas dire avoir un public ; ni être audible ; ni être écouté. Bref, prendre la parole, ce n’est pas prendre le pouvoir. Et on a certainement tendance à exagérer l’influence réelle de beaucoup de blogs qui fonctionnent dans l’entre-soi.

6. « L’UGC prend le pas sur les contenus professionnels. »

Les mythes liés à l’UGC sont nombreux : leur qualité, leur emprise sur le web…

Mais dans l’immense masse de contenus générés par les utilisateurs, une faible proportion sont de bonne qualité. Et voici 3 exemples pour illustrer le fait que l’UGC ne prend pas nécessairement le pas sur les contenus professionnels :

- Au niveau de la vidéo, Youtube et DailyMotion ont construit leur audience sur la republication de contenus professionnels (avec ou sans les droits) plutôt que de contenus amateur. Wat a de son côté renoncé à faire de l’UGC son coeur de business.

- Au niveau médias, l’expérience Rue89 est éclairante : le site a ouvert une brèche entre le journalisme et l’UGC, en proposant le concept de l’info à 3 voix : journalistes, experts, citoyens. Autrement dit, du journalisme et de l’UGC encadré et validé par des journalistes.

Avec l’exigence journalistique qui est la sienne, le constat de Rue89 a rapidement été que peu de contenus amateurs était publiables : les contenus de journalistes ont toujours été dominants dans le site, causant un conflit avec Mikiane, l’un des fondateurs. Ce soir, je prends la home de rue89 : 12 des 16 articles du « fleuve » sont signés de journalistes ou assimilés.

- Au niveau des marques, on dit souvent que les contenus UGC sont plus visibles que les contenus officiels. C’est parfois vrai, parfois faux : quand on tape les noms des grandes marques dans les moteurs de recherche, les contenus officiels restent les plus accessibles.

7. « Le marketing viral, ça cartonne. »

Ah, le mythe de la publicité gratuite… C’est un mythe qui s’est assez largement dégonflé maintenant, mais on a connu une période où le marketing viral était le graal de la communication en ligne pour les annonceurs. On fait une vidéo rigolote ou sympa, et ça buzze.

Résultat : une profusion de campagnes de faible qualité qui n’ont jamais décollé de là où on les avait mises. Le cimetière du web est plein de campagnes virales. D’après Jupiter research, 15% des campagnes virales atteindraient leurs objectifs. D’après Georges Mohammed-Cherif (Buzzman), qui a signé quelques unes des campagnes les plus virales de ces dernières années, il y a une dizaine de campagnes vraiment virales par an.

Et ce n’est pas parce que l’on devient viral que c’est gagné : encore faut-il que cela serve réellement les intérêts de la marque.

8. « L’audience des médias traditionnels se dégrade. »

Pour la presse écrite, c’est très clair : baisse constante de la diffusion de la presse depuis 2000.

Mais pour la radio et la télévision, c’est moins évident. Le temps passé devant la télévision a même progressé d’une minute au dernier pointage : 3h28 par personne en octobre 2008. Aux Etats-Unis, la TV est à son plus haut historique.

9. « La confiance dans les médias traditionnels se dégrade. »

Pas en France en tout cas. Malgré les discours ambiants, malgré les affaires, la question de l’indépendance, les relations entre actionnaires et groupes médias, entre le pouvoir et les patrons de rédaction…

Non pas que la confiance dans les médias traditionnel soit élevée. Mais depuis 2000, les études ne montrent pas qu’elle a fondamentalement évolué : un peu moins bien par ci, un peu mieux par là…

Un aperçu de l’évolution de la confiance dans les médias telle que la mesure TNS Sofres pour la Croix et Logica, depuis plus de 20 ans, ne montre pas d’évolution majeure dans les années 2000 : les taux de confiance dans la presse écrite, la radio et la télévision sont supérieurs ou égaux à leurs niveaux de 2000. Et en 2009, toutes les catégories de médias voient leur côte de confiance remonter. C’est dans les années 90 que la confiance dans les médias s’est affaissée. cela mérite une petite image :

confiance-medias-2009

10. « Obama a construit sa victoire sur le réseau de petits donateurs. »

On l’a vu un peu partout : Obama aurait amassé plus d’argent via ses petits donateurs que via les gros donateurs. Un véritable effet longue traîne avec un bénéfice important : une moindre dépendance aux lobbies, grâce à des dizaines de milliers de petits donateurs ayant mis la main à la poche dans la mesure de leurs moyens (petit donateur = moins de 200 $).

Le problème, c’est que c’est faux, révèle le Campaign Finance Institute, un organisme indépendant. Les petits donateurs n’auraient représenté que 26% des finances d’Obama… soit approximativement la même proportion que les petits donateurs de Bush en 2004. Avec 210 millions de $ en provenance de gros donateurs et 120 millions de $ en provenance de petits donateurs, on est dans des proportions classiques.

La confusion vient du fait que beaucoup de donateurs ont fait plusieurs petits dons. Si je donne 6 fois 50 $, je fais 6 fois un petit don, mais à l’arrivée, je ne suis plus un « petit » donateur, ayant dépassé les 200$.

[Comment ça, le mythe n°10 n’est pas un mythe 2.0 ? avec les mots-clé « Obama » et « Longue Traîne », ça a sa place ici non ?]

—–

Voilà pour les 10 mythes qui me viennent à l’esprit. Il y a en a sans doute beaucoup d’autres (par exemple, j’ai évité le mythe de la “conversation” qui a déjà été évoqué sur ce blog dans un billet plus ancien ; on aurait aussi pu écrire “sur Facebook, tout le monde voit votre vie privée”). J’attends avec impatience que vous complétiez la liste ou que vous vous offensiez de ce que vous venez de lire…

par François Guillot (son site) mardi 13 janvier 2009 - 22 réactions
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  • Par Alain Michel Robert (xxx.xxx.xxx.85) 13 janvier 2009 23:03
    Alain Michel Robert

    Bon jour François,

    Merci pour votre article sur lequel je suis resté plus d’une heure... à cause de tous les liens à aller voir.
    C’est très instructif.

    En 4, vous dites : "L’expérience Agoravox le montre : le journalisme citoyen produit avant tout de l’opinion — et beaucoup moins d’information brute." C’est vrai... et c’est justement pour ça que je passe autant de temps sur Agoravox !
    Face à la pensée unique débitée à longueur de page et d’image jusqu’à la nausée, Agoravox est pour moi un havre de polémiques et d’opinions diverses et variées. La qualité des commentaires (une fois qu’on a appris à repérer les trolls et autres) y est très appréciée... aussi.

    Je n’en peux plus du ton journalistique !
    Même Rue 89 me gonfle parfois avec cette manière que les journalistes ont de parler tous de la même façon, formatés à la même école, nivelés débitant la même vision, les mêmes jeux de mots, les mêmes tournures de phrase... on dirait des curés qui répètent le même discours avec le même ton de voix, les mêmes expressions, les mêmes appuiements sur certains mots... à chaques messes.
    A Agoravox je respire de l’air neuf... et ça me fait du bien à mes neurones.

    Alors, bien sûr ça ne m’empèche pas d’aller chercher des infos sur d’autres sîtes (Yahoo, Rue 89, La Télé Libre, De source sûre, Backchich... etc...) mais je reviens toujours à AVox pour, justement, avoir de "l’opinion" autre...


    Sur un des liens que vous nous donnez (Aurélien Viers), il y a un très bon commentaire à son article concernant le terme "Journaliste citoyen" et la définition de l’amateur. Je ne résiste pas à en faire un copié/collé ci-dessous :


    "

    Je tiens à me porter à la défense de « l’amateur ». Je ne suis pas d’accord avec l’idée que tous les journalistes citoyens se reconnaissent comme des professionnels.

    « Amateur » vient du latin « amator » qui signifie « celui qui aime », de amare (Aimer). Un amateur est donc une « personne qui aime, cultive, recherche (certaines choses, certaines activités) ». (Le grand Robert de la langue française).

    Personnellement, je me considère comme un amateur. Je n’ai pas de diplôme en journalisme qui pourrait me conférer le titre de professionnel. Mais cela ne m’a pas empêché d’écrire des articles, des reportages, des dossiers, des chroniques et même des éditoriaux pour plusieurs médias reconnus depuis mon adolescence.

    À mon avis, le journaliste citoyen demeure un amateur. Et je n’y vois rien de péjoratif, au contraire. L’amateur agit ici à titre de citoyen concerné. Il vient en quelque sorte contrebalancer le silence de tous les autres.

    Le journaliste citoyen est aussi utile que l’est l’amateur de vin. Et je n’ai pas entendu ni l’un ni l’autre prétendre être des professionnels.

    Dans notre société, les professionnels et leurs corporations occupent presque toute la place. Dès qu’un amateur se pointe, ils le dévalorisent. Plier sous la pression en acceptant de changer le titre de l’amateur, de journaliste citoyen à témoin participatif, c’est jouer le jeu de ceux et celles qui contrôlent l’information et qui cherchent à sauver leurs emplois par tous les moyens face à l’internet où l’amateur pratique son loisir.

    Il y a dans le terme « journaliste citoyen » un exercice de démocratisation des sources d’information, résultante directe de l’accès à Internet. Le journaliste citoyen n’est pas un témoin participatif, il est un acteur. C’est le journaliste professionnel qui devrait être un témoin, c’est-à-dire impartial, sans partie pris. Malheureusement, le journaliste professionnel participe un peu trop aux événements à mon goût. Il s’est éloigné de la catharsis intellectuelle nécessaire à son impartialité.

    Le journaliste professionnel nous offre une fausse représentation du monde parce qu’il affuble les vérités de faits de différentes opinions dont le choix l’éloigne d’emblée de l’objectivité.

    Le journaliste citoyen ne prétend pas à cette objectivité déontologique professionnelle. Il prend tout simplement la parole. Et s’il témoigne, c’est uniquement pour illustrer son propos.

    Enfin, qui a dit que tout le monde ou n’importe qui pouvait désormais être journaliste citoyen ? C’est une conclusion erronée tirée de l’invitation populaire des médias citoyens. Ces derniers invitent bel et bien tout un chacun à soumettre des textes. Comme je peux inviter tout le monde à écrire un livre, à devenir amateur de jardinage, amateur de gastronomie, etc. L’invitation générale est lancée pour souci de démocratie et c’est bien ainsi car elle encourage les uns et les autres à avoir confiance en eux si le journalisme les intéresse. Or, d’une part, tout le monde ne s’intéresse pas au journalisme et, d’autre part, ceux et celles qui s’y intéressent ne prétendre pas d’emblée être des professionnels. Ce sont les médias professionnels qui ont fait le rapprochement entre « journalisme citoyen » et « professionnel » venant une fois de plus fausser la perception de la population.

    Au plaisir,

    Serge-André Guay, président éditeur
    Fondation littéraire Fleur de Lys


    "

     


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