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Autour du Google Phone

En réalité, la firme de Moutain View ne conçoit pas un téléphone au sens propre, mais un googleware libre et gratuit pour mobiles qui révolutionnerait le modèle économique des télécoms.

Tactique et techno

Depuis deux ans, Google prépare activement le berceau de son futur bébé. En 2005, elle a absorbé Android, société développant des logiciels pour cellulaires. Cet automne, elle a acquis Jaiku start-up finlandaise spécialisée dans le microblogging, diffusé les versions mobiles de ses plus fameuses applications en ligne (Gmail, Picasa, iGoogle, Maps, Docs) et élaboré sa solution de m-paiement Google Checkout Mobile.

Le dragon de la toile compte bien intégrer toutes ces merveilles dans une seule plate-forme compatible tous mobiles. Les services et les contenus offerts par ce Gphone seraient rapidement monétisés grâce à la publicité. Domaine dans lequel Google détient une lointaine pôle position, porté de surcroît par le glissement des budgets publicitaires vers le web et depuis peu vers l’internet mobile.

Un Google Mobile gratuit séduirait fortement manufacturiers, assembleurs en marque propre ou en marque blanche - comme HTC - et MVNO souhaitant conquérir des parts de marché et trop heureux de disposer d’une plate-forme sexy pour zéro dollar. Un googleware open source bénéficierait généreusement de l’intelligence collaborative des développeurs afin de le déboguer, réadapter et améliorer en permanence, s’épargnant d’emblée des mésaventures similaires à celles du iPhone face aux hackers. Une approche mi-Linux mi-Web 3.0 qui aurait le mérite de combiner flexibilité, fiabilité, universalité et innovation.

Membre du panel des concepteurs du iPhone, Eric Schmidt - PDG de Google - n’a pas seulement appris des erreurs de Apple, il a probablement déployé une redoutable stratégie globale dont nous analyserons les enjeux.

Oeuvres et manoeuvres

Si le iPhone a révolutionné la conception et l’usage du PDAphone matériel, le Gphone marquerait l’avènement du PDAphone virtuel, de surcroît open source et gratuit. Un Gphone dans lequel la téléphonie deviendrait paradoxalement une fonction parmi tant d’autres. Autrefois chasse gardée et valeur ajoutée des manufacturiers et des opérateurs de téléphonie mobile, cette fonction devient peu à peu l’apanage des autres fabricants d’électronique nomade. Ne voit-on pas une fraction croissante de PC portables, de baladeurs audio ou GPS permettant accessoirement de téléphoner ?

Pour peu que le Gphone renforce cette tendance lourde en intégrant ses classiques (Gmail, Picasa, iGoogle, Talk, Maps, Earth, Docs, Checkout Mobile, Youtube, Video), de meilleurs services de netphonie (VoIP/ToIP) et de géolocalisation dans un pack gratuit, les industries de la téléphonie mobile verraient alors leur chaîne de valeur vampirisée et leur paradigme bouleversé par ce googleware, aussi incontournable que disruptif.

Avec le iPhone, Apple veut reproduire dans la PDAphonie le succès qu’elle connait avec le iPod auprès des audionautes. Avec le Gphone, Google veut reproduire sur l’internet mobile le succès qu’elle connaît sur le web. Entre un iPhone aujourd’hui objet de culte et un Gphone potentiellement universel, Windows Mobile devra lutter très durement pour survivre. Idem pour les Palm, Blackberry et maints modèles de smartphones.

Eric Schmidt a de quoi sourire béatement... D’autant plus que l’actualité des normes hertziennes joue amplement en sa faveur.

Wimaximisation et dérégulation

Le 19 octobre 2007, l’Union internationale des télécommunications a officialisé le Wimax comme standard mobile notamment pour la téléphonie 4G...Au grand dam du consortium GSM qui a âprement usé de son lobbying et de sa propagande contre cette technologie. Nous comprendrons pourquoi.

Amélioration considérable de la Boucle Locale Radio, le Wimax fournit des services internet, téléphonie et télévision dans un rayon de 70 km pour un débit théorique de 70 Mo/s, performances encore inaccessibles pour la téléphonie 3G. Point besoin d’acquérir du nouveau matériel car cette norme mobile fédérera et interconnectera ses homologues GSM, CDMA et HSPDA à l’échelle mondiale. Le Wimax, c’est aussi le retour fracassant de l’Oncle Sam sur la scène spectrale, longtemps frustré qu’il fut face à l’hégémonie intercontinentale (sauf USA-Canada sous standard américain CDMA) du GSM européen.

Dès 2008, Intel commercialisera ses composants Centrino Duo compatibles Wi-fi et Wimax, contribuant massivement à l’expansion d’une technologie dont il est le pivot. De nombreux équipementiers comme Nokia, Alcatel-Lucent, Fujitsu, Asus, Motorola, Samsung, Toshiba, Lenovo, NEC, Nortel, Wi-LAN, Siemens, Cisco et sa division Linksys - pour ne citer qu’eux - intègrent à leur tour ce nouveau standard. Les opérateurs Sprint et Clearwire aux US, et Vodafone en Europe bâtissent déjà leurs réseaux Wimax continentaux. De nombreux pays d’Amérique latine, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie centrale investissent dans cette technologie économique, ingénieuse et interopérable.

Le GSM/UMTS étant le terreau du mobile multimédia, le Wimax sera celui de l’internet mobile. Une véritable aubaine pour les fabricants d’électronique nomade, les FAI, les MVNO et les infomédiaires - Yahoo !, MSN, Myspace ? - qui pourront offrir des services et des contenus complètement affranchis des clauses draconiennes des opérateurs télécoms. Dans ce nouveau marché convergent et hautement contestable, le Gphone déverserait applications et contenus gratuits financés par la publicité et/ou générés par les utilisateurs.

Cependant, Google ne compte guère se satisfaire de ces vents favorables et se lance dans une conquête du ciel américain.

America on air

En 2008, le Federal Communications Commission (l’autorité US de régulation des télécoms, des médias et des FAI) vendra aux enchères des bandes de fréquences du spectre étatsunien. En plus des TV networks migrant actuellement de l’analogique vers le numérique, les plus gros acheteurs sont traditionnellement les grands opérateurs comme AT&T, Verizon et Qwest. Maillon par maillon, ils ont verrouillé leur modèle économique et les choix des utilisateurs sur toute la chaîne télécom : opérateurs affiliés, mobiles, logiciels, roaming, transfert d’appel, reroutage via internet, etc. Leur ennemi juré commun : Google, ou du moins sa conception à la fois linuxienne et publicitaire de la téléphonie.

Après réception d’une lettre de Eric Schmidt, le FCC modifia une petite règle du jeu : les gagnants de ces enchères - auxquelles Google ne participe pas ! - devront impérativement laisser toute liberté à leurs clients en matières d’équipements, d’applications et de solutions communicantes. De quoi dérouler le tapis rouge au Gphone dans tous les cas de figure et lui permettre d’éprouver son business model avant d’aborder l’Asie et l’Europe.

Pour peu qu’il réussisse mondialement, le PDAphone virtuel de Moutain View paverait la voie à un nouveau modèle économique dans la téléphonie mobile. On assisterait donc à une inéluctable profusion de systèmes d’exploitation et de logiciels (libres ou commerciaux) pour mobiles conçus par divers acteurs du net, de la vidéo, de la télévision, de la géolocalisation, de la monétique, etc. Ces perspectives sont facilitées par la généralisation progressive de l’internet mobile et par la computérisation croissante des mobiles. Constructeurs et opérateurs seront passagèrement desservis par cette computérisation qu’ils ont eux-mêmes initiée, ouvrant involontairement leur périmètre de valeur à de nouveaux entrants hard ou soft. Est-ce un hasard si la fondation Mozilla développe depuis peu une version mobile de son célèbre navigateur Firefox ?

Afin de ne pas traîner la patte sur l’internet mobile, l’Asie et à fortiori l’Europe feraient bien d’assouplir leurs réglementations favorisant les opérateurs établis et leurs rentes de situation. Dès lors, du Pacifique à l’Atlantique, en ligne ou on air, GBrother sera peut-être votre compagnon et confident de tous les jours...


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7 réactions à cet article    


  • La mouche du coche La mouche du coche 24 octobre 2007 14:36

    « le dragon de la toile »

    L’expression est jolie smiley


    • wiztricks 24 octobre 2007 21:30

      Merci pour cet article. Oui, la convergence « numérique » arrive.

      Google a de nombreux atouts pour perturber les différents acteurs des marchés concernés. Mais la messe est loin d’être dite et d’ici là nous vivrons sans doute des moments interressants.

      Cordialement.


        • Forest Ent Forest Ent 24 octobre 2007 23:21

          Article intéressant.

          Je n’ai pas trop compris comment Apple a tant vendu d’i-pod, qui n’est qu’un simple baladeur mp3 à deux fois le prix du marché. Sans doute a-t-il au départ bénéficié d’une clientèle captive avec i-tunes ?

          Le cas du i-phone me semble encore bien pire : voilà un produit deux fois plus cher que ses concurrents, et qui offre deux fois moins de fonctions, toutes captives et propriétaires. Si quelqu’un achète cela, c’est à désespérer de la rationalité dans les décisions micro-économiques. Il est en tout cas bien trop tôt pour dire que ce truc bizarre se vend.

          Le truc de google est intéressant pour le consommateur, et pour cette raison j’ai du mal à imaginer que les opérateurs le laissent vivre. Ca les priverait de l’ensemble de leur « valeur ajoutée » qui consiste à rendre le couillon de client captif d’un réseau et d’une boîboîte, obligé de consommer au prix fort les services maisons.

          Contrairement à la vulgate libérale qui dit que la libéralisation des télécoms a été source de choix accrus et de prix plus faibles pour le consommateur, je constate que la phonie coûte de plus en plus cher et que le marché est de plus en plus oligopolistique.


        • stephanemot stephanemot 27 octobre 2007 16:22

          @Forest Ent,

          Vous avez bien compris le business model d’Apple : l’iPod et l’iPhone ne sont ni le meilleur PMP ni le meilleur mobile mais Apple profite de sa position quasi dominante sur le player. Cela ne durera pas eternellement.

          Google propose une plateforme interessante mais ce que j’appelle la « portabilité applicative » s’accélère avec de nouveaux vecteurs au niveau OS (ex Linux) comme au plus près de l’utilisateur (ex Facebook). C’est l’écosystème le plus ouvert et le plus agile qui s’imposera.


        • Forest Ent Forest Ent 28 octobre 2007 15:45

          Acceptons-en l’augure. Mais le GSM reste la vache à lait des télécoms, et les opérateurs feront tout - comme Apple - pour garder le contrôle sur les services, plutôt que de voir débarquer leur pire menace : un environnement internet ouvert.


        • manusan 25 octobre 2007 04:53

          Intéressant,

          A noter que google prévoit un cable sous-marin entre les US et l’asie en 2009, d’un montant de 500 millions d’euro.

          Il n’y a aujourd’hui que 3 cables de capacité supérieur à 10 giga /longueur d’onde, qui relie les US et l’asie directement : japan-us, China-us et Southen-cross (australie vers US), ... et bientôt un nouveau (AGG) pour fin 2008.

          Google investie autant chez le particulier que sur les autoroutes, un futur opérateur international incontournable.

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