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Accueil du site > Actualités > Technologies > Ça plane pour Volaticotherium, mammifère « volant » du Jurassique (...)

Ça plane pour Volaticotherium, mammifère « volant » du Jurassique nouvellement exhumé

Hou-OÛ-ou-ouh ! eût dit Plastic Bertrand en se trémoussant, mais pas seulement lui : on peut imaginer que la réaction des paléontologistes chinois découvrant cet extraordinaire petit contemporain des dinosaures géants du Jurassique dut être sensiblement aussi euphorique. Cette trouvaille excitante eut même les honneurs du prestigieux mensuel Nature de décembre 2006.

Il faut dire que Volaticotherium antiquus, comme le baptisèrent Jin Meng et ses collègues, vient s’ajouter à une liste de plus en plus longue de mammifères du Mésozoïque, ou Ere secondaire, battant en brèche l’idée selon laquelle nos ancêtres mammaliens survivaient difficilement dans l’ombre des dinosaures géants, qui prospérèrent durant le Jurassique et le Crétacé, à tel point que le Secondaire est souvent nommé "ère des dinosaures".

Ere des dinosaures, le Mésozoïque le fut sans aucun doute, mais il fut aussi celle des mammifères. Comme je l’exposais dans un précédent article, non seulement les mammifères existaient bel et bien du temps des dinosaures, mais leur lignée (ou plutôt, leur plan d’organisation générale) leur est même antérieure. Leur relative rareté dans les archives fossiles est essentiellement liée à la rareté des conditions nécessaires à la fossilisation d’animaux de petite taille, tout comme pour d’autres groupes, tels que reptiles volants ou oiseaux. Le matériau se fossilisant le plus facilement chez les mammifères, la dent, ne permet pas toujours de se rendre compte des adaptations morphologiques de l’individu qui la possédait, en dépit du fait que cet organe soit d’une complexité pratiquement inégalée dans le règne animal (à l’exception sans doute de quelques dinosaures herbivores ornithischiens).

 

En l’occurrence, c’est un squelette complet, assorti d’une empreinte de patagium, qui mit en évidence le fait que Volaticotherium occupait une niche écologique comparable à celle des écureuils volants, ou plutôt des phalangers volants actuels. Le patagium est la membrane de peau qui relie les quatre membres, parfois les doigts, et bien souvent la queue, chez les mammifères planeurs ou volants. Et Volaticotherium en était indubitablement pourvu, son fossile très fin ayant conservé jusqu’aux traces des poils que portait cette membrane.

L’apparition du vol plané chez les mammifères dès le Secondaire n’est pas si étonnante en soi, si l’on songe que chez les mammifères actuels, il a été développé indépendamment par plusieurs lignées : d’abord les écureuils volants, bien sûr, pétauristes ou polatouches , proches parents des écureuils vrais ; ensuite, les phalangers volants, petits marsupiaux arboricoles cousins des kangourous et des koalas ; enfin, moins connus mais sans doute meilleurs planeurs : les colugos, encore appelés galéopithèques ou lémurs volants, apparentés aux chauves-souris mais aussi aux primates, et qui transmettent jusqu’à nous le plan d’organisation qu’avaient probablement les premiers organismes évoluant vers les chauves-souris. Trois lignées constituant un bel exemple de ce qu’on appelle une convergence évolutive, à laquelle on peut adjoindre deux cas de "parallélisme". D’une part, une lignée proche des écureuils, mais légèrement différente, celle des anomalures, a développé indépendamment le vol plané à l’aide d’un patagium. D’autre part, tout comme pour les écureuils, les phalangers peuvent être soit volants, soit non volants (le plus célèbre de ces derniers s’appelle couscous, comme le fameux plat nord-africain). Parmi les premiers, au moins deux groupes, classés dans des familles différentes quoiqu’apparentées, ont acquis chacun de son côté la faculté de voler : les pétaures, plus connus sous leur nom anglo-saxon de "sugar gliders" (= "planeurs du sucre") et dont, soit dit en passant, le succès en tant que NAC (nouveaux animaux de compagnie) est explosif, et les "grands-phalangers" du genre Petauroides (= Schoinobates), de la taille d’un chat, qui présentent la particularité d’être les seuls mammifères planeurs dont le patagium ne va pas du poignet à la cheville, mais du coude au genou. Ce qui donne à l’animal en vol une silhouette trapézoïdale tout à fait caractéristique, le membre antérieur étant replié au niveau du coude .

Aucun de ces animaux planeurs n’est réellement capables de vol battu, mais les plus habiles (pétauristes, colugos) sont réputés capables d’utiliser des courants ascendants pour couvrir des distances de plusieurs centaines de mètres, et sont même capables de changer de direction. Il n’en est pas moins étonnant que de toutes ces tentatives de l’évolution mammalienne en direction du vrai vol, une seule est allée jusqu’au bout, celle des chauves-souris, et ceci en un laps de temps si court que les squelettes des premières chauves-souris (Icaronycteris) semblent surgir subitement dans les archives fossiles vieilles d’une cinquantaine de millions d’années, franchissant presque instantanément toute une série d’intermédiaires dont les paléontologues cherchent encore vainement les traces.


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15 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 5 janvier 2007 10:35

    très bon article thucyclide , quels inventeurs ces chinois , ils avaient déjà inventé le delta plan et le para pente au mésozoïque smiley

    merci de nous faire partager ta passion pour ces animaux méconnus


    • Thucydide (---.---.101.8) 5 janvier 2007 14:12

      Tu ne crois pas si bien dire, Matou marrant, puisque c’est aux Chinois qu’on attribue l’invention du cerf-volant. smiley


    • ZEN zen 5 janvier 2007 18:53

      @ Thucydide

      Merci encore de nous faire rêver.Expliquez à l’ignorant « gros chat » que les Chinois sont venus plus tard... smiley


    • Thucydide Thucydide 5 janvier 2007 22:16

      Bonsoir, Zen, ne vous bilez pas, je n’ai rien contre un peu de dérision, au contraire, du moment que c’est bon enfant.


    • LE CHAT LE CHAT 8 janvier 2007 09:31

      @zen

      c’est sûr que je suis ignorant sur pas mal de sujets ( j’ai qu’un pauvre bac+2) ,mais pas sur la paléontogie et la biologie et dès que je peux , j’essaie d’en savoir plus sur les merveilles du monde animal . Thucyclide a bien compris que j’aime bien la rigolade aussi, et c’est pas toujours facile de trouver une bonne sortie sur des sujets scientifiques .alors reste zen, si jamais tu étais sur le plateau de gagner des millions , tu peux me passer le coup de fil à un ami smiley


    • Thucydide Thucydide 5 janvier 2007 22:20

      Objection justifiée, d’ailleurs, jetez un oeil à mon précédent article de fossile de reptile bicéphale, pour lequel les paléontologistes sont restés circonspects jusqu’à avoir l’assurance de ne pas avoir affaire à un montage.


    • docdory docdory 5 janvier 2007 19:16

      @ Thucidyde

      Merci pour cet excellent article . Sait- on si la ressemblance de ce mammifère avec les galéopithèques est un phénomène d’évolution convergente ( comme pour les ichtyosaures et les dauphins ) , ou bien s’agit il d’un ancêtre direct ( comme l’éohippus par rapport au cheval actuel ) ?

      Par ailleurs , est-ce qu’on ne pourrait pas , voyant cela , chercher les ancêtres des chiroptères ( NB : chauves souris ) à l’ére secondaire , car les premières chauves souris du tertiaire étaient déjà très évoluées , on manque d’une forme intermédiaire de type « chainon manquant » entre les chauve souris primitives , déjà évoluées , et des mammifères non volants . C’est un problème qui m’a toujours intrigué .


      • Thucydide Thucydide 5 janvier 2007 22:15

        Bonsoir, Docdory, non, il n’y a aucune chance que cet animal soit un ancêtre direct des colugos, ou dermoptères. D’ailleurs, leurs descripteurs leur ont octroyé un ordre particulier, celui des volaticothériens, au sein des triconodontes, le premier groupe de synapsides (une lignée de reptiles à fenêtre temporale unique) officiellement classé parmi les mammifères. Ils se sont éteints avant la fin du Crétacé.

        Quant aux chauves-souris, malgré l’absence d’intermédiaires, il est peu probable que leur lignée soit antérieure au Paléocène (le début du Cénozoïque ou Tertiaire). Malgré leurs fortes spécialisations morphologiques, elles restent proches de certains placentaires actuels, les primates, les toupayes et les colugos (tous étaient autrefois regroupés dans l’ordre des primates par Linné, et cet ensemble est à présent appelé archontes). Leur cas est typique d’une « accélération de l’évolution », à savoir que lorsqu’un pas décisif est franchi, c’est comme la rupture d’une digue, la pression de sélection s’exerce de façon très élevée et l’organisme évolue très vite. Un autre exemple de ce type d’accélération peut être aperçu dans la lignée humaine. Jusqu’aux australopithèques, le cerveau humain est resté pendant plusieurs millions d’années peu différent de celui des chimpanzés et autres pongidés, alors même que la morphologie bipède était à peu près en place (forme du pied, du bassin et de l’occiput, notamment). Le dernier million d’années a vu cet organe augmenter subitement en volume et en complexité.

        Une caractéristique très étonnante -et relativement méconnue- des chiroptères est l’écholocation (le sonar, une sorte de radar aux ondes sonores, émises par la bouche ou par le nez, suivant les familles). Eh bien, ce qu’on sait moins, c’est qu’énormément de musaraignes pratiquent également l’écholocation, or, sur le plan de l’organisation générale, les musaraignes ont tout de chauves-souris non volantes.


      • docdory docdory 6 janvier 2007 10:24

        @ Thucidyde

        Merci pour ces très éclairantes précisions . On sait qu’un curieux point commun entre les chauves souris , les dermoptères et les primates est d’avoir un pénis qui pend librement en l’absence d’érection , ce qui ,entre autres , autorise ce rapprochement phylogénétique ; ceci n’est pas le cas des autres placentaires ( il suffit d’observer un chien ou un cheval pour s’en rendre compte ! ) . Je ne crois pas que les musaraignes aient cette particularité , ce qui laisserait supposer que le système d’écholocation des musaraignes et celui des chauve-souris serait également un phénomène d’évolution convergente ? Tout cela est passionnant ! ( NB : je crois qu’il y a également une structure commune au niveau du squelette osseux de la cheville entre les chauves souris , les dermoptères et les primates , ce qui fait un rapprochement supplémentaire ) .


      • Thucydide (---.---.140.136) 6 janvier 2007 15:35

        J’ignorais que les chiroptères et les dermoptères possédaient un pénis penduleux comme les primates, vous me l’apprenez, Docdory. J’ignore aussi la signification phylogénétique de ce caractère. S’il s’agit d’un caractère dérivé propre aux archontes (donc, il faudrait savoir s’il est partagé par les toupayes), il prouverait la parenté de ces ordres entre eux. Si, au contraire, il s’agit d’un état primitif modifié par d’autres mammifères, ce serait ce qu’on appelle une symplésiomorphie en cladistique, et ce caractère ne serait pas significatif dans la reconstitution des branches évolutives. Je ne sais pas quelle hypothèse est la bonne, mais j’avoue que je me suis toujours interrogé sur l’utilité évolutive d’avoir une robinetterie qui pendouille, je pense que c’est plutôt un handicap jusqu’à l’invention de l’étui pénien des Mélanésiens ou du slip kangourou. smiley

        Ces considérations hautement raffinées me permettent de caser au passage que la lignée des archontes, donc des primates, est l’une des plus primitives chez les mammifères placentaires. Mis à part ses spécialisations en vue de la bipédie, notre squelette d’humain est « généraliste », avec ses membres à cinq doigts (heureusement pour Bach et Rachmaninov smiley ), sa clavicule présente, sa denture presque complète, etc.

        Quant à l’écholocation des chiroptères et des soricidés (musaraignes), je ne saurais non plus dire s’il s’agit d’une convergence ou d’une de ces facultés plus ou moins latentes chez des organismes nocturnes insectivores primitifs, « réveillée » par les chiroptères et poussée à un degré de complexité inégalé (structure du pavillon de l’oreille, du nez, etc.). Les mammifères marsupiaux qui occupent la niche écologique des musaraignes (les dasyures de petite taille ou les cénolestes sud-américains) en sont dépourvus, si je ne m’abuse. En revanche, il est plus que probable que l’écholocation des cétacés soit une convergence, et il est certain que celle des oiseaux cavernicoles tels que salanganes (une sorte de martinet) ou guacharo (une sorte d’engoulevent) en est une.


      • ZEN zen 5 janvier 2007 22:33

        Et 100% à l’applaudimètre ! Bravo ! Du jamais vu à Agoravox. C’est un encouragement à revenir...


        • David A. 6 janvier 2007 00:18

          Les créatures préhistoriques me passionnent. Merci pour ces informations !


          • dégueuloir (---.---.53.118) 8 janvier 2007 03:22

            A bon entendeur,... Mme Royal monte en puissance, elle sera élue très nettement ; c’est pas que le peuple de gauche se fasse trop d’illusions, mais elle dégage incontestablement une sérénité rassurante à laquelle est sensible une bonne partie de la droite modérée, En fait, la grande majorité de français vit très correctement : travail, revenus convenables, villa, clim, voitures, piscines, vacances, fac pour les enfants, quelques économies, parfois petit portefeuille boursier (la bourse va bien sous la gauche)... Qui peut croire que cette majorité là veut la rupture, même tranquille ? Mme Royal, c’est la continuité sereine.


            • (---.---.28.21) 10 janvier 2007 14:15

              « Il n’en est pas moins étonnant que de toutes ces tentatives de l’évolution mammalienne en direction du vrai vol, une seule est allée jusqu’au bout, celle des chauves-souris, et ceci en un laps de temps si court que les squelettes des premières chauves-souris (Icaronycteris) semblent surgir subitement dans les archives fossiles vieilles d’une cinquantaine de millions d’années, franchissant presque instantanément toute une série d’intermédiaires dont les paléontologues cherchent encore vainement les traces. »

              C’est bien normal , puisque ces créatures, comme toutes les autres sont le résultat de la création, et non de l’évolution....c’est dailleurs pour ça qu’on les appelle « créature » smiley Et bien évidemment , ça explique aussi pourquoi certaines d’entre elles existent encore de nos jour sous la même forme qu’il y a des millions d’années (singes, poissons,requins, crocodiles,etc...) les autres espèces ayant tout simplement disparu...  smiley


              • gem gem 12 janvier 2007 18:27

                excélent article,

                et en plus j’ai appris au passage que des musareignes et même des oiseaux pratiquent aussi l’écho-location. C’est presque plus important que Volaticotherium !

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