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Clonage, on retrouve toujours les mêmes...

Le généticien Louis-Marie Houdebine, l’un des scientifiques parmi les plus actifs partisans des OGM, s’est exprimé en ce début d’année en la faveur de l’introduction dans l’alimentation de la viande clonée en France et en Europe, en contradiction avec le Groupe européen d’éthique, qui vient tout récemment de reconfirmer sa position contre la viande clonée dans l’alimentation.

La Food and Drug Administration (FDA) a donné son autorisation aux Etats-Unis à la commercialisation de viande clonée en janvier 2008, en assurant qu’il n’existe aucune différence entre la viande clonée et la viande non clonée, impossibles à différencier. La même technique et stratégie de vente et d’imposition auprès de l’opinion publique de produits issus d’organismes génétiquement manipulés avait été adoptée dès 1992 pour les végétaux transgéniques avec un concept inventé de toute pièce pour l’industrie : l’équivalence en substance

A bien y regarder de plus près, ce concept est une véritable fumisterie car comment dire biologiquement qu’une plante génétiquement modifiée à laquelle on a ajouté un gène étranger produisant une nouvelle protéine par exemple, avec tout l’inconnu qui existe autour de ce genre de modification, peut-elle être équivalente à une plante non manipulée ? Elles ne le sont manifestement et évidemment pas.

De la même manière, comment dire qu’un animal cloné est identique à un animal non cloné ? La technique du clonage revient à insérer dans une cellule à laquelle on a enlevé le noyau, le noyau d’une autre cellule. Autrement dit, il s’agit de la culture de cellules pour leur noyau contenant un ensemble de données génétiques, pour ensuite insérer cet ensemble dans une autre cellule porteuse préalablement énuclée pour pouvoir permettre le développement d’un nouvel organisme, dont le matériel génétique aura été "cloné".

Cependant, nous voyons bien que ce clonage de données génétiques ne concerne qu’une partie seulement du matériel génétique présent dans un organisme car seuls les éléments génétiques du noyau sont manipulés, alors que le génome d’une cellule ne se limite pas aux gènes du noyau : il existe par exemple de l’ADN mitochondrial et, pour les végétaux, de l’ADN chloroplastique, entre autres, au sein d’un réseau génétique en interrelation complexe. Séparer l’ADN nucléique d’une cellule revient à faire perdre la spécificité ou une partie de la spécificité de cet ADN au cœur de cette cellule spécifique, et il ne s’agit donc pas d’un processus constructif, mais au contraire destructif et dont l’introduction dans une nouvelle cellule préalablement énuclée crée des interférences géno-structurelles entraînant un déséquilibre de l’organisme, comme en témoignent les problèmes de vieillissement accéléré des animaux clonés, potentiellement et ou partiellement reliés à l’état des télomères.

Mais ce type d’aberration biologique est éludé et non pris en compte par l’industrie agrogénétique et les industriels qui les cachent derrière la rapidité du cycle de vie d’un animal dans la chaîne de production alimentaire, faisant que ce genre de problème de vieillissement est invisible et donc ne doit pas selon eux être pris en compte. Il s’agit-là d’un des nombreux exemples d’omission scientifique et de détournement de la technique à des fins de croissance industrielle et de mercantilisation du vivant au bénéfice de quelques groupes privés disposant des moyens techniques et financiers pour réaliser ce genre d’expériences et de productions, sans se soucier réellement des incidences à moyen ou long terme de ce genre de manipulation, que ce soit sur l’environnement, sur la santé animale ou humaine.

Le Groupe européen d’éthique GEE avait conclu sur un avis défavorable à la viande clonée dans l’alimentation en ce début d’année : « Étant donné le niveau actuel de maladies et de problèmes de santé des mères porteuses et des animaux clonés, le groupe doute que le clonage d’animaux à des fins alimentaires soit justifié d’un point de vue éthique. La question de savoir si cela s’applique également à la progéniture demande une recherche scientifique plus poussée. À l’heure actuelle, le GEE ne voit pas d’arguments convaincants pouvant justifier la production d’aliments à partir d’animaux clonés et de leur progéniture ».

Mais les pressions industrielles notamment des multinationales américaines incitent l’Agence européenne de la sécurité alimentaire (EFSA) à préparer un nouvel avis sur la question, avec le soutien médiatique favorable à ces technologies de scientifiques technophiles comme Louis-Marie Houdebine, déjà connu pour son soutien inconditionnel aux biotechnologies végétales, et pour son appui, en tant que chercheur de l’Inra, aux industries les développant.

Toutefois l’avis du GEE a été reconfirmé, et le Parlement européen vient d’adopter début septembre, une résolution appelant à interdire le clonage animal à des fins alimentaires, et a annoncé un embargo sur les importations d’animaux clonés, de leur progéniture, ainsi que de la viande et des produits laitiers issus de cette filière, et ce alors que les autorités américaines s’intéressent aujourd’hui à la commercialisation des animaux transgéniques (et par la même occasion clonés) dans l’alimentation, persistant dans une fuite en avant caractérisant le développement agrogénétique actuel dans ce pays.

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6 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 3 octobre 2008 12:44

    bientot, blade runner et ses clones


    • manusan 4 octobre 2008 07:42

      bien dit, 1 millions de nexus 6 avec la tête de foufouille, ça fait froid dans le dos.


    • Voltaire Voltaire 3 octobre 2008 12:54

      Il n’y a pas de contradiction entre l’avis de la FDA et celui du Groupe européen d’éthique.

      La FDA se base sur une évidence scientifique de sureté pour le consommateur (l’équivalence de la viande provenant d’animaux clonés ou pas), tandis que le GEE justifie son avis d’un point de vue éthique (certains animaux clonés présentant une apparente fragilité plus importante aux maladies).

      En réalité, les deux points de vue sont parfaitement valables. On peut juste se demander si le bien-être des animaux clonés par rapport à celui des animaux élevés en élevage intensif justifie une interdiction spéciale pour les premiers. Comme vous l’indiquez, la durée de vie des animaux élevés à des fins alimentaires est courte, et donc rend en partie caduque le problème de mortalité des animaux clonés. Le plus important me semble ici être l’amélioration des conditions d’élevage, ce qui fait l’objet d’ailleurs de réglementations européennes plus stricte mais encore insuffisantes. Que la viande provienne d’animaux clonés ou non parait très secondaire, dans la mesure où il n’y a effectivement pas de différences en matière de composition de la viande.


      • manusan 4 octobre 2008 08:00

        Du point de vue éthique et scientifique, il y a quand même une grande question qui se pose. La nature a choisi de passer de la reproduction (faire de la masse, comme les bactéries) à la procréation (faire du neuf) à partir d’un certain niveau de complexité de la matière vivante. On peut se poser la question, cette grande révolution dans l’histoire de la vie, n’obéit elle pas à des lois ou équilibres naturelles ?
        Que ce passera t’il si cet équilibre est bouleversé ?

        Bien que tentante pour un tas de raisons, la recherche et l’industrie génétique doit donc se montrer extrémement prudente dans ce domaine, en particulier lorsqu’elle touche la consommation de tous. Est ce le cas aujourd’hui, je ne le crois pas.


      • Forest Ent Forest Ent 4 octobre 2008 02:56

        On peut facilement imaginer que les modifications introduites se développent et produisent leurs effets au bout de quelques générations. Il est donc de la prudence élémentaire d’attendre un siècle ou deux d’expérimentations avant industrialisation.

        Mais soyons fous : attendons simplement le temps nécessaire pour que les techniques correspondantes ne soient plus brevetées. On verra bien s’il reste le moindre politique ou lobbyiste pour prétendre que cela peut servir à quoi que ce soit.

        Ils sont toujours pressés, dans la finance. Pourtant cette année ils sautent peu par les fenêtres et c’est bien dommage. Faut-il qu’on aille les aider ? Et interdiction de les cloner... !


        • foufouille foufouille 4 octobre 2008 11:19

          en fait il se passerait le meme chose qu’avec les plantes. degenerescences et brevet sur brevet
          au cas ou une maladie toucherait cette especes unique (ou "enregistre" au catalogue officiel), on aurait plus rien a bouffer
          bien sur il pourrait y avoir une banque de foetus congele en cas "catastrophe"

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