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Cohabitation et confrontation écourtées pour Homo sapiens et Homo neandertalensis

Une nouvelle étude portant sur la datation de la colonisation de l’Europe par l’homme dit moderne -notre espèce- vient de reculer l’époque de sa confrontation avec son cousin néandertalien. Son cousin, et non son ancêtre.

En effet, selon cette étude, l’homme moderne serait arrivé dans les Balkans il y a 46 000 ans, soit 3000 ans plus tôt que ne l’indiquaient les estimations précédentes, et sa cohabitation avec le néandertalien n’aurait duré que 6000 ans, au lieu de 10 000, soit une période extrêmement courte à l’échelle des temps géologiques.

La chose est à présent de plus en plus admise par les paléoanthropoloques : contrairement à ce qui était enseigné il y a encore quelques décennies, l’homme de Neandertal était loin d’être la brute simiesque au front fuyant, petit à petit remplacée par l’élégant et « supérieur » homme de Cro-Magnon, son supposé descendant. En fait, loin d’être consécutives, ces deux espèces ont fait leur apparition à peu près simultanément il y a quelques centaines de milliers d’années et se sont développées, chacune de son côté. L’isolement géographique aidant, et comme dans n’importe quelle lignée animale, chacun a poursuivi son petit bonhomme de chemin d’évolution en solo, en dérivant au point d’accuser de sérieuses dissemblances. L’une d’entre elles concerne d’ailleurs la capacité crânienne (1, 2), supérieure chez Homo neandertalensis, contrairement à ce qu’on pourrait croire.

Les choses se sont gâtées lorsque l’un des cousins, devenu entreprenant et opportuniste, un peu par évolution, un peu au gré de bouleversements géo-climatiques favorables, s’est petit à petit répandu à travers l’ensemble des continents, et notamment dans la patrie de l’homme de Neandertal : l’Europe.

A partir de là, toutes les études sont formelles : la cohabitation a été courte (quelques milliers d’années) et s’est soldée par la disparition du néandertalien. Sur le fond, cette nouvelle étude ne fait que décaler légèrement la date du début de la confrontation, mais dans les faits, elle accrédite encore davantage la théorie selon laquelle c’est la confrontation directe avec son cousin qui a fait disparaître l’homme de Neandertal.

Quelle forme a pris cette confrontation ? Plusieurs hypothèses sont envisagées, toutes débattues, et il est probable que la vérité comporte un peu de toutes à la fois, en proportions qu’il convient de déterminer.

1/ La guerre directe. Les preuves en sont rares, voire absentes, mais l’hypothèse n’aurait rien de très surprenant. Il n’est que de voir, au cours des siècles de notre histoire, la quantité de génocides qu’ont entraînés des mouvements de populations au sein de l’espèce survivante, nous.

2/ La concurrence pour l’habitat : là encore, les preuves sont difficiles à mettre en évidence, mais le phénomène coule de source. Tel que nous le constatons chaque jour, l’homme moderne tend à occuper tous les habitats disponibles d’une aire géographique donnée. Que son cousin néandertalien ait agi de même ou non, il aurait fallu qu’il occupe une niche écologique sacrément inhospitalière (yéti dans l’Himalaya ?) pour ne pas subir la concurrence de l’Homo sapiens. Lors de cette concurrence, une meilleure maîtrise de la technologie et du langage aurait été déterminante.

3/ L’hybridation, autrement dit, le métissage des populations. En fait, c’est là que se situe la pierre d’achoppement. Si cette hybridation était répandue, on ne pourrait pas considérer qu’il y a eu disparition ou concurrence, mais fusion, comme on les observe actuellement entre les races humaines, et comme on craint qu’elle se produise, par exemple, entre le chat domestique et le chat sauvage d’Europe, aboutissant à la quasi-disparition du génome de ce dernier par dilution. Or, malgré leur pauvreté, les restes fossiles dont nous disposons ne témoignent que d’un métissage au mieux très partiel des deux hommes, si ce n’est inexistant. Guère plus que ce que l’on pourrait trouver entre deux espèces animales très proches, telles que le loup et le coyote.

Et donc, si les deux races se sont côtoyées sans s’hybrider ou presque, c’est qu’elles appartenaient à des espèces distinctes, Homo sapiens et Homo neandertalensis, alors que tous deux avaient à moment donné été considérés comme formant deux sous-espèces d’une même espèce. Il nous faut donc bien admettre que comme n’importe quelle lignée animale, la lignée humaine s’est bel et bien scindée au cours de son histoire. Ce processus a du reste été largement mis en évidence chez les australopithèques, ces hominidés primitifs diversifiés en de nombreuses espèces, dont sont issues celles du genre Homo.

Cette constatation est dérangeante à plus d’un titre, et ses implications ne semblent pas encore avoir pénétré la majorité des esprits, car elle remet en cause beaucoup d’acquis religieux profondément ancrés dans nos subconscients. Après la pilule darwinienne, dure à avaler pour notre ego d’espèce à part dans la création, il restait l’espoir tacite que la lignée humaine était unique, et donc était l’aboutissement logique de l’évolution. La théorie du « dessein intelligent » est le dernier avatar de ce cramponnement à cette idée de l’homme, point culminant et maître de la création, et « à l’image de Dieu ». Or, la réalité est tout autre.

Dérangeante, cette constatation l’est aussi parce qu’elle éclaire d’un point de vue singulier les problèmes de racisme qui agitent nos sociétés. Car, avant l’ère moderne et le mélange des populations, les races humaines actuelles étaient, fort logiquement et en suivant la loi universelle de la spéciation allopatrique (formation des espèces par isolement des populations sur une longue durée), potentiellement des espèces en devenir. Et si l’homme n’avait pas capitalisé et universalisé ses acquis culturels tout autant que technologiques, on peut aisément imaginer que le scénario se serait reproduit (et même ainsi, il nous appartient encore, hélas, de continuer à veiller à ce qu’il ne se reproduise pas).

Le problème trouve une acuité encore accrue dans la découverte récente des restes d’un hominidé plus primitif que notre cousin néandertalien, mais ayant été un contemporain encore plus récent de l’homme moderne : l’homme de Florès. Ce petit « hobbit » d’un mètre de haut, disparu il y a au plus 18 000 ans, serait une survivance insulaire d’un pithécanthrope (pithécanthrope est l’un des termes utilisés autrefois pour désigner les formes primitives du genre Homo tel qu’il est défini actuellement, à savoir Homo erectus et Homo habilis). En toute logique, sa disparition, dont il n’est pas impossible qu’elle ait eu lieu très récemment, peut-être même aux temps historiques, serait elle aussi liée à l’expansion de l’espèce moderne, au gré de son exploration des îles de la Sonde. L’hypothèse est si dérangeante qu’elle est encore loin d’être admise par l’ensemble de la communauté scientifique, beaucoup n’y voyant qu’une forme de nanisme similaire à celui des Pygmées d’Afrique équatoriale. Hasard ou relation de cause à effet : les fossiles de l’homme de Florès sont pratiquement séquestrés par un mandarin local, et les équipes de chercheurs qui l’ont découvert se trouvent privés de l’accès à ses restes, au mépris de la déontologie internationale de la recherche scientifique.

Loin de sa relative uniformité actuelle, la lignée humaine a donc été beaucoup plus variée dans le passé, et un visiteur temporel explorant les dernières centaines de milliers d’années s’émerveillerait sans doute de la richesse du « bestiaire humain ». Il en subsiste tout de même un aperçu éloigné, lorsqu’on regarde du côté des genres les plus proches de Homo. Il existe actuellement deux espèces de chimpanzés (l’une comportant plusieurs sous-espèces), une ou deux de gorilles, une ou deux d’orangs-outans (le statut d’espèce à part entière n’est pas encore totalement tranché au sujet du gorille de l’Est et, dans une moindre mesure, de l’orang-outan de Sumatra). Mais surtout, les moins souvent cités et pourtant les plus abondants en nombre d’espèces : les gibbons. Ces anthropoïdes, proches parents de la lignée humaine mais moins étudiés que les « grands singes » (groupe composant la famille des pongidés et pour lequel existe le terme anglo-saxon « ape », sans équivalent en français), comportent plus de dix espèces. « Grands singes » ou non, tous les anthropoïdes sont en grand danger d’extinction, excepté, bien sûr, Homo sapiens. Espérons que cette fois-ci, celui-ci ne laissera pas ses cousins survivants prendre le même chemin qu’Homo neandertalensis, même s’il investit inexorablement leur espace vital.


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11 réactions à cet article    


  • (---.---.137.30) 1er mars 2006 11:20

    « serait arrivé », « de plus en plus en admise » « preuves rares (?) », « preuves difficiles », « constatatation dérangeante », « il n’est pas impossible », etc... et tous les passages du conditionnel à l’indicatif, hum...chacun s’amuse comme il peut (on ne voit pas en quoi la science peut-être dérangeante, sauf pour les gens qui ont besoin d’a-priori).


    • Scaton l’africain (---.---.1.1) 1er mars 2006 12:47

      C’est la sacralisation du darwinisme qui pose problème. Comment ne pas remettre en cause une théorie que le temps ne fait que démonter ?


      • Jojo (---.---.158.64) 1er mars 2006 13:41

        C’est exactement le contraire. On cherche vainement à confirmer la Bible... Trop marrant que des fables datant de 4000 ans, racontées par des bergers au coin du feu, qui n’avaient aucune notion du monde hors de leurs pâturages, puissent encore servir de référence scientifique à certains.


      • Jojo (---.---.158.64) 1er mars 2006 13:37

        L’histoire des « hobbits » indonésiens va dans le même sens.

        http://www.sciencepresse.qc.ca/archives/2005/man171005.html


        • (---.---.115.51) 2 mars 2006 06:09

          Selection naturelle est essentielle.


          • neo1 (---.---.81.10) 2 mars 2006 06:57

            Pour aller plus loin sur la disparition de neanderthal, le dessin intelligent, l’évolution de l’homme je vous conseille ce site : http://www.hominides.com/index.html


            • Copas (---.---.110.7) 10 mars 2006 22:27

              Les hypothèses sur la disparition de Nehandertal demandent encore + de recherches et d’investigations (même si des avancées importantes ont été faites sur les ADN de certains individus).

              De même les hypothèses sur la présence en Europe de Cro Magnon, particulierement sur l’ancieneté de sa présence sur ce sous-continent necessitent encore des percées.

              46 000 ans dans les Balkans ? 92 000 ans ans dans les terres situées maintenant en Israel et en Palestine (à Skhûl, en Israël)... Ce nomade redoutable aurait mis 46 000 ans pour aller de Skhûl jusqu’aux Balkans ? En supposant qu’il n’ait pas été plus tôt encore au proche-orient ...

              Hum, 3 à 4000 kms pour 46 000 ans, ça doit faire dans les 80 mètres par an, non ? Même un escargot fait mieux.

              Deux hypotheses s’offrent alors :

              * Soit un contingentement territorial puissant de la part des Néhandertaliens envers les croc magnons . Ce qui était probablement difficile étant donné l’extreme dispertion et le très faible nombre d’individus sur les territoires concernés, impliquant forcement de grandes porosités peu aptes à maintenir un verrouillage territorial puissant et permanent contre d’autres populations.

              * Soit il nous manque des nonos de nos prestigieux ancêtres à decouvrir en Europe qui montreraient qu’ils étaient là bien plus tôt.

              Probablement un mixte des deux....

              Les Spés me corrigeront ...

              Copas


              • Thucydide (---.---.140.149) 12 mars 2006 15:46

                Vos objections sur les distances de migration sont valables, et il est possible que de nouvelles études ou découvertes bouleversent le scénario que j’ai repris ici -qui est le scénario le plus fréquemment admis en l’état actuel de nos connaissances. Mais je voudrais souligner que les distances ne sont en rien un frein à l’expansion animale ou humaine, ce qui explique pourquoi la faune d’Europe orientale est différente de la nôtre. Ce sont les changements d’habitat ou les barrières naturelles qui sont un frein à l’expansion animale. Donc, il est tout à fait possible que le scénario présenté ici soit incomplet ou erroné, mais il n’y a rien d’obligatoire à ce qu’il le soit.


                • techno 11 septembre 2007 16:14

                  « l’homme moderne tend à occuper tous les habitats disponibles d’une aire géographique donnée. »

                  Pas vraiment d’accord : vous ne parlez que sur une poignée de générations ! Il y a un savant qui a réussit à faire muter un crapaud, obenir une espèce à partir d’une autre, uniquement en changeant son environnement sur plusieurs générations.

                  Cela ne me semble pas évident d’affirmer qu’une espèce peut se répartir sur des territoires différents en ne changeant pas : c’est vrai uniquement sur un laps de temps bien restreint Si vous écoutez ce que vous disent les biologistes chevronés, qui ont eu le temps d’avoir une vue d’ensemble ; leur conclusion est : la vie évolue par des hasards incroyables, totalemnt improbables !

                  Je traduis : aucune chance pour qu’une espèce qui se dissémine dans un environnement varié évolue partout dans le même sens

                  Et même, plus d’un article suggère qu’une adaptation disparue pourrait ressurgir si l’environnement qu’il l’a fait apparaître, revenait.

                  ensuite : deuxième sujet avec lequel je ne suis pas d’accord une technique évoluée ne siginifie pas une société évoluée

                  NON ! savoir marcher ne signifie pas qu’on aille dans la bonne direction ! ! !

                  une société se considère de 2 manières ( cfre le macroscope)

                  dire qu’une société a une technique évoluée signifie que sur le plan microscopique elle est a atteint certain buts, mais elle peut évoluer en oubliant le seul objectif qui justifie un regroupement d’individu : optimiser le bien être de ses membres

                  Exemple : la Chine qui s’est momifiée en ne propageant pas ses découvertes

                  utiliser une technique complexe ne me paraît pas un signe d’intelligence globale

                  autre exemple de l’informatique : un programme hyper compliqué et complexe ne remplit pas nécessairement son objectif

                  on peut parler avec un langage complexe des termes compliqués mais sortir des bêtises à longueur de temps, ou perdre en clarté : et même trop de termes ne nuirait-il pas à la compréhension d’une langue ?

                  Mais dans notre société, il y a beaucoup de « pyramides égyptiennes », des gouffres à énergie et à vie humaine, qui n’existent que pour la gloire de certains, donc, rares sont les gens qui vont se demander si une société assez stupide pour construire des tombes gigantesque et entourer une momie de kilos d’or était vraiment intelligente... (mais j’ai tort, c’est vrai, car en écrivant ça j’ai oublié que ce sont les dieux qui voulaient ces tombes, et les dieux suffisent à rendre les gens heureux comme tout le monde doit le savoir)

                  ...et se demander si les gorilles ou les pandas qui se prélassaient dans un environnement délimité et qui a comblé tous leurs besoin, tant que le sympathique et intellligent homo sapiens ne les a menacés, n’ont pas atteint un objectif que la plupart des sociétés humaines sont incapables d’atteindre


                • Obofix (---.---.89.237) 27 octobre 2006 06:33

                  @Thucy Est-ce une représentante de l’espèce Cro-Magnon ou Homo Neanderthalensis, sur l’image d’illustration ? (J’ai l’étrange sentiment de l’avoir baisée par un soir de grande ivresse)

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