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De l’illusion newtonienne aux mystères quantiques

 La physique moderne se sépare en trois branches, la cosmologie qui étudie l’univers, la physique quantique qui étudie les particules matérielles et la physique statistique qui étudie les systèmes matériels complexes. Et cet ensemble laisse le penseur fort perplexe. Des centaines d’ouvrage ont été publiés sans que la matière ne soit comprise dans ses ressorts les plus profonds. Seule la cosmologie paraît s’accorder avec le sens commun et encore faut-il se baser sur la physique newtonienne car après, le schéma devient énigmatique mais très efficace du point de vue opérationnel. La mécanique céleste de Newton aboutit à un malentendu avec la nature alors que la physique quantique induit un non entendu, autrement dit les physiciens n’entendent rien de la nature microphysique qui pourtant épouse les mailles du filet mathématique qu’ils ont tendu. Bref, toute cette cuisine mathématique nous incline à méditer sur l’ignorance de la science. Non pas une ignorance telle qu’on la sert dans les cours d’épistémologie pour étudiants post-pubères en classe de terminale supérieure à l’université mais une ignorance plus fondamentale. L’ignorance scientifique ordinaire s’inscrit dans une vulgate naïve où le savant se sait face à des questions mais suppose qu’avec le progrès et les expériences scientifiques il finira par avoir les réponses. Ce présupposé a bien fonctionné et sans être vraiment le carburant intellectuel déterminant, il a permis à la science moderne d’avancer. L’ignorance du second type est ontologique. Elle repose sur une difficulté à interroger et penser le réel. Les expériences scientifiques ne peuvent rien dans ce cas et peut-être que certaines questions ne peuvent avoir de réponses car elles échappent aux capacités de la pensée humaine.

 Retour vers le 17ème siècle avec Newton dont la mécanique rationnelle utilise des notions corrélées au sens commun. La masse est mesurée mais sans instrument de mesure, elle s’inscrit dans une vision commune car tout un chacun sait en soulevant deux objets d’un poids différents que l’un est léger et l’autre lourd. Même chose pour d’autres notions comme la vitesse, l’accélération, la force. L’idée géniale de Newton fut de considérer comme une unique force la cause du mouvement circulaire des corps célestes autour du soleil et la cause de la chute des corps. Ainsi naquit la science moderne avec des calculs précis en mécanique au prix d’une illusion ontologique puisque pas plus l’attraction céleste que la chute des graves ne sont dues à des forces mais par contre, lorsqu’un individu met en mouvement une charrette ou bien lance un projectile, là il s’agit d’une force mécanique efficiente. La mécanique newtonienne a été utilisée pour régler les canons et elle suffit pour envoyer un homme sur la lune. Mais la gravitation n’est pas une force strictement mécanique et efficiente. C’est autre chose. La vision du monde héritée de la mécanique newtonienne épouse le bon sens mais elle est naïve comme peut l’être toute réduction de la nature à une utilité.

 La physique du 19ème siècle prend une tournure inédite avec la mécanique rationnelle de Laplace et Lagrange. Deux notions clés, l’énergie potentielle et l’énergie cinétique. Un principe clair, celui de la conservation de l’énergie s’il n’y a pas d’influence externe. Pendant la chute d’un corps, la somme des deux énergies reste constante, autrement dit l’énergie potentielle se transforme en énergie cinétique. Mais un autre principe a suscité bien des interrogations, c’est le principe de moindre action postulant que la trajectoire d’un corps est celle qui rend extrémale l’intégrale du lagrangien. Et ce lagrangien, c’est la différence entre l’énergie cinétique et l’énergie potentielle. Les physiciens n’ont jamais vraiment compris quel enseignement en tirer sur la nature physique ni quelle signification accorder au lagrangien. Tout au plus, ce principe a été un sujet de méditation sur les causes finales dans la nature. Ce qu’on sait actuellement, c’est que ce principe est universel, on le retrouve masqué dans la thermodynamique, la cosmologie relativiste (dans laquelle il apparaît comme action stationnaire) et même dans la mécanique quantique où cette fois il est transformé pour apparaître dans la méthode de l’intégrale des chemins inventée par Feynman. La physique contemporaine n’est pas au bout des surprises. Le théorème de Noether s’avère fascinant. A toute translation épousant un axe correspond une conservation d’une grandeur. L’énergie est conservée lors d’une translation temporelle, l’impulsion lors d’une translation spatiale et le moment cinétique lors d’une rotation. Rien de bien étonnant sauf que dans la mécanique quantique, un paramètre nouveau apparaît en conjonction avec la nature vibratoire des particules dont la représentation avec la fonction d’onde nécessite un paramètre, la phase (comme dans le courant alternatif). Lors d’une translation de phase d’une particule comme l’électron ou le proton, la grandeur qui est conservée est la charge électrique. C’est ainsi que s’exprime le principe fondamental de symétrie énoncé par Noether et appliqué à une particule chargée. On sait que deux particules chargées s’attirent ou se repoussent mais la physique ignore pourquoi d’où provient la constante élémentaire de charge et pourquoi elle reste invariante. L’univers matériel reste un mystère et ce n’est pas la mécanique quantique qui permettra d’y voir plus clair, bien au contraire, car le mystère est au bout des particules. 

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 Sous réserve de l’existence d’un génie méconnu, on peut dire avec certitude qu’aucun physicien ne comprend ce que signifie la mécanique quantique en terme d’ontologie de la matière. Feynman, ce génie des calculs ondulatoires qui à ses heures perdues fracturait les serrures de coffre-fort n’a pas réussi à craquer le code quantique et d’ailleurs dans ses conférences, il se plaisait à étonner ses auditeurs en affirmant que la mécanique quantique était d’une efficacité redoutable mais que personne ne comprenait pourquoi ça marche ainsi. La mécanique quantique reste un hiéroglyphe qui ne trouvera peut-être jamais son Champollion. Et d’ailleurs, accéder au formalisme quantique nécessite une connaissance des mathématiques réservée à quelques heureux élus parvenant aux études supérieures. La littérature est riche en ouvrages de vulgarisation où souvent, les images poétiques servent à illustrer le comportement facétieux des particules. Pour ceux qui maîtrisent un peu les maths, il y a les manuels classiques. Le Feynman est souvent proposé aux étudiants mais le meilleur texte en la matière reste quand même le Dirac publié en 1930 et traduit aux PUF en 1931. Ce traité explique clairement les fondements de la mécanique quantique et c’est la marque d’un esprit génial qui a su exposer avec tant de cohérence et de clarté ces formules mathématiques permettant de décrire la dynamique des particules et autres processus élémentaires. Autant dire que la mécanique quantique a complètement renversé la vision du monde naïve héritée du 19ème siècle, avec bien évidemment le concours de la seconde révolution physique, celle d’Einstein. Les physiciens ont dû se faire à l’idée qu’il n’existe pas d’éther matériel et de référentiel spatiotemporel absolu mais aussi que le monde invisible et microphysique ne peut pas être extrapolé à partir de la mécanique rationnelle classique. A l’échelle quantique, il se produit une rupture épistémologique ; la matière perd ses qualités « ordinaires » de masses manipulables et formalisables comme des points matériels se déplaçant dans l’espace et le temps. En plus, l’idée d’un monde physique extérieur à l’expérimentateur doit être abandonnée car l’observation microphysique doit prendre en compte l’observateur et son dispositif. Pour le dire avec une image, dans la physique classique, un monde objectif est photographié par l’instrument alors que dans la physique quantique, au moment où le photographe déclenche l’observation, c’est comme s’il créait l’image qu’il photographie dans son instrument.

 L’une des notions clé de la mécanique quantique, c’est l’observable qui est un opérateur mathématique hermitique. Et c’est là tout le côté étrange de cette physique. La particule est décrite comme une fonction d’onde, c’est-à-dire une superposition de fonctions complexes (dans le sens mathématique, avec une partie réelle et une partie imaginaire). On perd complètement la notion de sens commun puisqu’un nombre complexe ne peut pas correspondre avec le monde réel. Le point de raccordement se situe au niveau des observables. Le lien n’est pas simple. Il faut d’abord introduire un opérateur qui effectue une opération sur les fonctions d’onde. Il existe des opérateurs pour l’impulsion, pour l’énergie, pour l’énergie complète (p2/2m + V), désigné comme opérateur hamiltonien ainsi que pour la position. Si en effectuant une opération, on multiplie la fonction d’onde (vecteur d’état) par un nombre entier, alors ce nombre est une valeur propre. C’est un nombre réel et c’est ce qui peut être mesuré. En physique quantique, les paramètres qu’on peut mesurer sont donc les valeurs propres de ces opérateurs aux propriétés particulières que sont les observables. Ce n’est pas simple et même étrange Il y a même un paramètre qui n’existe pas dans la mécanique classique, c’est le spin, mouvement de rotation interne qui découle de l’observable associé au moment cinétique.

 L’univers quantique est très curieux, suscitant le silence des physiciens ou bien l’invention de thèses inédites, celles de l’holomouvement proposée par Bohm ou bien Capra et ses aventures dans les philosophies d’Orient. Réel voilé disait Espagnat alors qu’un Penrose tente de relier la conscience aux phénomènes quantiques. Les interprètes de la physique quantiques sont un peu à l’image des kabbalistes. Chacun son interprétation à partir d’un texte mathématique unique et maintenant presque définitif. La piste la plus prometteuse est celle d’un double monde. Penrose suggère en effet l’existence de deux réalités, R, monde des observations et U, monde des vecteurs d’états complexes. Cette idée est évidente. Le monde quantique est représenté comme une écume d’où jaillissent des embruns, les observations, alors qu’en dessous on trouve un océan fait d’ondes complexes, de fluctuations du vide et autres cortèges de mystères. La physique des particules ouvre un monde supplémentaire qui n’était pas prévu à l’origine par le formalisme quantique orthodoxe (tout au plus voit-on apparaître le positron dans l’équation de Schrödinger étendue dans un contexte relativiste par Dirac).

 Avez-vous noté que des hackers peuvent entrer dans les ordinateurs du Pentagone malgré des sécurités numériques conçues par les meilleurs informaticiens alors que personne n’a encore compris et craqué le code quantique. C’est en vérité parce que les codes informatiques ont été créés par l’homme. Cette boutade suggère que les mystères de la nature dépassent les possibilités de l’entendement humain et c’est un prétexte pour adopter une position d’humble intelligence. Il faut en effet une bonne dose d’intelligence pour concevoir que le secret de la mécanique quantique est bien caché et que la compréhension de la nature échappe à l’intelligibilité humaine. Le physicien peut mesurer les particules et les prendre dans les mailles de son filet mathématique mais il ne sait pas quelles interprétations tirer du formalisme. Il est pris par le spectre de la docte ignorance. Il connaît ce qu’il ignore mais ne trouvera dans l’expérience aucune réponse. Néanmoins, il peut trouver un jour, contrairement au jeune qui à Woodstock pensait trouver des réponses sans savoir ce qu’il cherchait. Craquer le code quantique, ce peut être un jeu mais aussi un enjeu intellectuel pour le 21ème siècle. Que veut nous dire la nature à travers cette énigmatique succession de symboles mathématiques ? Le jeu est ouvert, qu’on soit américain, français, italien, russe, chinois ou ivoirien. Peut-être vais-je tenter d’en dire un peu plus.

 


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23 réactions à cet article    


  • Gandalf Claude Simon 11 juillet 2012 10:00

    Il ne s’agirait pas cependant, du fait que l’observation décide du comportement de certains faits quantiques, de réintroduire un anthropocentrisme.


    Le fait est qu’un observateur issu de la physique classique, tend à rompre certains états quantiques. Les phénomènes issues de l’interaction entre les deux épistémologies sont néanmoins fort intéressants.

    • Gandalf Claude Simon 11 juillet 2012 11:56

      Questionner la physique pour comprendre pourquoi elle répond à certaines lois et faits et pas d’autres a, à ma connaissance, n’a pas été très fécond. Peut-être parce que l’homme est à l’univers ce que le ver est au fruit : il ne peut avoir connaissance de l’aspect général du fruit s’il n’en sort pas. Autant aller se battre contre d’autres moulins à vents.


      Et ce n’est pas tant l’intelligence humaine qui doit être mise en cause dans un possible échec de la physique, mais les échelles de grandeur particulièrement extrêmes qui façonnent l’univers (énergie extrême du big-bang qu’il faudrait reproduire pour réunifier les quatre forces, échelle de Planck pour valider la théorie des supercordes). Enfin, tout n’est pas désespérant dans ce domaine (par ex :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Microscope_(satellite) ).

      Avec le temps, on finit par côtoyer la mécanique quantique sans s’interroger sur ses étrangetés et l’accepter pour ce qu’elle est, à savoir des faits.

      • lsga lsga 11 juillet 2012 12:16

        « Penrose suggère en effet l’existence de deux réalités, R, monde des observations et U, monde des vecteurs d’états complexes. Cette idée est évidente.  »

        Pas si évident vu le caractère sulfureux de Penrose et les polémiques qu’il a suscité. D’ailleurs, ce genre d’énoncé est de la simple métaphysique, comme il en a toujours existé. 

        Vous semblez rechercher désespérément une ontologie, pas étonnant que vous finissiez sur des réalités ’cachées’. C’est votre postulat de départ : les objets que vous avez sous les yeux ne vous semble pas être les vrais objets, la science aurait pour objectif de découvrir la nature du réel. 

        Vous devriez retourner faire une petit tour dans les « cours d’épistémologie pour étudiants post-pubères », vous verriez que la question de l’ontologie, y compris de la physique quantique, y est passée à la moulinette des théories du langage. La question de savoir ce qui existe (’tout’ smiley ) y est rapportée aux problématiques de la révolution Frégéenne de la logique et notamment de la dure réduction du concept d’existence à un simple quantificateur.  Est-il nécessaire de rappeler que malgré l’avance au 19ème siècle de la théorie des groupes (avec Lagrange) et des géométries non standards, c’est la révolution de la logique mathématique opérée par Frege début 20ème qui va permettre à toutes les sciences de se fondre dans les formalismes et de se débarrasser de la problématique encombrante de l’intuition ? Votre fascination pour Lagrange est symptomatique des physiciens qui s’accrochent à l’intuition comme les sorcières à leur balai. Abandonnez toute velléité de comprendre intuitivement le réel : voilà ce qu’ont fait les mathématiciens depuis 1 siècle et que visiblement les physiciens n’arrivent toujours pas à accepter. La science n’existe pas pour découvrir ’la nature du réel’, mais pour créer des modélisations et faire des prédictions. Faites le deuil de votre métaphysique. 

        Aujourd’hui, toute bonne réflexion sur l’ontologie doit s’appuyer dans un premier temps sur la question des quantificateurs et de la référence. Vos étudiants post-pubères en épistémologie s’appuient ensuite sur ces réflexions pour développer les problématiques classiques de l’ontologie en science avec par exemple des réflexions sur la permanence de l’objet de la science lors des changements de paradigmes... Autant dire qu’on est très loin des questions que vous posez sur la nature de l’ontologie quantique.... Finalement, vous avez assez bien résumé la différence entre l’épistémologie et la métaphysique. 

        Bref, les réflexions de Quine sur la question de l’ontologie des prédicats du second ordre sont certainement celles qui ont le mieux attrapé la problématique de l’ontologie. On se dote de l’ontologie dont on a besoin en fonction des problèmes qu’on a à résoudre. Finalement, l’ontologie se résume à une question d’élégance, l’important étant d’éviter d’utiliser un marteau pour écraser une mouche. 

        Je ne maîtrise pas suffisamment les formalismes de la physique quantique pour prétendre en parler, mais une chose est certaine, les énoncés métaphysiques de Penrose n’apportent rien, et la science n’est pas la discipline chargée de découvrir la « nature » du réel (si jamais l’énoncé a un sens.). 


        • lsga lsga 11 juillet 2012 12:20

          Un bon résumé de là où on en est aujourd’hui :


          vous remarquerez que la poésie de Penrose (magnifique, soit dit au passage), n’y figure pas. 

        • Denzo75018 11 juillet 2012 16:45

          Merci parce que cet article : Quel charabia abscons !


        • lsga lsga 11 juillet 2012 17:28

          Il s’agit simplement d’une superposition des énoncées de la philosophie ’’naïve« des physiciens. 


          Beaucoup de scientifiques en effet se sont lancé dans leurs études en étant persuadés qu’ils allaient chercher la ’vraie’ nature des choses. Cela correspond à ce qu’était le paradigme scientifique du 19ème siècle, réductionniste, qui cherchait en effet les éléments constitutifs de la nature et qui nous abreuvait d’énoncés du type »en fait, le Feu, c’est ça...« , »en fait l’eau c’est ça« , »en fait la chaleur c’est ça...« etc. 

          Il faut dire que les études scientifiques réalisées jusqu’en terminal favorisent ce biais épistémologique. On use et abuse des représentations graphiques pour les fonctions, de la géométrie dans l’espace, et autres outils mathématique plus utiles à l’ingénieur qu’au scientifique. 

          Or, depuis le début du 20ème siècle, la révolution de la logique mathématique à signer le deuil de l’intuition et de la représentation en science. Certes, comme le dit l’auteur, cette révolution avait commencé au 19ème avec le théorème de Lagrange (qui préfigurait la théorie des groupes) et les géométries non euclidiennes, mais c’est bel et bien le calcul des prédicats qui va signer l’arrêt de mort des ’représentions mentales’ (des modèles attendus) en mathématiques. Les axiomes perdent alors leur statut de ’vérités évidentes’, et le corollaire pour les sciences physiques sera qu’elles perdront leur statut de révélatrice de la ’nature des choses’, voir même d’explication de la réalité. 

          Bien entendu, les physiciens refusent de perdre ainsi leur fonction métaphysique à laquelle ils étaient très attachés, et quand ils essayent de philosopher sur leur discipline, cela donne précisément le genre d’article que l’auteur a rédigé ici. Ils font fi des développements philosophiques sur les questions ontologiques depuis le début du 20ème, refusent d’admettre que la question même »Qu’est-ce qui existe ?« est en fait directement liée aux questions »Que veut-on dire ? Que peut-on dire ? ". Pourtant, les philosophes des mathématiques ont appuyé ces réflexions sur des formalismes extrêmement rigoureux.

          Bref, au lieu de considérer la ’matière noire’ comme une solution adhoc qui cache une imperfection de la théorie, au lieu de prendre les équations d’incertitudes de Heisenberg (le fameux lien entre observateur et particules... ) comme un indice de la nature instrumentaliste de la théorie quantique ; ils préfèrent prendre toutes leurs théories au pied de la lettre. Cela donne toutes ces théories touchantes de naïveté telles que celles développées par Penrose, qui sont franchement à ranger à côté de celle de Paracelse, tant par leur mysticisme, que leur proximité avec la science et leur beauté théorique. 


          Pour rappel : l’interprétation classique aujourd’hui sur les équations d’incertitudes d’Heisenberg est qu’en fait la physique quantique ne nous parle pas directement du monde microscopique, mais de notre capacité à en parler. Exit le voile de Maïa de l’abeille, c’est certes moins poétique mais franchement plus probable. Une référence sur la question :

          Le but de cet ouvrage est de tirer toutes les conséquences d’une idée formulée très tôt dans l’histoire de la mécanique quantique : celle que cette théorie traduit une situation d’inséparabilité entre l’objet et l’instrument servant à son investigation expérimentale, et que par conséquent elle ne fournit pas une image de la nature mais seulement « l’image de nos rapports avec la nature » (W. Heisenberg).

          Bref, quand les physiciens pre-mortem prétendent faire le job des épistémologues post-pubert, ça donne souvent des théories ultra-idéalistes, du Bogdanov tartiné de tantrisme et caché derrières des énoncés complexes qui font peur au Quidam comme le Latin devait impressionner le manant. 

          Si tout ça vous intéresse, je vous conseille de commencer par là :

          ça permet de bien comprendre la nature de la recherche scientifique sans pour autant rentrer dans des formalismes trop abstraits.

        • Leo Le Sage 11 juillet 2012 12:47

          Que pensez vous du boson de Higgs ?
            utilité de la recherche
            utilité du résultat
            perspective d’avenir
            champ d’application
            validité du concept

          Merci


          • lsga lsga 11 juillet 2012 17:54

            la recherche fondamentale n’a pas à se soumettre à une quelconque dictature de l’utilité ou de l’application. Cela vient souvent bien après (ex : géométrie non euclidienne au 19ème => physique relativiste d’Einstein début 20ème => Lancement des satellites aujourd’hui ). Tant qu’à la ’validité du concept’, l’expérience du LHC vient précisément de corroborer la théorie. 


            Perspective d’avenir ? Dans quelques siècles, nous utiliserons des sciences physiques aussi différentes des théories actuelles que la physique quantique peut l’être du tableau de Mendeleïev. 

          • Leo Le Sage 12 juillet 2012 06:05

            @Par lsga (xxx.xxx.xxx.105) 11 juillet 17:54

            Vous dites : « la recherche fondamentale n’a pas à se soumettre à une quelconque dictature de l’utilité ou de l’application »

            EXEMPLE : « champ d’application »

            La connaissance de l’electron a permis de mettre en oeuvre l’electronique et de l’améliorer.

            « The concept of an indivisible quantity of electric charge was theorized to explain the chemical properties of atoms, beginning in 1838 by British natural philosopher Richard Laming ;[4] the name electron was introduced for this charge in 1894 by Irish physicist George Johnstone Stoney. The electron was identified as a particle in 1897 by J. J. Thomson and his team of British physicists.[6][12][13] » (source Electron - Wikipedia, the free encyclopedia )

            L’Atome je vous rappelle a été pensée par les grecs...
            "La théorie atomiste, qui soutient l’idée d’une matière composée de «  grains » indivisibles (contre l’idée d’une matière indéfiniment sécable), est connue depuis l’Antiquité, et fut notamment défendue par Leucippe et son disciple Démocrite, philosophes de la Grèce antique. Elle fut disputée jusqu’à la fin du XIXe siècle et n’a plus été remise en cause depuis lors. C’est ainsi sur les propriétés des atomes que reposent toutes les sciences des matériaux modernes"

            (source : Atome - Wikipédia)

            Donc, la question se pose bien.

            CQFD


            Cordialement

            Leo Le Sage


          • lsga lsga 12 juillet 2012 10:48

            Oui, il y aura certainement des applications pratiques à la découverte du boson de Higgs, mais on a pas à soumettre la recherche scientifique à un impératif de résultats pratiques. 


            Concernant l’atome, voilà typiquement l’exemple de ’vrais’ problème d’ontologie en science physique, très éloigné des spéculations métaphysique de l’auteur.

            Non, les grecs n’ont pas découvert l’atome. Démocrite à spéculé l’existence de morceau de matière insécable, c’est tout. Les atomes du tableaux de Mendeleïev n’ont rien à voir avec ceux-là. D’ailleurs, la question ontologique classique aujourd’hui est : les atomes existent-ils encore ? Ils ont en effet disparus des équations de la physique, c’est à dire réduit à leurs constituants. 

          • Leo Le Sage 12 juillet 2012 11:35

            @AUTEUR/Par lsga (xxx.xxx.xxx.105) 12 juillet 10:48

            Vous dites : « Non, les grecs n’ont pas découvert l’atome. Démocrite à spéculé l’existence de morceau de matière insécable, c’est tout. »

             
             
             
             J’ai écrit :
             
            L’Atome je vous rappelle a été pensée par les grecs

             
             
            Pas découverte...

            Bien sûr ce n’est pas le même atome... smiley

            Oui, grâce au microscope à effet tunnel et surtout à la modélisation informatique, il n’est plus nécessaire de s’intéresser à l’atome mais à ses constituants en reprenant vos mots smiley

             
            Cordialement

            Leo Le Sage


          • L'enfoiré L’enfoiré 11 juillet 2012 18:01

            En gros, on peut considérer que Newton a une physique matérialiste à l’échelle humaine.
            Einstein, c’est l’échelle de l’infiniment grand où le temps a une importance majeur.
            Le quantique, à l’échelle de l’infiniment petit. Là, où ne peut plus mesurer le temps et où les atomes peuvent se trouver à des endroits différents en même temps..


            • citoyenrené citoyenrené 11 juillet 2012 18:44

              @ l’auteur,

              article intéressant, sans trop comprendre, mais ça n’empêche pas de lire

              je regarde depuis hier un cycle de 3 conférence du physicien du cea Etienne Klein sur la physique quantique

              cela vous intéressera peut être

              1 - Comment La Physique Quantique est elle née



              • herbe herbe 12 juillet 2012 23:13

                Merci pour les liens !

                c’est long mais ça vaut le coup...

              • herbe herbe 11 juillet 2012 22:50

                Votre article et surtout cette phrase :
                "L’ignorance du second type est ontologique. Elle repose sur une difficulté à interroger et penser le réel. Les expériences scientifiques ne peuvent rien dans ce cas et peut-être que certaines questions ne peuvent avoir de réponses car elles échappent aux capacités de la pensée humaine. « ,
                m’a fait pensé à quelque chose que j’ai retrouvé en faisant une recherche.
                ce sont les »unknown unknowns« 

                Pour creuser voici des liens :
                http://en.wikipedia.org/wiki/There_are_known_knowns
                http://en.wikipedia.org/wiki/Unknown_known
                http://www.dedefensa.org/article-notre_monde_des_unknown_unknowns__11_04_2011.html

                De Rumsfeld à dedefensa on peut l’appliquer à notre situation politique et sociétale, ça pourrait déboucher sur de grands changements sociétaux , et on peut l’appliquer en science selon l’extrait de wikipédia : »Theoretical physicist Lawrence Krauss uses the quote as opening to the second chapter of his book A Universe from Nothing« 

                Je recopie pour ceux qui préfèrent en français la traduction de dedefensa :
                 » il y a les choses dont savons que nous les connaissons ; il y a les choses dont nous savons que nous ne les connaissons pas (puisque nous savons qu’elles existent mais que nous ne les connaissons pas) ; et puis il y a les choses que nous ne connaissons pas, et dont nous ne savons pas par conséquent que nous ne nous les connaissons pas (puisque nous ne savons pas qu’elles existent, et que, évidemment, nous ne les connaissons pas)"


                • diverna diverna 11 juillet 2012 23:41

                  L’article en soi ne m’a rien apporté mais je viens de découvrir qu’Isga (voir commentaire ci-dessus) devrait nous faire des articles scientifiques parce qu’il a un vrai talent.


                  • BlackMatter 12 juillet 2012 01:44

                    C’est sûr. Il m’a mis sur le cul !


                  • lsga lsga 12 juillet 2012 10:50

                    désolé, je suis passé du côté de la propagande Marxiste

                     smiley 

                  • slipenfer 11 juillet 2012 23:49


                    j ’ai un ami vraiment scientifique, c’est incroyable la souffrance et la tristesse de sa vie
                    comment peut-on sacrifier son esprit à des tourments pareil. ???


                    • Hervé Hum Hervé Hum 12 juillet 2012 01:22

                      Si les hackers peuvent percer les codes informatiques les plus difficiles c est que tous ces codes ont une origine. Tandis que le code quantique n en a pas. Cela parce que (pour ce que j en sais comme couple onde/corpuscule) c est une itération de sens. Or, une itération prend une valeur fixe qu au moment où elle est stoppée. Mais sans jamais donner de réponses définitive  !

                      Reste que la mécanique quantique ne sort pas de l anthropocentrisme vu que cette association onde/corpuscule soutient la comparaison entre esprit/corps.

                      Ainsi il est aisé d observer les choses extérieures a soi, mais bien difficile de s observer soi même. Toujours en raison de cette fameuse itération. Et l humain me paraît alors tel un chien courant après sa queue...


                      • thepouet 12 juillet 2012 04:55

                        Je souhaiterais rectifier un poncif largement propagé :
                        Non, ce n’est pas Newton qui a « inventé » la loi de la gravitation, pas le principe du moins.

                        En 1618, Kepler a découvert, partant d’une intuition géniale, ( mesures, confirmations etc. ), une harmonie dans l’orbite des planètes :
                        il a remarqué que, pour chaque planète, le rapport des années ( le temps pour faire un tour de soleil ), élevé au carré = le rapport des distances au soleil, élevé au cube
                         !!
                        D3/D’3 = T2/T’2 ( A )
                        Puis vint Huyghens

                        V2/D = accélération centripète ( B )

                        Si vous accrochez un boulon à une corde, et vous faîtes tournoyer, la contre force que subit la corde, c’est l’ accélération centripède.


                        Eh bien croyez le si vous voulez, vous ne prenez que ces deux machins là haut ( A ) et ( B ), vous touillez un peu ( disons niveau 3e max ) et vous tombez sur un truc de la forme F = m.a, la fameuse attraction à Newton.

                        Newton a réinventé l’eau tiède, quoi !


                        Démonstration autour de la 14e minute dans cette vidéo


                        C’est que, chez Larouche on aime remonter au principe actif des choses

                        Si vous avez aimé, voici dans le même sac, même style, et pour une petite réconciliation avec les mathématiques, un lien sur le calcul différentiel de Leibniz. !




                        • calimero 12 juillet 2012 07:12

                          Il y a un peu de progrès apparemment : je n’ai dû regarder le dictionnaire qu’une seule fois (hermitique : mot absolument sans intérêt). L’auteur semble faire un effort suite à son dernier article ou il s’est fait épingler pour verbiage excessif. Sa volonté de ne pas trop vulgariser est louable mais on sent que l’écriture privilégie l’enrobé plutôt que la clarté. Merci à Isba pour la traduction.

                          Néanmoins, il peut trouver un jour, contrairement au jeune qui à Woodstock pensait trouver des réponses sans savoir ce qu’il cherchait.

                          Ouais c’est la sérendipité (et hop un mot qui en jette de placé !) : beaucoup de découvertes scientifiques ont été réalisées par hasard. La preuve : ceux de Woodstock sont maintenant tous bien au chaud dans les conseils d’administration, ils ont finalement trouvé ce qu’ils ne cherchaient pas au départ.


                          • christophe nicolas christophe nicolas 14 juillet 2012 16:00

                            Bonjour,

                            Enfin un très bon texte qui parle de science. C’est presque le coeur du problème : les symètries, le principe de moindre action. Alors pour l’auteur, je vais lui rajouter quelques questions de symétries :

                            Pourquoi les lois additives du monde macroscopique se transforment- elles en lois « multiplicative » au niveau fondamental. Quelle est la symètrie ? Quel est le principe au niveau fondamental et quel est la loi qui en est la conséquence au niveau macroscopique ?

                            Une phase, c’est quelque chose de périodique. Une charge a deux sens possibles. Que représente une charge ?

                            Un vecteur pointant la surface d’une demi-sphère sur une échelle unitaire, la moyenne est 1/2 dans un sens et -1/2 dans l’autre sens. Quel est le rapport avec le spin ?

                            Feynman a bien parlé du principe variationnel dans le cadre du principe de moindre action. Quant on s’écarte de la fonction qui minimise l’action, cela coute. Mais si les fonctions ne sont plus dérivables et pire, si elles ne sont plus continues, alors que vaut le principe variationnel ?

                            Quant à tous les défaitistes, ce n’est pas parce qu’on n’a pas compris certaines choses qu’on n’y arrivera jamais. Le réel résiste à la pensée. Des gens très sensés continuent à vous dire que le plomb tombe plus vite que les plumes, même dans le vide. Et quant on y réfléchie bien, sans l’avoir appris, ça parait plutôt censé.
                            La gravitation, c’est comme les gens, ils veulent toujours plus d’activités, plus d’échanges.

                            Moi je dis ça... c’est seulement quelques idées pour réfléchir...

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