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Accueil du site > Actualités > Technologies > Des bactéries modifiées par de l’ADN de mammouth. Nouveaux éléments (...)

Des bactéries modifiées par de l’ADN de mammouth. Nouveaux éléments sur l’impact des OGM ? Ou alors sur le règne procaryote ?

Une collaboration entre équipes de plusieurs nations a permis d’aboutir à une découverte importante concernant le fonctionnement des bactéries et leur évolution (S. Overballe-Petersen, PNAS, novembre 2013). Commençons par un état des lieux. Les organismes finissent par mourir. Leurs cellules se décomposent et les grosses molécules sont dégradées pour être digérées ou bien souvent libérées dans le milieu. C’est le cas de l’ADN mais comme la dégradation est rapide, avec la présence de nucléases, les morceaux d’ADN rejetés dans l’environnement ne sont pas de la dimension d’un gène. Leur taille ne dépassant pas en effet la centaine de paire de bases. Cet ADN paraît alors bien démuni, d’autant plus que des processus d’hydrolyse ou d’oxydation risquent d’altérer la séquence, transformant une cytosine en une thymine. On pourrait penser que ces fragments d’ADN compris entre 20 et 100 paires de bases finissent à la « poubelle ». Or, comme le mentionnent les auteurs de l’article paru dans PNAS, ces petits fragments de matériel génétique sont loin d’être éphémères et peuvent même, si les conditions s’y prêtent, subsister des milliers, voire des centaines de milliers d’années. Rien que dans les rivières du globe, la quantité de matériel génétique rejeté se chiffre en milliers de tonnes. Vu le poids moyen d’un fragment d’ADN faites le calcul et vous verrez le nombre de molécules « peuplant » les rivières.

Mais au fait, si ces molécules sont très répandues et de plus persistent, sont-elles perdues pour le règne vivant ? Pas tout à fait car comme n’importe quelle molécule organique, un fragment d’ADN peut être encore dégradé, ingéré, servant de nutriment aux micro-organismes. C’est d’ailleurs ce qui se passe dans cette nature où rien ne se perd. De ce fait, ces fragments d’ADN rejetés se comportent comme de banales molécules servant de sources organiques pour recréer d’autres cellules. Ce qui n’a pas empêché les scientifiques de s’interroger sur une possible intégration de ces fragments mais cette fois, en tant que support de l’information génétique. Et de trouver qu’en réalité, le transfert est tout à fait possible. Les bactéries sont capables d’insérer des petits fragments dans leur génome, ce qui constitue (avec les virus) un mécanisme de transfert horizontal de matériel génétique. Et donc cet ADN circulant dans la nature contribue à la transformation des génomes bactériens.

Les études réalisées ont notamment découvert que des bactéries environnantes du genre Acinetobacter ont pu intégrer dans leur génome des morceaux d’ADN présents dans les os de mammouth et vieux de 43 000 années. Ces résultats enrichissent la théorie de l’évolution concernant les bactéries. L’intégration de fragments génétiques vieux de centaines de milliers d’années ressemble à un recyclage de l’information et constitue un mécanisme supplémentaire et inattendu de modification génétique pour les bactéries. Les auteurs de l’article osent un nouveau concept, celui d’évolution anachronique (en se basant sur cette insertion de morceaux d’information génétique séparés par des temps presque géologiques). Mais il n’est pas certain que la conception de l’évolution en soit bouleversée, pour autant qu’on puisse vraiment parler d’évolution bactérienne au sens où l’on l’entend pour les espèces animales.

Par contre, cette découverte pourrait avoir des implications imprévues sur l’impact des OGM ingérés par les animaux et les humains. Selon les données actuelles, il ne peut pas y avoir d’effet génétique lorsqu’on ingère des OGM, l’ADN étant dégradé par les enzymes du système digestif. Mais avec les éléments de cette découverte, il devient envisageable de concevoir une récupération du matériel génétiquement modifié, sous forme de fragments de 20 à 100 pb, par les bactéries de la flore intestinale sans lesquelles la digestion serait impossible. Ces bactéries qui possèdent des spécificités telles qu’elles permettant d’assigner une signature aux flores intestinales des animaux et des humains. De là à penser que les OGM en seraient plus toxiques, il y a un pas que je ne franchirai pas. L’intérêt de cette découverte se place plutôt dans le champ de la compréhension du sort de l’information génétique au sein du règne vivant. Les auteurs de l’article n’évoquent pas la question des OGM mais plutôt la question des résistances bactériennes aux antibiotiques, notamment dans les hôpitaux qui se focalisent sur le contrôle des organismes et qui compte tenu des éléments nouveaux, pourraient être amenés à déployer des dispositifs supplémentaires pour étudier ces problèmes de bactéries dans le milieu hospitalier.

Mis à part ces questions de santé publique, cette découverte suscite tout de même quelques interrogations que je vais exposer en usant d’un crescendo épistémologique. La première chose à laquelle on pense serait une sorte d’artefact, ce qui rendrait les résultats non interprétables. Deuxième stade, cette intégration de matériel génétique ancien serait une singularité du règne procaryote, autrement dit une curiosité phénoménale qui ne représente nullement la logique du monde bactérien. Troisième hypothèse, plus forte, celle de la « digestion d’informations » comme fonction essentielle du monde bactérien. Auquel cas on notera une contradiction seulement apparente avec l’existence du système de réparation SOS qui avec la protéine RecA corrige les lésions importantes de l’ADN. Une intégration de matériel génétique n’est pas alors considéré comme une lésion mais une insertion dont le rôle global reste à préciser. Finalement, on arrive à une vision de la bactérie comme organisme gérant la composition biochimique d’un milieu moyennant le cas échéant une gestion informationnelle conçue comme une sorte de dialectique entre le génome et les morceaux d’ADN circulant librement. Ce concept d’évolution anachronique laisse alors penser que les bactéries n’évoluent pas vraiment, du moins pas comme les espèces animales.

Lien vers l’article Avec un libre accès du texte complet en pdf

 http://www.pnas.org/content/early/2013/11/12/1315278110.abstract


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16 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 26 novembre 2013 09:11

    Donc nous trouvons de l’évolution dans toute chose.. ?

    Mais une question....Au départ il y avait quoi pour faire l’évolution.. ?


    • Le printemps arrive Le printemps arrive 27 novembre 2013 18:46

      De 12h15 à 12h24, Claude-Michel a fait 4 commentaires pour 4 articles différents et a continuer ensuite à troller tous (ou presque) tous les articles de la journéé.
      283 commentaires en 1 mois : vous êtes rémunérés au nombre de commentaires ou vous le faites pour le plaisir ?


    • soi même 26 novembre 2013 11:40

      Sidérant, il faut lire la fin de l’article pour trouver cette réponse : « Ce concept d’évolution anachronique laisse alors penser que les bactéries n’évoluent pas vraiment, du moins pas comme les espèces animales. » Si pour vous, vous avez besoin de preuves, le bon sens le savait déjà, il serait temps d’arrêter de pensé la science comme un pouvoir.
      Ce postula est de ceux qui est de plus mal sains, Et même si en voyer pas forcement les liens, il est évident que la recherche génétique n’a peut évoluer et progresser que grâce à l’affadissement des valeurs morales de l’humanité , nous sonnes passez des valeurs morales traditionnels à l’immoralité et et l’amoralité institutionnel qui prévôt dans la science expérimental qui irradie comme nouvelle valeur sociétal.

      Vous gloses du mythe de Création et de la chute d’Adam et d’Ève, vous pouvez le voir dans les réalisions concrétés de la science appliquer est la meilleur confirmation de cette chute.

      Merci pour c’est article qui glorifie l’infra humain.

      « Ce n’est pas la Sagesse qui même à la déraison, c’est la Science sans conscience qui ruine l’Âme. » Rabelais

      Votre fascination de la spéculation scientifique, n’est que le reflet du réaliste naïf que vous faites preuve aux files de vos articles, en se sens vous vous différencies pas des scientistes du débuts du XX siècles qui pensaient sérieusement que la science allait établir le bonheur humain terrestre.

      Il serait temps de vous réinterrogez, ce que la con-science à perdue dans cette affaire ?
      Et dans quel monde nous allons ?


      • claude-michel claude-michel 26 novembre 2013 12:22

        (qui pensaient sérieusement que la science allait établir le bonheur humain terrestre)....Mais c’est le K...vous vous servez d’un ordinateur...comme un grand..pour répondre a ce billet.. !

        L’avenir est dans la science uniquement...pas dans des croyances qui débouchent sur du vide.. ?

      • soi même 26 novembre 2013 13:04

         Matous vue, vous n’avez aucune anticipation de votre devenir, pensé au fléaux de la balance quand une impulsion va dans un sens polaire, il est invivable que le retour de balancer se fera dans l’autre sens. Ce courant scientiste dans le temps va être balayer comme tous ces courants qui mon pas sue établir l’équilibre.
        l’auteur de l’article est bien le représentant du symptôme de notre époque, qui au mon de la science tente de balayez toute référence morale au mon de science. Il nous pressentes des nouveaux paradigmes sans pour comprendre ce qui qui à de pervers dans sa démarche.

        Et visiblement vous êtes dans la même démarche naïve !


      • claude-michel claude-michel 26 novembre 2013 13:19

        Par soi même.....Je suis comme st thomas...je ne crois qu’en ce que je vois..et la science nous prouve et nous montre tous les jours des avancées que l’on peut toucher du doigt...Le côté « mythe » ou improbable des croyances ce n’est pas mon truc...J’aime bien toucher le sol avec mes pieds.. !


      • Daniel D. Daniel D. 26 novembre 2013 18:16

        Il ne faut pas oublier que la Science a chaque prouesse qu’elle réussi associe l’impossibilité d’en faire profiter le monde entier, d’où la justification du système actuel sans lequel ces « progrès » ne seraient pas accessibles.

        La science actuelle n’est qu’inconscience et nuisance, nucléaire, OGM, gènes terminator, additifs alimentaires, munition a l’uranium appauvri, cancers du a l’environnement (amiante, déchets d’uranate, pesticides et traitements agricoles divers absorbés avec l’alimentation, etc ...
        Tout ceci vient aussi de la « Science » et la liste est longue.

        Croire la science, ou l’économie ou une autre idéologie capable d’amener le bonheur pour tous de manière parfaite et sure est un mirage.

        La science n’est pas magique, elle se contente d’essayer de comprendre le fonctionnement du réel et procède par l’expérience pour vérifier ses hypothèses. Ce que l’on en fait dépend de ce que l’on souhaite et de ce que l’on est. La science asservi et tue plus massivement qu’elle ne sauve actuellement, mais c’est une question de choix.

        Le danger n’est pas la science, mais ce que les gens en font.


      • claude-michel claude-michel 27 novembre 2013 07:58

        Par Daniel D.....La science est un moyen...tout dépend ce que l’on en fait...comme de tout dans ce bas monde...Au moyen âge un homme de 40 ans était vieux...aujourd’hui (grâce a la science) il vit jusqu’à 80/85 ans..en ce temps là o, mourrait de la peste par dizaines de millions...plus aujourd’hui.. !
        La voiture est aussi une avancée...mais comme tout si on s’en sert mal c’est l’accident et on meurt...etc... !
        Avec le science il faut savoir faire les bons choix...Le problème c’est l’homme qui s’en sert souvent pour détruire...mais heureusement la science permet de reconstruire.. !


      • Pillippe Stephan Uraniumk 27 novembre 2013 11:55

        On peu avoir les pieds sur terre et la tête dans les étoiles


      • soi même 26 novembre 2013 13:29

        « J’aime bien toucher le sol avec mes pieds.. » le jour où tu veras que c’est une maya, tu ne seras pas loin de te noyés dans le marigot.

        « Māyā (devanāgarī : माया)1 est un terme sanskrit qui a plusieurs sens dans les religions indiennes. Māyā est la déité principale qui crée, perpétue et régit l’illusion de la dualité dans l’univers phénoménal. Pour les mystiques indiens, cette manifestation est réelle, mais c’est une réalité insaisissable. Ce serait une erreur, mais une erreur naturelle, de la considérer comme une vérité ou une réalité fondamentale. Chaque personne, chaque objet physique, du point de vue de l’éternité, n’est qu’une goutte d’eau d’un océan sans limites. Le but de l’éveil spirituel est de le comprendre, plus précisément de faire l’expérience de la fausse dichotomie entre soi et l’univers. »


        • claude-michel claude-michel 26 novembre 2013 14:16

          Par soi même....J’ai eu (il y a longtemps) une petite chienne prénommée Maya...Elle n’avait rien de spirituel...une vraie emmerdeuse qui aboyait tout le temps...elle à depuis rejoint l’éternité...dieu c’est ou..quelque part dans le chaos de l’univers...moi je me contente de celui de notre planète... !


        • Emmanuel Aguéra Emmanuel Aguéra 26 novembre 2013 16:33

          Bonjour,

          La pie de mon voisin s’appelle Maya aussi. Mais ça ne prouve rien, je le reconnais. N’empêche...

          @ Soi-même : C’est un plaisir de vous lire, surtout aujourd’hui : vous êtes en forme.


        • Ruut Ruut 27 novembre 2013 16:37

          Article a suivre.


          • Automates Intelligents (JP Baquiast) 27 novembre 2013 19:50

            Cher Bernard, j’ai repris votre article pour Automates intelligents sur http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2013/140/mammouth.htm
            Je vous remercie


            • christophe nicolas christophe nicolas 28 novembre 2013 11:38

              La génétique me laisse perplexe. Le nombre de combinaisons possibles des atomes ou séquences simples est tel qu’il y plus de combinaisons que d’atomes dans l’univers. Autrement dit, c’est une recherche sans fin. Il se passe la même chose qu’en physique avec l’augmentation de l’énergie pour scruter la matière dans l’infiniment petit comme au LHC. Une course sans fin motivée par l’orgueil de penser que la vérité est le fruit du désir de connaître (arbre du péché). C’est faux car la vérité est d’abord le fruit du désir de bienveillance (arbre de vie).

              Après, la vie est un chemin tracé par une intention de bonté enrichie par l’intelligence. La vérité en découle. La théorie de l’intrication montre que lorsque la spiritualité coiffe la connaissance, la religion et la science donnent de beaux fruits.

              Et en économie ? Pensiez vous que nous étions sur la bonne voie ? Alors, lisez cette petite leçon d’’économie faite avec humour pour une amie. C’est la conséquence de la théorie de l’intrication et cela montre que la spéculation est une aberration. On s’en doutait mais maintenant, c’est prouvé.


              • batikayo 29 novembre 2013 15:07

                Cher Bernard Dugué,

                Voici un article intéressant, mais si je me rappelle bien vous aviez déjà publié un article de meme ordre, precedemment sur agoravox. De plus travaillant sur les interactions entre plantes et pollinisateurs, un collègue m’avait dit qu’il avait découvert qu’il existe un transfert de matériel génétique entre fleurs et abeilles. Maintenant reste à savoir comment ces fragments d’ADN sont intégré dans le génome. Par tout hasard, sauriez vous si il existe des références bibliographiques sur ce sujet ?
                Merci

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