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Des bactéries pour soigner le cancer ?

La revue PloS vient de publier une étude assez originale dans laquelle des chercheurs tentent de détourner des processus bactériens pour les rendre efficace dans la lutte contre la prolifération de cellules pancréatiques cancéreuses qui peinent à répondre aux chimiothérapies actuelles mais aussi se détachent pour migrer et se multiplier à distance, causant les terribles métastases. L’idée consiste à employer une molécule qui sert de signal aux bactéries. Contrairement à l’idée répandue, la bactérie n’est pas une sorte cellule rudimentaire et aveugle. La bactérie peut capter des informations chimiques, ce qu’elle fait du reste dans notre système digestif où elle agit comme l’élément d’un système de régulation métabolique. Mieux encore, la bactérie, lorsqu’elle infecte un organisme, peut échanger des signaux lui indiquant de se multiplier et de migrer. C’est en utilisant un de ces signaux bactériens que Senthil Kumar et ses collègues ont mesuré un impact sur ces cellules cancéreuses connues pour être assez agressives.

La molécule utilisée est la N-3-oxo-dodecanoyl-L-homoserine lactone (O-DDHSL) qui intervient comme médiateur dans le mécanisme désigné comme quorum sensing (QS), au cours duquel les bactéries telles que les agents pathogènes Pseudomonas aeruginosa échangent des informations sur leur situation mais aussi peuvent intervenir sur les cellules eucaryotes de l’hôte en modulant leur fonctionnement et même en causant leur mort. En jouant notamment sur les processus d’apoptose. Il était donc tentant de tester le mécanisme d’action médiatisé par l’O-DDHSL sur le comportement de cellules pancréatiques. L’expérience a été réalisée sur ces cellules en culture et les effets ont été observés. Notamment une apoptose des cellules pancréatiques cancéreuses. Avec des effets sur les expressions de gènes assez attendues. Mais sans aucune certitude sur un effet thérapeutique car une cellule cultivée ne réagit pas de la même manière qu’une cellule intégrée dans un organisme. Le niveau pluricellulaire est en rupture ontologique avec la cellule singularisée.

Au-delà des applications pratiques, ces recherches s’inscrivent dans un contexte très actuel, celui de la cellule comprise comme un élément qui communique et qui dispose d’un système cognitif. La molécule O-DDHSL permet aux bactéries de communiquer avec les cellules eucaryotes, que ce soit dans un contexte pathogène ou symbiotique. L’apoptose déclenchée sur les cellules par la molécule O-DDHSL dépend du type de cellule pancréatique et de la concentration de la molécule. Ce qui pour ce second critère paraît évident puisque les cellules sont cultivées dans un milieu in vitro. Pas sûr que dans l’organisme ces seuils soient très importants. Quant aux altérations exercées par ces molécules impliquées dans la communication et le QS (quorum sensing), elles vont pour ainsi dire de soi car une cellule fonctionne avec un réseau d’interactions moléculaires, comme le cerveau et son réseau de processus neuronaux. On comprend que la cellule se comporte comme un cerveau moléculaire. C’est l’enseignement principal à tirer de ces intéressantes recherches qui confirment ce paradigme naissant de la vie comme perception, action et surtout cognition.

Le paradigme de la vie cognitive s’installe. J’espère y contribuer à travers cet essai bientôt disponible en librairie intitulé Le sacre du vivant.

Liens utiles

http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0106480

http://www.decitre.fr/livres/le-sacre-du-vivant-9782351851821.html


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