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Des biolinuxes contre la biopiraterie

Face à l’inflation constante des brevets privés sur le vivant, les modèles techno-économiques de l’open source et des creative commons séduisent et irradient progressivement la recherche en biotechnologies.

Destruction mutuelle assurée

Aujourd’hui, un laboratoire ne mène des études approfondies sur telle fonction de tel gène végétal ou humain qu’après avoir acquis d’onéreuses licences auprès d’un concurrent détenant un brevet sur le gène concerné. Un institut public de recherche opte pour un profil bas face à l’USPTO (US Patent and Trademark Office) ou à l’Office européen des brevets, son gouvernement préférant de surcroît ne pas trop se frotter à l’OMC. Plutôt qu’affronter une meute d’avocats californiens ou berlinois venue de si loin, le chercheur du tiers-monde préférera annuler sa prochaine publication... ou exercer clandestinement sa vocation.

Par ailleurs, de nombreux labos publics et privés usent et abusent réciproquement de leurs brevets - sur une protéine, une molécule ou une séquence d’ADN - comme outil de négociations afin d’accéder aux incontournables travaux de leurs homologues.

Dès lors, cette « gloutonnerie du brevetage privé » (1) génère des mécanismes hautement dégradants pour l’innovation, pour les découvertes fondamentales, pour l’intérêt général et de surcroît pour l’idée de nature. Une start-up n’avait-t-elle pas tenté de breveter à son seul profit la totalité des gènes du riz basmati, aliment pluri-millénaire consommé par plus d’un milliard d’Indo-Pakistanais ?

Biotech 2.0

Heureusement, maints biotechniciens admettent enfreindre régulièrement quelque brevet avec l’accord tacite de son détenteur, car les retombées inhérentes de ces recherches pseudo-clandestines valorisent d’autant le procédé ou la découverte brevetée.

D’où la nécéssité de biolinuxes dont l’objectif n’est pas de contester le système actuel, puissant moteur pour la recherche & développement, mais de compléter celui-ci par d’immenses pools communs d’informations librement accessibles par des réseaux et des databases. Ainsi, les chercheurs bio du monde entier disposeront à la fois d’outils bioinformatiques open source et de matériaux exploitables à volonté (travaux, publications, procédés, prestations connexes, données génétiques, pharmacogénomiques, médicales, agronomiques, etc.). A l’image d’une communauté de logiciels libres où chacun peut modifier les codes sources en vue de les adapter à ses besoins propres ou de les améliorer pour le bénéfice de tous. En outre, l’inconstestable succès des logiciels open source et GNU n’a-t-il poussé Microsoft à améliorer significativement la qualité de ses produits & services ?

Selon Yochai Benkler, brillant professeur de droit à Yale, en plus de concilier admirablement innovations gratuites, intelligence collective et intérêt général, les biolinuxes répondent positivement à de multiples impératifs éthiques surplombant les sciences de la vie, la gestion des ressources naturelles et la géoéconomie pharmaceutique (notamment entre pays riches et pays pauvres).

Chiens, renards et loups

C’est précisement dans cette optique que le biologiste australien Richard Jefferson a crée Cambia , un institut de recherche à but non lucratif visant à «  démocratiser, décentraliser et diversifier  » la recherche agro-biotech à l’échelle mondiale. Plus d’une vingtaine de pays ont déjà été conquis par son initiative BIOS (Biological Open Source) et sa plate-forme en ligne Bioforge dans laquelle s’échangent des innovations biotech protégées par des licences ouvertes similaires aux creative commons.

Pionnière dans les solutions complètes (consulting, marketing, certification et assistance) en biotechnologies & bioinformatique open source, la start-up sud-africaine Electric Genetics a vite grandi au point de susciter l’appétit croissant d’investisseurs internationaux. Cette remarquable entreprise organise fréquemment un « hackaton » auprès de développeurs-programmeurs sud-africains capables de fournir rapidement d’ingénieux biologiciels libres. Des initiatives identiques apparaissent également au Brésil, en Argentine, au Ghana, au Botswana, en Inde, en Malaisie et en Thaïlande.

Les nations émergentes et en développement ont vite saisi la valeur ajoutée des biolinuxes. En effet, ceux-ci pavent la voie à une agriculture biotech libre dépourvue de semences génétiquement verrouillés - souvenons-nous du gène bloquant Terminator ! - et à des traitements tropicaux open source et bon marché volontairement délaissées par les firmes pharmaceutiques. En Afrique, en Amérique latine et en Asie, une trithérapie anti-HIV made in USA/Europ équivaut très souvent à plus d’un trimestre de salaire...

Activement soutenue par plusieurs scientifiques de renom, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle adapte peu à peu sa réglementation à des modèles ouverts de brevets & licences dans la science et la technologie... Et ce malgré les récurrents croche-pieds de l’USPTO.

Les enjeux des biolinuxes sont suivis de près par le site francophone Noolithic .

(1) Danielle Auffray, Fiorello Cortiana et Alain Lipietz dans Le Monde du 15 mars 2005


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8 réactions à cet article    


  • Dégueuloir Dégueuloir 13 septembre 2007 16:08

    article intéressant,la grosse petite béte Linux va suplanter windows et mac dans bien des domaines,personnellement pour rien au monde j’échangerai Ubuntu(une des meilleures version linux)contre autre chose et surtout pas vista.......lol.... smiley ce n’est pas pour rien que ,entre autres,le JPL(de la nasa)utilise ce systéme extrémement stable , fiable,et sécurisé.Tiens au fait !,méme l’assemblée nationale française s’est équipé du pack Office linux....et l’on ne compte plus les entreprises qui le sont déjà !rendez-vous compte,un systéme sûr et gratuit,ça ne court pas les rues !


    • goeland86 13 septembre 2007 17:47

      Tres interessant, malgre les nombreux anglicismes (je sait, je suis bien place pour les voir, etant aux US).
      Dommage que l’article ne fasse pas mention du maniaque de tout partager, Richard Stallman. D’un cote certains Americains voient Stallman, et la plupart des ideaux open-source comme un revient du communisme, et d’un autre cote, de plus en plus d’industries s’en emparent. Drole de paradoxe. Et puis il y a aussi les cas ou la menace de basculer dans l’open-source negocie des contrats plus bas, par example dans le cas de l’etat du Massachussets, ou de certaines villes europeenes dont la mairie annonce la decision de passer le systeme informatique a une base linux, et Microsoft, effraye, offre des prix extremement rabaisses.
      La communaute scientifique est unanime quand aux benefices du modele de partage gratuit, ne serait-ce qu’avec wikipedia, dont les pages scientifiques, plutot que des sciences sociales, sont parmis les meilleures ressources disponibles pour plusieurs sujets. Les pages informatiques, bien sur, sont bien fournies et avec une minutie de details qui mettent Britannica hors de la course dans le domaine. Idem pour la physique, les maths, la chimie ou biologie, puisque ces sciences sont basees sur des faits, non des opinion, et ne peuvent donc pas etre contrariees. A mon avis ce n’est plus qu’une question de temps avant que l’economie ne tourne completement le dos au modele de brevets. Il y a un siecle le modele de brevets pouvait fonctionner, ou il etait relativement aise de creer un outil ou proces radicalement nouveau, et le brevet assurait non seulement un certain revenu, mais aussi une page dans l’histoire a l’inventeur. Puis, dans la guerre froide, les decouvertes faites etaient souvent sous contrats gouvernementaux, qui empechaient l’application de brevets pour la recherche. Cette periode de l’histoire, ou bien des avancees technologiques et scientifiques ont etees faites, est bien vide de brevets, par rapport a l’entre-guerre. Malgre le vide de brevets, le nombre de decouvertes est bien plus grand, ce qui rend le systeme de brevets pour certaines sciences completement obsolete, puisque les nouvelles decouvertes ne peuvent plus se faire par un individu sans acces a la recherche des decouvertes precedentes. Pareil pour la physique. Que ferait le CERN si il y avait un brevet sur l’idee d’un accelerateur de particules ? Ou Roche, ou Vichy, si l’usage d’un microscope requerrait un brevet ? Les nombreuses compagnies qui se « protegent » en passant des brevets, ne sont en fait qu’en train d’aiguiser leur arsenal legal pour demanteler la competition. Il est temps que l’economie se rende compte que la competition economique n’est pas aussi indispensable que la recherche scientifique. Evidamment c’est une idee utopique, mais les utopistes ne font-ils pas avancer le monde ? (Jules Verne et marcher sur la lune, Icare et voler, Leonardo de Vinci et ses nombreuses inventions, et bien d’autres que l’histoire a ignore)


      • romi romi 13 septembre 2007 21:31

        malheureusement tout n‘est pas si rose... au CERN Microsoft est très bien implanté, la pluspart des serveurs qui étaient des Unices ou des Linux ont été remplacés par du Microsoft (serveurs mail, web...)

        la base documentaire centrale regorge de formats fermés (docx, ebook, ram, ...)

        Richard Stallman est venu pour un talk il y a quelques temps et comme à son habitude a refusé d’être diffusé en vidéo sous un format propriétaire... donc pas de vidéo de Stallman !

        l’endroit ’where the web was born’ est assez à contre-courant en ce moment, espérons que ça changera rapidement !


      • mat 16 septembre 2007 23:47

        Bonjour,

        vous dites dans le commentaire « Malgre le vide de brevets, le nombre de decouvertes est bien plus grand, ». Auriez vous une source pour étayer cela ?

        Sinon en Europe, on ne peut théoriquement pas déposer un brevet sur une idée. Il n y’a pas de brevets en mathématiques. C’est un peu le sujet du combat contre la brevetabilité des logiciels, le modèle anglo-saxon étant pour le tout brevet. Il me semble qu’en France, un gêne tel quel ne peut être breveté car on brevète toujours une application technique concrète Malheureusement, l’Office Européen des brevets accepte tout et n’importequoi (rappelons que cet organisme n’est pas stricto senso indépendant, car il est juge et partie dans l’histoire, un comble !)

        Un des soucis de « l’intelligence collective » est que certains hurlent rapidement « Communiste ! », comme d’autres criaient « Hérésie ! », afin de couper court à un débat sur le modèle « gagnant-gagnant » type linux opposé au modèle « gagnant-perdant » type fermé.

        Autre remarque, certains type de microscope sont brevetés (tête confocale ou module holographique).


      • xapon 15 septembre 2007 22:31

        Amusant, comment les vieux démons resurgissent.

        En informatique, on qualifie Richard M. Stallman de néo-communiste. Cela permet de réactiver des réflex patriotiques en faveur de Microsoft et des fleurons du logiciel propriétaire.

        Dans le domaine biologique, je pense que l’on arrivera au même problème. D’une manière ou d’une autre on protègera les grands groupes. La question n’est pas de savoir si leurs brevets sont valides ou légitimes. Elle est de savoir ce qu’on protège avec.

        Slts, Xavier


        • Dudule 17 septembre 2007 04:24

          Un système d’exploitation gratuit, fiable et fonctionnel comme Ubuntu est amené à terme à tailler des croupière à Windaube...

          Ce qui n’était pas le cas il y a 2 ou 3 ans. Pour instaler un système Linux, il y a peu, pour que tout fonctionne (imprimante, scaner, modem...) c’était la croix et la banière... (Je parle en conaissance de cause).

          Aujourd’hui, il n’y a rien à faire (avec Mandriva ou Ubuntu, ou autre), tout est reconnu, ça prend grand max une heure tout compris ! Et c’est gratos ! Plus l’installation de logiciels gratos à la demande quasi instantanément par internète... HHHaaaaalllucinant !

          Bill Gates va se faire bouffer ! Le logiciel format propriétaire n’est vraiment plus à la hauteur. Il ne persiste plus que par sa position dominante... et l’ignorance du public.

          J’ai (gentiment) engueuler mon père le mois dernier : il avait acheté un ordinateur avec Windaube dessus, il y a 5 ans, comme c’est le norme. Changeant son matériel cette année, il réachète Windaube et repaye ce qu’il avait déja payer(facturé autour de 50 € ) !!! Pourtant, il est ingénieur et est au fait des histoires de brevets et tout le tremblement ! Il n’y avait simplement pas pensé ! Il a payé 2 fois Bill Gates pour le même produit !

          Combien de millions de personnes font la même chose tout les jours, sans même y penser ?

          C’est comme ça que Windaube survit. Pour combien de temps ?

          Essayer Ubuntu, c’est l’adopter. D’autant que l’installation du dual boot (choisir de démarrer sous Winbouse ou sous Linux au démarrage de la machine, avec le choix de la place accordé à chacun des systèmes sur le -ou les- disques facilement paramétrable) est enfantine et sans danger...

          Qui le sait ? Qui sait qu’installer un système Linux ne bousille pas Winbouse est permet de choisir son système d’exploitation au démarrage ? D’autant plus que le système linux comprend le système Windaube : ie, vous avez accès à vos fichiers sous Windaube (photos, video, textes, etc...) en ayant « booté » sur votre partition Linux !.. L’inverse n’est pas vrai...

          Quand ça commencera à ce savoir, ça va faire mal. Je veux dire, quand les gens saurons que linux est gratos, hyper fonctionnel, non réservé aux « initiés » informatitiens, en clair que n’importe quel débile peu faire ce qu’il veut avec, et bien ça va faire mal à Bill Gates ! Très, très mal !

          Pour en revenir au sujet initial, la recherche en général est paralisé par les brevets. Les brevets, c’est le moyen-age : quelqu’un qui trouve un truc le garde pour lui, et interdit à d’autres de faire non seulement la même chose, mais de chercher sur le même sujet ! C’est vrai en physique, en biologie ou en informatique...

          Si tout le monde avait toujours fait comme ça, je me demande vraiment si l’Humanité aurait passé le stade technologique de la pierre taillée... et encore.


          • mat 18 septembre 2007 23:30

            Juste une précision, le système, c’est bien Linux. Ubuntu n’en est qu’une distribution.


          • Bobby Bobby 18 septembre 2007 11:46

            Bonjour,

            J’ai bien aimé votre article et les commentaires, surtout le dernier que j’ai gratifié d’un plus, malgré quelques fautes bien pardonables.

            Je pense que ces derniers me décident à publier une méthode sur le net, gratuitement, plutôt que d’essayer de la faire publier et en toucher d’éventuels bénéfices... merci !

            Une philosophie à la gnu !

            Bien à vous

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