Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Technologies > Droits et libertés dans la société numérique

Droits et libertés dans la société numérique

Jeudi matin, dans le grand amphi de l’Institut océanographique rue Saint-Jacques à Paris, s’est tenu un colloque organisé par Mme le Ministre Nathalie Kosciusko-Morizet chargée de l’économie numérique. Trois « tables rondes » (en fait une brochette de noms rangée face aux auditeurs) devaient « débattre » (en fait parler chacun pour soi, puis monopoliser la parole pour avoir le dernier mot sur les sujets qui fâchent) en acceptant quelques questions du public (une grande première dans ce genre de colloque !).

colloque-droits-et-libertes-numeriques.1246003914.jpg

La société numérique explose, de l’internet banal qui permet de trouver tout sur tout (et surtout n’importe quoi) au courriel (piraté par le réseau Échelon, ‘physé’ par les logiciels espions commerciaux ou transféré avec toutes ses références en pièce jointe sans souci de confidentialité), aux blogs (gros succès en France où chacun veut donner son opinion sur tout), aux réseaux sociaux (où nom, adresse et téléphone voisinent avec des photos postés par des « amis » vous montrant « en situation », pour le plus grand déplaisir des recruteurs qui auraient l’idée d’en savoir plus avant de vous embaucher…). Jusqu’à Twitter, cet instantané « démocratique » (paraît-il) où chaque lambda se lâche n’importe où sur tous sujets à partir de son mobile sophistiqué (et surtout lors des colloques lorsqu’ils deviennent ennuyeux). Gageons que le micro-blog Twitter va devenir le nouveau jouet des blogueurs mondains, après l’engouement pour les vidéos sur blog il y a 2 ans, puis pour fesses-bouc cette année…

Colloque, donc, la première brochette d’invités est plus intéressante que les deux autres : Internet, quels progrès pour la démocratie ? Nicolas Vanbremeersch, plus connus sous le pseudo de Versac, y croit. Pour lui, le net est un contrepouvoir. Des trois vertus (informer, documenter, socialiser), l’outil numérique du net permet la fluidité : il fait tout en même temps. Les mœurs françaises – méfiantes, attachées aux statuts, ayant horreur de se frotter aux autres – sont en retard sur les mœurs anglo-saxonnes sans aucun doute : le net, aux États-Unis, est aussi naturel qu’hier le journal. Le débat public est ouvert, hyper-abondant et fédérateur d’énergies : voir la campagne d’Obama. Ici, nous en sommes loin…

Julien Pain, journaliste de France 24, dit tout l’intérêt qu’il trouve à solliciter les millions d’internautes, de vidéastes sur mobile et de twitter-addicts pour contraster l’information officielle, surtout dans des pays tels l’Iran, la Chine ou la Birmanie, où la chape tombe sur l’information. Contrairement à une idée reçue, qui court le net du n’importe quoi, il est très facile pour un gouvernement de maîtriser internet : il suffit de filtrer de façon automatique les sites « immoraux » (et politiquement incorrects), de réduire le débit (pour rendre l’envoi de photos et vidéos très, très long), voire (comme en Chine) de vendre tout ordinateur avec son logiciel espion intégré.

Bernard Poulet, journaliste ancien style et ancienne génération (pourtant la mienne…), ne croit pas à la liberté du net : pour lui, jamais l’anarchie n’engendre de qualité et l’info devient à deux vitesses, une information riche pour les riches et une information pauvre pour les pauvres. Les journalistes vont devenir plus rares, l’info sera « traitée » comme du fast-food, brute et surtout instantanée : pas besoin de diplômés pour faire ça. Le métier mute, le journaliste, qui se croyait expert, n’est qu’un médiateur.

Cécile Ostria, directrice de la Fondation Nicolas Hulot s’interroge : tous ces affidés du site écolo, qui ne sont ni adhérents ni donateurs, comment sont-ils pris en compte par les politiciens dans le débat démocratique ? Réponse de l’assemblée par la voix de ses seules instances autorisées : « bof ».

Le sénateur Trégouet, auteur en avance d’un rapport sur les réseaux de savoir en 1995, milite pour la sécurité citoyenne sur internet : séparer l’IP de l’identité, que seul un juge pourrait réunir. Car aujourd’hui, les informations sur les citoyens sont de plus en plus entre les mains des secteurs privés – commerciaux ou espions. Or l’une des libertés est celle de l’oubli : tout ce que vous avez fait, dit ou acheté ne doit pas vous suivre à vie ! (Applaudissements dans la salle).

La deuxième table ronde avait pour sujet « Quelles règles pour la société numérique ? ». Nous avons eu droit à du juridique avec Isabelle Falque-Pierrotin, Corinne Thiérache et Alain Bensoussan (qui nous rappelle qu’en deux clics, les États-Unis ont seuls le pouvoir mondial de couper Internet…). Outre l’obligée question politiquement correcte et sans intérêt sur « les sites pédophiles et nazis c’est pas bien » (la question est la pédophilie et le nazisme, pas l’outil net), la salle s’est surtout réveillée lors des interventions, suivies d’échanges vifs, entre le président de l’association La quadrature du net (M. Zimmermann) et celui de la société des auteurs (M. Rogard). Avec une grosse mauvaise foi bien théâtrale de la part des deux, surtout du plus âgé qui connaît ses effets dans ce milieu. En bref, Hadopi est une loi ringarde, mais les sanctions pénales vont être lourdes pour les téléchargeurs illégaux et ce sera bien fait (c’est vous dire le niveau du débat politique français entre experts…). Mais on ne s’est pas ennuyé.

Petit dessin quand traînent les débats…colloque.1246003929.jpg

La troisième table ronde voulait « réfléchir » : Internet sert-t-il les valeurs républicaines ? Oui, à condition de savoir s’en servir, selon le journaliste du net Jean-Marc Manach. Non, à cause des puces intelligentes qui vont vous pister avec vos objets (puces RFID), dans vos déplacements (passe Navigo) et dans vos communications (traçabilité des serveurs), selon le journaliste Michel Alberganti. Où sont donc les « valeurs républicaines » issues des Lumières, s’exclame Alain-Gérard Slama quand l’intimité n’existe plus, la réflexion n’est pas encouragée et le spontané l’emporte ? Il y a opinion de foule conformiste, pas de citoyens éclairés, quand le net se déchaîne et montre quiconque en photos partout, croyant n’importe quelle théorie du Complot et suivant le premier venu. Le sénateur Yves Détraigne auteur d’un rapport sur Vie privée et mémoire numérique, affirme que le droit français couvre tous les domaines d’inquiétude et que les internautes doivent aussi prendre leurs responsabilités envers les informations qu’ils donnent et l’image qu’ils présentent sur la toile ouverte. En revanche, la France n’est pas assez présente dans les forums internationaux pour définir les règles du net – et elle devrait.

Bernard Benhamou, Délégué aux usages de l’Internet, a animé courtoisement le débat, mais pourquoi donc s’est-il acharné à couper la parole pour « apporter une précision » - plusieurs fois de suite à certains invités triés sur le volet ? La jeunesse (forcément gauchiste et dangereuse) de Jérémie Zimmermann ou de Jean-Marc Manach devait-elle être aussi « contrôlée » pour éviter tout « dérapage » ? Aucun des deux sénateurs invités n’a eu droit à ces interruptions, par exemple. Comme quoi la France reste une société de cour donc Versac avait bien raison, en introduction, de dire qu’elle avait un sacré retard dans l’usage démocratique du net !

Ce colloque était plus vivant que de nombreux autres précédemment. Occasion aussi d’échanger quelques propos avec Nicolas Vanbremeersch, Alain-Gérard Slama, chaque matin sur France CultureJean-Michel Bérard et Philippe Chriqui - fondateur du site d’e-démocratie Expression publique. Nathalie Kosciusko-Morizet sait donner à son administration (moderne) le ton qui convient à son domaine. On en redemande.


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (6 votes)




Réagissez à l'article

3 réactions à cet article    


  • herbe herbe 26 juin 2009 16:51

    Merci !!!

    Je vois avec plaisir que le sénateur Trégouet en faisait parti.

    Il est un de ceux, pas assez nombreux, qui tout en ayant acquis une certaine légitimité ( ça s’appelle aussi « avoir la carte ») veulent « horizontaliser » les rapports dans la société numérique.
    Ah l’effet pervers du fameux statut ...

    C’est ce ton que l’on souhaite voir adopter et non une posture répressive et sécuritaire ( Hadopi et consorts...)


    • jean 26 juin 2009 18:38

      Merci de votre article, dommage que vous n’ayez pas cité MJ on aurait déja 600 commentaires !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Argoul

Argoul

Chroniqueur


Voir ses articles






Les thématiques de l'article


Palmarès