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Du MOX au MIX : Vers un nouvel avenir énergétique

Polémiquer sur l'avenir énergétique de la France en opposant le « nucléaire » aux « énergies renouvelables » est une démarche désormais stérile et inadaptée. Les deux peuvent être complémentaires. Mais sur une période de 20 ans, car tout dépendra de la transition souple du MOX vers le MIX, le combustible des dé-centrales éco-énergétiques. Le MOX, est un combustible composé à 93% d’uranium appauvri et à 7% de plutonium. Mélangé à de l’uranium enrichi, il alimente 20 réacteurs nucléaires en France. Le MOX sera à 100% le combustible de l’EPR en construction. J'appelle « MIX » l'ensemble interconnecté des énergies renouvelables directes et des sources d'énergie indirectes, incluant les économies d’énergies, l’efficacité énergétique et les moyens de stockage. Ce sont aussi des sources d’énergie - de « négawatts » - car toute énergie non consommée correspond, « en creux », à une source de production, une « négasource ». La Terre reçoit en permanence du soleil 120.000 térawatts d’énergie. Soit en une heure - si cette énergie était totalement récupérable (sous forme photovoltaïque, thermique, éolienne ou de biomasse) - les besoins énergétiques mondiaux d’une année entière. Notre mode de vie actuel utilise 18 térawatts, dont les deux tiers sont gaspillés. Le MIX comprend dix principaux composants : 1-Le solaire photovoltaïque ; 2-le solaire thermique (CSP, solaire à concentration)1 ; 3-la biomasse (granulés de bois, déchets agricoles, déchets urbains) ; 4-le biogaz (fermentation de déchets organiques) ; 5-la géothermie ; 6-l’éolien (offshore, terrestre, urbain) ; 7-l’hydraulien (turbines sous-marines utilisant l’énergie des courants marins) ; 8-l'hydroélectrique (turbines dans une rivière, barrages et chutes d’eau) ; 9-l'énergie des marées et des vagues ;10-l’énergie thermique des mers (ETM) (différence de température entre la surface et l’eau des profondeurs). S'ajoutent à ces sources directes, l'amélioration de l’efficacité énergétique (rendement des moteurs), les économies d'énergie (matériaux isolants, pompes à chaleur, puits canadien…), les compteurs intelligents, et les moyens de stockage de l'énergie : pompage éolien d'eau dans des réservoirs en altitude pour faire tourner des turbines en l'absence de vent ; le stockage souterrain de l'air comprimé fourni par des éoliennes (CAES - Compressed Air Energy Storage) ; silos de batteries lithium-ion ; ou hydrogène comprimé provenant de l’électrolyse solaire de l’eau (l’hydrogène peut être considéré comme de l’énergie solaire « en conserve »).

Le MIX produit principalement de l'électricité, à condition que les différentes sources et « négasources » mentionnées, soient connectées à une grille intelligente de distribution et de stockage, capable de s'adapter à l'offre, à la demande, au jour, à la nuit, à l’été, à l'hiver et aux différentes zones géographiques. Un « Internet de l'énergie », une « smart grid  ». Avec cette grille intelligente, toute forme d'électricité produite devient compatible : le photovoltaïque, l'éolien, l’électricité fournie par des voitures électriques en stationnement (V2G, vehicle to grid), les mini-centrales hydroélectriques. Des sources qui, aujourd'hui, perturbent le fonctionnement du réseau de transport d’électricité passif. A noter que le nucléaire n'est pas absent du MIX et de la grille intelligente. Plutôt que des mégas centrales de 1.600 MW ou des EPR, il sera possible de connecter à la grille des petits réacteurs modulaires (Small Modular Reactors ou SMR) de 300 MW, enterrés et sécurisés. Les futures centrales nucléaires utilisant un nouveau combustible, le thorium, pourraient également être reliées à la grille intelligente.

Les choix vont être décisifs pour les 50 prochaines années, comme l'ont été ceux des années 50 pour le « tout nucléaire ». La France va-t-elle investir des dizaines de milliards d'euros pour assurer à la fois la sécurité des anciennes centrales, construire des centrales géantes fonctionnant au MOX et démanteler les anciennes, tout en poursuivant le retraitement des combustibles et le stockage des déchets ? Ou bien, va-t-elle investir aussi, et dès maintenant, dans le MIX et la grille intelligente pour sortir progressivement et en souplesse du tout nucléaire ? Une telle stratégie conduirait à une nouvelle ère, à une véritable mutation sociétale : l’avènement d’une démocratie énergétique. Avec la création massive d'emplois dans les différents composants et modules du MIX, la responsabilisation des citoyens, la vente d'électricité en P2P (entre particuliers ou pair à pair), l’essor d’une éco-énergie 2.0, analogue au Web 2.0, avec la participation des usagers et l’association de petits producteurs énergétiques dans une « longue traine  » de l’énergie. Le mariage du numérique et de l'énergétique s'ouvre vers ce que j'appelle l'écomobilité. Grâce à l'automobile, l'automobilité a révolutionné le XXe siècle. Grâce au Smartphone, (équivalent numérique de l'automobile), l'infomobilité participe à la construction de la société du XXIe siècle fondée sur de nouvelles formes de relations humaines. Pourtant, nous sommes encore des citoyens passifs et assistés face à l'énergie. Comme jadis, face à notre téléviseur, lorsque qu’avec l’ORTF nous ne disposions que d’une seule chaîne. Les lobbys nucléaires et pétroliers nous répètent : « Payez au compteur ou à la pompe, nous nous occupons du reste ». Le « retour à la bougie », la perte de compétitivité industrielle, les suppressions d'emploi, la délocalisation des usines, les prix exorbitants de l’électricité, sont mis en avant par certains leaders du monde politique et industriel. Le Président de la République a récemment rappelé : « Le nucléaire (…) c'est la France. ». On pourrait compléter cette déclaration par la suivante : « le MIX, c'est le monde ! ».

Faisons confiance à la démocratie énergétique. Soyons les « Indignés » de l'énergie « prescrite ». Assurons la promotion et le développement de l'écomobilité. Construisons une société de l'échange, du partage, de la solidarité, de la créativité et de l'innovation énergétique. Et non une société soumise au pouvoir de quelques-uns, politiques ou industriels. La révolution énergétique c’est maintenant. Elle n'est pas technique mais citoyenne. L'avenir de nos enfants c’est le MIX, pas le MOX.

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1 Des miroirs focalisent l'énergie sur le sommet d’une tour comportant un capteur solaire et une turbine à vapeur, avec conservation de la chaleur 24h/24 grâce à des sels fondus.




par Joël de Rosnay (son site) mardi 29 novembre 2011 - 137 réactions
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  • Par AntoineR (---.---.---.69) 29 novembre 2011 11:17

    Cet article est très interessant car il ne rentre pas dans la polémique stérile des pro et anti-nuke. Il prend en compte la réalité mais ne la simplifie pas. C’est à dire que les contraintes de consommation sont remises en cause et l’évolution du mix énergétique prends en compte le facteur temps.
    Le discours habituel des pro-nuke est de défendre coûte que coûte le nucléaire en avançant qu’il n’est pas remplaçable à l’instant T car il faudrait des milliers d’éoliennes....

    Il est évident qu’écologiquement et financièrement, il faut travailler sur les énergies renouvelables et qu’il faut surtout travailler sur l’efficience (isolation, rendement, stockage...)

    Il y a juste une amélioration que j’aimerai apporter à l’article.
    Je pense qu’il faut aussi travailler sur les mentalités. Celles des consommateurs et aussi celle des fournisseurs d’énergie. Aujourd’hui, tout est fait pour inciter à une forte consommation.
    Prenont l’exemple d’une facture EDF d’un particulier. Une grosse part de la facture est liée à l’abonnement. Le tarif du kWh est donc dégressif. En résumé, plus vous consommez et moins vous payez du kWh. C’est aussi vrai pour les entreprises. Or, ce n’est pas cohérent dans un monde où la production d’énergie est limitée, chère, polluante et risquée.
    Une mesure qui serait très efficcace rapidement et qui ne couterait rien au états serait d’imposer aux distributeurs une facturation progressive. L’état pourrait aussi amplifier la progressivité en appliquant une taxation elle même progressive (un TVA à 5,5% pour les premier kWh et à 19,6% ensuite).
    Les consommateurs réajusteraient leurs comportements et pourraient faire des économies motivantes. Les polleurs seraient les payeurs et l’état gagnerait de l’argent qui pourrait être investi dans les économies d’énergie ou dans la recherche.
    Cette mesure coûterait donc beaucoup moins chère que toutes les niches liées aux installations des panneaux et autres éoliennes.

    Merci pour votre article plein de bon sens

  • Par sisyphe (---.---.---.90) 29 novembre 2011 13:11
    sisyphe
    Par joletaxi (xxx.xxx.xxx.204) 29 novembre 12:29

    Je félicitais l’auteur de nous livrer un joli conte pour noel:Alice in powerland

    joletaxi,lui, préfère rester dans la réalité de Mad Max, de Soleil vert, de Tchernobyl et Fukushima, des déchets radioactifs pour des dizaines de milliers d’années ; c’est sûr que pour Noël, ça le fait pas vraiment, sauf pour les enfants qui adorent les contes d’horreur... 

    l’auteur fait l’éloge et l’énumérations de tout une série de filières censées remplacer nos sources classiques.
    C’est rafraîchissant de constater que certains rêvent 

    joletaxi lui, ne rêve pas : il préfère le cauchemar ; on attend toujours son départ pour Fukushima ; ses vertes campagnes, ses riants cours d’eau, son atmosphère si pure et légère.... c’est pour quand, joletaxi ? 

     smiley 

  • Par AntoineR (---.---.---.69) 29 novembre 2011 11:23

    Je pense plutôt qu’il s’agit de remplir les réservoirs quand l’éolien fonctionne et de les vider quand il n’y a pas de vent.
    ça se fait actuellement pour le nucléaire. Les suisses remplissent des réservoirs la nuit avec notre surplus d’énergie nucléaire qu’il nous rachète (car une centrale ne s’arrête pas facilement et que nous surproduisont la nuit).
    Ce sont des systèmes avec 2 réservoirs : 1 en altitude et 1 plus bas. Une turbine remonte l’eau vers le réservoir haut quand il y a surproduction. et quand il y a sous-production, l’eau du bassin haut fait tourner la turbine pour produire. C’est un bon moyen de stockage de l’énergie puisqu’il a un rendement de l’ordre de 90%.
    ça n’a pas l’air de vous choquer pour le nucléaire, en quoi ça vous choque pour l’éolien ?

  • Par ROBERT GIL (---.---.---.170) 29 novembre 2011 11:32

    C’est notre façon de vivre, de consommer et de penser qu’il faut remettre en cause, car une société qui consomme toujours plus ne peut respecter l’environnement et épuise tôt ou tard les ressources essentielles à la vie. Il ne peut y avoir de croissance infinie sur une planète finie........
    http://2ccr.unblog.fr/2011/01/03/de-quoi-avons-nous-besoin/

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