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E-manuel : de Schwarzy à Orwell ?

Alors qu’on attend toujours la déferlante du e-book, voici que nous arrive de Californie la lubie de l’e-manuel scolaire. Et tandis que l’industrie du divertissement promet déjà de "généreuses" distributions d’e-tablettes gratuites, Orwell se retourne dans sa tombe...

Dans la foulée de ses initiatives « vertes », Arnold Schwarzenegger a annoncé son intention de remplacer les manuels scolaires en Californie par des e-books. La démarche est relayée et commentée sur Schoolgate, le blog éducatif de Times Online.

Comme souvent dans la presse en ligne britannique, les commentaires donnent lieu à des débats hauts en couleurs et en idées. Il vaut la peine d’en suivre le fil. L’un applaudit des deux mains, l’autre proclame la fin de la civilisation. Le troisième objecte l’encombrement, le quatrième le prix à payer...

Personnellement, j’ai eu au début un peu de peine à prendre part.

Le manuel scolaire faisait partie, à mes yeux, de ces outils dont la matérialité constitue une vertu première. Un outil électronique de lecture, c’est un médium entre le lecteur et son contenu qui intercale tout un rideau de protagonistes, de conditions économiques, technologiques et pratiques là où, auparavant, il n’y avait rien. Rien que l’oeil humain face à l’imprimé, univoque et indéniable.

Les parents (dont je suis) ont déjà suffisamment de mal à suivre les programmes d’études souvent abracadabrants de leurs gosses. Doivent-ils encore, pour ne pas perdre le fil, comprendre le fonctionnement d’une nouvelle machine ? S’assurer qu’elle soit bien chargée ? Que son firmware ou son système soit à jour ?

Vous avez déjà vu l’état moyen des parents d’élèves dans une réunion scolaire ? Vous les imaginez « feuilletant » l’e-manuel du petit ? Oui ? Eh bien, bravo ! Mais passons. L’affaire n’est pas là.

Supposons que les obstacles techniques et financiers soient levés. Que la gratuité des lecteurs ne masque pas (comme lorsque Bill et Melinda Gates distribuent « gratuitement » des PC en Afrique afin d’en évincer, en sous-main, les systèmes d’exploitation alternatifs) l’OPA d’un ou de plusieurs gros fabricants sur un marché encore embryonnaire. Qu’il ne s’agisse pas, une fois de plus, d’une demande créée et façonnée par l’offre. Supposons que tout se passe dans la candeur et le bénévolat, circonstances particulièrement rares dans le pays dont il est ici question.

Supposons...

Ou alors, ne supposons pas. Contestons !

Comme ça, pendant qu’on discutera du support, plus personne ne songera à s’occuper du contenu.

Pourtant, c’est bien sur le plan du contenu que la révolution « e-manuel » devrait le plus se faire ressentir.

Lorsque d’aventure nos petits ont des manuels, ceux-ci sont retirés, amendés ou remplacés tous les deux ou trois semestres. Comme si les connaissances élémentaires requises pour accéder à une vie indépendante variaient au même rythme que la mode vestimentaire... Quel gâchis !

Là, évidemment, l’e-book ouvre des possibilités vertigineuses de progrès et de modernisation. On le branche sur le réseau le soir, et le matin on repart à l’école avec des e-manuels tout neufs, de préférence sans aucun rapport avec les versions périmées qu’ils ont irrémédiablement écrasées au téléchargement.
On imagine l’économie de moyens et de temps !

Hier, il n’y a pas si longtemps, Herr Moser, dans le Wir sprechen Deutsch, était peint à chaque page, ou presque, la cigarette au bec. Aujourd’hui, fumer = caca : on biffe la cigarette ! En un seul mouvement, d’une seule mise à jour...

Hier, Mme White, du cours d’anglais, était sans cesse plongée dans son évier. Aujourd’hui, laver vaisselle = esclavage féminin. Et hop : voici Mme White, d’un coup de baguette magique, transformée en patronne d’un cabinet d’avocats.

Hier, le président Ceausescu, dans nos manuels de géo, était présenté comme un chic type, un ami de la classe ouvrière. Aujourd’hui, Ceausescu = Hitler : on biffe Ceausescu ! Ou en tout cas, on lui retire tous les beaux adjectifs pour les remplacer par des moches. Et on lui ajoute même, dans Photoshop, la petite moustache...
 
Aujourd’hui, le dioxyde de carbone (CO2) est tellement incriminé pour la fonte des pôles qu’on envisage d’interdire aux vaches de péter. Demain, lorsque les hivers seront de plus en plus rudes, on proclamera peut-être que le « réchauffement-climatique-causé-par-l’homme » n’était qu’un montage imposé par des parasites scientifico-politiques pour des raisons de pouvoir, de subsides et de flicage général. Vous imaginez l’impact sur l’environnement (en tonnes de papier pilonné) qu’entraînerait cette petite rectification nécessaire si les manuels scolaires étaient encore imprimés ? Avec l’e-manuel, il suffira d’une petite update automatique et furtive dont l’utilisateur final de ne s’apercevra même pas.

On voit d’ici le potentiel de perfectionnement infini qu’introduit la souplesse de l’e-manuel dans l’enseignement scolaire ! Il permettra, en quelques minutes ou quelques heures, de corriger des pans entiers de connaissances — pardon : d’erreurs — historiques. Sans dépense d’encre ni de papier, l’histoire, l’écologie, l’éthique ou la « citoyenneté » pourront être récrites et re-enseignées en temps réel.

Ne sera-ce pas une manière infiniment plus écologique, plus « verte », d’enseigner l’histoire ?

 

PS Lecture recommandée avec ce plat : Evguéni Zamiatine, Nous autres.

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    Par Arcane (xxx.xxx.xxx.63) 28 juin 2009 00:51


    Si l’électricité venait un jour à manquer, on ne pourrait pas lire l’e-book à la lueur d’une bougie ...

  • vote :
    Par Despot (xxx.xxx.xxx.141) 27 juin 2009 23:33
    Despot

    Pour Halman : je possède moi-même des applications de lecture d’e-books sur mon téléphone portable et n’éprouve aucune allergie a priori pour ce support — malgré mon métier d’éditeur de livres. Lorsque je le conteste, dans le cas des manuels, il ne s’agit pas de nostalgie ou de conservatisme. Le problème est ailleurs.

    Ma réserve porte sur l’instabilité des contenus véhiculés par l’e-book, comme du reste par l’internet et par tous les canaux électroniques. A l’heure où le pouvoir politique a intégré la composante "information", voire "fabrication d’histoire(s)" ("storytelling") dans ses outils de persuasion, et où il dispose, notamment aux Etats-Unis, de moyens colossaux de manipulation des masses, il me paraît imprudent de permettre que les connaissances et l’instruction de base soient véhiculées via des supports aussi volatils.
    Par volatils, j’entends : altérables. Volontairement ou non.
    Les documents imprimés à l’encre sur du papier ont une durée de vie de plusieurs siècles. Une fois publiés, ils sont là à jamais, pour ainsi dire. Supprimer une information imprimée implique de passer au peigne fin, physiquement, des bibliothèques, des appartements, des greniers. Puis de détruire les exemplaires saisis. 
    On en connaît des exemples. Pathétiques et intimidants comme les autodafés nazis, ou insidieux comme le rachat (plus courant qu’on ne pense) de tirages entiers d’un livre "gênant" par une partie visée.
    En URSS, l’élimination de Léon Trotski du panthéon officiel a nécessité la destruction-réimpression de milliers de tonnes d’ouvrages et la retouche (sans Photoshop) de milliers de photographies afin de le faire disparaître des tribunes. Enorme chantier ! Dépense colossale !
    Imaginez donc ce que Staline aurait donné pour pouvoir "effacer" Trotski de l’histoire soviétique d’un seul coup, par téléchargement — ce que l’e-manuel permet en théorie.
    Imaginez ce que George Bush eût été capable de faire afin de "prouver" a posteriori l’existence d’armes de destruction massive en Irak, justifiant ainsi sa guerre.

    La maîtrise de l’histoire, de la science et de la vision du monde en général a toujours été une obsession des pouvoirs à vocation totalitaire. Je ne crois pas que les pouvoirs qui nous gouvernent aujourd’hui soient à l’abri d’une telle tentation. Au contraire. Il ne s’agit donc pas de leur faciliter la tâche. Ni à eux, ni aux multinationales technologiques qui en sont les alliées.



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    Par wesson (xxx.xxx.xxx.120) 27 juin 2009 18:37
    wesson

    bonjour l’auteur,
    bien vu concernant les danger de l’ebook concernant le contenu, sans même parler du coté DRM, dont le but ultime est de faire payer n’importe quel utilisateur avant chaque lecture ...

    je voudrais aussi en profiter pour rappeler le coté technique, qui n’est pas brillant brillant non plus. J’écrit en connaissance de cause, étant l’heureux (?) posseseur d’un Sony PRS-505, sorti fin 2008, donc un modèle assez récent.

    Bon alors montre en main, ça s’allume en 37 secondes. Donc, il faut déjà presque 1 minute pour ouvrir votre bouquin, presque comique.

    Ensuite, le seul jeu de caractère présent est l’occidental. Pour le lecteur occasionnel de bouquins en Russe que je suis, c’est rapé. La seule solution que j’ai pu trouver à été de convertir le livre en PDF (à l’aide de OpenOffice, avec une contrainte supplémentaire de pagination, telle que je l’explique plus bas)

    Puis, il y a la pagination. Nombre de livres sur word étant paginé sur de l’A4, l’ebook doit repaginer à ses propres dimensions. Et pour faire ça, l’ebook peut prendre jusqu’a 15 minutes.
    et si on veut changer la taille de la police de caractère, et hop, on est reparti pour attendre la nouvelle pagination.

    Et ça c’est pour le format Word. Pour les PDF un conseil, il faut impérativement les repaginer avant de les charger sur l’ebook, sinon vous ne verrez que des petits patés à la place des lettres. La fonction de loupe ne fonctionnant d’ailleurs pas pour la plupart des PDF.

    Et puis il y a la navigation : de déjà très lente lorsque tout est formatté pour l’ebook (entre 3 et 5s pour tourner 1 page), elle devient carrément apocalyptique si l’on a mis un document sans prendre soin de le repaginer aux dimensions du lecteur : ça peut aller jusqu’a 20 secondes pour tourner une page, encore pire si on revient 1 page en arrière. Résultat, avec une telle lenteur de navigation, c’est tintin pour lire un livre en diagonale. Sauter rapidement les pages pour revenir à un passage que l’on souhaite se remémorer par exemple, ça fait partie des choses impossible avec ce machin !

    Concernant le support technique de la bête, il est tout simplement inexistant en Français, et particulièrement peu ergonomique pour la version Américaine, qui a au moins le mérite d’exister.

    par contre, l’ebook est muni d’un lecteur de MP3 et AAC, chose dont la nécéssité ne m’avais pourtant pas effleuré dans le cadre de la lecture d’un livre ! A l’intérieur de l’ebook, l’ergonomie de ce lecteur de musique est à peu près nulle. Aucune des fonctions de base telle que "lecture" ou "pause" ne sont indiquée, ni sur l’appareil, ni à l’écran. Pour stopper votre musique par exemple, il vous faudra donc tâtonner pour trouver la bonne touche parmi les 22 boutons de cet appareil.

    Le logiciel de bibliothèque indispensable pour mettre des livres achetés dans l’ebook est lui aussi est assez gratiné. Le premier qualificatif qui me vient à l’esprit serait "indigeant". J’avais acheté cet ebook aux états unis pour l’avoir en avant première, et dès lors il m’est impossible de changer de langue, ou de me retrouver sur un e-store qui vends des livres en langue Française, ni d’ailleurs dans aucune autre langue.

    Ma conclusion sans l’ombre d’un doute est que à tous les niveaux, cet e-book est une arnaque pure et simple. Pratiquement inutilisable avec quoique ce soit qui n’ai pas été spécifiquement formatté pour sa propre mise en page, ses multiples restrictions interdisent tout simplement la lecture dans une langue différente de celle ou il a été acheté. Sa lenteur le rends carrément désagréable, et ses gadgets, comme le lecteur MP3 et AAC sont intégrés de manière ridicule. Dès son achat effectué, l’utilisateur est laissé tout seul face aux multiples problèmes, et l’offre littéraire qu’il peut obtenir est carrément indigeante.

    Bref, si j’ai un conseil à donner sur les e-book (car j’en ai eu aussi d’autres entre les mains), c’est A FUIR !!! Pour ma part, après 5 jours d’utilisation (dont 4 passés à essayer de m’affranchir des contraintes techniques de l’appareil concernant l’affichage des caractères cyriliques), j’ai carrément abandonné et remisé cet appareil dans un placard d’où il n’est pas prêt de ressortir.

    Et encore, je n’ai même pas parlé du coté polluant de ces ebooks. C’est déjà pas triste niveau fabrication, et niveau utilisation il convient de rappeler que sans électricité, ils ne vous permettent tout simplement pas de lire ! Assurément un immense progrès concernant la nature.

    Ce qui ne cesse de m’étonner, c’est que malgré l’évidence même de l’inutilité de cet objet, il se trouvera toujours une pléthore acharnée à le défendre en dépit de tout bon sens. les e-books, ça fait au moins 15 ans que l’on ne cesse d’en parler comme "de ce qui tuera l’édition traditionnelle", et ça fait 15 ans que ça ne marche pas - pire - que ça n’a pratiquement aucune chance de fonctionner.

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    Par fhefhe (xxx.xxx.xxx.81) 28 juin 2009 08:42
    fhefhe

    Ex-Vendeur de Papiers " à Usage Graphique". (Edition , Presse , Publicité et Imprimerie)...je tiens l’information suivante....
    — Baisse de 20 % (en moyenne ) de Ventes et de Production de Papiers (2008/2009)....du jamais Vu dans l’industrie "Papetiére" depuis la Fin de la 2éme Guerre Mondiale.
    Les" Arts Graphiques" se dégradent à une vitesse EXPONENTIELLE.... !!!!
    Là n’est pas le sujet.....
    Mais la "Pixéllisation" à "tuer" le "Plomb" (matiére utilisée pour la fabrication des caractéres d’imprimerie")
    Combien de temps passe un Etre Humain "Civilisé" devant un Ecran "Plat" ....pour s’informer , se divertir , se cultiver , s’instruire , se documenter... ????
    A titre personnel 2 Enfants
    L’Ainé Bac + 7 en Histoire de l’Art......m’a dit que "L’Internet" était INCONTOURNABLE pour bien préparer ses Unités de Valeurs en Fac...sans la "toile" plus de "Thésards"
    Le Second CAP/BEP de maçon....chez les compagnons du devoir....se détend avec des Jeux Vidéos....
    Le Succés de Nokia a été "Financé" par les Grands Industriels de la Filière Bois/Papier Finlandaise.....Leur Pétrole étant le BOIS.... !!!!
    Prés de 6 Siécles que gutemberg a révolutionné la" Vulgarisation" du Savoir"....
    En 1/2 Siécle......le "Pixel" a envahi nôtre univers.....
    Le Siécle des "Lumiéres" est FINI....
    Qui peut imaginer le Monde Moderne "sans" Informatique... ????
    La "Petite" souris de Disney a "ecrasé" les "Eléphants" du divertissement....
    La "Petite" souris qui permet de déplacer les "Pixels" a écrasé et continuera d’écraser les
    "Forêts"..... !!!!!
    Ce n’est pas en gambadant dans la forêt que le Petit Chaperon Rouge rencontre le Loup.. ???.

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