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Echec des projets informatiques : 4 causes majeures

Depuis la fin des années 80, le mode projet s’est progressivement imposé comme le mode d’organisation et de management de référence. Ce constat s’avère encore plus véridique en informatique, où le mode projet est une réalité quotidienne.
Aujourd’hui, nous sommes en droit de nous poser des questions sur les résultats obtenus par la généralisation de cette pratique managériale ?
 
Les plus critiques parlent d’échecs, de désastres financiers et humains. En informatique, disent-ils, « un projet réussi est… une exception ». Sans tomber dans la caricature, nous devons reconnaître que les résultats des projets informatiques sont en général très décevants, au regard des efforts humains et des budgets alloués. Pour s’en convaincre, il suffit d’évoquer le sujet près de la machine à café. On vous raconte alors l’histoire d’échecs retentissants : délais dépassés de plusieurs années et projets abandonnés, budgets sans commune mesure avec les prévisions initiales, application inutilisée, procès en cours avec les fournisseurs, directeurs de projet mis au placard…
 
Mesure-t-on réellement les succès ou les échecs des projets informatiques et sommes-nous en mesure d’en tirer des enseignements ?
 
Si l’échec du projet informatique fait beaucoup parler de lui, nous disposons en revanche de peu d’informations sur les causes réelles de cet échec. Les entreprises ne réalisent pas de statistiques internes. Les seules réflexions post projet sont limitées à des « retours d’expérience », dont l’utilité reste à démontrer et la diffusion du bilan restreinte aux principaux protagonistes. Enfin, aucun organisme indépendant ne publie régulièrement de donnés sur le sujet.
 
Que croire ? Pour bien comprendre l’ampleur des échecs, nous citerons quelques résultats d’une étude menée il y a quelques années aux Etats-Unis par Standish Group. Ces résultats nous laissent songeur :
- 31% des projets ne seront jamais terminés.
- Plus de 52% des projets auront un coût représentant 189% de l’estimation initiale.
- Uniquement 16% des projets se termineront dans les budgets et les délais initiaux ; ce chiffre tombe à 9% pour les grandes entreprises.
- Le délai moyen de dépassement des projets est de 230%.
- Sur 100 projets lancés, 94% devront en définitive être relancés. 
Les ordres de grandeur sont affligeants ! En période de crise économique et donc de restriction budgétaire drastique, il nous semble judicieux d’analyser les causes d’échec.
 
Nous en avons retenu 4 :
- La rivalité : en devenant une pratique majeure de management, le projet devient un terrain de conflit où les enjeux politiques, personnels, financiers s’affrontent ouvertement. Cette rivalité concerne aussi bien les acteurs internes de l’entreprise que tous les fournisseurs concernés. Il va s’en dire que cette rivalité se fait au détriment de l’entreprise.
- La mesure : le projet étant un exercice sous contrainte (budget, délais, qualité de service), on pourrait croire que les règles de l’ingénieur s’appliquent et que, par conséquent, tout est défini, prévu et mesuré. En pratiquant de près le projet informatique, il s’avère que tout fonctionne de manière archaïque, voire approximative. Des données chiffrées relatives au projet sont en effet produites, mais elles sont souvent inutilisables ou incompréhensibles.
- La logique de résultat : d’un point de vue théorique, un projet se résume à un ensemble de tâches, qu’il convient d’organiser judicieusement, pour obtenir des résultats intermédiaires et un résultat final. Là encore la rigueur de l’ingénieur est mise à mal. Cette logique de découpage doit inévitablement conduire à mettre en œuvre une logique de délivrables et de forfaits. Dans la pratique, l’obligation de résultat n’existe pas. L’entreprise peine à préciser le résultat attendu. Le fournisseur cherche à vendre une intervention en régie plutôt qu’un forfait et, lorsque le forfait s’applique, il cherche à mettre en défaut son client, de façon à appliquer des pénalités.
- L’outillage : les entreprises se sont équipées en outil de gestion et de pilotage de projet, voire de gestion de portefeuille de projets. Cette automatisation du pilotage s’est réalisée au détriment du développement d’un management humain. L’instrumentalisation et la manipulation des données devait remplacer dans les faits le rôle d’organisateur, de communiquant et de meneur d’équipes que doit assurer et assumer la direction de projet.
Dans la mesure où le projet est par nature un saut dans l’inconnu et où l’informatique reste une activité en évolution permanente, un projet informatique sera toujours un projet à risque. Les échecs sont possibles mais pour autant cela ne doit en aucun cas être la règle.
Notre conviction, partagée avec certains clients (pas tous), est qu’il faut revenir à des règles de bon sens :
- Imposer une logique de délivrables et lotir le projet de manière forfaitaire. Si le premier délivrable n’est pas de qualité, il ne faut pas hésiter à le refaire, ou arrêter purement et simplement le projet.
- Définir des critères ou indicateurs de mesure, avec simplicité et pragmatisme. Un projet peut tout à fait se piloter avec 4 ou 5 indicateurs, pourvu que tous les acteurs comprennent bien de quoi il s’agit.
- Former et valoriser la fonction de Directeur de projet informatique. Il reste la clé de voute de tout l’édifice. L’outillage est un moyen de gagner du temps, pas une nécessité.
 
Si ces principales règles de bon sens sont appliquées, alors les rivalités seront moindres, sans pour autant disparaître. Leur pouvoir de nuisance en sera limité et maîtrisé.
 
Pour que le projet informatique reste une aventure humaine passionnante et efficace, il faut impérativement repenser son management. L’échec ne doit plus être la règle mais bien l’exception.
 



par 5APC vendredi 11 décembre 2009 - 57 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par finael (---.---.---.53) 11 décembre 2009 15:12
    finael

    Vous oubliez une cause majeure.

    J’en parle avec 30 ans d’expérience derrière.

    La réalisation desdits projets est souvent confiée à des sociétés extérieures : les SSII.

    Dans ces sociétés, « pour emporter le marché », coûts et délais sont minorés au delà de l’imaginable.

    En 97 j’ai réalisé un projet plutôt complexe, dans les délais ... et j’ai reçu un blâme de ma boite (une SSII donc).

    « C’est sur les prolongations de contrat que je fais du gras ! »

    Authentique.

    D’autre part, pour appliquer correctement le Mode Projet, il faudrait des gestionnaires un minimum compétents ... ce qui n’est jamais le cas.

  • Par spartacus1 (---.---.---.218) 11 décembre 2009 15:19
    spartacus1

    Je travaille (enfin, dans une retraite active maintenant) depuis longtemps dans l’informatique (depuis 1963). Et durant tous ce temps là, ce fut exactement la même chose : délais et coûts non respectés.

    L’auteur parle de 4 causes. Moi, je n’en vois qu’une : le manque de formation et surtout le manque d’aptitudes à l’informatique d’une majorité des intervenants (majorité que l’on peut estimer à 50-60 %). Et ceci à tous les niveaux : direction qui a le niveau de culture informatique d’un enfant de 4 ans ; responsables info peu compétents et, partant, ne maitrisant pas grand choses, ils sont surtout préoccupés de ne pas faire de vagues pour ne pas perdre leur job ; les « praticiens », assez souvent sans formation sérieuse font ce qu’ils peuvent, c’est à dire pas grand chose, etc.

    La minorité compétente, est totalement noyée dans cet amas informe et ne peut pas faire grand chose. Alors elle s’amuse à réaliser de micro-projets qui l’intéresse mais qui n’ont que peut de rapport avec le projet de départ.
    J’ai vécu une carrière de 26 ans dans ce milieu, écrivant de petites applications personnelles qui m’amusaient, publiant dans des revues scientifiques (cela m’a permis de me faire un petit nom et, surtout, cela m’a été utile pour la suite de ma carrière dans l’enseignement), j’avais le temps, les tâches qui m’étaient imparties ne me prenait que 25 % de mon temps (comme cela aurait été le cas pour toute personne normalement compétente).

    Les dernières 20 années de ma carrière, je les ai passées à enseigner en école d’ingénieur, en espérant que mes paroles ne tomberaient pas dans des puits dans fond. Mais certains de mes ex-étudiants sont revenus me voir complètement désabusés par ce qu’il avaient trouvé dans la vie pratique. Je n’ai pu que leur conseiller l’attitude que j’avais eu moi-même.

  • Par Halman (---.---.---.98) 11 décembre 2009 15:10
    Halman

    Excellent article.

    Les projets (on appelait ça programme il y a quelques dizaines d’années, mais en argot informatique les modes évoluent) sont détruits dans l’oeuf dès la première phase de la conception.

    Lorsque une direction se réveille et décide d’enfin remplacer un logiciel obsolète depuis 20 ans c’est déjà bien trop tard, les agents ayant déjà pris et s’étant incrusté leurs petites habitudes indécrotables jusqu’à la retraite.

    Lors de la constitution du cahier des charges en passant par la réunion avec les utilisateurs, on fait l’erreur d’accepter de concevoir une interface à l’ancienne pour ne pas désapointer les utilisateurs habituels. Ainsi sur un os graphique actuel on hésite pas à concevoir un logiciel à l’interface à l’ancienne, monoécran, monotache, à la ms.dos... faisant conserver à l’utilisateur un mode de fonctionnement antédiluvien. Plutôt que le forcer à se faire au multifenetrage, à glisser les données d’une fenetre à une autre au lieu de les copier sur un bout de papier pour le resaissir dans l’écran suivant...

    On voit ainsi dans l’administration ces derniers temps apparaitre un logiciel de prise de rendez vous pour les médecins dont les manipulations sont du niveau de la check list de 747 plutot que du simple glisser déposer d’une fenetre à l’autre pour un simple changement de date de rendez vous.

    Et il parait que l’informatique est faite pour faire avancer les choses...

    Et ce sont les directions qui se battent pour trouver le bon fournisseur.

    Et ce sont les programmeurs en désaccords avec les collègues et leurs cadres qui programment à leur manière sans tenir compte des besoins de l’utilisateur, des normes d’ergonomies, de l’homogénéïté, chacun à sa manière et à son look perso et habituel.

    Et ça dure des mois voir des années.

    Et on nous livre une version 1 du logiciel dont la moitié des fonctions sont non « implantées » (à une époque on disait non compilée) et les autres qui plantent à la deuxième utilisation : téléphoner à la hotline en urgence.

    Dont les didactitiels, elearnings et documents sont bourrés de fautes toutes les lignes, bourrés de plantages de timings dans les pps, tout à refaire !

    Et l’utilisateur de pester encore contre l’informatique et d’en donner une image déplorable.

    Quand je parle d’utilisateur, je pense aussi bien la nana qui utilise son vocabulaire très particulier du genre « passer de l’autre coté de l’ordinateur » pour vouloir dire « ouvrir sa session bureautique » à celle qui croit maitriser Excel depuis 20 ans et qui ne connait pas l’existence des tableaux croisés dynamiques.

    Je suis formateur sur des logiciels des hopitaux depuis 10 ans, j’ai vu des logiciels de la conception à la formation des utilisateurs sur les versions « définitives » qu’on nous patche par surprise tous les 6 mois en nous prévenant la veille voir pas du tout.

    A tous les niveaux c’est du grand n’importe quoi.

    On tient compte des exigences des patrons de services pour la conception, qui bien sur ont un avis des plus différents sur l’engin, alors ça donne un logiciel qui n’est qu’un ramassis de fonctionnalités aux ergonomies conçues par des programmeurs différents, le tout sans grande concertation et homogénéïté, déconcertant et décourageant les utilisateurs qui passent plus de temps en manipulations gonflantes qu’en actions simples, rapides, pratiques, efficaces.

  • Par lerma (---.---.---.67) 11 décembre 2009 21:36
    tvargentine.com

    Je donne mon expérience


    L’informatique à toujours été un veau d’or jusqu’ à la prise du pouvoir des budgets par les financiers

    On peut situé la fin de l’age d’or avec la 1ere guerre en IRAK (en dehors de l’euro et l’an 2000 ou l’obligation de basculer les applications était vitale pour la survie des entreprises)

    Les financiers ont pris le contrôle sur le budget informatique et n’ont eu comme objectif que de réduire le coût au plus bas car ils considèrent que l’activité première de leur entreprise n’est pas l’informatique et il oublient bien souvent que le coeur de l’entreprise c’est le système d’information et son personnel qui constitue une valeur ajouté en terme
    de disponibilité,performance et qualité du service.

    Alors comme il faut rester entre gens bien,les grosses SSII ont instauré des normes (ISOxxx) pour mieux vérouiller l’accès aux marchés de la prestation intellectuelle car ses normes représentent un cout financier important à maintenir et comme les appels d’offres des entreprises c’est d’avoir le beurre et l’argent du beurre,nous avons pu voir la mort des petites entreprises qui avaient des contrats en directes (aujourd’hui si elles existent elles sont sous-traitantes des grosses SSII,qui elles mêmes sont traitantes des clients !) et il est très rare de voir des petites structures avoir un référencement dans un grand compte
    aujourd’hui.

    Le coeur des systèmes d’information avaient bien souvent un MAINFRAME et bien souvent de marque IBM http://www.nsiservices.com/liferayportal/web/public/grands-systemes

    La logique primaire des financiers aura été de choisir l’option « système ouvert » car pour eux système ouvert=Unix=gratuit !

    Donc ,ils ont lançé des projets de destruction massive des systèmes d’information propriétaire et payant pour migrer des applications vers les systèmes ouverts en pensant éliminer la part des dépenses informatiques

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_ouvert_(informatique)

    Seulement c’est une vision primaire ultra-libérale de la recherche de réduction de coût dans le seul but de satisfaire le court terme pour les administrateurs de l’entreprise ,car bien souvent il existe des couts cachés qui font exploser les budgets car le système ouvert ce n’est pas le système structuré et organisé en terme de production informatique qu’apporte le MAINFRAME.

    Bien souvent,les entreprises,quelques années après ,reviennent au Mainframe et je ne connais pas une seule banque qui soit full unix,le coeur reste le mainframe IBM.

    D’autres part en terme de sécurité ,le piratage est plus facile sur Unix que sur un système propriétaire inviolable car il est structuré et il est pensé en terme de sécurisation de données.

    La logique des financiers aura été de faire le développement (en C) dans des pays à bas cout comme le Maroc pour la France ou la Roumanie,mais cette logique est une logique suicidaire pour l’entreprise car elle n’a plus la maitrise de son système d’information que constitue son informatique (l’historique,la culture des compétences techniques licenciés...)

    Bref,cette logique devrait mourrir avec la crise financière ,qui je l’espere ne fait que commencer car plus elle sera meurtrière,mieux la situation sera assainie pour les futurs petites entreprises qui pourront proposer des services sans passer par des intermédiaires et les emplois ne seront plus délocalisés pour la recherche du cout le plus bas
    Les grosses SSII sont devenues des structures financières aux mains de fond de pension
    anglo-saxon en général (GFI,Cap..) et dont l’objectif n° 1 est de faire le maximum de profits au détriments de l’emploi en France

    Pour bien comprendre l’ampleur des échecs de projet informatique (généralement de migration,vous avez oublié de le signaler !) c’est l’opportunisme de petit malin que sont le directeur financier et le directeur informatique qui auront « vendus » cette idée au administrateur de l’entreprise

    Il est dommage,que les administrateurs ne puissent pas être poursuivi en justice pour crime économique car devant tant de destructions de richesses intellectuelles et de cultures informatiques Mainframe et donc d’emplois,ces gens devraient devoir rendre des comptes à la société

    L’informatique aura été un age d’or pour des centaines de milliers de personnes en France,aujourd’hui,après ces projets de migrations lancées voici quelques années ,le passif est désastreux en terme de cout caché et de destruction massive d’emplois

    Il faut avoir le courage pour un responsable d’entreprise ou un directeur informatique ou à des administrateurs d’une société ou d’un groupe d’arrêter un projet dont le coût par rapport à la qualité du service n’apporte qu’une REGRESSION

    Sinon,comment comprendre la logique de poursuivre dans la re-création d’un système d’information qui réinvente l’informatique des années 60 ???

    http://www.tvargentine.com


     








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