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Fausse science, vraie religion

Dans la rubrique “Opinion” du dernier n° de NewScientist on découvre un article intitulé ”Science left out”, un jeu de mots pour une thèse sur la dérive anti-scientifique de la gauche politique. Les auteurs sont des gens a priori sérieux (Alex Berezow de RealClearScience.com et Hank Campbell de Science 2.0) et l’article commence ne décrivant une expérience “écologique” désastreuse tentée par l’administration Obama dans sa cantine à son arrivée en 2007 : utiliser des couverts biodégradables, malheureusement non fonctionnels (trop fragiles) et très coûteux. Lors de la reprise du Congrès par les Républicains en 2011, les Démocrates suggéraient d’arrêter l’expérience et d’en revenir à des ustensiles normaux, ce qui fut fait mais la Speaker démocrate du moment, Nancy Pelosi, en profita quand même pour dénoncer le retour en arrière écologique des Républicains…

Jusque là je suis d’accord avec les auteurs, qui présentent ceci comme malhonnête mais “ca passe” car si la gauche (les Démocrates aux USA, correspondant en fait au centre-droit français) dit que ce n’est pas écolo, même si elle dit une connerie, personne ne fait objection. Parce que la gauche, progressiste et libérale, est rationnelle et pro-science par définition. Les auteurs veulent démontrer que ce n’est pas vrai et que la dérive anti-science de la gauche, si elle n’a pas la dimension caricaturale de la mouvance républicaine accro au créationnisme, est toute aussi réelle et tout aussi dangereuse car elle cherche à contrôler des pans entiers de nos vies (notre nourriture, l’environnement, l’éducation) de manière autoritaire selon des constats relevant, soi-disant, de la science.

Ce qui n’est pas faux : à l’extrême, le communisme se voulait une approche scientifique de la société humaine, et l’appel à la raison a toujours été central au discours progressiste. Les ayatollahs écologistes existent, l’autoritarisme étant perçu comme un mal nécessaire pour “sauver la planète”. Alors que, comme chacun devrait le savoir, l’autoritarisme c’est comme le dentifrice : facile à faire émerger, impossible à faire rentrer… Les scientifiques sont, en majorité, plutôt de gauche politiquement, et on peut constater par exemple que le GIEC est typiquement une organisation “de gauche” qui cherche, en théorie, à améliorer la condition humaine en démontrant et en combattant le réchauffement climatique de manière scientifique – par opposition à la droite qui n’a pas de notion de “bien commun” et n’envisage rien d’autre que la liberté individuelle et la loi du plus fort, peu importe les conséquences. GIEC qui, comme on l’aura lu dans un récent article de ce blog, est lui-même plutôt faible en matière de rigueur scientifique mais les auteurs omettent de le relever, préférant s’en tenir au schéma classique de la droite anti-science climatique.

Mais pire encore, les auteurs continuent en essayant démontrer la dérive anti-scientifique de la gauche au travers du fait qu’une partie de cette gauche est contre les vaccins, contre les OGM, ou encore contre l’expérience médicale sur les animaux. Sous-entendu : tout ce qui relève d’une démarche scientifique est bon par définition, et s’y opposer est “mal”. Et cela, ce n’est plus de la science, c’est de la religion. Car la science ne dit rien sur ce qui est bien ou mal : l’eugénisme a (ou avait, à l’époque) une base tout à fait scientifique. Le darwinisme social également, basé sur le darwinisme originel de la survie du plus apte, transformé ensuite en néo-darwinisme avec la supposée toute-puissance des gènes dont les mutations aléatoires conditionnaient l’évolution, et aujourd’hui en cours de transformation à nouveau avec l’arrivée de l’épi-génétisme. Les vérités scientifiques sont donc toujours relatives, partielles et temporaires, et peuvent s’utiliser pour le meilleur comme pour le pire.

Il est inquiétant de constater que des gens ayant pignon sur rue dans une revue de vulgarisation scientifique tombent aussi facilement dans un discours de type religieux avec pour dogme central la “scientificité”, réelle ou supposée, d’un processus, sans analyser le contexte du développement, de l’utilisation et des effets de ce processus sur la société. Dire qu’être anti-OGM, anti-science climatique, anti-expérimentation animale c’est être anti-scientifique (et donc, à mettre au ban de la société), relève du même esprit d’inquisition religieuse que l’on retrouvait en l’Eglise moyenâgeuse ou dans les zones d’influence islamiste actuelles. Alors qu’il n’est en rien anti-scientifique de remettre en cause des processus dont on sait qu’ils relèvent avant tout d’intérêts particuliers (les OGM) ou de pseudo-science (la prévision climatique, qui n’est pas scientifique dans le sens où ses prédictions ne sont pas vérifiables) ou encore de morale (l’expérimentation animale).

Pour ceux et celles que cela intéresse, ce petit développement sur le doute dans le contexte scientifique.


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1 réactions à cet article    


  • lulupipistrelle 9 février 2013 14:23

     l’extrême, le communisme se voulait une approche scientifique de la société humaine, 


    Non, pas à l’extrême, mais précisément . En effet le scientisme est le fondement des totalitarismes du XXème siècle. Tsvetan Todorov montre que communisme et nazisme se proposaient l’un et l’autre de faire émerger un homme nouveau, et pour se faire se réclamaient l’un et l’autre de la Science... Lire Mémoire du mal, Tentation du bien. 

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