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Accueil du site > Actualités > Technologies > Géolocalisation : l’ours revient, le dragon décolle

Géolocalisation : l’ours revient, le dragon décolle

Sur fond de guerre froide à trois, la Russie et la Chine entendent faire valoir leur autonomie et leur puissance face à la suprématie des Etats-Unis.

Alerte rouge 2.0

Créé en 1982 pour le guidage des forces terrestres, aériennes et navales de l’Armée rouge, Glonass ne dispose que d’une dizaine de satellites en orbite au lieu des 24 initialement prévus. Mais ce chiffre sera certainement atteint en 2008 grâce à l’extraordinaire régularité de la FKA, l’agence spatiale russe. D’abord ouverts à l’Europe centrale-orientale et à l’Asie, les services de Glonass seront étendus à la planète en 2009.

Néanmoins, l’Etats-unien GPS et l’Européen Galiléo utilisent la technologie CDMA, standard de la téléphonie mobile nord-américaine, alors que Glonass fonctionne avec le FDMA, technologie racine du GSM analogique, obsolète depuis l’expansion des réseaux numériques. Heureusement, les fabricants Javad Navigation Systems, Leica, Topcon, Novatel et Trimble doivent leur succès à la commercialisation de récepteurs duals GPS-Glonass. Cette interopérabilité affine effectivement la précision des signaux à des niveaux pluricentimétriques.

Généreusement subventionnés par un gouvernement fort d’une juteuse rente pétrolière, les manufacturiers russes ont encore beaucoup de progrès à faire en matières de design, d’ergonomie et de miniaturisation. Toutefois, plusieurs joujous comme le dual M-103 - aussi volumineux et énergivore qu’un talkie-walkie des années 80 ! - se révèlent beaucoup plus fiables et performants dans des conditions extrêmes (lors d’une averse dans une dense forêt montagneuse par exemple) que bon nombre de supergadgets haut de gamme made in US/UE/Japan.

Outre les enjeux commerciaux, c’est essentiellement la sulfureuse donne stratégique en Europe centrale qui pousse l’ours russe à montrer des dents.

Le déploiement du bouclier antimissile américain NMD et l’établissement de bases militaires US en Pologne et en République tchèque d’ici 2011 - « afin de contrer d’éventuels missiles balistiques nord-coréens ou iraniens », selon la Maison-Blanche - n’ont fait que raviver les craintes de l’Armée rouge sur une inéluctable guerre limitée hi-tech contre l’OTAN. Dans un tel scénario, l’Oncle Sam suspendrait sélectivement les signaux GPS quelques heures ou quelques jours afin de désorienter son adversaire.

Par ailleurs, le complexe militaro-industriel russe a développé des missiles intercontinentaux SS-27 Topol d’une portée de 12 000 km, dont la rapidité, la manoeuvrabilité et la furtivité surpasseraient largement les défenses du NMD. Dès lors, véhicules lanceurs et missiles devraient impérativement dépendre d’un système de géolocalisation made in Russia.

D’où la féroce détermination de Moscou à s’émanciper rapidement d’un GPS contrôlé à merci par le Pentagone. Vladimir Poutine, qui en fait ouvertement une affaire personnelle, a déclaré que « Glonass sera meilleur, plus convivial et plus économique que le GPS ».

Périls des mers jaunes

Le 3 février 2007, une fusée Longue Marche a placé en orbite le dernier des cinq satellites du système chinois Beidu, desservant uniquement l’Asie. Grâce à sa technologie CDMA, ses fonctionnalités seront complétées avec celles du GPS et de Galiléo afin de mondialiser sa couverture. Sur ce point, Pékin négocie toujours les modalités avec Washington et Bruxelles, mais s’octroie à juste titre le contrôle absolu de sa propre constellation satellitaire et la priorité opérationnelle dans la sphère asiatique. Par ailleurs, la Chine a acquis dix-huit horloges atomiques permettant de fabriquer autant de satellites de géolocalisation. Bluffe-t-elle ? A-t-elle les moyens réels d’une telle ambition ?

Potentiellement presciente des multiples inerties du projet Galiléo dont elle fut un partenaire privilégié, la République populaire a certainement voulu adresser un avertissement ferme à l’Europe et reprendre le buffle par les cornes. Vols habités, missiles antisatellites, coopération sino-russe pour l’exploration martienne, satellite lunaire de cartographie 3D, etc...L’Empire du Milieu envisage sérieusement de devenir une grande puissance spatiale. Il n’est donc guère étonnant qu’il s’offre une autonomie substantielle dans la guéguerre des étoiles.

Cependant, les motivations profondes de Pékin sont liées à un environnement géostratégique hautement inflammable.

Primo, la course aux ressources énergétiques (pétrole, gaz) contre le Japon sur le marché sibérien et d’interminables litiges sur les zones de prospection géologique en mer de Chine suscitent méfiance, spéculation et paranoïa réciproques dans les politiques régionales de sécurité.

Secundo, la question nucléaire nord-coréenne n’arrange pas les choses. Le régime de Pyongyang adore jouer avec les missiles balistiques, Pékin opte pour la fermeté diplomatique et le règlement pacifique, Tokyo envisage l’embargo et le recours à la force. Sans oublier l’inévitable implication des Etats-Unis, de la Russie et de la Corée du Sud.

Tertio, afin de sécuriser ses navires marchands et ses pétroliers dans les eaux internationales asiatiques contre de possibles représailles américaines/nippones et la piraterie maritime, la Chine compte augmenter la puissance de feu et les rayons d’action de sa marine et de son aviation.

Quattro  : l’enjeu taïwanais. Les perspectives d’un véritable conflit hi-tech - après les jeux Olympiques 2008 de Pékin  ? - opposant la flotte chinoise à l’US Navy dans le détroit de Formose, avec le Japon et la Corée du Sud en bases arrières américaines, laissent présager des risques d’embrasement généralisé de toute l’Asie orientale... Région où coexistent parfaitement hostilités militaires, tensions diplomatiques et interdépendances économiques.

On comprend pourquoi le dragon chinois a drastiquement augmenté ses dépenses militaires (+17% en 2006 soit 35 milliards de dollars), investi massivement dans les technologies de l’espace et de la guerre électronique et de facto développé son système de géolocalisation.

Lors d’un discours devant le Parlement nippon le 12 avril 2007, le Premier ministre chinois Weng Jibao a prévenu que « le Japon doit reconnaître la sensibilité de la question taïwanaise qui est au coeur des intérêts de la Chine », ajoutant que « Pékin ne souhaite pas de confrontation sur les projets militaires, les frontières maritimes ou l’énergie ».

De l’Elbe au Pacifique, la course aux armements ne serait-elle qu’un perpétuel recommencement ?


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10 réactions à cet article    


  • Utopia (---.---.222.246) 13 avril 2007 11:27

    Il reste les Européens, occupés à se demander si Galileo sera suffisament rentable pour valoir la peine d’être lancé...

    Quelqu’un aurait besoin d’un de Gaulle ???


    • Unknown (---.---.241.82) 13 avril 2007 13:57

      Article très interessant, que l’on prend beaucoup de plaisir à lire.


      • ZeusIrae (---.---.209.130) 13 avril 2007 15:34

        « Il reste les Européens, occupés à se demander si Galileo sera suffisament rentable pour valoir la peine d’être lancé... »

        Question secondaire,Galileo est d’abord une question strategique.Le GPS sert a guider des bombes,dire aux chars et aux avions ou ils sont et mille autre applications militaires.

        L’aspect commercial doit rester secondaire.


        • Milla 13 avril 2007 19:02

          @ ZeusIrae

          aspect commercial secondaire !!

          pure théorie !

           smiley


        • ZeusIrae (---.---.209.130) 13 avril 2007 19:09

          Je ne fait que rappeler un fait,si le programme galileo a été lancé ce n’est pas pour être une sorte d’airbus des sattelites.C’est pour donner aux etats européens un outil autonome par rapport aux americains.

          On ne pas vraiment se declarer autonome en matiere de defense si le guidage d’un missile est à la merci du bon vouloir de notre encombrat allié d’outre-atlantique.

          Je trouve inquietant que des arguments commerciaux se retrouvent de plus en plus frequemment dans un debat qui doit rester sur des questions de souveraineté et de defense.


          • (---.---.139.204) 13 avril 2007 19:37

            Bonjour Charles Bwele,

            Ta signature est toujours plaisante, et les sujets hautement stratégiques...

            Rien ne va plus depuis que les Chinois aveuglent des satellites ?

            Galiléo, c’est un très beau projet, mais comme l’Europe et ses grandes idées, cela reste magnifique sur papier glacé !

            En attendant, il faudra nous contenter de l’imprécision du GPS pour localiser les radars routiers en attendant l’internet embarqué qui tarde à pointer son bout du nez...

            Pour la guerre c’est un autre jambon, mais il faut bien justifier nos impôts !

            Alors, qu’ils fassent leur petite guéguerre sur Mars ou ailleurs dans l’univers, et qu’ils nous laissent vivre en paix !

            Mais, c’est un peu trop demander...

            L’Homme apprend d’abord à faire la Guerre avant l’Amour...

            C’est même écrit dans la Bible... Si tu veux la Paix prépare la guerre !


            • Charles Bwele Charles Bwele 13 avril 2007 20:35

              Hello !

              C bien connu, la guerre et le risque de guerre sont un formidable moteur d’innovation. A titre d’exemple, sous la pression des offensives aériennes allemandes pendant la 2nde guerre mondiale, les ingénieurs britanniques ont su développer rapidement et efficacement la technologie du radar...qui a largement contribué à la victoire de la Royal Air Force sur la Luftwaffe pendant la bataille d’Angleterre.

              En matières de géolocalisation, on assiste un peu à la même chose. Russie et Chine sont plus impliquées dans des risques miltaires directs que l’Union Européenne ; et à ce titre semblent effectivement beaucoup plus motivées à concrétiser leurs ambitions.

              Néanmoins, un conflit limité OTAN-Armée Rouge en Europe centrale affecterait toute l’Europe, tant sur le plan humain, politique qu’économique. Un conflit Flotte Chinoise-US Navy (risque de déflagration régionale en sus) affecterait tragiquement toute l’Asie, et serait une véritable catastrophe pour l’économie mondiale.


              • (---.---.178.204) 13 avril 2007 22:01

                Oui,Charles,

                notre petite planète ne peut se permettre un conflit, et la psychologie stratégique diplomatique devient notre première ressource de défense !

                Pour ceux qui savent lire et écrire... Les autres sont condamnés à poser des bobinettes...


              • Yvance77 (---.---.90.172) 14 avril 2007 10:50

                Post trés intéressant, moi aussi j’ai lu cela avec bien du plaisir.

                Merci @ l’auteur


                • Internaute Internaute 1er juillet 2007 09:37

                  La formidable augmentation des dépenses militaires chinoise fait que leur budget atteint 35 milliards de dollars.

                  C’est à comparer au budget de la défense française qui est de 36,2 milliards d’euros budgétés en 2007 soit 48,5 milliards de dollars.

                  C’est à comparer encore au budget du complexe militaire israélo-américain qui dépasse les 500 milliards de dollars.

                  En conclusion on peut tout juste dire que la pauvre Chine et la pauvre Russie essayent de se prémunir comme elles peuvent du danger qui les encercle.

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