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Accueil du site > Actualités > Technologies > HADOPI : poussons (un peu) l’analyse

HADOPI : poussons (un peu) l’analyse

C’est toujours drôle de voir nos hommes et femmes politiques exposer leur incompétence quand on leur demande ce qu’est le « peer-to-peer », le « streaming » ou le « web 2.0 ». C’est affligeant de voir la désinformation de la communication au publique, la démarche politique ainsi que l’indigence et la médiocrité de l’offre. Mais, dans ce tumulte où chacun campe sur ses positions plus ou moins morales, pour des raisons plus ou moins avouées, je souhaite évoquer ici deux sujets de réflexions jamais abordés dans le débat, et pourtant, à mes yeux, cruciaux pour vraiment appréhender toute la problématique posé par l’art sur internet. Bien sûr, c’est technique, alors accrochez-vous !

Tout le monde a pu constater les progrès faramineux opérés par la technologie ses vingt dernières années, en particulier dans le domaine de l’informatique, qui est, je le rappelle pour mémoire la science du traitement automatisé de l’information. Ce progrès a également prévalu pour l’audio-visuel, qui est passé de l’analogique au numérique, donc à l’informatique ; le grand public le connaît bien avec les lecteurs MP3, les appareils photo numériques dédiés ou associés aux téléphones par exemple et les caméscopes qui sont passés au HD depuis peu. On peu facilement imaginer que les ces progrès ont aussi été effectués dans le domaine de l’audio-visuel professionnelle et je vous le confirme. Ainsi tout le monde en a tiré bénéfice : les majors dépensent moins, même pour les productions fastueuses, de nombreux artistes ne travaille plus que chez eux (le concept de home-studio) ou comme Michael Moore, avec juste une caméra à l’épaule et même tout un chacun peu réaliser des œuvres numériques, techniquement de très bonnes qualités, pour un budget très raisonnable. Pour vous donner un ordre de grandeur, en vingt ans, les coûts ont été divisés par dix pour les productions les plus modestes et par plus de mille pour les plus grosses. Relativisons néanmoins ce constat : il y a vingt ans, Rita Mistouko réalisait son premier album, phénomène commercial, sur un huit piste quart de pouce pour un coût dérisoire, par exemple ; alors qu’aujourd’hui l’industrie du cinéma exploite ces baisses des coûts pour rajouter toujours et encore plus d’effets et de trucages.
Cela arrange tout le monde … sauf les éditeurs phonographiques. En effet, la musique, qui était déjà l’expression artistique la plus populaire, a trouvé dans cette révolution technologique une opportunité sans précédant, mettant la production professionnelle à la portée de tout créateur. Donc, les industriels qui alors étaient indispensables car ils apportaient les budgets nécessaires pour faire des productions d’une qualité commercialisable, sont aujourd’hui inutiles, se contentant d’acheter des droits de reproduction et faisant faire la duplication physique par de vrais industriels, avec des machines.
Mais, dans les fait, ces industriels du divertissement détiennent encore le contrôle sur un pan du commerce des œuvres audio-visuelles, parce qu’ils l’ont arrangé ainsi, et c’est pourquoi tant « d’artistes gros vendeurs » restent chez eux. C’est la distribution, et internet menace ce monopole, d’où HADOPI. Exemples de menace : MySpace Music, AcidPanet, etc.
 
 
La seconde problématique est à la limite de la science, de la technique et de la philosophie. Seuls quelques informaticiens théoriciens universitaires la maîtrisent. Je l’appelle la valorisation de l’information. (pour info : Théorie de l’information sur Wikipédia)
Voici quelques exemples pour illustrer le problème. Facile : qu’est ce qui fait la différence de valeur entre Mona Lisa sur son support en bois au Louvres et la même sur Google ? Plus dur : y a-t-il une différence de valeur entre une chanson sur son CD, la même chanson ripée bit à bit sur disque dur (copiée sans aucune transformation) et la même encore, convertie en MP3 sur un iPod ? Carrément le pied : ma déclaration d’impôt et mon site de porno sont protégés par le même cryptage, ont-ils la même valeur ?
Dans le monde réel, la loi régit un certain nombre d’informations et de médias : la correspondance est privée, des informations sont classifiées secret défense ou les actes notariés sont probants. En informatique, ce qui pouvait, plus ou moins, être transposé l’a été, mais sur aucune base ou norme technique et chaque pays dans son coin. Ainsi dans les faits, à moins que vous ne cryptiez, assez fortement, toutes vos opérations sur internet, un bon technicien ou un organisme gouvernemental ou privé peut voir, stocker et modifier tout ce que vous faites : surf, email, chat, téléchargement. Les banques en ligne sérieuses sont obligées de recourir à des astuces à couches multiples pour la saisie du code de sécurité sachant que les pages dites sécurisées sont facilement décryptées avec quelques connaissances et les moyens nécessaires en matériel. Enfin, je ne suis pas un spécialiste de la jurisprudence et de son évolution, mais je ne crois pas que l’on ailles très loin en justice avec un email comme seule preuve.
Le problème étant global, transnational, la solution ne sera pas local et bien peu d’autorités seraient légitimes et impartiales dans ce domaine.
 
Alors, notre personnel politique et notre omni-président sont-ils conscients de cela ? Voudraient-ils agir, le cas échéant ? Sont-ils complètement dépassés, tout comme le grand public et même les professionnels du web ? Et vous, vous en pensez quoi ? Pas grand chose tant que les banques remboursent les fraudes à la carte bleue …

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15 réactions à cet article    


  • Varsass 6 mai 2009 11:24

    La redevance télé serait-elle « un pot commun pour tout, autrement dit : une Union Soviétique Française » ?

    Et pour la rectification (je ne me lasserai jamais de rectifier ce point) : le piratage n’est pas du vol, mais de la contrefaçon. Quand on vole une mobilette, son propriétaire en est dépossédé, quand on télécharge un mp3, celui qui en est la source l’a toujours, et c’est bien là LE problème de droit que pose le PARTAGE (mais quel sale gauchiste je fais !) des oeuvres culturelles sur internet.

    Si on pose mal le problème, on a aucune chance de le résoudre, DADVSI l’a prouvé, et dans quelques semaines HADOPI le prouvera une nouvelle fois, pour le plus grand bonheur des internautes.


  • Tchoa Tchoa 6 mai 2009 11:31

    Slt Arthur,
    1/ Il me semble avoir déjà lu cette réaction ou une très similaire pour un autre article.
    2/ Quel rapport avec mon article ?


  • RilaX RilaX 6 mai 2009 11:51

    Voici pour info un tour du monde des mesures antipiratage : http://eco.rue89.com/2009/05/05/had...

    Où l’on découvre que le seul autre pays au monde a avoir réellement instauré la riposte graduée « à la française » est taiwan !

    Merci pour l’info M. Mage ...


  • worf worf 6 mai 2009 12:25

    Ce qu’il y a dans cette opposition pour ou contre Hadopi est que des gens s’accrochent encore à un mode de fonctionnement et de pensée d’avant internet où il avait d’un côté les gens qui écrivent, composent, chantent appelés artistes avec la structure des producteurs, éditeurs, de la Sacem et de l’autre côté les consommateurs !
    Avec l’avènement d’internet et des nouvelles technologies de l’informatique, cette séparation est devenue nettement plus floue. Comme le rappelle l’auteur de cet article, les moyens de créer au sens artistique sont devenus beaucoup plus facile d’accès, moins onéreux. Beaucoup plus d’artistes peuvent enregistrer leurs chansons chez eux dans leur studio, cette capacité est désormais à la portée de nombreuses personnes de par le monde. Pire, grâce à internet, vous pouvez diffuser vos créations sur la toile, toucher énormément de public sans devoir passer par le réseau traditionnel (maison de disque, producteur, distributeur...). Mieux, étant tous interconnectés, chacun peux réagir directement et immédiatement, apporter ses idées, faire évoluer une création et ainsi casser cette barrière entre créateurs et consommateurs pour devenir tous consommateur-créateurs (là il faudrait bien inventer un nouveau terme !).
    Les défenseurs d’Hadopi, ceux qui considèrent qu’internet est un bric à brac, voir une poubelle qui faut contrôler, surveiller et fliquer ne sont ils pas les mêmes qui ne veulent pas que la société en crise actuellement change, qu’il faut maintenir le système économique tel quel ?


    • Nico 6 mai 2009 12:42

      Pas d’accord avec certains points de vue. Vous ne pourrez pas toujours éviter de dire ce quise cache derrière une partie du téléchargement illégal. Le numérique n’est déjà pas équivalent aux anciens formats. Vous osez parler d’une équivalence entre un CD classique et le MP3. Et la qualité sonore dans tout ça ? Le MP3 est bon de ce point de vue pour l’immense flot de déchets de la production musicale. Je ne grave personnellement qu’en FLAC, car j’ai encore le sens de ce que c’est de l’art, et il est hors de question de mutiler une oeuvre. Je pense d’ailleurs qu’il faudrait une loi pour mettre au trou 20 ans des salopards qui osent mettre en P2P du Eisenstein ou Murnau dans des versions plastiquement ignobles, pour crime contre l’art et le génie humain (une sorte de crime contre l’humanité)

      J’ai téléchargé des fims des titans de l’histoire du cinéma indisponilbles dans les bibliothèques de mon agglomération (Lyon). La qualité de l’image n’est jamais aussi bonne que celle du DVD. OK, ça ne m’a pas gêné pour regarder des merdes, mais je n’ai pu visionner les très bon films de bout en bout.

      Je ne supporte plus ces discours qui disent avec un air narquois que la technique joue en faveur des fraudeurs. Allez transposer le même discours sur les drogues dures ou la traite des prostituées de l’Est. Assumez clairement vos orientations consuméristes.

      Allez pleurnicher tant que vous voudrez. Si je me fais sucrer mon abonnement pour piratage de « Shark attack 3 mégalodon » ou « Blade Trinity » (j’assume ne pas être qu’un pur esprit), je n’irai pas hurler au viol de la haute culture. Ca m’interrogera plutôt sur ce que je fais de mon existence.

      A quoi avez vous donné naissance,vous les pirates ? A la propagation universelle de la cuture ? Recherchez les torrents, les sources e-mule pour les films de Fritz lang des années vingt, de Dreyer, de Bresson, de Werner Herzog, de Paradjanov. Bon courage. Si vous appréciez tant le téléchargement, faites plutôt évoluer vos goûts esthétiques vers l’éjaculation faciale et la double pénétration, là je peux vous dire que vous allez être servis. Petite anecdote, une ancienne amie a cherché un jour « La Chinoise » de Godard et a tapé le titre en recherche e-mule. Il y avait un seul fichier avec 5 sources, mais d’autres titres « la chinoise se fait défoncer..... », « la chinoise se fait prendre par deux mecs anal gang bang creampie cumshot (je vous laisse le soin de traduire) dp... » Des centaines de fichiers de ce style, avec des dizaines de milliers de sources cumulées.

      Besson se plaint des du visionnage illégal de ses films en streaming, mais le streaming a justement été fait pour ce genre de films de merde. Ces techniques, c’est bon pour ce qu’il incarne. Aucune valeur artistique, alors pourquoi être dificile sur la définition de l’image ou la qualité du son ? Si on prend le cas de l’oeuvre d’art comme une expérience spirituelle, on acceptera de payer pour, et on refusera à l’inverse des mutilations qui nuisent au message de son créateur. Vous croyez que j’écoute Bach en MP3 ?

      D’ailleurs, pourquoi téléchargez vous ? J’aimerais une enquête statistique sur le ratio nombre de fichiers téléchargés/nombre de fichiers utilisé. Ne jouons pas les hypocrites, vous savez très bien où je veux en venir, et je ne suis d’ailleurs pas différent. Le téléchargement compulsif de sous-produits jamais vus, dans des formats pourris serait l’avenir de la culture humaine ? C’est un désir infantile, consumériste, pas autre chose.

      Sans rancune, ce n’est pas d’ailleurs une réponse dirigée contre l’auteur en particulier.


      • RilaX RilaX 6 mai 2009 13:03

        Recherchez les torrents, les sources e-mule pour les films de Fritz lang des années vingt, de Dreyer, de Bresson, de Werner Herzog, de Paradjanov. Bon courage.

        Dites moi sur comment se procurer ces films légalement ?

        Parceque, certes, on ne trouve pas absolument tout sur internet en P2P. Mais il ne tiens qu’a vous de faire cette acte de piraterie indigne en partageant les films de ces auteurs. Vous permettrez peut être a toute une génération de découvrir de bon vieux films. En attendant, il ne faut pas non plus crier au pillage de la culture, si aucun accès légal a ces films n’existent. Ce n’est plus du pillage, au contraire c’est de la promotion.

        Le piratage, n’est que la paliation au manque d’innovation des ayants droits. Et pour certain, c’est le mode d’acces a la culture totalement gratuit. Certes, il y a des boulimiques de mp3 et autres, ca ne sert a rien de telcharger autant. Et apres ? Ils auraient pas acheté ce qu’ils ont téléchargé de toute facons. Au pire, ils auront téléchargé pour rien, au mieux, ils auront découvert ou fait découvrir un artiste. Quel délenquence innacceptable !


      • Tchoa Tchoa 6 mai 2009 13:15

        Merci Nico pour cette réaction enflamée.
        Je ne me suis pas senti visé par elle, n’ayant essentiellement fait que poser des questions.
        Néanmoins, bien que luttant tout les jours contre ma propention à la propriété et sachant distinguer Prokofiev d’Obispo, je trouve votre position quelque peu réactionaire ; par exemple, conscient de la qualité supérieur du vynil et en possédant plein, je suis très heureux d’en avoir des copies MP3 haute qualité qui ne craquent pas et ne s’usent pas. Vous-même, utilisez-vous encore la technologie microsillon ?
        D’autre part, depuis que je suis passé à la HD et au BlueRay, je peux vous dire que les DVD sont de très mauvaise qualité que c’en est une honte !
        Ah ! Le progrès ...


      • Nico 6 mai 2009 14:01

        RilaX

        Je veux bien admettre y être allé un peu fort

        J’ai certes été assez virulent, mais je suis quand même conscient de la complexité du problème. je déteste le MP3, mais de ce point de vue l’industrie du disque a creusé sa tombe. Quand ils ont commencé, il y a bien des années à tuer le goût musical d’une partie de la population avec une musique de plus en plus pauvre, ils ont ouvert la voie à des systèmes de compression, douteux pour la qualité du son. Mais pourquoi utiliser 5 fois plus de mémoire (du MP3 au méconnu format FLAC) ou 10 fois plus (du MP3 au WMA), quand la musique est si pauvre dans son écriture que l’on remarquera peu la différence. Pareil pour le cinéma. Adolescent, j’ai bien vu comment, à partir de l’époque Terminator 2 et Jurassic Park, le système des majors cinématographiques a fait beaucoup de mal au cinéma utilisant à outrance les effets spéciaux désormais au point, pour faire des films calibrés et sans scénario (la « grande époque » des blockbusters, qui a fini par lasser tout le monde et provoqué un essoufflement). Je ne vais pas pleurer sur le fait que leurs films sont chargés illégalement non plus. Le systéme actuel des majors de la culture doit être remplacé par autre chose, je suis bien d’accord, je crois meme que c’est une condition indispensable. Grand amateur de musique classique et baroque, vous pouvez être sur que je n’ai pas oublié la manière dont ce système a entraîné une crise grave du disque classique, avec des prix élevés, un manque de renouvellement, un effondrement de la surface de rayons et du choix dans les hypermarchés style Fnac ou Virgin.
        Je déteste également ce système à cause de la suppression de nombreux titres pas assez vendeurs de leurs catalogues.

        Je suis bien d’accord sur le problème d’offre de films, c’est vrai que j’aurai pu être un peu plus nuancé là dessus.

        Pour le coup des 20 ans de prison à ceux qui mettent en P2P d’authentiques chefs d’oeuvres, c’était plus une sorte d’outrance verbale, une hyperbole, plus qu’autre chose. En plus, je sais bien que ceux qui les mettent en partage les ont souvent eux mêmes chargés, ou les ont enregistré avant de les partager ; ceci prouve leur amour pour un certain type de cinéma.

        Si je prends mon cas personnel, c’est vrai que beaucoup de vieux films qui sont dans le riche réseau des bibliothèques municipales de Lyon tournent beaucoup, ils ont du succès. Il n’empêche que voir beaucoup d’usages du téléchargement me désole, j’ai souvent l’impression de voir un prolongement de la culture du produit jetable, avec des oeuvres qui ont peu de valeur artistique dont on pallie l’usure rapide en les remplaçant comme des mouchoirs en papier. On dirait parfois que le sens de ce qui fait le caractère unique d’une oeuvre d’art se pert dans ces pratiques, où il n’y aurait plus rien de significatif ou de plus marquant. J’ai parfois des réticences là dessus, je crois trop souvent y reconnaître le prolongement de certaines tendances, comme celles qui font que les films se succèdent à l’affiche toutes les deux semaines, sans que quasiment aucun ne laisse de souvenirs marquants. C’est de voir des pratiques de ce stye dans le téléchargement qui me navre, surtout si elles essaient de se parer d’un modèle de société alternatif et anticapitaliste.

        Parfois pousser un coup de gueule peut être utile, c’est juste que je ne veux pas d’un débat trop manichéen, avec les bons internautes et la méchante police politique du Net, les problèmes sont assez graves (Hadopi et le logiciel libre) pour qu’on essaie de bien réfléchir à tous les aspects.

        PS : Les films d’auteurs que j’ai dans mon fichier Incoming sur e-mule sont en partage quand le logiciel tourne. Je vois régulièrement qu’il y a des transferts vers des particuliers, c’est vrai que ça me fait plus plaisir que voir d’autres sources demandées, style Blade ou des navets de ce type.


        • RilaX RilaX 6 mai 2009 14:19

          Voila un message bien plus modéré et constructif.

          Je ne dis pas que le partage c’est l’idéal, que c’est parfait. Il y a des problèmes, particulièrement de rémunération des auteurs. Et cette loi ne réponds absolument pas a ce problème. Au contraire, il va le creuser en rendant des méthode de comptage de ce qui est partagé impossible car les internautes vont devoir cacher leurs échanges.
          Mais le partage de la culture, tout imparfait qu’il est, est selon moi une avancée formidable pour l’évolution de l’humanité (comme j’y vais). En effet, n’importe qui en possession d’un ordinateur connecté, a la possibilité d’accéder a la totalité de la culture mondiale !
          En partageant la culture, on se comprends mieux. J’ai découvert il y a peu des artistes japonnais qui chantent en japonnais. Je comprends rien a ce qu’ils disent, pas plus que je ne comprenais les cranberries quand j’avais 15 ans. Mais j’adore. Jamais je n’aurais pu decouvrir sutchie sans le P2P.

          Il faut donc trouver un moyen de rémunerer les auteurs tout en laissant la possibilité de partager ce que les gens aiment. Et c’est pas cette loi qui le permettra.


        • Nico 6 mai 2009 15:13

          Ma réaction d’humeur est d’ailleurs due essentiellement au problème du droit des auteurs à vivre d’une création reconnue et admirée. Ni Hadopi ni le système actuel ne sont satisfaisants.

          Je crois aussi qu’il faudrait un système d’éducation artistique, quelque chose qui aide à promouvoir un cinéma et une musique de qualité. Certains producteurs de cinéma ont permi certains films parcequ’ils tiraient leur fierté du fait de produire des chefs d’oeuvre,mais ce n’est pas vraiment la politique des studios depuis le début des années 1980. Pareil pour le classique, il a d’une certaine maière fallu qu’à une époque certains dirigeants des compagnies soient des mélomanes enragés pour sortir certains albums.

          Un exemple:avant les bouleversements du 18ème siècle, il y avait un modèle économique pour la musique en Europe. Les musiciens d’Eglise et ceux (moins nombreux) de cours étaient rémunérés pour leurs fonctions. Ils étaient relativement libres artistiquement, avec un bon équilibre entre la liberté et les contraintes (jouer pour les fidèles ou les princes), ce qui a évité des catastrophes comme celle d’une partie de la musique contemporaine. Ils faisaient connaître leur musique au public, lors des offices religieux ou de la vie de cour, dans les cafés plus tard,...
          Non seulement les musiciens vivaient de leur art, mais cela a fait que la musique savante et la musique populaire s’interpénétraient et s’influençaient. Le public avait une éducation musicale de qualité, il pouvait se former l’oreille quasi quotidiennement. Je donne cet exemple seulement pour montrer que c’est d’un système aussi équilibré dont on aurait besoin aujourd’hui.

          Je me contenterai d’évoquer quelques hypothèses. Un mécénat étatique puissant serait une bonne chose. Des structures qui permettraient faire découvrir des oeuvres méconnues, du style de certains discaires spécialisés ou de la librairie indépendantes seraient les bienvenues. Il faudrait repenser aussi la question des supports physiques. Je crois qu’un nouveau système de diffusion de la culture pourrait faire beaucoup en matière musicale, en permettant de produire facilement et à faible coût. 

          Même dans mon premier billet, je n’ai de toute façon jamais défendu l’industrie du disque, qui vend encore les CD à 700 MO encodés en WMA (comment faire plus dépassé techniquement ?). J’obtiens le même résultat sonore (totalement identique) en gravant des DVD en FLAC (mais 12 CD tiennent sur un DVD). Les supports physiques resteront encore un moment, car il y aura toujours du monde pour souhaiter garder à long terme certaines oeuvres. L’auteur de l’article parlait de ses vinyles, c’est le genre d’exemple où une structure plus ou moins publique pourrait aider à la culture en facilitant la production de ce support, avec par exemple un système qui autoriserait les particuliers à se faire regraver gratuitement en microsillon des oeuvres dont ils ont acquis les droits d’utilisation. On pourrait aussi rééditer tellement de choses avec un système de ce type.

          Des systèmes de mécénat, de soutien à la création devront quand même se méfier de certains écueils, même si ceux ci sont majoritaires. Par exemple, certains secteurs bien subventionnés du cinéma français sont dans une sorte de ghetto auteurisant, qui n’aboutira jamais à rien artistiquement. Ecouter la musique Boulez (bien soutenu par l’IRCAM) est une expérience que je souhaite à peu de monde (encore que les goûts...)


        • worf worf 6 mai 2009 17:30

          @ nico,
          les idées concernant un nouveau modèle économique de la musique me semblent intéressantes.
          Je me suis déjà posé la question si un auteur, compositeur, interprète voudrait être rémunéré en fonction de sa création et donc de sa production ou au contraire en fonction de son statut qui serait reconnu par le ministère de la culture par exemple. L’un des problèmes serait sur quelle base définir que quelqu’un est un auteur, un compositeur, un interprète ? N’importe qui en écrivant une chanson et en recevant son statut d’artiste via une institution ?
          Autre chose, internet et l’échange ne pourrait il pas devenir une immense bibliothèque où toutes les œuvres sur différents formats seraient accessibles à tous ?

          ps : comme vous parfois je peste de ne point trouver des titres d’un artiste quasi inconnu mais j’estime de valeur alors que l’on croule sous des quantités astronomiques de produits passant en boucle sur des radios qui sont encore énormément échangés sur les p2p.


          • Nico 6 mai 2009 21:58

            Worf,

            La comparaison avec les bibliothèques est bonne, car il s’agit d’un modèle qui fonctionne. Tout simplement, ceux qui les fréquentent sont aussi ceux qui ont de grosses bibliothèques personnelles, il n’y a pas de concurrence entre les types d’usage. Les bibliothèques remplissent un rôle de stimulation de la curiosité intellectuelle et de la formation des esprits à la démarche intellectuelle de lire des livres. Par contre, les bibliothèques ont besoin de moyens pour fonctionner, et aussi d’un personnel qui maîtrise la sélection des livres, les plans de classement, l’organisation de catalogues. Le rôle de proposer des rayons cohérents et bien choisis, d’avoir des systèmes de recherche thématique (RAMEAU, un système d’indexation de livres) montre bien qu’il faut un pilote dans l’avion.L’essentiel de leur budget vient des communes, plus que des droits d’inscription.

            Les bibliothèques arrivent aussi à former le goût des lecteurs, en donnant une cohérence à leurs collections et par le renseignement au public. Si tout le monde pouvait par exemple avoir un accès libre aux livres ordinaires de la Bibliothèque Nationale, mais sans qu’il y ait d’organisation, avec seulement un catalogue, mais pas de salles thématiques, un empilement de livres qui ne veut rien dire, ça n’attirerait que les lettrés (avec du courage). C’est pourquoi je crois qu’il faudrait que le mécénat étatique prenne les choses en main dans le secteur de la musique, le système des majors a tourné à la concentration monopolistique et nui à la qualité, et il est surtout techniquement dépassé.

            Je crois aussi qu’en réalité, contrairement à ce que certains disent, si on met des centaines d’informaticiens chevronnés avec du matériel dernier cri, ce sera terrible pour ceux qui téléchargent, mais on ne peut pas se réjouir de ce modèle, avec des mouchards sur les pc et des atteintes à la vie privée démesurées, et des majors qui continueront leur oeuvre de destruction de la culture musicale.

            PS:Il y a eu une crise il y a quelques années, quand des représentants des auteurs ont crié à la concurrence déloyale, en demandant un prélèvement sur les prêts de nouveautés en bibliothèque, mais une solution de dédommagement des auteurs a été trouvée. Si la filière de la musique pouvait arriver à un accord de ce genre, ce serait bien.


          • Topaloff Topaloff 7 mai 2009 09:22

            Tout à fait d’accord avec votre première problématique, c’est bien celle-ci qui est à l’origine de la loi : l’inutilité croissante des majors de disques.


            A l’époque les majors étaient un support de lancement et de continuité presque obligatoire pour l’artiste, budget oblige (production, studio, communication, ...)

            Aujourd’hui n’importe qui peut produire une oeuvre facilement mais surtout, la diffuser ultra-simplement et rapidement à l’ensemble du Monde entier grâce au Web (MySpace, Facebook, Deezer, ...)

            C’est de celà que les majors ont peur. A l’avenir, il ne deviendront plus que des annonceurs publicitaires, n’ayant plus aucune plue-value à ajouter. Qui plus est, leurs contrats sont de telles escrocries pour l’artiste que si celui-ci peut s’en passer, il le fera volontier.

            • Tchoa Tchoa 7 mai 2009 17:36

              Merci Topaloff d’être DANS le sujet de l’article, que j’ai, volontairement, synthétisé. Permettez-moi de préciser ici :

              1/ J’estime la part budgétaire des artistes « maisons » (signés en direct) des majors, aujourd’hui, à moins de 10%, tout le reste passant dans l’achat de licences auprès de « labels » qui soustraitent le casting, la réalisation et la com. et qui, biensûr, prennent tout les risques. Et même avec les artistes « maisons », les réalisations sont fait soit dans un studio tier soit en home-studio avec un réalisateur indépendant. Dans le personnel des majors, il n’y a plus aucune compétence artistique, tout est soustraité, et les postes dits de « Directeur Artistique » ressemblent plus à des « Responsables de Lignes de Produits ».

              2/ Autrement dit, les majors se contentent d’acheter des droits de reproductions et d’empocher les bénéfice, étant donné qu’elles soustraitent TOUT LE RESTE. Et elles arrivent à faire signer des artistes parce qu’elles ont le monopole sur la grande distribution. Mais, légalement, l’artiste ne concéde de les droits de reproduction et de diffusion d’UNE interprétation de l’oeuvre à la maison de disque ; et il peut très bien conserver ou céder à un tier la gestion de ces droits d’autreur (à ne pas confondre) par l’édition des paroles et musiques. Dans les faits, la gestion de ces droits est pratiquement toujours cédée aux majors, par l’intermédiaire de filiales, parce que si on ne leur file pas l’édition, on n’a pas de distribution. Voilà, c’est comme ça ! C’est vrai, je l’ai vécu.

              Alors, quand on entends qu’Hadopi va permettre aux « industries du divertissement » (les majors) de mieux protéger le droit d’auteur ... j’ai mal aux seins :)

              Mais je m’égare et sors de mon propre sujet : « La tekno les dépasse tous, industriels, politiques et autres décideurs ; et ils vont se prendre un retour de manivelle ! ».


            • worf worf 7 mai 2009 15:21

              je me rappelle aussi il a quelques années du système des quotas de chansons françaises imposés aux radios pour juguler l’envahissement anglo-saxon sur les ondes. Bizarrement, on en parle plus. La « nouvelle chanson française » a gagné des parts de marché suffisant sur les ondes ?
              @ nico, vous n’avez pas réagi à la 1°partie de ma précédente réponse concernant le statut d’artiste ? qu’en pensez vous ?

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