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HADOPI : poussons (un peu) l’analyse

C’est toujours drôle de voir nos hommes et femmes politiques exposer leur incompétence quand on leur demande ce qu’est le « peer-to-peer », le « streaming » ou le « web 2.0 ». C’est affligeant de voir la désinformation de la communication au publique, la démarche politique ainsi que l’indigence et la médiocrité de l’offre. Mais, dans ce tumulte où chacun campe sur ses positions plus ou moins morales, pour des raisons plus ou moins avouées, je souhaite évoquer ici deux sujets de réflexions jamais abordés dans le débat, et pourtant, à mes yeux, cruciaux pour vraiment appréhender toute la problématique posé par l’art sur internet. Bien sûr, c’est technique, alors accrochez-vous !

Tout le monde a pu constater les progrès faramineux opérés par la technologie ses vingt dernières années, en particulier dans le domaine de l’informatique, qui est, je le rappelle pour mémoire la science du traitement automatisé de l’information. Ce progrès a également prévalu pour l’audio-visuel, qui est passé de l’analogique au numérique, donc à l’informatique ; le grand public le connaît bien avec les lecteurs MP3, les appareils photo numériques dédiés ou associés aux téléphones par exemple et les caméscopes qui sont passés au HD depuis peu. On peu facilement imaginer que les ces progrès ont aussi été effectués dans le domaine de l’audio-visuel professionnelle et je vous le confirme. Ainsi tout le monde en a tiré bénéfice : les majors dépensent moins, même pour les productions fastueuses, de nombreux artistes ne travaille plus que chez eux (le concept de home-studio) ou comme Michael Moore, avec juste une caméra à l’épaule et même tout un chacun peu réaliser des œuvres numériques, techniquement de très bonnes qualités, pour un budget très raisonnable. Pour vous donner un ordre de grandeur, en vingt ans, les coûts ont été divisés par dix pour les productions les plus modestes et par plus de mille pour les plus grosses. Relativisons néanmoins ce constat : il y a vingt ans, Rita Mistouko réalisait son premier album, phénomène commercial, sur un huit piste quart de pouce pour un coût dérisoire, par exemple ; alors qu’aujourd’hui l’industrie du cinéma exploite ces baisses des coûts pour rajouter toujours et encore plus d’effets et de trucages.
Cela arrange tout le monde … sauf les éditeurs phonographiques. En effet, la musique, qui était déjà l’expression artistique la plus populaire, a trouvé dans cette révolution technologique une opportunité sans précédant, mettant la production professionnelle à la portée de tout créateur. Donc, les industriels qui alors étaient indispensables car ils apportaient les budgets nécessaires pour faire des productions d’une qualité commercialisable, sont aujourd’hui inutiles, se contentant d’acheter des droits de reproduction et faisant faire la duplication physique par de vrais industriels, avec des machines.
Mais, dans les fait, ces industriels du divertissement détiennent encore le contrôle sur un pan du commerce des œuvres audio-visuelles, parce qu’ils l’ont arrangé ainsi, et c’est pourquoi tant « d’artistes gros vendeurs » restent chez eux. C’est la distribution, et internet menace ce monopole, d’où HADOPI. Exemples de menace : MySpace Music, AcidPanet, etc.
 
 
La seconde problématique est à la limite de la science, de la technique et de la philosophie. Seuls quelques informaticiens théoriciens universitaires la maîtrisent. Je l’appelle la valorisation de l’information. (pour info : Théorie de l’information sur Wikipédia)
Voici quelques exemples pour illustrer le problème. Facile : qu’est ce qui fait la différence de valeur entre Mona Lisa sur son support en bois au Louvres et la même sur Google ? Plus dur : y a-t-il une différence de valeur entre une chanson sur son CD, la même chanson ripée bit à bit sur disque dur (copiée sans aucune transformation) et la même encore, convertie en MP3 sur un iPod ? Carrément le pied : ma déclaration d’impôt et mon site de porno sont protégés par le même cryptage, ont-ils la même valeur ?
Dans le monde réel, la loi régit un certain nombre d’informations et de médias : la correspondance est privée, des informations sont classifiées secret défense ou les actes notariés sont probants. En informatique, ce qui pouvait, plus ou moins, être transposé l’a été, mais sur aucune base ou norme technique et chaque pays dans son coin. Ainsi dans les faits, à moins que vous ne cryptiez, assez fortement, toutes vos opérations sur internet, un bon technicien ou un organisme gouvernemental ou privé peut voir, stocker et modifier tout ce que vous faites : surf, email, chat, téléchargement. Les banques en ligne sérieuses sont obligées de recourir à des astuces à couches multiples pour la saisie du code de sécurité sachant que les pages dites sécurisées sont facilement décryptées avec quelques connaissances et les moyens nécessaires en matériel. Enfin, je ne suis pas un spécialiste de la jurisprudence et de son évolution, mais je ne crois pas que l’on ailles très loin en justice avec un email comme seule preuve.
Le problème étant global, transnational, la solution ne sera pas local et bien peu d’autorités seraient légitimes et impartiales dans ce domaine.
 
Alors, notre personnel politique et notre omni-président sont-ils conscients de cela ? Voudraient-ils agir, le cas échéant ? Sont-ils complètement dépassés, tout comme le grand public et même les professionnels du web ? Et vous, vous en pensez quoi ? Pas grand chose tant que les banques remboursent les fraudes à la carte bleue …
par Tchoa (son site) mercredi 6 mai 2009 - 16 réactions
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  • Par Varsass (xxx.xxx.xxx.222) 6 mai 2009 11:24

    La redevance télé serait-elle "un pot commun pour tout, autrement dit : une Union Soviétique Française" ?

    Et pour la rectification (je ne me lasserai jamais de rectifier ce point) : le piratage n’est pas du vol, mais de la contrefaçon. Quand on vole une mobilette, son propriétaire en est dépossédé, quand on télécharge un mp3, celui qui en est la source l’a toujours, et c’est bien là LE problème de droit que pose le PARTAGE (mais quel sale gauchiste je fais !) des oeuvres culturelles sur internet.

    Si on pose mal le problème, on a aucune chance de le résoudre, DADVSI l’a prouvé, et dans quelques semaines HADOPI le prouvera une nouvelle fois, pour le plus grand bonheur des internautes.

  • Par RilaX (xxx.xxx.xxx.29) 6 mai 2009 14:19
    RilaX

    Voila un message bien plus modéré et constructif.

    Je ne dis pas que le partage c’est l’idéal, que c’est parfait. Il y a des problèmes, particulièrement de rémunération des auteurs. Et cette loi ne réponds absolument pas a ce problème. Au contraire, il va le creuser en rendant des méthode de comptage de ce qui est partagé impossible car les internautes vont devoir cacher leurs échanges.
    Mais le partage de la culture, tout imparfait qu’il est, est selon moi une avancée formidable pour l’évolution de l’humanité (comme j’y vais). En effet, n’importe qui en possession d’un ordinateur connecté, a la possibilité d’accéder a la totalité de la culture mondiale !
    En partageant la culture, on se comprends mieux. J’ai découvert il y a peu des artistes japonnais qui chantent en japonnais. Je comprends rien a ce qu’ils disent, pas plus que je ne comprenais les cranberries quand j’avais 15 ans. Mais j’adore. Jamais je n’aurais pu decouvrir sutchie sans le P2P.

    Il faut donc trouver un moyen de rémunerer les auteurs tout en laissant la possibilité de partager ce que les gens aiment. Et c’est pas cette loi qui le permettra.

  • Par Nico (xxx.xxx.xxx.14) 6 mai 2009 14:01

    RilaX

    Je veux bien admettre y être allé un peu fort

    J’ai certes été assez virulent, mais je suis quand même conscient de la complexité du problème. je déteste le MP3, mais de ce point de vue l’industrie du disque a creusé sa tombe. Quand ils ont commencé, il y a bien des années à tuer le goût musical d’une partie de la population avec une musique de plus en plus pauvre, ils ont ouvert la voie à des systèmes de compression, douteux pour la qualité du son. Mais pourquoi utiliser 5 fois plus de mémoire (du MP3 au méconnu format FLAC) ou 10 fois plus (du MP3 au WMA), quand la musique est si pauvre dans son écriture que l’on remarquera peu la différence. Pareil pour le cinéma. Adolescent, j’ai bien vu comment, à partir de l’époque Terminator 2 et Jurassic Park, le système des majors cinématographiques a fait beaucoup de mal au cinéma utilisant à outrance les effets spéciaux désormais au point, pour faire des films calibrés et sans scénario (la "grande époque" des blockbusters, qui a fini par lasser tout le monde et provoqué un essoufflement). Je ne vais pas pleurer sur le fait que leurs films sont chargés illégalement non plus. Le systéme actuel des majors de la culture doit être remplacé par autre chose, je suis bien d’accord, je crois meme que c’est une condition indispensable. Grand amateur de musique classique et baroque, vous pouvez être sur que je n’ai pas oublié la manière dont ce système a entraîné une crise grave du disque classique, avec des prix élevés, un manque de renouvellement, un effondrement de la surface de rayons et du choix dans les hypermarchés style Fnac ou Virgin.
    Je déteste également ce système à cause de la suppression de nombreux titres pas assez vendeurs de leurs catalogues.

    Je suis bien d’accord sur le problème d’offre de films, c’est vrai que j’aurai pu être un peu plus nuancé là dessus.

    Pour le coup des 20 ans de prison à ceux qui mettent en P2P d’authentiques chefs d’oeuvres, c’était plus une sorte d’outrance verbale, une hyperbole, plus qu’autre chose. En plus, je sais bien que ceux qui les mettent en partage les ont souvent eux mêmes chargés, ou les ont enregistré avant de les partager ; ceci prouve leur amour pour un certain type de cinéma.

    Si je prends mon cas personnel, c’est vrai que beaucoup de vieux films qui sont dans le riche réseau des bibliothèques municipales de Lyon tournent beaucoup, ils ont du succès. Il n’empêche que voir beaucoup d’usages du téléchargement me désole, j’ai souvent l’impression de voir un prolongement de la culture du produit jetable, avec des oeuvres qui ont peu de valeur artistique dont on pallie l’usure rapide en les remplaçant comme des mouchoirs en papier. On dirait parfois que le sens de ce qui fait le caractère unique d’une oeuvre d’art se pert dans ces pratiques, où il n’y aurait plus rien de significatif ou de plus marquant. J’ai parfois des réticences là dessus, je crois trop souvent y reconnaître le prolongement de certaines tendances, comme celles qui font que les films se succèdent à l’affiche toutes les deux semaines, sans que quasiment aucun ne laisse de souvenirs marquants. C’est de voir des pratiques de ce stye dans le téléchargement qui me navre, surtout si elles essaient de se parer d’un modèle de société alternatif et anticapitaliste.

    Parfois pousser un coup de gueule peut être utile, c’est juste que je ne veux pas d’un débat trop manichéen, avec les bons internautes et la méchante police politique du Net, les problèmes sont assez graves (Hadopi et le logiciel libre) pour qu’on essaie de bien réfléchir à tous les aspects.

    PS : Les films d’auteurs que j’ai dans mon fichier Incoming sur e-mule sont en partage quand le logiciel tourne. Je vois régulièrement qu’il y a des transferts vers des particuliers, c’est vrai que ça me fait plus plaisir que voir d’autres sources demandées, style Blade ou des navets de ce type.

  • Par Tchoa (xxx.xxx.xxx.127) 6 mai 2009 11:31
    Tchoa

    Slt Arthur,
    1/ Il me semble avoir déjà lu cette réaction ou une très similaire pour un autre article.
    2/ Quel rapport avec mon article ?

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