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Accueil du site > Actualités > Technologies > Jane Goodall, « ambassadrice des chimpanzés », honorée à Paris

Jane Goodall, « ambassadrice des chimpanzés », honorée à Paris

Jane Goodall, Britannique de 71 ans, vient de recevoir la légion d’honneur des mains du premier ministre français. Pour comprendre l’importance du chemin parcouru, il faut savoir que, lorsqu’elle s’installe en 1960, loin de tout, dans la forêt tanzanienne qui borde le lac Tanganyika, à Gombe, elle n’est qu’une simple secrétaire pratiquement sans ressources. Au fil des mois, elle se mêlera peu à peu aux chimpanzés de la région, selon un patient processus d’accoutumance progressive maintenant familier. Cette méthode a depuis fait beaucoup d’émules, et pas seulement chez les primates, comme le souligne une initiative récente avec les suricates, ces petites mangoustes sociales sud-africaines qui se tiennent debout, telles de petits trolls du désert.

Ses premiers ouvrages font scandale : chacun des chimpanzés dont elle raconte la vie et la personnalité est désigné sous un nom propre -les premiers : David Barbe-Grise, Goliath, Flo, Fifi, Mike, Rodolphe, McGregor... Un sacrilège pour les éthologistes (spécialistes du comportement animal) de l’époque, pour lesquels toute comparaison avec l’être humain est taxée d’anthropomorphisme. En effet, à cette époque où le concept d’homme au-dessus de la création, « à l’image de Dieu », est encore dans tous les subconscients, même les plus agnostiques, la nature de l’esprit humain est considérée comme fondamentalement différente, et ne pouvant être comparée à celle des autres animaux.

Depuis, de nombreux travaux ont permis de s’apercevoir que l’intelligence et les sentiments de nos cousins grands singes sont comparables aux nôtres, et qu’ils n’en sont qu’une version un peu plus rudimentaire. Ces travaux, réalisés en milieu artificiel, établissent un contact lent avec des chimpanzés, bonobos, gorilles ou orangs-outangs par leur apprentissage, dès le jeune âge, d’un langage élaboré. Mais comme seul l’organe vocal de l’homme est suffisamment développé pour permettre un langage articulé, celui-ci est remplacé par l’ameslan, ou langage des sourds-muets, ou par d’autres artifices tels qu’un clavier aux multiples touches, permettant à l’anthropoïde de jongler avec les concepts, en atteignant au bout de plusieurs années une maîtrise étonnante.

Dans le cas de Jane Goodall, les travaux, que ses disciples poursuivent depuis dans la réserve de ses débuts, consistent en l’observation des populations naturelles. En réalité, et surtout les premiers temps, Jane Goodall a pas mal modifié les comportements naturels des chimpanzés en leur fournissant régulièrement de la nourriture et des accessoires non naturels. Mais il reste que ces travaux ont permis de mettre en évidence des comportements non inculqués par l’homme d’utilisation d’outils et, plus encore de fabrication d’outils, ce qu’on croyait réservé à l’homme. Un dernier mur de séparation entre le singe nu et ses congénères pileux était tombé (du reste, on sait depuis que d’autres animaux en sont capables).

Quant à la maîtrise du feu, beaucoup de forains savent depuis longtemps que certains chimpanzés « savants » sont accros à la cigarette, et donc que la manipulation de l’arme qui a permis d’asseoir la supériorité du singe nu sur les autres animaux aux temps préhistoriques ne lui est pas réservée.

Et même le rire, censé être « le propre de l’homme », n’est pas son apanage. Les singes rient, sourient, boudent, fulminent, mais leurs manifestations, parfois muettes, sont très différentes des nôtres, leur larynx n’ayant pas suivi l’évolution de celui des hominidés. Bravo, donc, à Jane Goodall pour avoir ouvert la voie de ces recherches sur nos proches cousins, et avoir aidé à sensibiliser (notamment avec Diane Fossey, assassinée par des braconniers pour avoir voulu défendre les gorilles de montagne) le monde sur la nécessité impérieuse de leur conservation. Après l’élimination progressive des autres membres de la lignée humaine aux temps préhistoriques, celle de ces cousins un peu plus éloignés serait une perte irremplaçable.


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1 réactions à cet article    


  • (---.---.74.176) 21 janvier 2006 14:38

    Quand il y a une bonne nouvelle ça ne fait pas marcher les plumes ! Emouvant « les cris des grands singes contents » que Jane Goodall a fait entendre aux ministres pour les remercier de cet honneur.(entendu sur france.cul)

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