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Accueil du site > Actualités > Technologies > L’année 2006 des médias numériques de A à Z

L’année 2006 des médias numériques de A à Z

Entre DADVSI et l’achat de YouTube par Google, 2006 aura été particulièrement riche en évènements pour les médias numériques. Nous vous proposons de la redécouvrir à travers notre abécédaire synthétique de l’actualité des loisirs numériques au cours de l’année 2006...

A est pour les auteurs qui ont été placés au centre de nombreux débats pendant toute cette année. Même si les industries de la culture ont voulu exploiter l’image des auteurs pour soutenir leur propre cause, c’est surtout la définition de l’auteur qui a changé. Deux tiers des jeunes internautes sont des consommateurs mais aussi des auteurs de contenus à travers leurs blogs, les services de photo numérique, de musique auto-produite, etc. Les industriels tentent d’exploiter ces nouveaux auteurs, à l’image de TF1 qui produit une émission 100 % réalisée par les internautes. D’autres services indépendants comme BnFlower cherchent à offrir à cette génération d’auteurs les moyens de se faire connaître en dehors des grands médias, tandis que le gouvernement réfléchit à la manière de contrôler ces nouveaux modes d’expression. La Chine a déjà commencé.

B est pour Bubble, le film de Steven Soderbergh. Il était le premier à s’affranchir totalement de la chronologie des médias aux Etats-Unis en sortant simultanément sur tous les supports. En France, la chronologie des médias reste au coeur d’un nouveau désaccord entre le monde des télécoms et celui du cinéma. La VOD ne peut toujours pas s’aligner sur la fenêtre de la vidéo locative, alors même que le P2P offre gratuitement la plupart des films quelques jours après leur sortie en salle, ou au plus tard au moment de leur sortie en DVD.

C est pour le Cinéma, qui perdrait un milliard d’euros par an en France mais réalise quand même une progression de plus de 10 % sur l’année par rapport à 2005. Exportation, part du cinéma français, production... tous les indicateurs sont au vert cette année. Fâché avec le député-maire UMP Alain Suguenot qui s’était montré contre la répression des internautes, le tout-Paris du cinéma s’est déplacé de Beaune à Dijon, où il a été chaleureusement reçu par le maire François Rebsamen, numéro deux du Parti socialiste et soutien de Ségolène Royal.

D est évidemment pour DADVSI, la loi relative au droit d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information. Son entrée en vigueur le 3 août a mis fin à des mois d’intense débat et de luttes entre les lobbies de puissance variable. En partie censurée par le Conseil constitutionnel qui a suivi sans transparence certaines demandes du SNEP, la loi n’a pas encore été appliquée. Les premiers decrets doivent arriver.

E est pour l’exception pour copie privée. Mise à mal par la loi DADVSI, elle sera encadrée par l’Autorité de régulation des mesures techniques (ARMT), à qui est confiée la mission de définir le nombre minimum de copies privées possible selon le type d’oeuvre et le type de support. Il pourra être de zéro. La rémunération pour copie privée, pendant d’un droit aujourd’hui limité par la loi et par la décision Mulholland Drive de la Cour de cassation, est de plus en plus contestée au niveau européen. Sauvée in extremis sous l’influence de Dominique de Villepin, la taxe pour copie privée pourrait ne pas survivre à 2007 si les DRM se systématisent.

F est pour la Fnac. La boutique symbolise le danger d’une protection accordée à une monopolisation de la culture aux mains d’une poignée de revendeurs. Denis Olivennes, le patron de l’enseigne, s’est vanté à plusieurs reprises que "sur les 200 000 disques différents que vend la Fnac chaque année, 190 000 se vendent à moins d’un exemplaire par Fnac et par an". Cela veut dire que si nous n’étions pas là, les artistes de ces disques n’existeraient simplement pas, disait-il. Nous avions calculé  : 95% des disques vendus par la Fnac rapportent à peine plus de 40 centimes par jour à leurs auteurs, compositeurs et interprètes.

G est pour la gratuité. Vilipendée par Renaud Donnedieu de Vabres, la gratuité est devenue compatible avec la légalité. Universal a ouvert la boîte de Pandore en signant un accord avec SpiralFrog. TF1, Paris Premiere, Disney, Fox, INA, Glowria... ils sont désormais nombreux à proposer leurs contenus gratuitement. Le mouvement devrait encore s’accélérer en 2007, surtout pour la vidéo qui se prête mieux au modèle publicitaire.

H est pour la haute-définition. Mot magique pour les rois du marketing, la haute-définition a fait des heureux chez les industriels en 2006. Outre les téléviseurs écran plat "HD Ready", l’année 2006 a vu se profiler le combat entre les deux formats HD DVD et Blu-Ray, et le développement d’un format indépendant par la Chine. Leurs protections antipiratage, qui ne devaient être véritablement activées qu’à partir de 2010, ont déjà été cassées en fin d’année.

I est pour l’interopérabilité. Patate chaude du ministre de la Culture, l’interopérabilité est le grain de sable qui bloque toute la belle mécanique de la loi DADVSI. Les pressions d’Apple qui veut protéger son couple iTunes/iPod ont poussé le gouvernement à adopter une loi d’affichage qui ne donne que peu de pouvoir à l’ARMT, qui aura aussi en charge de faciliter l’interopérabilité entre les plates-formes et les DRM. L’interopérabilité est cependant moins d’actualité depuis que les voix s’élèvent, au sein même de l’industrie, pour dénoncer les DRM qui profitent surtout à ceux qui n’en vendent pas. Yahoo aux Etats-Unis, et VirginMega en France, ont été les principaux vendeurs de musique à critiquer l’usage de DRM.

J est pour justice. Parler de culture sans parler de justice est devenu impossible en 2006. Beaucoup de procès initiés entre 2002 et 2004 ont vu leur issue cette année. C’est le cas par exemple de la médiatique Anne-Sophie, condamnée à Rennes, du créateur de Winny, condamné au Japon, ou de deux administrateurs de Elite Torrents, condamnés aux Etats-Unis. Les plaintes ont continué en 2006 et devraient s’accroître en 2007, mais sans doute pas en France. Dans le dernier jugement français en 2006, le tribunal a condamné la procédure suivie par la Sacem et relaxé le prévenu.

K est pour Kazaa, qui a mis la clé sous la porte cette année après un long procès et un déclin continu. L’éditeur australien Sharman Networks a signé un chèque de 115 millions de dollars à la RIAA et l’IFPI pour mettre fin à la procédure. Avec au passage un blanchiment de conscience des créateurs de Skype...

L est pour la licence globale, enterrée le 6 mars après une intense campagne de lobbying qui a vu jusqu’à la signature d’une pétition par des morts. Rejetée par la France après avoir été adoptée une première fois par l’Assemblée, la licence globale intéresse désormais d’autres pays comme la Suède ou la Grande-Bretagne. Vivendi, qui a fait campagne avec sa filiale Universal Music contre la licence globale, s’est empressé par la suite de signer un accord pour recevoir sans redistribution aux artistes une sorte de taxe sur le baladeur MP3 de Microsoft.

M est pour le ministre Renaud Donnedieu de Vabres. Sans doute une des personnalités politiques les plus détestées des internautes, le ministre de la Culture serait, selon Jean-Louis Debré, un nul qui nous a mis dans la merde et qui, depuis le début, nous a embarqués dans une aventure. Son retrait d’un article de loi en cours de lecture a été jugé anticonstitutionnel par le Conseil constitutionnel. Défait par la licence globale, il a dépensé plus de 150 000 euros de l’argent du contribuable sur un site de propagande qui n’a absolument pas tenu ses promesses. Lui non plus, n’a pas tenu les siennes...

N est pour les newsgroups. Présents sur Internet depuis bien avant le peer-to-peer, les newsgroups sont restés longtemps à l’abris médiatique. Le haut-débit et les plaintes contre les internautes aidant, le réseau Usenet s’est développé pour devenir une source importante d’approvisionnement à haute vitesse en films, musiques et logiciels. L’année 2006 a vu la montée de nombreux acteurs commerciaux qui profitent de la vague pour proposer des offres d’accès aux newsgroups toujours plus attractives. Leur succès montre surtout que les internautes sont prêts à payer pour accéder rapidement à des oeuvres récentes

O est pour l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a enfin ouvert ses portes cette année à la Russie. Pressé par les Etats-Unis et par la RIAA, le pays de Vladimir Poutine a dû pour cela apporter des garanties en matière de protection de la propriété intellectuelle et de lutte contre le site AllofMP3. L’OMC s’affirme d’année en année comme l’arme américaine absolue pour résister à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), plus à l’écoute d’un nécessaire retour du balancier en matière de droit d’auteur.

P est pour le Parlement, qui s’est ouvert à la démocratie participative avec le débat sur la loi DADVSI. Jamais un débat parlementaire n’avait autant été suivi en direct par des citoyens qui communiquaient avec leurs parlementaires par e-mail pendant les séances. Le député socialiste Christian Paul a ouvert un blog ad hoc pour parler du projet de loi, et les députés UMP et socialistes ont échangé leurs mots sur Ratiatum par tribunes interposées. L’année parlementaire a aussi vu la création de nombreux "partis pirates" à travers le monde, y compris en France.

Q est pour Qtrax, un des nombreux services gratuits et légaux qui étaient promis pour 2006 et qui ne sont pas encore sortis. Il est accompagné par Mashboxx, serpent de mer depuis 2004, et par SpiralFrog, qui était annoncé pour la fin de l’année. Ajoutons aussi la version française de In2TV, qui était prévue pour cette année par AOL France.

R est pour Razorback, le plus gros serveur eDonkey francophone saisi par les autorités belges le 21 février. Ses administateurs sont toujours en procès en Suisse et n’ont pas remonté de serveur eDonkey, mais contribuent toujours au partage légal de fichiers en P2P sur la chaîne de téléchargements de Ratiatum ou sur le service de musique libre Jamendo.

S est pour Nicolas Sarkozy. Le ministre de l’Intérieur, président de l’UMP, président du Conseil général des Hauts-de-Seine, conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine, et candidat à l’élection présidentielle de 2007 s’est montré particulièrement soucieux de voir la loi DADVSI adoptée. Opposé à la licence globale, il a organisé la révision du texte soumis par son confrère du ministère de la Culture. Joey Starr laissera entendre plus tard sur Canal + que son soutien à l’amendement Vivendi était un service rendu à Sony-BMG, pour qu’en échange la maison de disques ne publie pas le titre Tiens ta femme et tu tiendras la France.

T est pour la télévision, qui a entamé une longue métamorphose en 2007. Sous l’impulsion de la TNT et de la TV par ADSL, le Parlement l’a condamnée à devenir entièrement numérique d’ici fin 2011. Elle devient plus interactive grâce au développement des enregistreurs numériques et de la VOD, et plus riche grâce à l’apparition de nouveaux producteurs et diffuseurs. La télévision se regarde de plus en plus sur Internet et de nouveaux services comme le Projet Venice doivent venir déployer les possibilités du numérique.

U est pour Universal Music, qui réussit à augmenter ses résultats financiers malgré le climat défavorable. La plus grosse major du disque utilise son poids considérable pour faire pression sur ses partenaires et oser rêver d’une participation financière sur les ventes de l’iPod. Elle a entamé par ailleurs une politique progressiste en sortant ses fonds de catalogue des placards et en signant un accord remarqué avec SpiralFrog. Universal Music a encore grandi cette année en avalant la filiale édition de l’allemand BMG, troisième du marché.

V est pour la vidéo à la demande (VOD), qui a explosé cette année en France. Sous l’impulsion d’un accord entre Free et CanalPlay, deux millions de titres ont été loués en VOD au premier semestre. La France montre le chemin au reste de l’Europe mais il reste encore beaucoup à faire. Malgré ces signes encourageants, la VOD est pénalisée par une industrie du cinéma prisonnière de ses vieux modèles économiques et de ses dirigeants historiques.

W est pour Warner Bros, qui est la première major du cinéma à avoir signé un accord avec BitTorrent Inc. pour voir ses oeuvres diffusées légalement par P2P. Elle était aussi en 2005 la première à faire confiance à la gratuité comme modèle économique pour Internet. En janvier, elle a formé en Europe une joint-venture baptisée In2Movies qui aura pour mission de distribuer légalement des contenus vidéos sur une plate-forme P2P sécurisée.

X est pour la Xbox 360 de Microsoft, qui rivalise avec les PlayStation 3 de Sony et Wii de Nintendo. Comme le montre son accord avec CanalPlay pour la VOD, la Xbox se bat avec les autres consoles pour devenir le centre numérique du salon, bien au-delà du jeu vidéo. Avec la Xbox 360 Microsoft compte aussi introduire de nouvelles règles économiques dans le secteur du jeu vidéo, empruntées aux sharewares et freewares bien connus sur PC.

Y est pour YouTube, la plus folle success story de l’ère Web 2.0. Apparu en 2005, le site qui met en ligne gratuitement les vidéos proposées par les utilisateurs a été racheté en octobre par Google pour 1,65 milliard de dollars. Trois des quatre majors de l’industrie du disque avaient pris des parts dans la société avant son acquisition. YouTube est sujet à de multiples plaintes pour violation de droits d’auteur mais Google a réservé 200 millions de dollars au règlement des conflits. L’un de ses principaux concurrents est le Français DailyMotion, qui a signé récemment un accord avec les maisons de disques indépendantes. En 2007, ces sites devraient commencer à partager leurs revenus avec les producteurs de contenus et certains internautes.

Z est pour le Zune, le pêché d’orgueil de Microsoft. Incapable de rivaliser avec Apple pour la musique en ligne, Microsoft a changé de stratégie et adopté le même shéma que celui de son concurrent de Cupertino. Il a annoncé officiellement en septembre la sortie du Zune, un baladeur dont les DRM sont tellement restrictifs qu’ils sont incompatibles avec les autres DRM du même Microsoft. Le baladeur ne peut pas être utilisé avec les plates-formes PlaysForSure vantées par Microsoft. Une belle leçon d’interopérabilité, et une histoire en or pour les opposants aux systèmes de protection.

Bonne et heureuse année à tous les lecteurs et contributeurs d’AgoraVox, qui trouveront certainement en 2007 les moyens de faire entendre leur voix plus encore qu’en 2006.


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3 réactions à cet article    


  • dionysos 3 janvier 2007 09:13

    voici un excellent resumé. on aimerait voir ce genre d’article plus souvent


    • v comme vent (---.---.60.48) 3 janvier 2007 10:44

      ffffffffffffffffuuuuuuuuuuuuuuuuuit


      • Sran_isback (---.---.145.37) 3 janvier 2007 12:46

        finalement un des meilleurs articles de Agora vox ? On voit tout au long de cet année l’hypocrisie des grands médias, et comment finalement ils se rendent compte qu’ils loupent un tournant. Le plus marrant était le refus de TF1/M6 sur la freebox de peur qu’on leur vole leur « contenu » et de voir que finalement, ils sont annoncés sur freebox.

        Par contre il manque allusions à l’invasion du net par les différents partis, les différentes équipes chargées de pourrir tous les blogs et autres sites de propagande.

        Ce résumé laisse donc une bonne impression, et donne un peu plus à méditer

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