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Accueil du site > Actualités > Technologies > L’économie de l’immatériel est bluffante

L’économie de l’immatériel est bluffante

Les technologies nous conduisent vers une économie de la connaissance et il faut s’adapter. Moderniste patenté, Thierry Breton a installé une commission sur l’économie de l’immatériel le 27 mars 2006 sous la direction d’un grand patron de la publicité et d’un haut fonctionnaire des finances. Un rapport d’étape devait être remis le 30 juin dernier et le rapport lui-même a été annoncé pour le 30 septembre. On est sans aucune nouvelle d’une série de trois rapports qui, faute d’être véritablement attendue, s’annonce comme un objet de grande curiosité.


Que va-t-il sortir de la boîte ? Le bluff est tellement la ligne directrice du ministre, ancien patron de France Télécom, et ex-écrivain futurologue, que l’on ne prête même plus vraiment attention aux rapports annoncés, ni à la fiabilité de la communication et des délais supposée être un des éléments fondamentaux de la qualité des services dirigés par les managers. La question est de savoir quelle intégration le capitalisme peut faire de l’immatériel, avec un petit problème troublant : est-ce que la connaissance est soluble dans l’économie ? Nous vivons "une époque moderne", comme ne nous le rappelle plus quotidiennement Philippe Meyer à huit heures moins cinq. On s’étonnera tout de même qu’il ait fallu attendre un écrivain à Bercy pour qu’il advienne que les députés se gaussent du français du ministre des finances qui doit, certes, être d’abord un fort en maths.



La première difficulté sérieuse de notre affaire, c’est la technologie. On confond depuis longtemps la science, la technique et la technologie, ou tout au moins on passe de l’une à l’autre de ces notions sans clarté. Normalement, en bon français, la technologie est l’étude des techniques et les techniques se rapportent à un art de manier des outils ou un domaine particulier de la connaissance. Ainsi on parle depuis une décennie de « nouvelles technologies de la communication » dans cette confusion de sens, simplement parce que c’est plus dans le vent que de parler de techniques de la communication. Et ce qui, au départ, avait simplement l’air d’une expression un peu plus chic devient une habitude sur la signification de laquelle on ne s’interroge plus.


L’usage courant du mot technologie(s) aujourd’hui nous dit tout autre chose que cette définition élémentaire de la technologie que l’on peut trouver dans le Petit Robert ou tout autre bon dictionnaire. La "technologie" nous dit qu’il y a d’une part une fusion entre la science et la technique, et d’autre part que tout ce qui est techniquement faisable et utile finira toujours par être réalisé. Pour être plus précise, l’usage du mot ne nous dit pas, il insère sans justification par simple affirmation la fusion entre la science et la technique. La technique et la science sont-elles réductibles à une seule et même chose ? Faux. La science aboutit-elle forcément à la technique ? Faux encore. Le développement technique est-il toujours utile ? Faux toujours. Le mariage de la science et de la technique donne des opportunités de profit auxquelles on est totalement incapable de résister ? Hop, là c’est bon, vous avez trouvé du vrai !


L’indispensable identification de l’objet


Derrière le mot technologie(s), il n’y a pas que la frime et la confusion, il y a aussi de la propagande. Une formidable propagande. Celle-ci est d’autant plus efficace que personne ne peut plus maintenant l’identifier sans un petit effort intellectuel. L’usage du terme a inoculé le non-dit qui nous répète inlassablement l’affirmation du dogme de la fusion de la science avec la technique. Et nous croyons y voir la réalité, la preuve toujours renouvelée de l’horizon fuyant mais indépassable du progrès traduit en renouvellement perpétuel des objets et en croissance économique ininterrompue.


La science, indiscutable par les profanes, dans son progrès perpétuel et par ses réalisations techniques, entraîne des changements dans la société. Bien entendu, la propagande a tendance à s’abîmer dans la sottise pure et simple. Mais personne ne semble plus capable d’imaginer deux minutes que c’est la société qui libère la science et les usages techniques. Le grand mouvement d’individuation en Occident libère de la religion et des contraintes communautaires. Internet poursuit le phénomène urbain, où la ville est libératrice du contrôle social qui pèse dans les campagnes, la gestion de la rencontre et de la distance impose des modalités d’échange et de responsabilité individuelle en rupture avec l’imaginaire vertical d’une science qui déploie le progrès comme une somme de vérités et d’outils qui tombent de haut. L’important, c’est que le réseau permet de nouvelles modalités de rencontre, et donc de nouveaux voisinages qui échappent au contrôle par les autorités.


La thématique de l’économie de la connaissance expose à de grands dangers, parce qu’elle propose une nouvelle étape du capitalisme triomphant, en calculant par exemple le patrimoine immatériel public de l’État (c’est dans le communiqué de Bercy, mais oui !). Le risque est de faire passer aux aveux l’idéologie de la technologie au service de l’économie, comme cela est quasiment le cas avec la loi DADSVI. L’économie immatérielle, en raccourcissant le lien entre la production économique et les signes de la richesse, renouvelle la confusion de sens créée dans le rapport entre la technique et la société. La loi sert des intérêts économiques, et les intérêts économiques ont besoin du droit parce que la médiation marchande s’évapore.


L’économie repose depuis le haut Moyen Age sur l’échange, le marché, et l’accumulation, sans oublier la médiatisation monétaire publique pour réguler la transmission entre les acteurs privés. Avec la connaissance, on a une matière publique et cumulative sans méthode de valorisation susceptible de créer un marché avec une procédure d’échange lisible. L’identification de l’objet est indispensable à la transaction des marchandises, alors qu’il est très compliqué de spécifier une connaissance sans la livrer ; voilà ce qui pose problème.


La connaissance est prise dans cette contradiction que sa valeur n’existe que par sa diffusion, ce qui est tout de même assez contradictoire avec l’appropriation privée. Mais c’est que justement il y a des entreprises qui veulent capturer la connaissance, et toute connaissance capturée vaut de l’argent. François Loos, ministre délégué à l’industrie, explique ce genre de chose très officiellement.et nous dit que cette nouvelle économie crée de la valeur en interdisant la communication. L’économie de la connaissance serait donc ce monde où l’on s’enrichit en interdisant l’échange, surtout s’il est gratuit, par de nouveaux privilèges appelés brevets, droits ou licences. Là on nous invente mieux que du post-industriel, c’est carrément du post-économique !


Se décentrer de l’économie


Tout cela ressemble à une suite de propos vides de sens, fondés sur des idées creuses, des billevesées. L’identification de l’objet indispensable à la transaction ne peut pas être évacuée de l’acte économique. Et l’échange a besoin de signes qui symbolisent la confiance. Avec la valorisation des biens immatériels au bilan comptable, si l’on n’y prend pas garde, on va complètement polluer les signes eux-mêmes. Cela signifie que les documents de propriété, la monnaie et même le langage peuvent perdre en crédibilité et par conséquent, tout le système de valorisation s’en trouvera affecté. Nous avons un ministre des finances qui pratique sans cesse le langage publicitaire (qui n’est rien d’autre qu’une banalisation de la dégradation du sens des mots), qui n’est pas non plus une référence indiscutée dans le simple domaine de l’honnêteté comptable (affaire Rhodia), mais qui nous rassure à chaque fois qu’on l’entend sur sa modernité.


L’impérialisme de l’économie sur la technique a fait la grande réussite du capitalisme industriel. Mais il n’est pas certain que l’économie puisse enchâsser la science ou la connaissance. Il n’y a jamais eu autant de diplômés frustrés et déclassés, sans issue réelle de reconnaissance sociale par la distribution économique, alors les élites ne devraient pas se perdre en considérations hasardeuses, car leur avenir est fragile et incertain. La frustration de l’impossible accès à l’élite de ces déclassés travaille déjà profondément l’imaginaire collectif : l’exploitation de la nature est discutée, la croissance économique contestée, la publicité critiquée. Le thème de l’économie immatérielle reflète l’obsession des gens de pouvoir. Pourtant, l’économie n’aura pas forcément vocation dans l’avenir à être autant au centre de la société qu’aujourd’hui, les dirigeants publics actuels semblent radicalement incapables de penser ce recentrage de la société, alors que l’imaginaire collectif bouge dans un mouvement incontrôlé.


La première phrase de cet article dit que les technologies nous conduisent vers une économie de la connaissance et qu’il faut s’adapter : je n’en pense finalement pas un mot, j’ai essayé de montrer la sottise des idées reçues qu’on nous inflige. Nous sommes déclassés économiquement certes, mais nous pouvons aussi, par nos écrits et nos échanges, lutter pour décrypter la propagande, et nous ne sommes pas forcément assez bêtes pour laisser réduire la connaissance au champ des objets économiques.



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21 réactions à cet article    


  • Attali (---.---.64.135) 10 octobre 2006 11:59

    Tout ce qui est taxable est marchandisable !


    • Attali (---.---.64.135) 10 octobre 2006 12:07

      La gratuité est un espace encore non segmenté par le capitalisme.les flux finissent toujours par être controlés :Internet sera segmenté et payant !L’erreur serait de croire que cela peut être segmentable à l’infini !L’économie retournera à des cycles plus traditionels aprés la digestion du Web 2.0 et des bulles connexes .


    • (---.---.162.15) 11 octobre 2006 11:23

      Mouais, c’est ce qui se disait il y a dix ans. La gratuité se porte aujourd’hui très bien sur Internet. Rien de fondamental n’a changé et ne semble changer. Les lois telles que DADVSI ont des effets très limités. L’ère du minitel semble définitivement révolue. Dommage pour les nostalgiques du tout marchandisable.

      Am.


    • Wynot (---.---.243.61) 13 octobre 2006 12:22

      Radio, TV hertzienne, Metro le journal, Google.....

      Le gratuit a un beau passé et un futur plus prometteur que celui de Libé (qu’il contribue à tuer, c’est un constat, pas un souhait, ni un reproche). Quand un média vous semble nouveau, demandez vous à quoi il ressemble le plus (par quels cotés) et vous aurez déja des éléments d’analyse meme si ce média semble entièrement novateur comme l’internet.

      David - wynot@teaser.fr

      Fondateur de Temps Réseaux en 1987

      Enseignant les NTI depuis 1991

      Concept A.I.R « Audiovisuel-Interactivité-Réseaux » en 1993

      Veilleur et « search engine whisperer » depuis.


    • gem (---.---.117.249) 10 octobre 2006 12:38

      Article un peu alambiqué, mais intérressant. Essayons plus simple :

      « l’économie est la science de l’allocation des ressources rares ». Gérer la rareté pour la faire moins sentir. Déplacer les manques vers les endroits où ils sont les moins génants.

      Mais l’information n’est pas un bien rare : on peut la dupliquer et la reproduire à l’infini pour un prix ridiculement petit.

      Et la production matérielle moderne est très dépendante de l’information : en pratique, c’est bien le manque d’information l’obstacle principal qui empêche les chinois de fabriquer eux-même leurs airbus, shinkansen (pas TGV, trop nul le TGV) ou clones de Toyota, d’INTEL et M$. Les biens matériels restent en partie conditionnées par un manque de ressources naturels (aliments, métaux, énergie pour les produire, etc.), mais c’est devenu une part très secondaire du système.

      Appliquant le précept que « plus y’a de trous, plus y’a de gruyère », nos « économistes » de la connaissance ont décidé de créer la rareté pour pouvoir en faire un objet économique, c’est à dire gérer et faire disparaitre la rareté !

      Ca semble idiot...

      Pour une part, ça peut s’expliquer par la necessité de troquer de l’information contre des biens parfaitement matériel, qui restent rares. Mais cette explication n’est pas forcément recevable, vu la part de plus en plus petite que représente les biens matériels dans le système.

      Vous avez dit « post-économique » ? Très bien trouvé, en effet ...


      • Céline Ertalif Céline Ertalif 10 octobre 2006 21:06

        A voir si l’économie est une science, ça se discute. Pour le reste, l’image du gruyère est assez pertinente à mon avis aussi.

        Le vrai problème pour moi, c’est le mot « alambiqué » dans la première ligne de commentaire. En fait, mon vrai sujet c’est de réfléchir au processus de la propagande. Comment fait-on pour faire croire à la technologie, à l’économie de la connaissance, etc. La critique me paraît juste, et la méthode assez difficile.

        Ellul a bien expliqué le problème de la technologie, mais qui comprend le rapport entre l’idéologie et la technique ? Les lecteurs d’Ellul, ça fait peu.


      • Jesrad (---.---.20.126) 10 octobre 2006 13:42

        Je crois que vous avez manqué l’essentiel au sujet de la « commission sur l’économie de l’immatériel » : c’est juste un « machin » de plus pour offrir des placards dorés à quelques privilégiés en remerciement de services rendus aux politiciens, sur les fonds publis. Peut-être finiront-ils par sortir un rapport ou deux. Un jour...


        • C.D. (---.---.37.88) 10 octobre 2006 13:55

          En dehors de l’appréciation des éléments tangibles dont dispose une entreprise, tels que les dépôts de brevets ou des engagements éthiques et moraux, il n’y a pas d’indicateur sachant révéler une valeur immatérielle. Tout au plus, pourrait-on juger comme indicateur les comportements spéculatifs du public vis à vis d’une entreprise communiquant sur son patrimoine immatériel.

          Cette mode du capital immatériel est issue directement des NTIC. Les outils informatiques et les réseaux électroniques modernes ont engendré de nombreuses vocations de conseil chez nos intellectuels prêts à vendre aux entreprises leur haute valeur ajoutée techno-économique.

          Ainsi est née l’idée dans la tête de nos avides dirigeants que l’entreprise pouvait posséder la matière grise de leurs ingénieurs, le savoir faire de leur management, les méthodes infaillibles de leurs organisations.

          Et de se le faire payer.

          C’est ce qu’introduit finalement votre article : 1) Jusqu’où le capitalisme féroce ira-t-il dans l’avilissement de l’individu, la plupart d’entre nous devenant déjà interchangeable dans son métier. 2) Jusqu’à quel bradage des savoir faire ira-t-on pour satisfaire les appétits à court terme des financiers, qui vendent à vil prix aux chinois des décennies de difficiles mises au point, et le savoir faire associé.

          C.D.


          • Jesrad (---.---.20.126) 10 octobre 2006 15:38

            En dehors de l’appréciation des éléments tangibles dont dispose une entreprise, tels que les dépôts de brevets ou des engagements éthiques et moraux, il n’y a pas d’indicateur sachant révéler une valeur immatérielle.

            En dehors de l’appréciation par l’acheteur vis-à-vis de celle du vendeur, il n’y a pas d’indicateur de la valeur de quoi que ce soit smiley


          • Céline Ertalif Céline Ertalif 10 octobre 2006 23:08

            La valeur marchande est définie par le prix du marché : d’accord la théorie libérale a toujours l’air d’une évidence et garde une grande force de conviction.

            Mais dès qu’on approfondit la question de la formation des prix, cela devient moins évident. Il y a aussi des impôts, de redoutables problèmes d’économie marginale (comme l’excellent exemple des génériques donné par fredleborgne) et des règles dont certaines organisent visiblement la rareté. Quand il y a des privilèges, le marché est déjà un peu moins libre.


          • Jesrad (---.---.20.126) 11 octobre 2006 12:05

            L’inégalité des pouvoirs mène inévitablement à la corruption, eh oui. Ce qu’il nous faut c’est la fin de toute coercition.


          • fredleborgne (---.---.40.77) 10 octobre 2006 22:37

            Questions bêtes (oui je sais).

            Les droits d’auteurs sont ils évaluables quand ils sont transmis en héritage ? Que vaut une oeuvre d’art à part le prix qu’un amateur a accepté de payer un jour ?

            Et le prix d’une musique de 3 mn ? Egale à un peu de pub finalement ?

            Le prix de l’immatériel ? Certains y ont déjà répondu, surtout quand il s’agit de faire payer un internaute téléchargeur, ou de vendre une musiquette de portable, ou de soutirer des ’redevances’ sur des kermesses. Y compris aussi pour faire payer globalement l’état pour qu’il ait le droit de permettre à ses professeurs d’« emprunter de la musique » pour enseigner aux élèves.

            Mais pas quand il s’agit de refuser de faire fabriquer des médicaments génériques qui pourraient sauver la vie de gens qui de toute façon n’auraient pas pu payer le prix à la société pharmaceutique détenant le brevet.

            Pire que l’immatériel, la présomption . Exemple : la taxe sur la copie privée qui est exigible, entre beaucoups d’autres, sur les mémoires d’appareil photos . Ce sont mes photos, j’ai donné à la Sacem.

            C’est comme si on supprimait les radars et qu’on payait tous une contravention par mois pour excés de vitesse, sinon on n’aurait pas le droit de rouler. Avec les DRM, on ne supprime même pas les radars.

            Finalement, il aurait valu un ministre comme ça pour épauler un certain ministre de la culture avant qu’il ne matérialise une vraie source d’argent pour les industries du disques et du DVD.


            • Forest Ent Forest Ent 11 octobre 2006 02:08

              Excellent article empli d’humour dont je me suis délecté.

              Allez, je vous rassure, il y a bien un sens derrière tout ça : « essayez vite fait de me trouver quelques arguments pseudo-intellectuels pour démontrer qu’il faut que l’on puisse breveter les logiciels et les gènes humains avant que les US ne le fassent ».

              La novlangue a souvent été une technique de lobbying. Ou technologie ? smiley


              • neonira (---.---.3.30) 11 octobre 2006 18:32

                Certains, dont vous semblez faire partie, ne sont pas dans le train de la nouvelle économie. Aussi, vous demeure t’elle inconnue et incompréhensible.

                J’adhère à votre point de vue, lorsque vous signifiez que l’économie de l’immatériel ne peut être maitrisée, comprise par un rapport, de surcroit ministériel. Cette nouvelle économie n’est pas maîtrisable. Elle vit de l’initiative et par l’initiative individuelle. Et c’est ce qui la rend incontournable, dans une logique de communautés ouvertes, collaboratives. Utopie, direz vous ! J’utilise vingt fois plus de services gratuits sur le web, que ne m’en offre notre chère administration.

                L’état d’esprit qui précéde à cette économie dématérialisée est basé sur l’apport de réponses approximatives (scientifiquement inexactes en général), mais disponibles, réelles et exploitables pour un non averti des technologies. C’est certes perfectible, mais cela constitue un progrès réel, parfois gratuit (au lancement au moins), et surtout, cela s’adresse à un humain. L’Homme est au coeur de la nouvelle économie, car seul ses désirs dirigent l’économie future.

                Cette économie échappe à l’entendement classique. Elle répond à une valeur de coût immédiat pour un service. Payer dix pour un conseil d’investissement immédiat, à distance semble cher. En phase de négociation de prêt, cela vous semble dérisoire. C’est le contexte qui crée la valeur, et non pas le service lui même. Or l’économie de l’immatériel vise à répondre aux services dont nous ressentons le besoin aujourd’hui. A ce titre, sa valeur est supérieure à l’existant.

                Vous dites apprécier le concret. Pourquoi Google est il mieux valorisé que Boing ? Pourquoi Google vient il de racheter YouTube pour une somme à défrayer les chroniques ? La réponse est simple, dans la tête des décideurs de Google, YouTube vaut plus que cela et l’acquérir à ce prix est une opportunité. Que vous ne partagiez pas cette vision est une chose. Croire que ces gens sont des bluffers professionnels en est une autre.

                Enfin, je crois que plutôt que d’essayer de comprendre, de canalyser, de diriger, ceux qui n’y croient pas feraient bien de s’amuser avec, de l’utiliser, de l’amèliorer, de la critiquer. Alors vous comprendrez, que ceux qui vivent dans ce monde, indépendemment des revenus qu’ils en tirent, modèlent le futur de manière beaucoup plus certaine que toute l’économie basée sur la mécanique du XXème siècle. Le terrain de jeu est devenu illimité. Il embrasse toutes les disciplines et tous les appétits. A vous de le parcourir, de vous ouvrir à vous même et aux autres, et alors vous découvrirez d’extraordinaires aventures.


                • Céline Ertalif Céline Ertalif 11 octobre 2006 22:55

                  Mais c’est une aventure de vous lire neonira !

                  La « nouvelle économie » est déjà un peu ancienne. Elle est spéculative, ok. Est-ce que c’est plein de bluffers professionnels ? Ben, c’est le propre de la spéculation, pas des nouvelles technologies...

                  Si seuls les désirs dirigent l’économie future, cette économie échappe à l’entendement classique - et à l’entendement tout court. Prenez le train de la « nouvelle économie », ce n’est pas moi qui vous en dissuaderait. Les voyages forment la jeunesse.


                  • nicolas (---.---.25.9) 29 octobre 2006 01:05

                    C’est la connaissance qui créa internet, et qui transforme le sable en processeur. Ces processeurs servant eux meme pour profiler les medicaments ou pour decoder l’adn, etc..

                    Si vous croyez encore en 2006 que la valeur c’est la betterave ou le choux, vous vous plantez grave...


                  • (---.---.140.131) 13 octobre 2006 07:55

                    Bravo Céline ! Analyse pertinante, structuré, bla bla...

                    Mais, bien évidement que du bluff ! mais du bluff qui change les structures de nos sociétés ! et en profondeur !

                    C’est notre économie qui ne tient pas la route ! La technologie ne permet pas simplement de mettre le doigt dans le trou de ton gruyère.

                    Tu peux changer la marque, en faire de l’emmental, mais dans le fond ce n’est que du fromage, de la crème pour spéculateur !

                    Dans ce système spéculatif, tu mises autant sur la hausse, que sur la baisse.

                    La technologie n’apporte pas qu’une nouvelle vision, mais de nouvelles pratiques. De ne pas s’en rendre compte, c’est de croire que nos modèles sont à l’abri et que tout va pour le mieux.

                    Hélas, plus rien ne tient la route. Reste le bluff. Valeur sûre. Poker-menteur, des politiciens. Strip-poker des petits actionnaires. Poker-plumeur des financiers.

                    Même, la Française des Jeux se retrouve prise au piège !

                    Allons Céline, ne vois-tu rien venir dans ce petit jeu virtuel ?

                    Philgri


                    • Damiensalsa (---.---.28.217) 24 octobre 2006 17:06

                      Analyse pertinente, le monde d internet est une formidable machine qui va moduler en partie le monde. le gros avantage c est que l on peut tous y participer.


                      • Tigrantom (---.---.152.134) 2 novembre 2006 14:35

                        ...mais alors, il est paru ou pas ce rapport finalement ?


                        • Céline Ertalif Céline Ertalif 10 novembre 2006 22:11

                          Non, toujours pas.


                        • François Marie (---.---.73.200) 8 décembre 2006 13:53

                          Apparemment oui, il est sorti. Voici pour ceux que cela intérresse ce que j’en ai écris.

                          Ce matin, Bernard Maris et Jean Marc Sylvestre tenaient comme d’habitude leur salon sur l’antenne matinale de France Inter.

                          Il y avait deux sujets à l’ordre du jour, le premier concernant la hausse des taux d’intérêts de la BCE, le second, le rapport de la commission sur l’économie de l’immatériel que Thierry Breton a installé le 27 mars 2006 sous la direction d’un grand patron de la publicité et d’un haut fonctionnaire des finances (source : Agoravox)

                          Sur le premier sujet, JMS était d’une parfaite mauvaise foi libérale - si je puis me permettre cet oxymore, à la mode en ce moment les oxymores - BM était très anti-BCE et aurait soulevé une salve d’applaudissement dans un meeting de la LCR.

                          Sur le second sujet, ce fameux rapport, BM encore tout chaud du capital de sympathie du à ses propos sur le sujet précédent, ne tarissait pas d’éloge. JMS au contraire, faisait la fine bouche, bof disait-il, et ce bon Nicolas Demorand a même poussé la comédie en lui demandant pourquoi il n’était pas aussi enthousiaste que BM. Je traduirais la réponse de JMS de manière impressionniste si je dis qu’il reconnaissait la valeur intellectuelle de ce travail, mais qu’il lui était difficile de cacher que ce rapport, non vraiment, ça ne lui plait pas. Chacun appréciera.

                          Pour ceux qui comme moi, commençaient à se demander ce que fait Bernard Maris sur France Inter en duo sur des sujets stratégiques avec l’un des chroniqueurs les plus ultra-libéraux du PAF, et qui n’ont pas encore d’avis sur ce rapport, je leur conseille vivement de lire sur Agoravox un commentaire édifiant.

                          Ceci m’est pénible à dire parce que je commençais à accorder beaucoup d’attention aux propos et livres de B. Maris.

                          Cordialement

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