• samedi 26 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Technologies > L’évolution « technique » d’internet : un sérieux danger pour (...)
27%
D'accord avec l'article ?
 
73%
(41 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

L’évolution « technique » d’internet : un sérieux danger pour nos libertés

Sans entrer dans un débat technique qui n’est pas notre propos ici, un éclaircissement succinct de la manière dont fonctionne le réseau semble nécessaire.
 
En effet, sur internet, chaque machine (ordinateurs, serveurs et de plus en plus d’appareils communicants) est identifié par un numéro appelé adresse IP (Internet Protocole) du type 192.32.23.45, par exemple. Chaque fois qu’un internaute se connecte à un site web, ce dernier récupère dans ses « logs » (sorte de journal récapitulatif des connexions qui prend la forme d’un petit fichier « texte ») l’adresse IP de l’ordinateur de l’internaute en question, l’heure à laquelle il s’est connecté et déconnecté du site (et donc la durée de connexion au site), et tout un tas d’autres informations plus ou moins négligeables (version du navigateur internet, résolution…). Il faut voir que ce dont il est question ici dans les « logs » est l’information « minimale » que récupère tout site web sur les internautes. Or, il peut faire beaucoup plus. Ce qui s’appelle sympathiquement les « cookies » (on retrouve ici bien le paradoxe du monde internet où en apparence, tout est sympathique), permet par exemple à un site web (marchand le plus souvent) de « tracer » les habitudes de l’internaute et d’en savoir plus sur son comportement en ligne lorsqu’il visite le site en question. Logs et cookies ont pratiquement toujours existé sur le web et sont le signe que tout internaute quel qu’il soit laisse des traces de son passage sur la toile. C’est dans la structure même d’internet de reconnaître un ordinateur par un identifiant (adresse IP) pour qu’il soit accepté par le réseau.
 
Or, jusqu’à maintenant pour reconnaître, par exemple, un ordinateur d’un particulier, son fournisseur d’accès (type Orange) lui allouait pour le temps de sa connexion une adresse (adresse IP) pour que cet ordinateur puisse communiquer, c’est-à-dire émettre et recevoir des informations avec le reste de la toile internet. On parlait alors à ce moment-là d’adressage « dynamique ». En effet, le protocole IP dans sa version 4, ne disposant pas d’un nombre suffisant d’adresses pour attribuer à chaque machine de la planète un numéro spécifique, recourait à ce stratagème pour contenter les Internautes. Ainsi, à chaque connexion, l’utilisateur disposait techniquement d’une adresse IP à chaque fois différente pour surfer sur la toile, ce qui lui garantissait au passage un certain anonymat. Fin août 2008, Arbor Networks publiait les résultats d’une analyse prévoyant la saturation de l’IPv4 (pénurie d’adresse) dans les 900 jours.

Or, la version 6 du protocole IP (IPv6) est en passe de remplacer la version 4, créée il y a plus de vingt ans. Cette version est ressentie aujourd’hui comme inadaptée aux contraintes de l’internet et à l’explosion du nombre d’adresse IP, notamment en raison de son mode d’adressage qui prévoit une allocation d’espace de 32 bits alors que le protocole IPv6 permettra un adressage de 128 bits. En clair, le protocole IP dans sa version 4 limitait de nombre d’adresses IP à environ 4 milliards pour l’ensemble de la planète. Avec IPv6, ce nombre sera exponentiellement accru, puisque avec un mode d’adressage à 128 bits, IPv6 disposera de 2 puissance 128 (plusieurs milliards de milliards) d’adresses IP. Wikipédia (que vous pouvez consulter à l’adresse http://fr.wikipedia.org/wiki/IPv6 pour plus d’infos sur IPv6) explique pour le clin d’œil qu’une telle révolution consiste à avoir 667 132 000 milliards d’adresses par millimètre carré de surface terrestre ! La numérisation de la planète est belle et bien en marche.
 
Ainsi, en raison de la multiplication des appareils qui arrivent sur le marché et qui requièrent une connexion, les astuces de type adresses IP dynamiques (version 4) ne suffiront bientôt plus. Dans le monde, c’est à peu près 63 nouveaux utilisateurs par minute que l’on connecte à internet. « Le passage à IPv6 permettra notamment d’augmenter le nombre de machines connectées au réseau », précise-t-on à l’AFNIC (Association pour le nommage d’internet en coopération). IPv6 va permettre à beaucoup plus d’appareils de toutes sortes - notamment mobiles - de se connecter à internet et d’échanger plus de données. Avec l’avènement de l’IPv6, annonçait-on aux « Rencontres d’Autrans », le nombre d’appareils pouvant potentiellement être mis en réseau devient presque infini, à tel point que certains se sont laissés aller à évoquer la "disparition de l’internet" tel qu’on le connaît.
 
Nous sommes actuellement dans la période de transition, largement sous-médiatisée et pourtant ô combien importante pour l’internet de demain, faisant cohabiter les deux versions (IPv4 et IPv6) en parallèle et permettant une montée en charge des connexions et des débits. Or, on nous fait considérer cette évolution comme uniquement technique alors que c’est une véritable révolution de la philosophie d’internet et de son concept fondamental de liberté qui est en jeu ici : à dater de la mise en route d’IPv6 on pourra connaître quel appareil s’est connecté au réseau et donc très vite remonter à son utilisateur. Rappelons-nous que la Cnil (Commission informatiques et libertés) avait été créée à l’époque pour empêcher la mise en place d’un « identifiant unique » qui permettrait de recouper les différents fichiers informatiques disponibles sur une personne. C’est comme par exemple si votre numéro de Sécurité sociale permettait d’accéder à votre compte en banque, vos mails, votre navigation internet, vos achats (carte de fidélité), vos impôts, etc. Ici, c’est bien vos appareils communicants qui permettront à terme de connaître votre vie dans les moindres détails puisque la numérisation du monde est en marche. Et de manière insidieuse puisque en utilisant vos technologies vous ne vous méfiez pas le moins du monde de leur « coté obscur », par ailleurs invisible.
 
Cette palette ouvre certes de nouveaux horizons en termes de modèles métier : fort de ces nouveautés, l’ensemble des terminaux existants (électroménager, portable, PC, appareil photo, etc.) pourraient se voir allouer des adresses IP fixes, auto-configurables lors de leur mise en ligne permettant d’exécuter à distance des services "temps réel" et sur mesure (comme des traitements autour de la traçabilité des appareils, par exemple). Par ailleurs, d’autres types d’équipements se voient attribuer des adresses IP, comme les consoles Sony PS3 qui sont dotées d’un équivalent de Windows avec d’ores et déjà la possibilité d’activer IPv6 et de pouvoir gérer l’interconnexion des jeux.
 
En fait, comme le souligne un consultant présent aux rencontres d’Autrans « l’internet sera tellement dilué dans notre quotidien que nous ne le verrons plus », le réseau devenant omniprésent dans la vie quotidienne, de la maison à l’entreprise, en passant par l’école, le médecin, les transports en commun ou les magasins. Des exemples sont déjà apparus dans ce sens avec la dissimulation des antennes relais de téléphones portables dans des arbres factices, créés pour l’occasion. Même programme avec les lampadaires (il en existe plus de 55 000 à Paris) qui vont héberger, sans que l’on puisse les voir, des bornes WiMax qui à terme permettront des communications haut débit avec tous les appareils nomades. Le concept pourra aussi s’avérer très performant dans les zones rurales. "Sous un seul lampadaire/WiMax, on peut faire surfer 300 personnes en même temps", calcule Jean-Paul Rivière, président d’Altitude Telecom et pionnier du Wimax. Et tout cela au nom de la lutte contre la pollution visuelle. Du coup, internet devient invisible.
Mais ne nous y trompons pas : l’infrastructure de traçabilité du réseau est bien plus présente que jamais. Certains spécialistes, toujours à Autrans reconnaissent que la plus grande « réussite » de l’internet, c’est qu’il va disparaître dans le temps. « Quand une technologie est mature, elle devient transparente. Par ces mots, il ne faut pas comprendre la disparition d’internet dans le sens de sa destruction, mais comme un élément omniprésent qui va se fondre dans le décor et qui sera au centre de notre vie. »
 
Précisons qu’internet recèle donc la possibilité, dans son infrastructure même et depuis sa conception, de tracer n’importe qui ou n’importe quoi, et ceci d’une manière d’autant plus paradoxale que cette traçabilité est quasi invisible aux yeux de l’utilisateur. Et ceci de plus en plus étroitement avec la montée en puissance du protocole IPv6 qui pourra suivre de près tout « l’appareillage nomade » de l’homme moderne.
 
Possibilité qui ne deviendra un jour paranoïa que si tout le monde (Etat, administration, services de renseignement, secteur privé et particuliers) décident de se mêler de la vie privée de tout le monde, comme peut le faire penser par exemple la tendance qu’annoncent déjà les émissions de télé-réalité. Nous n’en sommes heureusement pas là. Le choix est encore devant nous. Nous ne sommes pas obligés de passer par ce « tout » technologique et sécuritaire pour évoluer.
 
La question effectivement posée est bien celle-là : est-ce que nous voulons d’un internet où l’anonymat synonyme de liberté aurait encore sa place ou bien désirons-nous nous engager dans cette « simple évolution technique » qui risque de miner tous les beaux principes du réseau et – peut-être un jour – en faire un outil à vocation totalitaire ?
par Philippe Levasseur (son site) mardi 4 novembre 2008 - 33 réactions
27%
D'accord avec l'article ?
 
73%
(41 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par seg (xxx.xxx.xxx.173) 4 novembre 2008 19:10

    Bonsoir,

    Article intéressant contenant de sérieuses confusions techniques. IP est un protocole d’adressage et de routage logique (j’insiste sur le terme logique). IP version 6 rajoute de nouvelles fonctionnalités intéressantes, un espace d’adressage plus grand, de nouvelles options de routage afin d’accroitre la qualité du routage, mais en aucun ne facilitera l’espionnage de votre vie privée.

    L’anonymat sur Internet n’a JAMAIS existé. Il y a juste des multitudes de moyens pour prétendre être anonyme à divers degrés. Tout accés sur un serveur garde des informations. C’est comme ça. N’importe quel administrateur réseaux gardera des traces. Pas pour espionner, car les logs sont souvent de bons moyens pour chercher des problèmes dans un réseau.

    L’adressage dynamique des IPv4 par les fournisseurs n’est plus répandu chez tous les fournisseurs et depuis plusieurs années maintenant, pas mal de FAI allouent des adresses IPv4 statiques (Je suis dans ce cas depuis au moins 6 ans). De plus, que ce soit statique ou dynamique, il y a toujours une trace de vos connexions. ça n’a jamais été un gage d’anonymat.

    "Chaque fois qu’un internaute se connecte à un site web,"

    Je corrige : Chaques fois que vous vous connectez à un serveur distant en passant par n’importe quel type de fournisseur et quelque soit le service (web,ftp,irc,mail, ntp, la liste est longue), vous laissez des traces et, à défaut de me répéter, que vous ayez une adresse IP statique ou dynamique. IP n’est qu’un protocole parmis un grand nombre. Et Internet, ce n’est pas juste des sites web.

    Votre article ne dit absolument rien de nouveau et je le trouve vraiment parano car c’est un mélange de tout et n’importe quoi qui stygmatise juste le passage à une version supérieur d’un protocole qui continuera d’exécuter les même taches. IPv6 permettra à un plus grand nombre d’appareil de se connecter et ajoute de nouvelles régles de routage. Rien de plus ...

    A mon sens le problème de l’anonymat sur Internet est plus d’ordre juridique (droit de regard des logs d’un FAI par un tiers, temps de conservation des logs du FAI, interdiction de site d’un type spécifique imposé par l’état au FAI, les problèmes avec les P3P ...) . L’aspect technique n’a aucun rapport avec la vie privée et l’anonymat.

    Internet est juste un outil parmis tant d’autre, il faut réglementer son utilisation ... et ça, c’est pas gagné :p

    Bon ben premier post sur agoravox. J’espère ne pas me faire pourrir hihi.



  • Par JL (xxx.xxx.xxx.2) 4 novembre 2008 11:51
    JL1

    ""La question effectivement posée est bien celle là : est ce que nous voulons d’un Internet ou l’anonymat synonyme de liberté ait encore sa place ou bien désirons nous nous engager dans cette « simple évolution technique » qui risque de miner tous les beaux principes du réseau et – peut être un jour – en faire un outil à vocation totalitaire ?"" Avons nous, et qui nous ? Voix au chapître ? Pas plus que sur l’utilisation des autres inventions, y compris des armes.

  • Par Internaute (xxx.xxx.xxx.166) 4 novembre 2008 12:01
    Internaute

    L’article présente trés bien un problème d’une gravité extrême. Nous sommes déjà dans une société où les politiques cherchent à fliquer le maximum de gens. Il suffit de voir l’accroissement des mesures de soit-disante sécurité dans les aéroport. De temps en temps un fait-divers anodin allume une petite lampe rouge qui trés vite disparaît dans le brouhaha de la ville. Par exemple, qui a noté la vitesse avec laquelle on a retrouvé la liste exhaustive des personnes qui ont consulté le compte de Sarkozy ? En soit, qu’un employé de banque regarde le solde d’un compte depuis son terminal n’a rien de délictueux, même si c’est parfois mal élevé. Je suis par contre choqué que l’activité des personnes soient ainsi enregistrée dans les moindres détails de leur vie courante. Une autre fois en achetant une bricole par CB à Carrefour, le vendeur me donne mon nom et mon numéro de téléphone. J’étais un peu surpris. L’information venait d’un achat que ma femme avait fait plus de deux ans auparavant. Malgré les millions de gens qui ont traversé le magasin pendant ce temps, Carrefour m’a reconnu immédiatement dans la foule d’anonyme. Cela fait vraiment peur.

    Au devoir de mémoire opposons le devoir d’oubli. C’est une condition essentielle de notre liberté individuelle.

  • Par GrIc (xxx.xxx.xxx.201) 4 novembre 2008 12:16

    En effet les technologies d’aujourd’hui deviennent obsoletes et tendent a etre remplacees d’ici peu de temps (j’imagine que d’ici 2 ans on ne parlera plus wifi mais wimax). Mais d’un cote, le passage de l’IPv4 a l’IPv6 est tout simplement inevitable pour les raisons que vous avez invoquees. Les protocoles internet (TCP-IP) utilises aujourd’hui (par tous ou presque) ne le sont absolument pas par efficacite ou securite mais tout simplement pour des raisons historiques et commerciales. Et les evolutions continuent dans ce sens car les avancees vont trop vite pour que l’on puisse tout reprendre a zero. C’est pourquoi la seule alternative possible a l’IPv4 est l’IPv6 : il a fallu trouver une solution qui soit une evolution pas trop compliquee par rapport aux systemes existants, et donc batie sur les memes bases.

    La question de l’anonymat ne se pose meme plus en realite, il y a toujours un moyen de connaitre les activites d’un utilisateur, que ce soit par des moyens techniques (piratage & Co), ou par des moyens beaucoup plus simples (comme simplement rechercher une personne sur des reseaux 2.0).
    L’anonymat n’est plus qu’une illusion (j’exagere, on va dire presque ; d’irreductibles savent encore bien se cacher ;) ! ) ; passer a l’IPv6 facilitera peut etre l’acces aux donnees personnelles par des moyens techniques, mais je pense que les informations les plus dangereuses ne sont pas celles collectees par les robots commerciaux qui effectuent des stats sur les sites visites, par des hackers (qui ne representent au’un nombre tres limite d’utilisateurs et qui de toutes facons savent comment avoir acces a toutes ces infos sans necessiter le passage a l’IPv6) ou des institutions de renseignements , mais plutot celles que chacun publie sans faire attention sur facebook, linkedin ou viadeo... elles accessibles a la quasi totalite de la toile.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox