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L’Homme, une suite de lettres ?

Depuis 1953 et la découverte de la structure en triple hélice de l’ADN (acide désoxyribonucléique) par James Watson et Francis Crick, la molécule a pris une place considérable dans la société en général et scientifique en particulier. Place trop importante ?

En 1962, James Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins reçoivent le Prix Nobel de médecine et physiologie en récompense de leurs recherches ayant abouti à la découverte de la structure de l’ADN. Dès lors, la biologie moléculaire (branche de la biologie qui travaille sur l’ADN) explose. Les investissements affluent, l’engouement est énorme. Lipides, glucides et protéines (pourtant objets de toutes les attentions jusque là) sont laissés à l’abandon. Et les avancées gigantesques des techniques d’investigations scientifiques permettent une compréhension rapide de nombreux mécanismes liés à l’ADN.

Parallèlement, la société évolue. La science sort des salons de curiosité du XIXème siècle. La libéralisation sociale du XXème siècle permet un accès plus facile aux connaissances. L’interaction entre la communauté scientifique et la société s’intensifie.
Pour qui connaît ne serait-ce que les prémisses de la biologie moléculaire sait que nombre de termes de cette discipline font référence aux livres et à leur impression. Traduction, édition et correction d’épreuves par exemple. Les 4 bases azotées de l’ADN ne sont-elles pas d’ailleurs désignées par 4 lettres (A, T, C et G) ?
Il n’y a qu’un pas à franchir pour que le génome ne devienne le « grand Livre de la Vie ». Mais aussi le Saint Graal. Le code génétique déchiffré ne livrerait-il pas le secret du vivant ?
James Watson a publié en 2003 « ADN le secret de la vie ». Et rarement modéré, a fait séquencé son génome et gravé sur un CD ses millions de paires de bases. CD qu’il présente en disant « c’est moi ». Vision quelque peu réductrice de l’être humain. Et c’est bien là le nœud du problème.

A l’aube du XXIème siècle, quelques évidences s’imposent. D’abord, l’ADN ne fait pas tout. Par exemple, simplement, comment expliquer que le clone d’un chat puisse ne pas avoir le même pelage que l’animal d’origine alors que leurs génomes sont identiques ? Parce que des mécanismes non génétiques et parfois encore obscurs entrent en jeu.
Ensuite, la suite de lettres qui constitue le génome d’un être vivant ne permet en aucun cas de déchiffrer quoi que ce soit. Pas même de localiser ou d’identifier les gènes en la lisant.
Et aux autres molécules du vivant (protéines et glucides en tête) de reprendre du poil de la bête ces dernières années. Sans toutefois vraiment concurrencer le dieu ADN.

Cette vision du tout ADN n’est pas sans risque. La liste des dérives, possibles ou réelles, est trop longue pour la dresser ici. Mais prenons l’exemple des tests génétiques en vente libre qui pullulent aux Etats Unis . L’encadrement de tels tests laisse souvent à désirer. Ainsi, une jeune américaine d’une trentaine d’années a-t-elle fait un test de prédisposition génétique au cancer du sein après que sa mère et sa tante en aient été atteintes. Le test s’est révélé positif. Elle a donc décidé, dans la fleur de l’âge, l’ablation complète de ses seins. Alors que rien ne l’assurait d’une future maladie. Cette histoire met en exergue les revers de la médaille. Comme pour tout test, il doit exister des faux positifs et des faux négatifs. Et l’interprétation de tels tests, souvent basée sur la couleur peut s’avérer difficile. Et nous pouvons aisément imaginer les dégâts provoqués par un accompagnement imparfait, si toutefois il existe. Sans oublier le manque de recul du « patient ». Prédisposition ne signifiant pas diagnostic.
Il ne s’agit pas de diaboliser ici la science, et encore moins la biologie moléculaire. Les découvertes en biologie moléculaire ont permis des avancées considérables dans la compréhension de mécanismes biologiques physiologiques ou pathologiques mais aussi la mise au point de traitements de maladies, qu’elles soient génétiques ou non.
Des exploits ont été réalisés. Et d’autres arriveront encore. Mais à quel prix ?

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6 réactions à cet article    


  • Hermes esperantulo 27 septembre 2008 18:41
    &A l’aube du XXIème siècle, quelques évidences s’imposent. D’abord, l’ADN ne fait pas tout. Par exemple, simplement, comment expliquer que le clone d’un chat puisse ne pas avoir le même pelage que l’animal d’origine alors que leurs génomes sont identiques ? Parce que des mécanismes non génétiques et parfois encore obscurs entrent en jeu.&

    Là dessus rien ne montre à ce jour que l’ADN ne fait pas tout. Pendant quelques années les adnistes pensaient que tout le vivant se retrouvait dans l’ADN, la science a montrer en partie que non, dans un certains nombre de combinaisons les gênes exprimerons des fonctions en fonction de leur environnement, c’est le cas d’un certains nombres de cancers où il est montré que l’environnement joue un grand rôle.

    Donc du tout gêne, on est passé à l’envonnement associé au gêne, donc la tache actuelle est déjà de définir ce qui est lié à l’environnement dans l’expression du gêne où quels sont les gênes qui s’exprimeront quelque soit l’environnement. Il existe des cas comme celui du pelage du chat, ou l’on ne sait pas qui fait quoi, mais dans tous les cas pour que le pelage s’exprime on aura besoin absolument du gêne et l’environnement ( ou autre mécanisme génétique ou non comme théorie) se greffe sur le gêne pour en modifier l’expression
     

    • geo63 27 septembre 2008 19:42

      Pour Crick et watson : double hélice de l’ADN me semblerait suffire, non ?
      On peut voir une remarquable stucture en 3D (Gif animé) de l’ADN sur wikipedia, mais je n’ai pas pu la transférer.


      • ffi ffi 27 septembre 2008 22:44

        Tout à fait d’accord.
        En fait, c’est le mouvement raciste qui était disposé à croire que les gens était entièrement déterminié par leur gènes à la naissance, puisque cela fait partie de leur hypothèse de départ.
        Le racisme est revenu par la génétique.
        Je ne connaissais pas l’exemple du chat, mais plutôt les recherches sur l’épigénétique. Je pourrais citer également les conceptions du Médecin André Gernez, qui lui font dire que la sclérose en plaque et la myopathie ne sont pas des maladies génétiques.
        La thérapie génique n’a jamais soigné une seule maladie. Il y a bien eu un essai sur les enfants bulles (sans défenses immunitaires), à Paris, mais ils ont malheureusement développé des leucémies très graves, les meilleurs applications de la génétiques étant dans le domaine de la sécurité.

        On est totalement conditionné par des manifestations télévisuelles comme le téléthon, qui ont insinué qu’on avait découvert le secret de la vie, mais il pourrait y avoir de très grosses erreurs à la base et il faut reconnaître que, finalement, c’est la vision naïve (raciste) des choses.

        Malheureusement, cette piste de recherche capte beaucoup de financement à destination scientifique et d’autres pistes sont injustement ignorées.


        • bilithys 28 septembre 2008 15:59

          Pour les bébés bulles, des points ont dû effectivement être revus suite aux leucémies développés par certains enfants. Maintenant, il faut reconnaître que certains enfants ont été guéris sans souffrir 5 ans après de leucémies. Et la cause de ces cancers semble avoir été trouvée : l’insertion du gène médicament au niveau d’un oncogène. Mais il s’agit ici d’un autre sujet.
          Quant à la vision "naïve", elle peut être utilisée à des fins racistes bien sûr. Mais plus insideusement encore, à des fins politiques et sociales. Par exemple, quand une étude sociologique a démontré dans les années 70 que les détenus atteints de l’X fragile étaient "destinés" à la récidive lors de leur libération...Puisque nous ne pouvons rien faire pour eux, à quoi bon financer des programmes de réinsertion ? Les pouvoirs publics peuvent donc se désengager grâce à un alibi "scientifique". 
          Sans diaboliser la science, nous ne pouvons que constater certaines dérives. Et attention à la communication de la science, tant de la part de la communauté scientifique que des médias...


        • pseudo pseudo 28 septembre 2008 00:08

          Et n’oublions de remercier celle qui est véritablement à l’origine de la découverte de la double hélice de l’ADN, Rosalind Franklin.

          http://www.sfpnet.fr/fichiers_communs/commissions/SFP-Femmes/fichiers/rosalind.pdf


          • bilithys 28 septembre 2008 16:02

            C’est vrai. Et je n’ai pas mentionné Wilkins non plus mais j’avais peur de repartir sur l’histoire de la découverte de la double hélice de l’adn...
            Sans doute si Rosalind Franklin avait encore été en vie en 1953, elle eût reçu avec les autres le Prix Nobel...

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