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L’IA pour rendre les opinions publiques mieux transparentes à elles-mêmes

Lors de l'audition au Sénat des Etats-Unis le 16 février 2011 des chefs des services de renseignement (SR) américain sur le thème de la “performance” de ces mêmes SR à prévoir l'évolution politique récente au Maghreb et au Moyen Orient, ils ont reconnu leur ignorance, autrement dit leur impuissance à prévoir.

Ceci n'a pas été faute de rapports. Que s'est-il passé ?

Selon le témoignage du directeur du Renseignement national James Clapper, la CIA a produit 450 rapports en 2010 présentant et discutant des facteurs de risques dans la région. Depuis décembre 2010, la U.S. intelligence community aurait produit la somme faramineuse de 15.000 rapports présentant les thèmes de discussions repérés dans les médias et sur les sites web officiels. L'argument présenté pour excuser la cécité des services est qu'aucun de ces rapports ne pouvait envisager les facteurs prétendus déclenchants des révoltes tunisienne et égyptienne, à commencer par le suicide d'un jeune vendeur de fruits tunisien.

« Mais ne pouviez vous regarder de plus près ce qui se colportait sur Facebook, Twitter et You Tube ? » a demandé la présidente de la Commission. Ces réseaux sociaux annonçait des changements en profondeur dans la société, sans lesquels un élément déclencheur comme le suicide du marchand de fruit n'aurait pu avoir lieu ou n'aurait pas, s'il s'était pourtant produit, entraîné les conséquences politiques que l'on sait.

Impossible ont répondu en choeur James Clapper et Leon Panetta, lui-même directeur de la CIA. Ils ont mentionné les 600 millions d’utilisateurs de Facebook, les 190 millions d’utilisateurs de Twitter, les 35.000 heures de vidéo que YouTube télécharge chaque jour. Comment identifier les données pertinentes intéressant la Tunisie et le Moyen Orient dans ce déferlement ? Ceci d'autant plus, ont-ils affirmé en forme d'excuse (ce que la Commission semble avoir eu du mal à admettre), qu'il restait nécessaire de mener la lutte contre Al Qaida et de préserver les intérêts économiques américains.

Cécité technologique

Il est curieux dans cette affaire de constater que le système de pouvoirs américain, réputé pour sa compétence technologique et les moyens dont il dispose, n'avait pas compris à temps qu'il perdait pied, face précisément à cette technologie qu'il avait contribué à répandre dans le monde entier. Plutôt qu'accumuler des milliers de rapports sur des thèmes verbeux et des évènements anodins, pourquoi n'avait-il pas, depuis plusieurs années d 'ailleurs, demandé aux experts américains de l'intelligence artificielle de mettre au point des systèmes d'expertise automatique des contenus des Facebook et autres Twitter.

Cette question ne devrait pas d'ailleurs être posée à la seule Amérique. Elle nous concerne tous. Elle concerne le degré d'expertise que nous devrions en tant que citoyens apporter à l'analyse politique de notre situation intérieure. Les gouvernements, partis et syndicats dépensent des sommes importantes en sondages d'opinion de formule traditionnelle. Pourtant nul n'ignore que les sondés fournissent généralement aux enquêteurs les réponses que ceux-ci attendent.

Dans le même temps se trouvent sur les réseaux publics (blogs, sites internet, réactions en ligne aux articles de presse, réseaux sociaux ) des millions de données pertinentes qui permettraient d'analyser les courants de l'opinion publique, tant dans ses variations instantanées que dans ses évolutions profondes.

Ces données seraient d'autant plus indispensables à connaître qu'elles ne se limitent pas à refléter l'état de l'opinion. Elles contribuent à la former en temps réel et à la transformer de ce fait en action politique. Si des milliers de personnes écrivent au même moment sur un support en ligne que selon elles la ministre des Affaires Etrangères devrait abandonner le Quai d'Orsay, il ne s'agit plus d'opinions isolées mais de faits performatifs. L'action devient presque aussi efficace, mais sous une autre forme, à ce que ces personnes pourraient faire en organisant un sit-in devant le ministère, jusqu'à ce que la ministre décide de s'en aller. Les deux actions d'ailleurs s'auto-renforcent

Il faut donc se persuader aujourd'hui, avec le minimum de fibre technologique induit par l'époque, que l'information, notamment celle véhiculée par les échanges d'opinion sur Internet, n'est pas seulement le miroir des évènements, mais la cause génératrice de ces évènements.

Cela a toujours été le cas dira-t-on, qu'il s'agisse des articles de la presse traditionnelle ou des échanges de Café du commerce. Mais le phénomène a pris un caractère si massif qu'il exige des outils nouveaux de grande puissance pour être analysé. De tels outils sont parfaitement concevables. Répétons seulement que leur utilisation ne devraient pas être réservée aux seuls services de renseignement, mais ouverte à tous les acteurs politiques, y compris les citoyens eux-mêmes.

Pour cela la communauté des spécialistes du logiciel libre réparti pourrait essayer de définir des outils d'Intelligence artificielle utilisables facilement permettant aux observateurs politiques de terrain de mieux comprendre l'évolution des opinions dont ils font partie. Pourquoi ne pas créer un groupe de travail ? L'objectif serait plus difficile à atteindrer qu'il n'a l'air. Mais pas hors de portée des geeks qui nous lisent. Il ne faut pas croire en tous cas IBM qui prétend une nouvelle fois, avec le duel Watson/humains dans le jeu Jeopardy !, que l'IA n'est possible qu'en alignant les gros ordinateurs.

On dira que, à supposer que ces outils puissent être mis au point, les citoyens s'enfermeront dans la contemplation narcissique des variations de leurs états d'âme. Nous pensons que ce serait peu probable. Le monde devient si empli d'imprévus, si générateur de risques, que les citoyens auront pour principale priorité de faire connaître leurs propres besoins, réactions et désirs.

Ce sera seulement dans un second temps qu'ils prendront le temps de s'interroger afin de savoir si le corps de connaissances résultant de la synthèse qui en sera faite quotidiennement par le système d'analyse des opinions en ligne envisagé ici pourrait ou non s'inscrire dans des programmes politiques ou économiques à long terme.
 


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4 réactions à cet article    


  • JL JL 21 février 2011 09:26

    Cet article m’évoque deux citations :

    « Si les savants ne peuvent pas faire des expériences sur le corps des hommes individuels, ils ne demanderont pas mieux que d’en faire sur le corps social, et voilà ce qu’il faut absolument empêcher » (Bakounine)

    « L’investissement produit l’avenir dont la spéculation ferme au contraire les possibilités.« (B. Stiegler)

    Sur le premier point, je dirai que les expériences dont il est question ici concernent l’analyse de ces grandes masses de données afin d’en déduire des politiques publiques. Le problème c’est que, bien évidemment, ceux qui feront ces travaux le feront pour leur propre intérêt : c’est donc un instrument au service dupot de fer contre les pots de terre.

    Sur le second point, il est clair que la spéculation désigne ici les politqiues quiseront mises en oeuvre. En vertu du principe que le chef a toujours raison, ces »spéculations" ferment effectivement les portes de l’avenir en le traçant unilatéralmement et dans un sens de plus en plus totalitaire.

    Il n’est pas nécéssaire d’en appeler à l’IA : il faudrait même faire le contraire.

    Ps. Je ne suis pas un obscurantiste, je parle en connaissance de cause vu que j’ai beaucoup pratiqué l’analyse de donnais et que je connais les techiques de l’IA : systèmes experts, logique floue, et autres algorithmes génétiques.


    • Kalki Kalki 21 février 2011 11:39

      Mais attendez je réfute vos prémice de votre thèse : qui vous dit que « ces révoltes » sont non prévu ? qui vous dit qu’il y a pas le directeur de la cia, et puis des personnes soit « agent double » qui recoivent un petit cache , voir des agents totalement infiltré et des a plein temps dont on peut estimer a 200 000 pour les usa + les anglais dans le monde

      et vous me dites :

      1) ils ont été pris au dépourvue
      2) et ils ne savaient pas ce qui se passait au jour le jour
      3) et ils n’y sont pour rien la dedans ; ( ou la chine ou l’iran )


      • Kalki Kalki 21 février 2011 11:41

        ah oui c’est sur, et en dehors de laterre il y a rien dasn l’univers

        surtout pas 600 000 planète dans la « zone habitable »


      • Lord WTF ! Lord Franz Ferdinand Of F. In S. 22 février 2011 04:13


        euhhh..ça existe déjà OSINT et autres « avatars » de l’Intelligence techno&I.A.-supportée ...mais vous avez raison : grosse lacune côté Renseignement : les « révolutions » en cours vont sans nul doute changer la donne...parce que côté technologie : les développements récents et en cours permettent déjà de dresser un « portrait » en synchro de l’évolution des opinions (disons compilation, stockage puis traitement et enfin analyse). Aprés tout n’est qu’une question et de puissance (bon aussi de mémoire) mais surtout d’investissement : pour l’instant le pognon allait à la traque de fantômatiques réseaux terroristes...

        aprés reste le problème de qui détient l’accés à ces systèmes et donc la nécessité aussi de développer des « protections » afin que ces technologies ne deviennent pas le bias ultime du Contrôle techno-supporté...disons que c’est à double tranchant...

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