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Accueil du site > Actualités > Technologies > La brèche innovation-éducation

La brèche innovation-éducation

Je voudrais seulement lancer une discussion sur un sujet qui me taraude depuis quelque temps et que je formule, pour le moment, de la façon suivante :

L’innovation, moteur du capitalisme, continue bon train. Le numérique, les nanotechnologies et les technologies du vivant ouvrent de nouveaux espaces qui pourraient même se traduire par une accélération jusqu’à atteindre un point de changement d’échelle que les spécialistes (Kurzweil entre autres) appellent “singularité”.

Les usagers se divisent entre un très petit groupe de passionnés qui essayent tout ce qui est nouveau et une immense majorité de personnes qui peinent à s’approprier ces technologies que, cependant, elles utilisent.

J’ai l’impression donc qu’au fossé numérique (digital gap) qui tend d’une certaine façon à se réduire si on le pose simplement en termes d’accès, s’ajoute celui qui sépare ceux qui se servent pleinement des TIC et ceux qui les utilisent incomplètement. J’en ai déjà parlé à propos des travaux d’Henry Jenkins.

A cela s’ajoute peut-être une nouvelle brèche que j’appellerais volontiers en anglais (ça sonne bien) la Technology Appropriation Gap (TAG) qui sépare le rythme d’innovation des entreprises de pointes et notre capacité de nous approprier de ces outils qu’ils essayent de nous vendre.

Si elle existe, elle pourrait fort bien se traduire par un double problème : nous avons chaque jour plus de mal à nous maintenir à jour et, au bout d’un moment, ils auront (mais peut-être est-ce déjà le cas) plus de difficultés à nous vendre ou à nous convaincre d’utiliser des outils et des services dont nous ne comprenons pas bien l’usage ou qui sont trop difficiles à utiliser dans notre univers quotidien.

Si elle existe, cette brèche, nous avons tous intérêt à tenter de la combler au moyen de la formation et d’une révolution dans la façon de concevoir l’éducation.

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10 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 17 septembre 2008 12:38

    Il me semble avoir déjà largement traité un aspect de ce sujet : un des principaux freins à la valorisation du progrès technique est la solvabilité de la demande. Je le récapitule ci-dessous.

    Le progrès technique est par définition destructeur d’emplois. Ainsi, internet supprime la fabrication et la distribution de journaux, CD, DVD, annuaires, revues, etc ... Ceci augmente la productivité de certains secteurs, donc la rentabilité pour l’actionnaire. Moins de salaires sont distribués, et la demande baisse d’autant. En effet, la demande n’est pas proportionnelle aux revenus : un riche ne mange pas cent fois plus qu’un pauvre. Elle est au contraire très sensible aux revenus les moins élevés (cf. subprimes).

    Pour compenser, il faut de nouveaux produits ou services. Mais il n’y a à court terme pas de sous pour les acheter. Il faut donc passer par une phase dans laquelle des redistributions se mettent en oeuvre d’une manière ou d’une autre. Les inventeurs ou actionnaires doivent perdre une partie des "justes fruits" de leurs efforts pour augmenter les salaires, afin que d’autres produits puissent être achetés.

    Quand ces redistributions ne se font pas, la mécanique grippe : le progrès technique ne se vend pas. C’est arrivé en 1929. C’est une des périodes où le progrès technique a explosé alors que les revenus ont stagné : production en série, électricité, automobile, etc ... Ca peut ainsi être beaucoup plus économique que culturel. La "fracture numérique" peut ainsi représenter surtout la montée des inégalités économiques.

    Ca n’empêche pas qu’il puisse y avoir un vrai souci d’assimilation culturelle, mais je le subodore mineur relativement au souci de solvabilité : "qu’est-ce que va vraiment m’apporter un écran full HD et un lecteur blue-ray quand j’ai du mal en fin de mois" ?


    • Vilain petit canard Vilain petit canard 17 septembre 2008 13:22

      Je souscris entièrement à l’analyse de Forest : de plus en plus de gens n’ont pas le niveau économique pour profiter des nouvelles avancées techniques, a fortiori pour en tirer des innovations. La mécanique s’engorge...


    • Gandalf Tzecoatl 17 septembre 2008 17:35

      Effectivement Forest Ent, c’est l’anti-fordisme ambient.
      Mais le fordisme n’est plus pertinent dans la mondialisation. Un patron qui paye bien ses salariés ne récupère pas sa mise.


    • Forest Ent Forest Ent 17 septembre 2008 17:45

      Encore que l’image sociale d’Henry Ford tenait déjà beaucoup de l’image d’Epinal :

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Ford


    • Tony Pirard 17 septembre 2008 20:02

       Tous aiment le modérnisme,mais,au même ont peur.Quelqu’uns préferent revenir aux charette,au contraire de perfectioner au niveau culturell de nos jours.Henry Ford a donné leur contribuitions et nous avons préféré fuir des innovations.


      • romi 17 septembre 2008 23:54


        à propos de la singularité : je pense qu’elle a déjà eu lieu, simplement on ne s’en est pas rendu compte

        un peu comme les abeilles qui travaillent ardament pour remplir le pot de miel qui fini sur notre table, nous travaillons sans cesse à remplir la machine de toutes nos connaissances, c’est bien ça que nous sommes en train de faire ?



        • Gandalf Tzecoatl 18 septembre 2008 09:17

          Tu veux parler d’Internet ?


        • romi romi 10 octobre 2008 16:31

          Internet en fait partie...




        • Nadine Jouanen 18 septembre 2008 11:36

          Pour ma part, en tant que praticienne des TIC pour l’éducation au sens large, je vois un gap, un vrai entre les générations. Interroger, disons, un adulte d’environ 40 ans sur la fonction d’un blog, l’intérêt d’avoir des fils RSS, la qualité comparée d’une communication IP via skype ou msn, ne donne absolument pas le même résultat auprès d’un adolescent de 20 ans, quelque soit son niveau de vie ou d’éducation (même si bien sûr ces critères peuvent avoir une pertinence).

          Or, en terme d’éducation, ce sont précisément ces adultes qui sont en charge de l’ingénierie pédagogique de ces jeunots accro aux TIC, habitués depuis 10 ans maintenant à manipuler, tester, trier, évaluer, partager le résultat de leurs découvertes... Dans ces conditions, comment pourrait-il ne pas y avoir une brèche entre innovation et éducation ?

          Pas plus tard que ce matin, j’en parlais avec un collègue et ami, père de 2 enfants en âge de se connecter et qui ne s’en privent pas ! L’ainé, 14 ans, s’ennuie en classe. Pourquoi ? Parce que l’enseignant, dans la salle, lui demande de s’appliquer à une tâche à la fois, de se concentrer sur un sujet, de travailler de manière linéaire. Pour un individu habitué à surfer sur plusieurs sites à la fois, à mener 3, 4 conversations en même temps avec ses copains tout en bidouillant sur un nouveau logiciel super-génial qui permet de monter soi-même ses vidéos, peut-on imaginer ce que cela peut vouloir dire ?

          Le TAG, pour reprendre votre terminologie, est une bonne chose de mon point de vue, car il mesure l’intérêt d’une nouvelle technologie. Avant on disait bien que tous les inventeurs étaient un peu fous... il est bon de laisser les technophiles inventer, proposer des nouveautés, mettre sur le marché, et souvent gratuitement de nos jours des logiciels, des add-on, des plug-in, des applets et autres joyeusetés qui font saliver les développeurs. Ensuite, ce sont les utilisateurs qui vont dire si cela présente un intérêt. Je suis émerveillée de voir à quel point un outil particulier est pris en main, tourné, retourné, manipulé, détourné de son usage premier pour finir par être intégré dans une activité personnelle ou professionnelle. Cela prend du temps.
          La valeur d’une innovation se mesure à sa prise en compte par le plus grand nombre d’utilisateurs pour ce qu’ils considèrent comme leur confort, l’amélioration de leur activité, de leur vie...

          Les TIC font partie de ma vie au quotidien, je travaille le plus souvent à distance, je communique via les réseaux (infrastructures ou sociaux) tous les jours, mes pratiques pédagogiques sont de facto collaboratives, participatives et online. J’ai un avatar dans SL (Second Life pour ne pas en faire de trop), j’ai 53 ans mais j’ai un mal de chien à expliquer mon métier, mon travail, il m’est quasiment impossible de parler de mes tâches quotidiennes à mes amis, ma famille qui n’y comprend rien, et je ne peux guère échanger au sujet de mes interrogations légitimes qu’avec des experts... Un peu bizarre, non ?
          Et pourtant, je me fais surprendre presque tous les jours par une nouveauté, une possibilité pas vue, l’usage inconnu d’une fonctionnalité particulière d’un logiciel que je manipule pourtant tous les jours....

          Je prends le TAG pour ce qu’il est : le temps nécessaire pour m’approprier un usage, le temps de décider si j’achète ou pas ; pour le moment, je constate que globalement l’ordinateur portable que j’utilise pour travailler coûte à peu près la même chose depuis 15 ans tout en me fournissant à chaque changement, environ tous les 2 ans, le double de puissance et de fonctionnalité. Pour le reste, je fonctionne presque à 100% en open source.

          J’arrête là, je ne pensais me lancer dans un commentaire qui tourne à la thèse par sa longueur sinon par son intérêt. Mais il y aurait encore tant à dire...
           


          • yannick yannick 18 septembre 2008 12:17

            Je pense que ce TAG va se refermer assez rapidement grâce aux progrès effectués au niveau de l’intuitivité des interfaces, de l’accessibilité et de la possibilité pour l’utilisateur de modifier facilement ces mêmes interfaces, en tout cas au niveau d’internet. Le principal problème actuellement est un gigantesque amas de données et beaucoup de gens se penche sur les différentes manières de l’organiser de l’interprêter et de le rendre disponible pour tout le monde. Une fois que l’internet sera suffisamment simple d’utilisation ( ce qui est déjà le cas pour toute personne en-dessous de vingt cinq ans) et aura remplacé la télévision, n’importe qui pourra s’éduquer dans n’importe quel domaine et là, je pense qu’on va commencer à vraiment s’amuser.

             

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