La question de l’andropause

C’est parfois très étonnant, mais la médecine n’est pas aussi avancée qu’on le croit habituellement sur les maladies les plus courantes pourtant... On peut s’étonner ainsi que des symptômes comme l’andropause restent très controversés alors qu’au moins un tiers des hommes de plus de 50 ans sont touchés et sans doute beaucoup plus ! C’est même une question sur laquelle les opinions peuvent être très tranchées entre les pour et les contre, alors qu’il semble qu’il n’y a rien de plus facilement mesurable ! Occasion encore une fois de se frotter à notre rationalité limitée et aux limites de la science, d’essayer de comprendre ce qui résiste à la compréhension, en sachant qu’il nous faut prendre parti sans en avoir la compétence et sans pouvoir être sûrs de ne pas être bientôt démentis par les faits...

On parle abondamment de la ménopause et de son hormonothérapie qui font l’objet de recherches constantes, même si les données sont contradictoires. À l’opposé, de l’andropause on ne parle jamais, ce qui en fait véritablement une maladie honteuse. C’est un refoulement qu’il faut lever. Il est tout de même extraordinaire que son existence même soit contestée (un peu comme le réchauffement climatique). Cela s’explique sans doute par le fait que tous ne sont pas touchés et qu’elle ne se traduit pas par une frontière bien nette, mais plutôt par une baisse partielle, progressive, inconstante et variable selon les individus. De plus, elle ne marque pas l’arrêt de la fertilité. Le terme d’andropause n’est donc pas exact à strictement parler. On parle plutôt d’hypogonadisme ou de "Déficit androgénique lié à l’âge« , ou encore de »Partial Androgen Deficiency of the Aging Male" (PADAM !). Il y a tout de même de nombreux points communs avec la ménopause, d’autant plus que la baisse de testostérone affecte aussi les femmes du même âge, ce qui est encore trop méconnu. La véritable différence avec la ménopause, c’est que tous les hommes ne sont pas concernés (heureux hommes !), mais ce n’est pas une raison pour nier un problème qui reste massif !

On estime qu’à partir de l’âge de 30 ans, le taux de testostérone chez un homme diminue de 10 % tous les dix ans. Les chercheurs croient que l’andropause pourrait commencer à se manifester entre 40 et 55 ans, à la différence que, chez l’homme, il n’y aurait pas de signe physique aussi tangible que l’arrêt des menstruations chez la femme.

Avant la cinquantaine, l’insuffisance en testostérone est donc rare. Après, elle est plus fréquente. Les spécialistes estiment que 30 à 50 % des hommes de plus de 55 ans ont un déficit en testostérone.

Selon les chercheurs, 30 % des hommes présenteraient un taux de testostérone assez bas pour ressentir les symptômes de l’andropause ou développer une maladie qui lui est reliée.

Certains donnent des chiffres inférieurs, mais ce qui rapproche ménopause et andropause, c’est bien la baisse des hormones liées à la reproduction et le fait que cette baisse provoque une cascade de déséquilibres qui peuvent enclencher toutes sortes de maladies dégénératives par l’entremise d’inflammations chroniques principalement.

On en reste au mécanisme chimique de dégradation à ce niveau, mais le fait que ce déséquilibre hormonal se répercute sur l’humeur prend un tout autre sens, plus actif, d’une fin volontaire, assumée pourrait-on dire si ce n’était dans la plus grande désespérance. En effet, il semble bien que le manque de testostérone érode le désir de lutter pour vivre et le vieux singe n’a plus l’énergie pour se battre contre les petits jeunes, poussé vers le sortie et le cimetière des éléphants. Verdict de l’espèce qui somme de retirer celui qui a terminé son rôle de reproducteur, éliminé du jeu, et, comme le saumon, qui a pondu tous ses œufs, meurt d’épuisement afin de s’offrir en pâture à ses petits. La pulsion de mort vient de l’intérieur, l’exécuteur est en nous, l’agent extérieur est dans nos gènes, tout comme dans l’apoptose où le signal du suicide de la cellule vient des mitochondries qui déclenchent une mort propre et discrète, laissant la place nette et sans déchets pour une vie qui continue sans regrets ni remords ! Le plus curieux c’est que, le sujet déprimé n’est pas du tout conscient de la cause hormonale de ses idées noires (la bile noire de la mélancolie), pas plus que le sujet amoureux, et il croit bien avoir affaire à la réalité elle-même dans ce qu’elle peut avoir de désespérant, tout comme l’amour pouvait faire croire à toutes sortes de merveilles...

Il faut nuancer, bien sûr. La testostérone n’est pas seule en cause, elle-même prise dans des réactions en chaîne. Pour certains, elle ne serait même pas significative du tout, ce qui est plus que douteux !

L’association entre un taux de testostérone peu élevé et les symptômes d’andropause serait faible, selon diverses études. Certains experts estiment que les symptômes de l’andropause seraient davantage le résultat de mauvaises habitudes de vie

D’autres changements hormonaux pourraient expliquer les effets de l’andropause. La DHEA (déhydroépiandrostérone), l’hormone de croissance, la mélatonine et, dans une moindre mesure, les hormones thyroïdiennes, exercent aussi leur influence (PasseportSanté).

Cette citation est là pour montrer que le débat est loin d’être tranché, mais il faut plutôt vérifier les hormones hypophysaires qui stimulent les testicules (notamment l’hormone lutéinisante). En tout cas, c’est bien le niveau de testostérone qui définit l’andropause et qui ne peut être négligé sans engendrer des erreurs de diagnostic ou de raisonnement. Ainsi, quand on relie la longévité au fait de rester actif sexuellement, il se pourrait qu’on prenne l’effet pour la cause. De même, si l’indice de masse corporel est relié à la mortalité et aux problèmes de santé cela pourrait être, au moins pour une part, un simple effet du manque de testostérone, ce qui fait effectivement grossir...

Le système reproducteur masculin

Chez l’homme, c’est la sécrétion de testostérone qui stimule la formation des spermatozoïdes. La période la plus propice se situe au milieu de l’automne avec trois pics dans la journée : huit heures le matin, milieu de l’après-midi et à minuit.

Le fonctionnement du testicule est stimulé par deux hormones hypophysaires : les gonadostimulines (glycoprotéines de composition voisine)

- LH (= hormone lutéinisante) : stimule les cellules de Leydig et donc la production de testostérone

- FSH (= hormone folliculo-stimulante) : active indirectement la spermatogénèse : elle stimule, par l’intermédiaire des cellules de Sertoli, les cellules germinales, en les rendant réceptives à la testostérone

Les sécrétions hypophysaires sont elles-mêmes stimulées par une neurohormone produite par des groupes de neurones de l’hypothalamus : il s’agit de la GnRH

Avec le système reproducteur, on est au cœur de la vie, la production de testostérone étant influencée par toutes sortes de facteurs (âge, saisons, chaleur, heure du jour) et pouvant avoir des influences en retour sur tous les autres systèmes (désir, énergie, force, humeur, résistance, inflammation, muscles, os, etc.). Ainsi, la testostérone et les œstrogènes ont un rôle majeur dans la production de dopamine. Une bonne santé mentale exige des niveaux élevés de testostérone. Quand les niveaux sont trop bas, les hommes comme les femmes sont plus vulnérables à la dépression et à la mauvaise humeur. Ceci dit, c’est très controversé, cela aussi. Pour certains, la testostérone n’aurait aucun effet sur l’humeur alors que c’est évident pour d’autres ! On va dire que cela dépend des cas, mais le plus probable, c’est que cet effet est déterminant. Il faut souligner aussi, même si c’est habituel pour les régulations biologiques, la rétroaction du niveau de testostérone sur sa propre production, ce qui rend très difficile d’en vérifier les propriétés car un apport d’hormone peut n’avoir aucun effet lorsqu’on n’en manque pas vraiment puisque sa production s’en trouvera diminuée d’autant. Ce n’est pas l’hormone miracle ni l’élixir de jouvence sauf pour ceux qui n’en produisent plus assez malgré l’augmentation de l’hormone lutéinisante (LH) ! Pour le savoir, il suffit de faire des analyses du taux de testostérone (<4 % ?), de la lutéine et de la FSH-LH (hormone folliculo-stimulante ou gonadostimuline) ; éventuellement de l’œstradiol, avec, si possible, un profil lipidique, les hormones thyroïdiennes et l’antigène prostatique spécifique (PSA).

On note que, dès l’âge de 55 ans, il existe une hypersécrétion de l’hormone hypophysaire par rapport au groupe plus jeune.

Il n’est toutefois pas exclu que la cause de l’andropause soit due à un dérèglement de l’hypophyse ou de l’hypothalamus plutôt que des testicules. Dans ce cas, les gonadotrophines présentent des valeurs basses ou effondrées.

En fait, il y a de nombreuses causes, en dehors de l’âge, en premier lieu sans doute le manque de sommeil, d’exercice et d’activité sexuelle (mais faire trop de sport fait baisser aussi la testostérone). Pour un certain nombre de ces facteurs de prédisposition, la question se pose d’ailleurs de savoir si c’est l’effet ou la cause, mais il est probable qu’il y a une causalité circulaire (ou un cercle vicieux) dans l’obésité abdominale (une augmentation de quatre ou cinq points d’indice de masse corporelle équivaudrait à un vieillissement de dix ans relativement à la baisse de testostérone). C’est la même chose avec le diabète et les taux élevés de cholestérol ou le syndrome métabolique. On peut citer aussi les problèmes au foie, une maladie ou un stress chronique, le froid même ! Plus spécifique, la prise de certains médicaments, comme les antifongiques (qui peuvent porter atteinte aux testicules), les antipsychotiques, certains anti-épileptiques et les narcotiques, l’exposition aux pesticides... Enfin, la consommation excessive d’alcool et de marijuana :

Le stress, l’alcool, l’obésité, les blessures et les interventions chirurgicales sont autant de facteurs qui contribueraient à une apparition précoce de l’andropause (L’andropause, du mythe à la réalité).

On a pu démontrer chez l’homme que fumer du cannabis réduisait la concentration sanguine des trois hormones LH, FSH et testostérone.

L’inflammation fatale

Quelle que soit sa raison, la baisse de la testostérone pourrait constituer une des principales causes du vieillissement par le biais d’un renforcement des processus inflammatoires. C’est l’un des points les plus importants, l’inflammation chronique pouvant provoquer de nombreuses maladies à la longue et favorisant le cancer entre autres. D’ailleurs, une des plus grandes vertus du cucurma ou de certains légumes réputés anti-cancer comme le brocoli, c’est leur propriété anti-inflammatoire.

L’inflammation silencieuse est la cause fondamentale de plusieurs, sinon de la plupart des maladies chroniques du vieillissement, responsable de maladies telles que l’arthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux systémique (LES), l’asthme, certaines maladies allergéniques ainsi que l’artériosclérose (plus sévère ou précoce). Cependant, les recherches démontrent aussi que inflammation excessive peut demeurer à sa phase dormante pendant des décennies et sa forme chronique peut devenir un tueur silencieux.

Nous savons maintenant que l’inflammation silencieuse endommage les artères, déstabilise les dépôts de cholestérol, détruit les cellules nerveuses du cerveau, ralentit le système immunitaire, favorise la formation des cancers et peut activer les gènes nocifs. Ce tueur sournois est la cause fondamentale des maladies du vieillissement telles que les crises cardiaques, les cancers, le diabète à l’insuffisance rénale et la pancréatite. L’obésité favorise l’inflammation et il existe un lien direct entre l’indice de masse corporelle (IMC) et la protéine C-réactive (CRP)

Le phénomène central serait l’équilibre entre testostérone et cortisol. Plutôt que de prendre de la cortisone contre les inflammations, il vaudrait bien mieux prendre de la testostérone sans doute.

Tout d’abord vieillir est un formidable déséquilibre entre les hormones anabolisantes (stéroïdes, dont testostérone et estradiol, Dhea, Igf1...) qui nous construisent chaque jour, mais dont les pertes sont malheureusement beaucoup plus rapides que les hormones catabolisantes, qui nous consument, au premier rang desquelles est le cortisol.

Le cortisol reste plus élevé, plus longtemps surtout ; cette durée accentuée entraîne celle de cytokines inflammatoires, comme l’interleukine 6, et s’accompagne de catécholamines trop nombreuses en quantité, noradrénaline et adrénaline.

Ce hiatus catabolisme-anabolisme est plus accentué à la ménopause par la chute brutale de l’œstradiol et des androgènes surrénaliens, moins prononcé chez l’homme par une continuité relative dans la sécrétion de testostérone.

La mesure du niveau hormonal est un indicateur précis pour détecter la présence d’inflammation sous-jacente ; si les niveaux de testostérone ou d’hormone de croissance se mettent à chuter, des problèmes peuvent survenir.

Évidemment, on peut réduire l’inflammation de bien d’autres façons qu’avec de la testostérone, notamment en faisant de l’exercice régulièrement, en évitant les viandes rouges et le porc, en mangeant du poisson, des fruits et légumes, en buvant de l’eau, etc. Tous excellents conseils qui n’empêchent pas de traiter aussi le déficit hormonal. En tout cas, l’inflammation voilà l’ennemi sournois qui provoque le diabète de type 2 (inflammation du pancréas et du foie) ou l’intolérance au glucose, mais aussi l’Alzheimer sans doute, considéré comme un diabète de type 3, et la plupart des autres maladies du vieillissement (y compris la fibromyalgie sans doute et même la surdité).

Symptômes :

L’inflammation est loin d’être le seul symptôme du déficit d’hormones sexuelles et pas celui qui est le plus apparent. Ce sont les difficultés des rapports sexuels qui en sont la manifestation la plus visible, mais cela touche tout autant le désir sexuel et même la sensation de plaisir. La perte du désir sexuel peut amener une certaine sagesse, mais est loin d’être anodine puisqu’elle révèle toute la place que la sexualité tient dans notre économie psychique et nos rapports avec les autres, bien au-delà de la part consciente. Il y a déjà de quoi provoquer un véritable effondrement, mais la perte de la sensation de plaisir s’étend à tous les autres plaisirs de la vie... La fatigue, le manque d’énergie et la dépression complètent un bien triste tableau qui est loin d’épuiser les conséquences d’un déficit de testostérone qui touche toutes les fonctions vitales. Il faut souligner que le symptôme le plus connu de la ménopause (les suées ou bouffées de chaleur) constitue également un des premiers symptômes de l’andropause. Plus généralement, il y a l’installation d’un « syndrome métabolique » (diabète, obésité, cholestérol, hypertension), contesté lui aussi par certains et qui mériterait un article à soi tout seul !

Ces symptômes vont de la baisse de l’appétit sexuel à l’arrivée de problèmes érectiles en passant par une sensation d’être à court d’énergie. Des épisodes de transpiration excessive, des problèmes d’insomnie et une prise de poids pourraient aussi s’ajouter aux répercussions d’un déclin de production d’hormones sexuelles.

La nervosité, la présence inhabituelle d’anxiété et d’irritabilité, des signes de dépression et des sautes d’humeur sont les symptômes psychologiques les plus couramment évoqués. On parle également d’un manque de motivation, d’entrain et de vitalité psychologique ainsi que d’un sentiment général de mal-être.

L’anatomie se modifie : l’homme a tendance à prendre du poids, surtout par dépôt de graisse au niveau abdominal et la musculature a tendance à fondre.

Les parties génitales se transforment et ont tendance à diminuer de volume.

Le système pileux est lui aussi atteint : les cheveux deviennent fins et fragiles, la barbe est moins drue et les poils pubiens sont en diminution.

On peut tenter d’en faire la liste, en divisant les symptômes en symptômes sexuels, somatiques et psychologiques. Leur nombre est assez impressionnant, bien au-delà de la sexualité elle-même, et caractérise assez bien tous les aspects du vieillissement :

- Symptômes sexuels :

  • Une baisse de l’appétit sexuel.
  • Des érections moins vigoureuses et moins fréquentes, difficultés d’éjaculation.

- Symptômes somatiques :

  • Une diminution d’énergie, une fatigue persistante (surtout le matin et après les repas).
  • Des épisodes de transpiration excessive non liés à un effort physique, bouffées vasomotrices, palpitations.
  • Une réduction de la masse musculaire, donc de la force physique.
  • Une prise de poids (augmentation de la graisse abdominale et viscérale).
  • Un état inflammatoire
  • Des douleurs musculaires et articulaires (douleurs dorsales, douleurs aux articulations, aux membres inférieurs et supérieurs, fibromyalgie).
  • Une fragilité osseuse (diminution de la masse osseuse, ostéoporose).
  • Une diminution de la pilosité.
  • Une diminution du volume des parties génitales.
  • Des troubles urinaires.
  • Un syndrome métabolique (diabète, obésité, cholestérol, hypertension).
  • Un hypercoagulation, des varices, des hémorroïdes, une moins bonne circulation et oxygénation.
  • Une perte de l’élasticité pulmonaire et difficultés respiratoires.
  • Des troubles de la vision et de l’audition.
  • Des flatulences, etc.

- Symptômes psychologiques :

  • Un manque d’énergie (idem)
  • La perte du sentiment de bien-être, de la joie de vivre et du plaisir.
  • Une perte d’intérêt, de désir, de motivation.
  • De l’insomnie.
  • De l’irritabilité ou une humeur changeante.
  • Un état dépressif, pessimiste, suicidaire.
  • Diminution des fonctions cognitives, des capacités de concentration, de la mémoire

Traitement hormonal substitutif

Devant de telles conséquences, le traitement hormonal semble ne faire aucun doute s’il pouvait rétablir l’équilibre, mais il y a tout de même des doutes et des contre-indications au nom desquelles la plupart des médecins préfèrent ne pas en prescrire. Une étude, contestable, semble établir que les bénéfices du traitement de substitution ne sont pas tellement significatifs. On a à peu près le même dilemme que pour le traitement hormonal substitutif (THS) de la ménopause (ou même pour la consommation de vitamines). En effet, tout dépend des gens, de l’âge et des doses. Ce qui est mauvais pour l’un peut être bon pour l’autre, de même que certaines femmes supportent mal le traitement hormonal alors que d’autres y trouvent un immense profit. Les analyses biologiques sont ici des indicateurs précieux, mais c’est le malade qui est le meilleur juge.

Les bénéfices et les risques du traitement à la testostérone, à court comme à long terme, ne sont pas clairement établis par des essais cliniques. La principale crainte liée à ce traitement chez des hommes plus âgés est d’entraîner l’apparition d’une hypertrophie bénigne de la prostate, d’un cancer de la prostate ou d’un cancer du sein. À l’instar des hormones prescrites aux femmes ménopausées, il se peut que l’on découvre a posteriori que ce traitement à la testostérone présente certains risques pour la santé (PasseportSanté).

Les liens entre le taux d’hormones mâles et le cancer de la prostate sont bien connus : la testostérone a une influence directe sur la croissance de la tumeur prostatique. Mais cette hormone ne déclenche pas à proprement parler l’apparition de lésions cancéreuses ; elle peut seulement les révéler quand elles existent déjà à l’état microscopique.

En fait, ce sont les spermatozoïdes qui sont cancérigènes et donc l’effet de la testostérone est indirect favorisant la spermatogénèse. Une activité sexuelle quotidienne réduisant le temps de stagnation des spermatozoïdes dans la prostate est sans conteste un facteur de réduction du risque cancéreux, mais des body builders prennent des doses énormes de testostérone sans déclencher de cancers. Le seul véritable danger serait des problèmes au foie, voire d’apnée du sommeil...

En l’absence de cancer de la prostate, les risques semblent faibles et chacun peut se faire juge des bénéfices que lui apporte le traitement dès lors que les analyses biologiques montrent des valeurs basses. Il faut quand même citer l’étude qui dément ces bénéfices, même s’il ne faut pas trop la prendre au sérieux car les autres études concluent du contraire, mais elle jette un doute malgré tout qu’il faut prendre en considération. Il est possible que l’effet s’atténue avec l’âge ou que des fonctions perdues ne puissent être rétablies ?

L’essai fut réalisé en double aveugle, randomisé, contrôlé contre placebo, chez 237 hommes en bonne santé, âgés de 60 à 80 ans, dont le taux de testostérone était inférieur à 13,7 nmol/L. De janvier 2004 à avril 2005, les participants randomisés reçurent soit 80 mg de testostérone, soit un placebo deux fois par jour durant six mois.

Sur les 237 participants inclus, 207 allèrent au terme de l’essai. Au cours de l’étude, la masse graisseuse diminua par rapport au poids total, dans le groupe testostérone (TST) vs le groupe placebo (P). Par contre, cela ne se traduisit pas par une augmentation de la mobilité fonctionnelle ou de la force musculaire. Les fonctions cognitives et la densité minérale osseuse ne furent pas modifiées. La sensibilité à l’insuline s’améliora, mais le HDL-cholestérol diminua. À la fin l’essai, 47,8 % des sujets dans le groupe TST contre 35,5 % dans le groupe P présentèrent un syndrome métabolique (p= 0,07). La qualité globale de vie ne différa pas, exception faite pour un seul des 36 critères d’analyse retenu et lié à l’hormonothérapie.

C’est une étude isolée, mais qui a l’avantage de montrer qu’il n’y a jamais aucune garantie que cela marche à tous les coups, ni que cela règle tous les problèmes. Il n’empêche qu’un nombre de plus en plus grand de personnes âgées prennent de la testostérone et s’en trouvent beaucoup mieux. C’est aussi la raison de l’arrivée sur le marché de la Maca, plante sacrée du Pérou qui est une sorte de radis péruvien ayant la propriété de booster la sexualité des animaux qui en mangent, on ne sait trop pourquoi. On soupçonne simplement qu’un des composés agit comme un analogue de la testostérone en s’attachant aux mêmes récepteurs. Sinon il n’y a que des bonnes choses dedans, mais il ne faut pas en abuser quand même. Il faut savoir, en effet, que la testostérone de substitution qu’on trouve assez facilement sur internet a l’inconvénient d’être relativement toxique pour le foie, ce qui pourrait être le cas du Maca aussi.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il vaut mieux prendre des produits pharmaceutiques (« undécanoate de testostérone ») qui éliminent cette toxicité hépatique et permettent de bénéficier d’un suivi médical avec des analyses biologiques.

Il faut savoir enfin que la chronobiologie joue un grand rôle dans l’hormonothérapie (rappelons les trois pics dans la journée : 8 heures le matin, vers 17 heures et à minuit).

La testostérone a une double face ; le matin elle est énergisante, le soir beaucoup plus anabolisante. Elle peut être donnée matin ou soir, ou aux deux moments.

Est-ce que cela suffira à améliorer la vie des séniors ? C’est sûrement un peu plus compliqué. Ne pas oublier quand même que cela ne dispense pas de faire de l’exercice et d’avoir une alimentation équilibrée ! Il faudra en évaluer les résultats, mais ne faudrait-il pas en faire une urgence sociale pour réduire les maladies dégénératives ?

Le langage, le corps et de réel

Il faut se méfier des explications unicausales et il paraît assez incroyable que la testostérone puisse avoir une telle importance dans le vieillissement, mais il est encore plus incroyable que ce soit si méconnu ! Cela pourrait constituer pourtant un bien meilleur niveau d’intervention que les anti-dépresseurs souvent.

Certains trouveront aussi vexant cette influence de nos hormones que de descendre des singes ! L’expérience des drogues ou des anti-dépresseurs est à cet égard tout aussi concluante pourtant. Il ne fait pas de doutes que nous dépendons de notre biochimie, de la matière, de l’environnement. Même si nous habitons le monde de l’esprit, nous ne sommes pas de purs esprits voguant dans les airs. Certes, on ne peut nous réduire à nos hormones, mais il vaut mieux en tenir compte dans nos humeurs (stimmung), ce que Kojève appelait notre tonus corporel, on peut dire notre élan vital qui structure une bonne part de nos pensées (au moins sur l’axe optimisme-pessimisme qui n’est jamais uniquement rationnel).

Il vaudrait mieux en tenir compte aussi en politique, une politique qui ne peut être une politique faite pour la grande santé, mais qui doit tenir compte des malades et des vieux. Il n’y a pas que le libéralisme triomphant et le culte de la réussite qui devraient en prendre de la graine, mais il y a aussi un certain nietzschéisme de gauche qui exige une sacrée santé pour suivre leur activisme ! Ce n’est pas le corps glorieux qu’il faudrait réévaluer, mais le corps souffrant...

Il y a le langage, il y a le réel dans son extériorité, mais il y a aussi le corps qui intervient au moins par ses dysfonctionnements. Nous sommes à leur intersection, là où ça coince (on ne peut faire comme si le corps suivait tous nos caprices au-delà de l’épuisement). Voilà pourquoi "le sens de la vie est toujours à reconstruire, c’est toujours ce qui manque au moment de la rencontre de la logique et du lieu". Il ne faut pas trop se monter le bourrichon sur ce que nous sommes, notre part de divinité, d’esprit et de liberté... ce qui n’est pas une raison pour ne pas la défendre ferme. Nous sommes bien peu de chose, mais, justement, "nous ne sommes rien, soyons tout" ! Il nous faut revendiquer d’être plus hauts que ce que nous sommes en donnant un sens à notre existence contre le non-sens du monde, en le sauvant de sa perdition pour qu’il nous survive et lance des ponts vers l’azur par-dessus les temps, pour continuer l’aventure humaine, enfin, malgré la mort qui nous ronge...


- Georges DEBLED : L’ANDROPAUSE, CAUSE, CONSÉQUENCES ET REMEDES (1988-1998)

La testostérone, hormone des protéines, est nécessaire à la construction de toutes les protéines de l’organisme. Lorsqu’elle manque l’organisme dégénère. Par conséquent, la testostérone constitue la base du système de maintenance de vie et est le point d’attaque de la prévention primaire des sénescences. L’androgénothérapie constitue la clé du traitement de l’andropause. Elle constitue un réel moyen de prévention de l’involution sexuelle et du vieillissement qui l’accompagne. L’androgénothérapie constitue le fondement de la thérapeutique anti-âge.

- Quels bénéfices attendre d’un traitement androgénique après 50 ans ? J. Buvat (2004)

Ceci rappelle s’il en était besoin qu’il ne suffit pas d’administrer de la testostérone pour obtenir un taux circulant approprié au résultat recherché. Le taux obtenu peut être insuffisant du fait de particularités de l’absorption, ou de la mise en jeu du rétrocontrôle négatif de LH et donc de la testostérone, particulièrement chez le sujet âgé dont le niveau de déclenchement de ce rétrocontrôle négatif est souvent abaissé (5). Il faut donc savoir vérifier par des dosages si la variation hormonale recherchée a bien été obtenue.

Les études en double insu contre placebo démontrent donc de façon irréfutable plusieurs effets bénéfiques du traitement par la testostérone chez l’homme âgé, résumés dans le tableau 2. Comme le montrent également plusieurs revues citées à l’appui de cet article (3, 4, 5), ainsi qu’un autre chapitre de ce livre écrit par le Dr Jean Belaisch, les risques de ce traitement paraissent limités, prévisibles et gérables, dans la limite des trois à quatre ans de recul dont on dispose pour l’instant avec les études les plus solides de la littérature.

- http://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=andropause_pm

Considérée comme un dysfonctionnement par certains, comme une phase normale de la vie par d’autres, l’andropause demeure un sujet controversé. Qui plus est, le seul médicament offert, la testostérone, n’a pas fait ses preuves, que ce soit en matière d’efficacité ou d’innocuité.

- Diagnostic avec questionnaire et doses, Jean Drouin

Le concept d’andropause existe-il vraiment ? Certains en doutent encore et pensent qu’il est une invention des compagnies pharmaceutiques pour augmenter leur profit. Pourtant, au 5e Congrès international sur le sujet, tenu du 9 au 12 février 2006, à Salzburg, près de 1 000 médecins y étaient inscrits. Ce concept a cependant évolué avec les années : d’une condition clinique associée à une baisse de testostérone, il s’est enrichi d’une coexistence avec le syndrome métabolique. Ainsi, un homme qui présente une baisse de testostérone pourrait présenter une obésité abdominale accrue, ainsi qu’une courbe à la tolérance au glucose modifiée.