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La fin de la Big Science

Le terme de Big Science désigne généralement celle qui fait appel à des équipement lourds, coûtant des milliards de dollars ou euros et demandant des années de mise en place. Ce sont ces équipements qui depuis un siècle et plus particulièrement depuis les dernières décennies, ont permis de transformer radicalement le regard porté par l'homo sapiens sur ce qu'il perçoit de l'univers. On pense le plus souvent aux programmes spatiaux ou aux accélérateurs de particules. Mais il faut y ajouter les observatoires terrestres de nouvelle génération, sans doute aussi les matériels qui se consacreront à domestiquer la fusion nucléaire.

Par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin 17/02/2012

Les critiques politiques de la Big Science lui reprochent d'être plus souvent orientée vers la conquête de nouveaux pouvoirs géopolitiques ou de technologies principalement destinées à la guerre. Ce n'est que sous forme de retombées tout à fait marginales qu'elle contribue à la production de connaissances « désintéressées » à destination universelle.

Mais le reproche est partiellement injuste. Plus exactement il méconnait le moteur qui semble inhérent aux systèmes anthropotechniques à portée scientifique. S'ils n'étaient pas imprégnés dans leur totalité par une volonté de puissance, de tels systèmes ne verraient pas le jour.

Mais pourquoi faudrait-il dorénavant en faire son deuil ? Parce que la Nasa vient d'annoncer, urbi et orbi, que sous la contrainte des réductions de crédits fédéraux, elle allait sans doute renoncer à ce qui était présenté comme le phare de l'exploration spatiale des 30 à 50 prochaines années, l'exploration de la planète Mars. Ceci entraînerait dès maintenant l'interruption de la coopération en cours de négociation avec l'Agence Spatiale européenne. L'objet en était de mutualiser certaines ressources ou projets, notamment l'envoi sur Mars dans la prochaine décennie de robots plus efficaces et intelligents encore que les atterrisseurs martiens actuellement programmés. De tels robots auraient directement préparé la venue de missions humaines ; En attendant, ils auraient pu répondre à des questions d'un grand intérêt en termes de connaissances fondamentales, relatives notamment à l'origine de la vie dans l'univers.

Bien évidemment, l'annonce de la Nasa a semé la consternation dans le monde scientifique. Si la Nasa et avec elle les Etats-Unis renonçaient faute de moyens à des programmes non seulement emblématiques mais réellement porteurs de progrès, qu'allait il advenir d'autres investissements scientifiques tout aussi importants ?

Certains commentateurs ont dénoncé un effet d'annonce. Il est vrai que l'exploration spatiale coûtera aux Etats-Unis des dizaines de milliards par an, difficiles à trouver en période de récession. Mais ne votent-ils pas des sommes bien plus importantes quand il s'agit des budgets militaires ? Ceci même si dans le même temps les crédits de département de la défense se voient plus ou moins amputés ? Ils ne pourraient donc pas plaider un appauvrissement généralisé. Par ailleurs, l'initiative privée commerciale, très à la mode aujourd'hui, ne pourrait-elle pas prendre le relais ?

D'autres observateurs font valoir que si les investissements spatiaux américains se trouvaient durablement réduits, les Chinois qui en font un enjeu stratégique essentiel, prendraient le relais. Ils y investiront les surplus d'une croissance qui ne semble pas se ralentir. Au vu de quoi d'ailleurs, rigueur ou pas, l'Amérique ne restera pas passive, peut-être rejointe en cela par l'Europe, la Russie et l'Inde. On pourrait espérer en ce cas que les Chinois ne garderaient pas pour eux la totalité de leurs découvertes et en feraient bénéficier la communauté scientifique.

Plus généralement, on fera sans doute valoir aussi que des découvertes tout autant importantes pourront se poursuivre, dans le cadre de budgets infiniment moindres. C'est le cas en intelligence artificielle, en biologie synthétique, en neurosciences et dans bien d'autres domaines.

Un pessimisme beaucoup plus systémique

Il semble cependant que l'écho donné en Occident à la décision de la Nasa traduit un pessimisme beaucoup plus systémique. Il découle de la généralisation et de la globalisation des crises qui semblent menacer dorénavant le monde entier. Nous avons parfois relayé ici un sentiment de plus en plus répandu. Selon ce sentiment, la science et avec elle les technologies scientifiques ne pourront plus dans l'avenir répondre à tous les espoirs spontanément mis en elles jusqu'ici. Le développement exponentiel des consommation découlant de l'inflation démographique et des inégalités dans la croissance se conjuguera avec une diminution sans doute elle aussi exponentielle, des ressources disponibles. Les sociétés seront de plus en plus forcées de préférer les activités de survie à celles visant à augmenter les connaissances, quels que soient les coûts induits à terme d'une telle renonciation.
Dans le même temps se multiplieront les croisades antiscientifiques menées par les religions monothéistes dites du Livre.

Comme l'a écrit il y a quelques jours un journal scientifique, l'annonce de la Nasa préfigure le temps où les chercheurs ne pourront plus désormais, faute de ressources, se lever tous les matins en s'interrogeant sur ce que la journée à venir leur donnera peut-être la chance de découvrir. Autrement dit, bien avant que la planète ne subisse inexorablement la détérioration des conditions ayant permis chez elle l'émergence de la vie et de l'intelligence, associées avec un constructivisme sans pareil, ne va-t-elle pas désormais connaître des régressions de toutes sortes, préalables à la généralisation du grand froid cosmologique ?

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Les réactions les plus appréciées

  • Par Deneb (xxx.xxx.xxx.73) 18 février 11:55
    Deneb

    La science, c’était cher ... avant. Pour se former en science, il fallait en effet posséder les livres, souvent hors de prix, fréquenter une université éloignée, donc passer une bonne partie de temps dans les transports, acheter la presse spécialisé (pas donnée)... bref, ce n’était pas à la portée de toutes les bourses. Aujourd’hui, si l’on veut approfondir un sujet, il suffit d’en avoir la volonté : toutes les information pertinentes sont accessibles librement et quasi instantanément pour celui qui sait trouver. Sans parler des cours en tout genre, disponibles sur Youtube ou autre. Comme dit Michel Serres : l’époque où l’élève dépasse le maître, où un amateur est bien plus éclairé qu’un expert, cette époque, c’est bien aujourd’hui.

    Sinon, par rapport à la NASA : on a envoyé des robots téléguidés sur Mars. Avec une telle distance, pas très pratique pour commander le robot, le signal mettant au mieux une bonne dizaine de minutes. Reste qu’en quelques années, nous avons pu, en dehors des superbes photos que les rovers nous ont transmis, étudier la planète voisine comme jamais auparavant. Pourquoi n’envoie-t-on pas des robots sur la Lune, pour y construire des usines, des mines... Avec une seconde de décalage, les robots seraient tout de même assez réactifs pour pouvoir faire des vrais travaux, ériger une base permanentes avec les matériaux trouvés sur place. C’est curieux que l’on n’y a pas encore pensé. Ou peut-être que si... Il y a des chances que l’armée américaine ou russe l’aie déjà fait. Surtout qu’un robot, c’est assez primaire comme machine, ne nécessitant pas de matériaux chers, sa performance vient surtout du logiciel, qui, lui, a fait un bond gigantesque ces dernières années. La base lunaire, existerait-elle déjà ?

  • Par Ollisters (xxx.xxx.xxx.109) 18 février 13:08

    La terre manquera tôt ou tard de ressources, et cela approche de plus en plus, si l’humanité veut poursuivre le développement de sa civilisation il lui faut se tourner vers l’espace.


    dans un premier temps pour l’exploitation minière qui l’aidera poursuivre son développement, puis par la suite par la terra formation de planète ou autre satellite. 

    Bien sur on peut continuer sur la voie actuelle, s’armer les uns contre les autres, lorgner sur les richesses de son voisin, jusqua avoir tout exploiter... et ensuite ???

  • Par Deneb (xxx.xxx.xxx.73) 18 février 13:59
    Deneb

    Il y a 11 ans, on en parlait dans "Wired". aujourd’hui, ça n’a pas l’air de beaucoup avancer .... Une mission non-habitée serait portant très économique, en comparaison avec les vols habités

    Ce qui me semble évident, c’est que la future base lunaire devrait se situer assez profond sous la surface, soit dans un grote naturelle, soit creusée, pour éviter les impacts des (micro) météorites, sinon le moindre grain de sable venant de l’espace pourrait la détruire. Si elle existe, elle ne serait donc pas visible de l’extérieur. En tout cas, elle est largement faisable avec les technologies existantes, il suffirait d’y consacrer le budget d’une journée de la guerre en Afghanistan.

  • Par Teotl (xxx.xxx.xxx.27) 18 février 23:26
    Teotl

    L’humanité à tout un univers à explorer, des connaissances à acquérir et on préfère dépenser des centaines de milliards en armement et en guerres que d’investir dans la recherche spatiale.

    C’est désolant.

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