On ne peut comparer tout-à-fait la biosphère à un organisme car elle ne se reproduit pas, et la vie c’est la reproduction, base de l’évolution et de la sélection par le résultat, où c’est l’effet qui devient cause. S’il y a bien dans le climat des boucles de rétroaction négatives qui maintiennent une stabilité favorable au développement de la vie, il y a aussi malheureusement des boucles de rétroaction positives qui peuvent mener à l’emballement du réchauffement climatique : ainsi la fonte des glaciers réduit la réverbération, ce qui augmente significativement la température jusqu’à pouvoir déclencher la libération du méthane marin ou celui du permafrost sibérien (en train de fondre rapidement depuis peu !). L’effet de serre du méthane étant vingt fois plus important que celui du CO2, ce phénomène, qui peut mener à une brusque élévation des températures, a déjà été responsable de plusieurs extinctions massives ! S’ajoutent à cela les changements de circulation atmosphérique ou des courants marins qui pourraient avoir aussi un effet amplificateur. En contrepartie, il faut faire état des incertitudes, qui sont immenses, sur l’évaporation et le régime des pluies dont l’importance est pourtant décisive, mais ce n’est pas une incertitude sur laquelle on pourrait se reposer car cela n’a pas empêché de telles catastrophes par le passé, aucun dieu ne nous protège.

Ceci étant acquis, sur de plus longues périodes on constate bien une coévolution de la vie et du climat assez étonnante. On sait depuis longtemps que la quasi-totalité de l’oxygène atmosphérique a une origine organique, bouleversant les équilibres primitifs en exterminant une grande part des bactéries anaérobie originaires, pour lesquelles l’oxygène est un poison mortel, et favorisant les organismes capables d’utiliser l’oxygène comme nouvelle source d’énergie. C’est, en particulier, le passage des bactéries (procaryotes) aux cellules à noyau (eucaryotes) utilisant les mitochondries pour respirer l’oxygène (à partir de 2,7 milliards d’années sans doute, surtout à partir de 2 milliards d’années).

L’oxygène aura un effet très sensible sur le climat puisque, non seulement la Terre se met à rouiller, mais le méthane s’oxydant, l’effet de serre va baisser dramatiquement, jusqu’à la période la plus froide que notre planète ait connue, le Cryogénien, où la Terre n’était plus qu’une boule de neige ou presque, ce qui aurait été favorable cette fois au développement des organismes pluricellulaires :

« La vie multicellulaire a été précédée par un climat neoprotérozoïque froid il y a environ 600-800 millions d’années qui a produit une glaciation sur de grandes étendues.

Cette période très froide serait due à des concentrations très faibles en dioxyde de carbone en raison d’une prolifération d’algues unicellulaires dans les océans. L’une des conséquences de cette croissance a été l’augmentation progressive de la concentration en oxygène comme sous-produit de la croissance des algues. La concentration d’oxygène dissous dans l’eau froide a permis le développement d’êtres multicellulaires.

La multiplication de ces être multicellulaires et la création d’une chaîne alimentaire plus complexe ont freiné le développement des algues unicellulaires qui, à leur tour, ont limité la séquestration de dioxyde de carbone. Le CO2 relâché dans l’atmosphère a ensuite permis une augmentation progressive de la température sur la Terre et ainsi l’apparition du climat actuel. » (http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=3955)

Le rôle des organismes multicellulaires serait ainsi surtout de consommer de l’oxygène (un organisme multicellulaire ayant besoin de mobiliser plus d’énergie, plus rapidement que ne le permet la digestion des sucres) tout en réduisant sa production du fait qu’il entre en compétition avec les organismes unicellulaires (les virus s’en chargent aussi). Nous serions ainsi en premier lieu des organismes antioxydants permettant de réchauffer l’atmosphère ! Cette nouvelle théorie permet de montrer comment l’évolution biologique donne forme à son environnement qui finit par s’équilibrer, sur de très longues périodes au moins, dans un état qui n’a rien d’originaire mais qui est de plus en plus complexe (formé de processus opposants qui se corrigent mutuellement) et loin de l’équilibre thermodynamique. Ainsi, l’effet de serre n’est pas un état de fait miraculeux dont la vie aurait pu bénéficier par une chance inouïe, c’est la vie elle-même qui est responsable de l’effet de serre dont elle dépend, tout comme nous le sommes aujourd’hui de son emballement qui nous menace.

Une conséquence secondaire de cette théorie, c’est malgré tout que la Terre n’a pu être entièrement gelée comme le prétend la théorie de la "Terre boule de neige", car le refroidissement étant causé par les bactéries elles-mêmes, il devait se produire immanquablement un équilibre dynamique, une oscillation entre un froid glaçant et le nombre d’organismes produisant de l’oxygène. La plupart du globe était bien gelé sans doute, mais pas tout, ce qui aurait pu être irréversible ! En effet, la glace réfléchissant la lumière et figeant les processus biologiques, il n’y aurait plus aucune chance de pouvoir sortir de la glaciation et reconstituer un effet de serre suffisant ! Même à cet âge de glace il devait donc bien rester des zones tempérées plus favorables à la vie, avec de l’eau restée liquide, ainsi que des cycles climatiques (conséquence de l’interaction entre effet de serre et bactéries) ce que confirment justement les toutes dernières données :

“Il semble qu’entre - 850 et - 544 millions d’années, au Cryogénien, la Terre n’était pas entièrement gélée comme on l’a cru car on y décèle des cycles plus chauds.

Malgré la sévère glaciation subie par la Terre à cet instant de son histoire, cela signifie que l’englaciation complète suggérée par les théories Snowball Earth n’a jamais eu lieu. Le Professeur Philip Allen, chef du projet au Department of Earth Science and Engineering de l’Imperial College à Londres, explique : « Si la Terre était devenue entièrement gelée pendant une longue période, ces cycles climatiques ne pourraient exister. En fait, une fois entièrement gelée, il est difficile de créer les bonnes conditions pour causer un dégel, puisqu’une grande partie du rayonnement solaire incident serait réfléchi par la neige et la glace. La preuve de cycles climatiques est donc hostile à l’idée d’une Terre boule de neige ».” (http://www.futura-sciences.com/news-terre-boule-neige-fond-comme-soleil_10609.php)

Cela n’empêche pas que c’était la plus grande glaciation que notre Terre ait jamais connue, mais là où la vie grouille, il n’y a jamais complètement de repos, n’ayant de cesse de troubler l’ordre établi et de façonner son environnement en même temps qu’elle s’y adapte en permanence, multipliant à la longue les régulations, les processus correctifs opposés, pour aboutir finalement, malgré des catastrophes périodiques, à l’optimisation de la reproduction elle-même qui dessine ainsi son propre monde en intégrant le long terme et l’histoire de la Terre. Ce qui se traduit notamment par des mécanismes évitant les développements trop ravageurs ainsi que l’excès d’adaptation à des conditions données, toujours transitoires, par la préservation d’une biodiversité garante de l’avenir, grâce aux virus et aux prédateurs au moins.

Avec ses propres lois et ses temporalités multiples, ce monde de la reproduction qui affronte la durée est aussi différent du monde physique, absorbé par l’immédiateté, que le monde de l’esprit et de l’information qui, lui, se détache de l’étendue et de la matière, comme le signe se détache du signal et peut se transmettre au loin ou garder sa mémoire pour l’éternité. Au fond, lorsque nous respirons et consommons une part de l’énergie excédentaire, nous participons à l’équilibre thermique de la biosphère en alimentant l’effet de serre, il faudrait seulement ne pas en outrepasser les limites, et lorsque nous voulons humaniser le monde, nous ne faisons qu’imiter le vivant qui donne vie au monde, supprime en lui l’être étranger en intériorisant l’extériorité, en même temps qu’en extériorisant son intériorité, pour finir par s’unir au monde à travers son miroir comme à sa propre image inversée.